‹ Les manufactures nationalesChapitre 48 sur 61 · PLANCH 1- L\I · texte numérisé non relu

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Skvkes. — UN DEFOURNE.MENT

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par Jacobber, pour les fleurs par Philippini et pour les oiseaux par Mmo Knipp. En 1828, l'exposition annuelle des Tuileries offrait un meuble-bureau. Le panneau du milieu, peint par Le Guay, etait consacre aux Muses; les panneaux d'encadrement, peints en camee par Huart et Barbin, etlesornements ctaient relatifs aux Lettres, aux Arts et aux Sciences. Leloy avait donnc le dessin general du meuble et Boquet en avait fait la monture. A l'exposition de 1830, on reraarquait unsecretairc-bibliotheque, dont la decoration etait consacree al'histoire du chateau dc Versailles; le tableau principal, une vue de Versailles, etait de Bobert; Wattier, Huart et Didier avaienl print les camees et ornements. On y voyaitaussi une ccritoire ornee des portraits du roi et dc la reinc d'Espagne et de sujets se rattachant au mariage du roi et dc la reine de Naples1. Puis, comme contraste, on peut rapprocher de cesmeubles une tabatiere, execute pour le roi et con tenant 25 miniatures sur porcelaine de Mmo Jacquotot, representant les portraits de Marie-Antoinette, Henri IV, Anne d'Autriche, Francois lcr, Marie-Therese, le roi Louis XVI1J a 13 ans, Jeanne d'Albret, la princesse dc Longueville, Anne de Bretagne, le Dauphin, pere du roi, Marie Lecksinska, Marie de Medicis, Moliere, Charles VIII, M. Le Dauphin, LaBruyere, Fenelon, Mmo deS<§vigne, Turenne, Hortense Mancini, le Regent, Christine de Suede, Mme Dacier, Mmc de Mainlenon et Bossuet. Cette tabatiere etait enfermec dans un coffretde porcelaine, d'un tres haut prix. En outre de ces pieces plus extravagantes qu'heureuses, la Manufacture executa, pendant cette meme periode, un certain nombre de grands ouvrages d'ime valeur artistique plus serieuse. Parmi ceux qui olfrent un intereH historique, nous mentionnerons : 1° un grand vase Medicis, dc 6 pieds de hautet de 4 pieds de diametre, en biscuit, execute en l'honneur de la Sculpture; le sujet representait Phidias venant d'achever le modele de son Jupiter olympien, et le montrant a Pericles, a Socrate eta d'autrespersonnages. Le modele de ce vase avait ete donne par Guersan, l'execution etait de Begnier et la peinture de Fragonard; 2° un vase Medicis, premiere grandeur, fond vert; sujet : Hornere chez les potters de Samoa, d'apres Gerard, peint par Beranger; 3° un vase etrusque, premiere grandeur, avec une peinture en camaieu, representant Louis XIV prenant les renes du gouvernement, peinture de Parault; 4° un vase Medicis, premiere grandeur, avec une composition

' Ce meuble fut olTert en present par la duchesse d'Orleans a la reine de Naples.

