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LITE ARMEE GOSTAVE III

« 11 faut que ces caracteres soient en email et Ton m'a promis que cette petite besogne seroit faite aujourd'hui.

« 2°Deuxgroupes representant Pigmalion et Promethee. Je suis convenu aussi avec le peintre que, sur les piedestaux des deux groupes, il mettroit en email les inscriptions quej'aurois 1'bonneur de vous envoyer. Les voici :

« Pour le groupe de Promethee :

Celle dont le genie eclaire les humains Et qui donne lessor a leur ame exaltee

Peut dire : Le sceptre en mes mains

Est le flambeau de Promethee.

« Pour le groupe de Pigmalion :

Creatrice des moeurs, avec le don sublime De se faire obeir et de se faire aimer, Elle n'a qu'a vouloir que le marine s'anime, Et le marbre va s'animer.

« 3° Deux vaseSi fond bleu de roi. avec des feuillages representant des cornes d'abondance.

« Voila. Monsieur, de quoi est compose l'assortiment que j'ai choisi. J'ai l'honneur de vous repeter qu'on m'a promis a la Manufacture que les

PLANGHE Kill

Groupe en biscuit <Je Sevres representanl LA ROSIERE DE 1888

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inscriptions seroient en email cuit au feu, et qu'on profiteroit de la cuisson qui se fait aujourd'hui. II n'y a pas un moment a perdre. Le roi de Suede attend ces morceaux a Spa, d'oii il veut les envoyer en Russie, et il ne doit etre a Spa que jusqu'au 8 du mois prochain. Des que tout sera pret, Monsieur, vous voudrez bien en donner avis a M. le Baron de Stael; il loge a l'hotel de l'Ambassadeur de Suede, rue Grenelle, faub. S' Germain.

<s J'ai mis exactement aux inscriptions la ponctuation; [pour] l'ortographe, je vous prie de recommander qu'on y donne quelque attenlion.

« J'ai l'honneur d'etre tres parfaitement, Monsieur, votre tres humble

et tres ob6issant serviteur,

Ce 20 Aoilt 1780.

Marmontei., de l'Academie francoise.

Hue SI Honorc, maison neuve ties feuillanls. »

Le prix de cette commande etait de 1,896 livres.

En 1788, Catherine II commanda a Sevres sonfameux service en pale tendre, fond bleu turquoise, compose de 7ii pieces, ornees de camees lequel lui fut fact lire 328,188 livres. L'imperatriee trouva ceprix trop cher, et ses reclamations firent l'objet d'unc longue correspondance diplomatique. A la suite d'un incendie aupalais de Tsarkoe-Selo,le service futdepareillu;ala faveur du desordre cause par ce sinistre,des voleurs s'introduisirent dans les appartements et enlevement un grand nornbre de pieces. Elles furent portces en Angleterre etachetees par un marchand anglais du nom de Webb, qui les revendit quelques annees plus tard, a Paul I™1.

Maisce n'etait pas seulementa l'etranger qu'on se passionnait alors pour ces fragiles objetsd'art. La mode etait plus que jamais aux porcelaines de Sevres, parmi les belles dames de la Cour et de la Ville, parmi les gentilshommes et les bourgeois enricbis. Sur les etats de ventes au comptant de la Manufacture, soita Versailles pendant 1'exposition annuelle, soit a Sevres, nous rclcvons les noms de la Reine, du comte de Chabrillant, du due de Fronsac, du comte de Maille, du due de Cosse, du comte de la Chatre, du prince de Rochefort, du comte de Vinlimile, de la marquise de Caumont, de la comtesse de Tavannes, duduc de Luynes, de la princesse de Tinguy, du due de Guiches, de la princesse de Beauveau, de Monsieur, de Mmo d'Auti-

1 Ces pieces font partie acluellemenl du musee de la Manufacture imperiale de porcelaine. L'ne assiette de ce service figurait dans la collection Double.

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champ, du marquis de Buzenval, de l'archev£que de Reims, du comte Guy de Levis, de la comtesse d'Angiviller, du due de Coigny, du comte de Boisgelin, de Mmc Adelaide, de la marquise de Douissan, de M. Pascal, du due de Liancourt, du comte d'Affry, de M. de Salvert, du due de Villequier, de la marquise de Coigny, du marquis de Castries, du due de Polignac, de l'archcveque de Bourges, de laduchesse de Narbonne, de M. de Crussol, du marquis de Sourches, du marquis de Vernon, du comte des Essarts, de la duchesse de Lorges, du due d'Avray, du comte de Rochechouart, du comte de Puysegur, du vicomte de la Roche-Aymon, du marquis de Saisseval, du due de Chabot, de la comtesse de Chalons, de la princesse de Lambesk, de la marquise de Caumont, du marquis d'Autichamp, de la comtesse d'Artois, du marquis de Saint-Sauveur, du due de Luxembourg, du due de Choiseul, de M. de Stainville, de la marquise de Tavannes, du comte de Vergennes, du premier president de Nicolai, de la duchesse de Beauvilliers, etc., etc. En 1782, la vente au comptant a Versailles produisit 65,578 livres. Le roi y fit, le 3 Janvier, des acquisitions pour plus de 10,000 livres. Quelques jours auparavant, il y/lepensait 1,320 livres ; un groupe representant Yamour conduit par la folie figurait dans ses achats; et Mmc la comtesse dArtois achetait divers objets de toilette, dont un pot de chambre de 72 livres. C'est a la participation du public dans les commandes et les achats, qu'il faut attribuer, en grande partie, la transformation subie, a cette epoque, par la production de Sevres. Celle-ci, en effet, se modela sur les sentiments particuliers qui animaient la societe francai^e. L'histoire artistique de Sevres, sous le regne de Louis XVI, se divise en deux periodes tr&s distinctes. Dans la premiere, qui va environ jusqua 1780, le caractere general des porcelaines, au point de vue du decor et de la forme, n'est point sensiblement different de celui que nous avons determine pour l'epoque de Louis XV. Les peintres continuent a s'inspirer de Boucher et de Watteau; les medallions sont consacres a la representation de sujets galants, de scenes champetres et de galanteries idylliques. L'ornementation gracieuse et legere se compose de guirlandes de fleurs, de bouquets, de fruits aux dedicates et claires colorations. Les figurines des biscuits representent des marchandes d'amour, des baigneuses, de coquettes bcrgeres, etc. Pajou et Clodion donnent aux modeles l'affeterie elegante, la grace provocante de leurs nymphes de marbre. Peu a peu, une formule artistique nouvelle se manifesto. L'allegorie de galanle devient philosophique ; sans doute cette philosophic