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de Le Guay, repr6sentant l&sNymphes victorienses des amours ;les ornements de ee vase de Leloy ; 5° le vase dit de Socibius , forme nouvelle a Sevres, inspiree d'un vase antique faisant partie de la collection du Musee royal ; line modification avait ete apportee a la decoration : au lieu des dieux, le peintre de Sevres a represents les figures des divers Arts qui concourcnt a la fabrication de la porcelaine ; 6° un service de table, dit service des Departements; sur chacune des 86 assiettes setrouvela vued'un site rcnomme; sur le marli, sont dessines des ornements relatifs aux productions locales; des medaillons represented les liommes illustres ou les faits memorables se rapportant a chaque departement; les peintures de ce service sont de Develly, Langlace et Riton ; 7° un service, dit de la Culture des fleurs ; 8° un service, dit des Arts industriels, peintures de Develly ; 9° un vase forme grecque, de lm,65 de haut et lm,80 de diametre ; la peinture du milieu du vase en forme camee represente « Louis XIV recevant ses ministresqui, apreslamort de Mazarin, viennent lui demander avec qui ils travailleraient desormais. et leur repondant : Avec moi » ; le col du vase est decore de medaillons representant des personnages illustres du siecle de Louis XIV, Louvois, Colbert, Desmarels. Seguier, Lamoignon, d'Aguesseau; la composition de ce vase, destine au chateau de Versailles, etait de Lafitte ; la peinture en fut executee par Parant; les ornements etaient de Leloy ; 10° un vase ovale, fond vert. hauteur 0m,70, consacre a rappeler les voyages des deux Bougainville: sur une des faces, un medaillon represente l'obelisque edge en memoire de La Peyrouse sur la plage de Botany-Bay; sur l'autre face, on voil la Boudeuse et YEtoile, commandoes, en 1766, par Louis-Antoine de Bougainville, et la Thetis et YEspirance, cummandees, en 1824, par le baron de Bougainville, son fils; la composition est de Leloy, lespaysages sontde Poupart et les camai'eux de Barbin; ce vase fut donneparle roiau baron de Bougainville; 11° un vase de grande dimension, 0m,90 de hauteur et 0m,35 de diametre, portant la copie, sur fond de ciel bleu, de YAssomption du Poussin par M"° Perlet; 12° deux vases, forme derivee du vase Medicis, avec six medaillons et imitations de camee, representant allegoriquement les differentes attributions du departement des Beaux-Arts de la Maison du roi; composition generale de Fragonard: peinture des medaillons et camees de Schilt ; vases destines au roi de Prusse; 13 un vase Medicis, de lm.io de haut et 1 metre de diametre, fond bleu et ornements or; coquilles, fleurs et oiseaux de Philippon;

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14° deux vases Clodion, dits des Bienfaiteurs de l'humanite, portraits de saint Vincent de Paul et de John Howard, peints par Didier; 15° un service de table, dit du Voyage pittoresque en Europe; 16" un dejeuner des vues dc l'ancienne Alsace, peint par Van Marck, d'apres Schweighauser ; 17° un dejeuner dit des Poetes anacreontiques ; le plateau porte l'apotheose d'Anacreon par Girodet, peint par Le Guay.

Apres avoir enumere les ceuvres les plus remarquables, fabriquees a Sevres, pendant la Restauration, il nous faut signaler quelques progress realises dans la technique, pendant cetle meme periode. En 1818, un certain de Saint-Amand avait invenle un procede de rnoulage qui diminuait de moitic les frais de main-d'eeuvre ; la Manufacture en acheta le brevet, pour la modique sorarac de 1,500 francs etle mit en pratique dans ses ateliers. En 1819, l'atelier de montage flit organise defmitivement par Brongniart. Pendant l'annee 1824, le laboraloire d'essai se livra a des experiences sur la fabrication d'une pate de kaolin, as sezsemblablc a cellc des Chinois, mais on abandonna ces essais, peu apres, et pour desraisons qui nc nous sont point connues. Au mois de juillet 1828, Brongniart crea au depot de la Manufacture, sis a Paris rue de Rivoli, pres le pavilion de Marsan, une ecole speciale ayant pour but de donner gratuitement aux artistes, l'instruction pratique pour l'emploi des couleurs vitrifiables sur porcelaine, faience et verre. Des el6ves internes y travaillaient toute la journde; des eleves externes y ctaient admis a des heures et jours determines, et pouvaient demander aux professeurs des conseils. Cette ecole cut une existence cphemere.

Enfin, a l'aclif de cette periode il faut encore porter une creation administrative nouvelle, d'un grand int6ret au point de vue de l'histoire de l'art. Brongniart, qui en caressait depuis longtemps l'idee, obtint d'installer dans la Manufacture un atelier pour la fabrication des vilraux peints. L'atelier commenca a fonclionner en 1827. Le gouvernement mit a sa disposition un credit de 26,000 francs et nomma M. Robert chef des travaux. Le prefet de la Seine, en vue de favoriser cette creation, fit une commande de 30,000 francs de vilraux pour la sacristie de l'eglise de Notre-Dame de Lorette. En 1829, l'atelier executait pour l'Ecole polytechnique deux vitraux, dont les compositions represented, sur l'un, la decouverle du verre par les Pheniciens, sur l'autre, un bouquet de fleurs, dans lequel on a employe toutes les couleurs dont disposait la palette des verriers. L'atelier disparut avec la monarchie de Juillet.

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On voit que, sinon au point tie vue artistique, du moins au point de vue de la production, la periode qui nous occupe fut assez feconde. Sous la Restauration. les depenses de la Manufacture s'elevaient en moyenne, annuellement, a 300,000 francs. Les ventes, soit a la Couronne, soit aux particuliers, atteignirent, chaque ann6e, le chiffre de 100 a 1 10,000 francs. En outre, I'inventaire, drcsse au mois d'avril 1830, accusait comme existence en magasin 47.701 pieces, evaluees a 1,209,651 francs. Sevres, en raoinsde quinze annees, avaitdonc reconstitue sesapprovisionnements. dilapides par les Allemands, el la production avait repris un cours normal. Ajoutons que la reputation europeenne de la Manufacture n'avait pas decru. Sous la Restauration, comme sous l'Empire, les porcelaines de Sevres constituerent le fonds principal des presents diplomatiques. Nous avons releve, a ce propos, dans les inventaires, sur les registres de vente et dans la correspondance de la Manufacture, quelques informations pen connues et assez curieuses.

En 1817, le roi faisait don au due de Kent do 14.855 francs de porcelaines. En 1821, le ducDecazes recevait, en cadeau royal, le service ditdes Fruits. En 182:2. le mi decidait qu'on attribuerait a nos ambassadeurs une partie des produits des Manufactures royales. pour qu'ils pussent se parer, aux yeux des Cours etrangeres, des produits les plus precieux de l'industrie franchise. En consequence, on envoya des services de table et des vases decoresa M. de Chateaubriand, ambassadeur aLondres, au marquis de Moustier, ambassadeur en Suisse, au due de Montmorency-Laval. ambassadeur a Rome, au marquis de Gabriac, ambassadeur a Stockolm, a M. de Rayneval, ambassadeur a Berlin. Dans cesliberalites intelligentes, l'Ecole francaise de Rome, ne fut point oubliee. En raison de son influence artistique et mondaine, Guerin, qui en etait le directeur, recul, pour sa table et pour la decoration de ses salons, un lot de porcelaines de 1,200 francs.

Les cadeaux faits par le roi aux souverains etrangers et aux personnages de haute marque ont une valeur plus considerable. En 1825, Charles X faisait envoyer au President d'Haiti, par Finterm6diaire de M. le baron de Mackau, et du capitainc de vaisseau de Melay, un service de table, a decoration de fleurs et de fruits, evalue 33,520 francs. Le roi de Naples recevait. vers le menie temps, pour 52.400 francs de porcelaine. II etait fait present au prince de Saxe-Cobourg d'une table en porcelaine, dont les peintures representaient plusieurs vues du Musee du

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Louvre. Lc sacre du nouveau roi de France, fat, en outre, l'occasion de nombreux presents, dont la valeur totale atteignit 112.000 francs. Le due de Northumberland, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, recut le vase du Combat des Nymphes et des Amours, evalue 48,000 francs; le prince Wolkonski, ambassadeur extraordinaire de Russie, unc table jardiniere, de lm,2.'i de diametre, ornee de bas-reliefs represenlant des enfants jouant et de fleurs executees par Parant. Cette table etait du prix de 32,000 francs. Le roi offrit au prince Eslherazy, ambassadeur d'Aulriche, pour 10, GOO francs de porcelaines et au due de Villa-Ilermosa. ambassadeur d'Espagne, pour 16,500 francs.

En 1826, on envoya au pape le bureau-secretaire dit des Produits de la nature, evalue 30,000 francs, unc pendule de grand salon en biscuit, de 90 centimetres de hauteur, decoree de plaques de porcelaines montees en bronze, dont les sujets representaient les trois principales epoques de l'horlogerie, la clepsydre, l'horloge a poids, et l'horlogc a pendule, piece admirable qui coutait 9,000 francs. On y joignait deux vases, dits de Fioreal, cotes 7,000 francs la paire.