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est encore fort aimablc; c'est l'epicurisme atteint de sentimentalitc. L'Amilie tend la main a 1' Amour, la Fidelite enchaine la Grace et la Jeunesse, l'Hymen conduit un jeune couple a 1'autel. A la Mythologie amoureusc succede l'Histoire plus severe, nous apporlant tout son cortege, solennel et mcdiocrement gai, de devouements civiques, de courages militaires, d'aventures heroiques ou morales. Une execution habile, une pratique savantc du metier appris a l'eeole des grands sculpteurs du regne precedent, donnent fort heurcusement a cette production, d'idees et d'inspirations assez peu plastiques, une forme qui a encore de l'clegance et de la grace. Mais aux sujets historiques et aux mievrerics sentimentales, un naturalisme mal inspire ne tarde pas a associer des compositions grotesques, qu'on ne so serait pas altendu a voir traduire en uno matiere si precicuse. Parmi les modeles de Sevres qui datcnt de ce temps, on remarquc, non sans etonncment, lesgroupes des Jeannot, des Euslache Poinlu, des J6rdme,"et des Capilaine Laroche1. Puis viennent les savetiers, les gagne-petit, les marchands de mort-auxrats, les taupiers. La fanlaisie s'encanaille.

Les memes causes amenent, du rcstc, des effets identiques. A Sevres comme aux Gobelins, on perd pen a peu 1'habitude de cr6er. Les peintrcs ne font plus de dessins speciaux pour la decoration ceramique ; on commence a emprunler aux tableaux les sujets do composition et les motifs d'orncmentation. On copie en porcelaine, comme en tapisserie, les peintures monumcntalcs. Pendant les derniercs annees du regne de Louis XVI, 1'harmonic chanuante de couleurs et de formes qui donnait aux ceuvres

1 Un theatre de jeunes artistes fut cree sous Louis XVI, et la premiere piece qui y Cut jouee, les Batlus payent I'amende, obtint un sueces prodigieux; tout le monde y courut. L'n debutant, Volanges, qui plus tard acquit une reputation europeenne, interpretait dans cette piece le role de Jeannot. Jeannot eut tous les lionneurs attaches a la celebrite; il fut modele on biscuit, en platre, en stuc, en bronze; Louis XVIl'avait sur sa cheminee, en regard du capitaine Laroche, qui commandait la meiiaycrie et la basse-cour du chateau de Versailles.

C'est ce capitaine Laroche qui, entrant un jour dans le cabinet du roi et apercevant le bustc de Volanges a cole du sien, le brisa en morceaux, en s'ecriant :

— Sire, quel est le malheureux tiui a ose placer le buste d'un histrion a cote de celui d'un brave militaire, decore de vos ordres :'

Le roi sourit; et pour toute reponse :

— Capilaine Laroche, dit-il, j'ai rencontre dans la cour du chateau, du cote de l'Orangerie un dindon qui se promenait; si pareille chose arrive encore, je vous ferai easser a la tele de voire compagnie.

Louis XVI avait de ['esprit, comme on voit; le capitaine Laroche sourit, lui aussi, ou Pit semblant; il avait compris.

< On a modele Jeannot, ecrit Bachaumont (1779), en porcelaine de Sevres et son buste de cette maniere est en ce moment l'etrenne a la mode; la Reine en a pris plusieurs pour distribuer a ses favoris et favorites. »

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des Dodin, des Alonclc, des Fragonard, des Bachelier, tant d'originalite et de charrac, tend a disparaitre, pour fairc place a un amalgame de combinaisons heteroclites, ou le sentimentalisme du temps tient une place considerable. Nous possedons rnie lettre de M. de Montucla, datee du 8 avril 1789, dans laquelle il defend, au nom de M. d'Angiviller, d'executer un medaillon representant un negre, avec cette legende : « Ne suis-je pas homme? » Cette defense, motivce par les desordres que pourrait causer aux colonies l'apparition d'un medaillon pareil, en dit plus sur l'esprit du temps que toules les considerations possibles. On comprend comment de pareilles idees, qui furent poussees a l'exces sous les regimes suivants, diirent, au point de vue du gout, amener une regrettable decadence, decadence qui allait se trouver aggravee par une suite non interrompue d'evenements tragiques et par Fignorance artistique des directeurs qui se succederent a la tete de la Manufacture. La science technique des porcelainiers ne disparaitra point heureusement. On continuera, grace au maintien des traditions et a l'organisation sociale du personnel ouvrier, de produire une matiere toujours superbe, incomparable; c'esl vers la perfection de la matiere que se porteront tous les efforts de l'administration ; mais l'amoindrissement de fart n'en sera que plus douloureux, et Ton est doublement attriste de voir se perdre tant de richesses, dans une production d'une valeur artistique discutable, et indigne du passe glorieu.x de la Manufacture de Sevres.

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