Dans l'ctat des presents pour les annees 1825, 1826, 1827, 1828 et 1829. nous relevons cgalemenl les mentions suivantes, interessa l'Art et la Lilt6ralure. Par decision en date du 23 Juillet 1825, Charles X en temoignage de sa satisfaction pour « l'opera » que Rossini a fait execuler, apropos du sacre, accorde au musicien un pr6sent de 3,000 francs de porcelaines. A l'occasion du ineme evenement, il ordonne que Ton remette pour 500 francs de porcelaines aux compositeurs et librettistcs de l'opera de Pharamond, Ancelot, Guiraud, Soumet, Roieldieu, Rerlon et Kreutzer. Victor Hugo recoit un present de memo valeur pour l'ode qu'il a composee, et M. de Chazct est gralifie de 1,000 francs de porcelaines pour une piece de poesie surle Sacre egalement. En 1826, Rubini, dn theatre Ralien, recoit un cadeau de 300 francs de porcelaines; l'annee suivante, le 14 octobre, Scribe est gralifie de 500 francs de porcelaines cuiiime auleur du ballet de la Somnambula. En 1828, Charles X fait envoyer pour 800 francs de Sevres a Soumet, pour une poesie qu'il a composee lors de l'inauguration du buste du roi aux Invalides ; la meme annee, il accorde pour 3,000 francs de vases au due de Luynes, comme marque de felicitation pour ses voyages et ses travaux artistiques. En 1829, le roi. exLremement « satisfait du jeu du sieur Nourrit et de la demoiselle Noblet, arlistes de l'Academie royale de musique » ordonne

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qu'il leur soil envoye de la Manufacture un cadeau tie la valour de 300 francs; cnfin, le baron Thenard regoit un don dc 1,200 francs dc porcelaines, pour ses travaux de chimie. On voit qu'aucun genre de celebrite n'elait oublie dans les presents royaux.

Les principaux artistes de Sevres, sous la Restauration, sonl, corame sculpteurs, Regnier, Boquet, Alexandre Bracbard, Mascret ct Marchand pere ; comme peinlres, Lc Guay, Bsranger, Conslanlin, Georget, Develly (genre ct animaux), Robert, Le Bel, Poupart, Langlace, paysagistes, Drouel. Philippine, Sisson pere, Jacobber, Chaponet, peinlres de fleurs, Huart, Schilt, Barbin, Didier, Riton, Weidinger, peinlres d'ornemenls, Godin, melteur de fonds el cnfin la celebre M"" Jacquolot. Beaucoup de ccs noras sonl aujourd'hui oublics. La faule en esl moins, cependant, aux artistes qui les ont porles qu'au peu de gout el au defaut d'originalilc el au manque d'invenlion de la periode qu'ils Iraversercnl.

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Lk regno de Louis-Philippe, lui aussi, se recommande plus, a la Manufacture tie Sevres, par les progres techniques que par la perfection de 1' execution artistique. C'esf pendant cette periode que la Manufacture commenoa de fabriquer des fonds de grand feu. En 1838. on vit, pour la premiere fois, exposes a Sevres, des vases de porcelaine dure decores en vert celadon, en vert emeraude, en vert bleuatre, en brun chocolat, en jaune Isabelle, en rose, etc. La palette des peintres se trouva singulierement enrichie par ces conquetes brillantes, dont il faut faire honneur a Bunel ainsi qu'a Paul Noualhier, et qui eurent pour corollaire la decouvertc d'un certain nombre de couleurs nouvelles appliquees aux vitraux. La fabrication de ces derniers prit, aussi, dans les premieres annees du regne, une extension considerable. Des artistes considerables furent meme appeles a fournir des modeles. Deveria, Paul Flandrin, Ingres, Delacroix, Wattier, Chenavard, Delaroche, Yiollet le Due, composerent, dans ce but, des sujets et des entourages decoratifs. Parmi les ceuvres importantes qui sortirent de la Manufacture, a cette epoque, on peut citer : 1° Une grande fenetre, de 3m,i0 de haut sur lm,36 de large, commandee

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en 1831 par le roi, pour la chapelle du chateau d'Eu ; la composition executee par Vatinelli, sur les cartons de Paul Delaroche, representc saintc Amelie, fille de Christian, prince souverain de la foret des Ardennes, au temps de Charlemagne, et patronne de la reine Amelie;

2° Un vitrail, de 6m,65 dehaut sur 3m,43 de longueur, destine a la piece d'introduction d'un grand musee d'art, dontla composition due a Chcnavard symbolisait les inventions el les travaux de la Renaissance ;le pri\ en etait de 30,000 francs ;

3° Le grand vitrail du portail de l'eglise d'Eu, qui couta 12,000 francs, etc.

Mais les investigations des savants ne se porterent pas uniquement sur les couleurs. Les chimistes distingues, attaches a la Manufacture, se preoccuperent ardemment de retrouver les secrets de fabrication de la porcelaine chinoise. Dans le chapitre precedent, nous avons signale les travaux de M. Robert. Ce savant put se flatter un instant d'avoir reussi. et composa meme une pate de kaolin, denommee par lui kaolin cbinois ; mais ses rechercb.es furent brusquement interrompues et finalemcnt abandonnees jusqu'en 1842. A cette date, Brongniarl que le gouvernement du roi-citoyen avait maintenu a la tete de la Manufacture, adressa au general de la congregation de Saint-Lazare, qui fournissait les missionnaires a la Chine, une instruction dctaillee, en vue d'obtenir, par son intermediate, des documents certains sur la fabrication de la porcelaine de Chine, en meme temps que des echantillons de matieres premieres et de produits en cours de fabrication. Le 1" novembre 1844, le Pere Ly expediait a la Manufacture une collection tres complete forraee dans les conditions indiquees par Brongniart. Ebelmen et Salvetat, chimistes de Sevres, se livrerenta une minutieuse analyse de cet envoi ; ils completerenl leurs travaux par un examen des echantillons faisant partie du cabinet de M. Itier, et de la collection de l'Ecole des Mines de Paris, laquelle avait ete formee sur la demandc de Stanislas Jullien, le celebre sinologue.

En meme temps qu'on s'efforcait de surprendre les secrets des Chinois, une curieuse tentative etait faite pour retrouver la formule de la pate tendre, que les ceramistes du commencement du siecle avaient laissee se perdre. En 1847, Ebelmen decouvrait dans les caves de la Manufacture 1,500 kilogrammes de cette pate, preparee en 1784. II s'efforca, apres l'avoir analysee severement, d'en reproduire une imitation ; il dut y renoncer en presence de ses insucces reiteres. De son cote, le chef

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des ateliers, Regnier, s'etait livre a des recherches semblables; il avait trouve une pate plastique qu'il denomma patechinoise, a cause des analogies qu'elle presentait avec la vraie pate chinoise, au niodelage, par sa tenacite au degourdi, et sa couleur un peu grisatre. Mais toutes ces experiences et ces inventions fort interessantes, et qui allaierit, par la suite, ouvrir des voies nouvelles a la ceramique, resterent, pour le moment, sans application pratique. II n'en fut pas de meme pour la decoration en pate sur pate qui devait, a courte echeance, amener une transformation dansl'ornementation des grandes pieces. En 1846, Regnier exposait la celebre coupe, elite de Henri II, decoree par ce precede, qui fut complete par Robert, en 18i9. et dont nous parlerons longuement dans lc cbapitre suivant. La meme annee, l'exposition contenait les premieres productions de l'atelier d'cmaillage, etabli, sur la demande de Louis-Philippe et dont la direction avait etc confice au celebre peintre d'emaux, Meyer-Heine. La piece principale. qui obtint un tres grand succes de curiosite titait un petit tableau sur plaque de porcelaine, de 0m,28 de hauteur sur 0m,22 de largeur, representant, d'apres le tableau du peintre de Baeq, Palissy br&lant ses meubles pour fabriquer son premier vase. Le tableau etait enloure d'un riche cadre, compose d'ornements en cuivrc emaille sur fond de paillons, avec figurines en biscuit et en bronze dorc, dont Klagmann avait fait la sculpture et Armand Feuchere la monture. Cette piece etait cotee 4,500 francs. On voit que peu de periodes offrent au point de vue technique une moisson plus variee et plus abondante.

Malheureusement, au point de vue artistique il n'en est pas ainsi. La production de Sevres sous le regne de Louis-Philippe presente a peu pres le meme caractere que sous la Restauration. Des genres idendques y sont cultives, la m^me mode y fleurit, et les memes heresies artistiques se manifestent avec eclat. On continue de fabriquer des pendules, a.sujets symboliques ethistoriques, de styles varies, turc, arabe, reman, gothique espagnol, etc., creations d'un gout au moins douteux, dont le musee de la Manufacture contient des specimens fort etranges; et cette fabrication occupe plus de la moitie du personnel. On execute aussi de nombreux tableaux en porcelaine. Les meubles de tous genres, aux architectures inattendues, alternent avec les miniatures, etc. Onpeint sur les fonds d'assiettes, sur les panses des vases, des coupes et des tasses, les portraits du roi, de la reinc, des princes, de la reine d'Angleterre, du prince consort, de

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Dunois, des chevaliers illustres, des inventeurs celebres, des grands educateurs de l'humanite, des episodes empruntes a la vie des peintres espagnols, etc. Le Moyen Age, que Notre-Dame de Victor Hugo avail. acheve de raettre en vogue, et auquelles tableaux de l'ecole romantique, et les travaux des Merimee, des Vitet, des Viollet le Due, avaient conquis toute une legion d'admirateurs, fait sentir son influence a Sevres el provoque Feclosion d'un art tourmente el bizarre, d'un sentimentalisme pueril et d'un symbolisme melancolique. qui cxerce plus de ravages encore que ne Favait fait, quaranle ans plus tot, l'invasion du Romain et de FEgyplien. Le Gothique, en effet, acheve de miner la tradition de grace, d'elegance et de coloris barmonieux, creee par le xvni° siecle. L'Empire avait encore, ainsi que nous l'avons demontre, beneficie d'un reste des traditions airaables de ce siecle. En outre, la representation symbolique de nos gloires militaires donnaitune certaine grandeur, une originalite pittoresque aux OBUvres de ce temps. Sous Louis-Philippe, les imitations banales d'un autre age, n'evoquant aucune id6e g6n6reuse et ne se rattachant a aucune manifestation de l'esprit moderne, ou de la puissance nationale, ne pouvaient qu'aboutir a un art batard, atrophic-, incapable non seulement d'enfanter de grandes 03uvres, raais simplement de donner naissance a une production elegante ou spirituelle. Aussi Sevres se traina-t-il, pendant toute cette periode, dans Forniere de la Restauration. Les nouveaux artistes qui collaborent avec ceux dont nous avons donne precedemment les noms, sont : les architeotes Fontaine, Dubreuil, Bouchet; les sculpteurs et ornemanistes, Armand el Leon Feucheres, Klagmann, Lejour, Combettes, Antonin Moine, Triqueti ; les peintres et dessinateurs, Moriot, Leloy, Chenavard, Hyacinlhe Regnier, Desbojuf, Jules Andre, Laurent, Dauzats, Garneniy, Julienne, Delahaye, Ferdinand Regnier, Demoulins, Mmc Ducluzeau, et M""' Turgan. En depit du manque de goutet des applications singulieres qu'on fit alors de la porcelaine, la renommee de Sevres etait encore si universelle, qu'il fut question de creer a Bruxelles une Manufacture royale de porcelaine, sur le modele de la Manufacture de Sevres. Le roi Leopold, Ires enthousiaste de cette idee, avait demande a Brongniart de se charger de cette organisation et de fournir un directeur competent a la nouvelle Manufacture. Sur la recommandation de J.-B. Dumas, il choisit pour cette importante fonction, un jeune chimiste, nomine Decaux, et le fit travailler aupres de lui, pendant deux ans, pour le preparer a sa

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tache nouvelle. Mais le projet fut abandonne et le futur directeur de la Manufacture royale de Belgique entra aux Gobelins, dans le service de M. Chevreul, auquel il a succcde, il y a quelques annees, comme chef des travaux chimiques.

La Revolution de 1818 fit passer la Manufacture au ministere de I'Agriculture ct du Commerce. La Commission des monuments historiques avaif essaye. vainement, d'obtenir, par l'inlcrmediairc de Merimee, qu'elle fut attribute au ministere de l'lnstruction publiquc. Les evenements politiques de cette pcriode apporterent un grand ralentissement dans la fabrication ; les nouveaux rfcglements imposes par ^administration superieure n'etaicnt pas non plus de nature a en favoriser le developpemriil. Le 9 fcvrier 1849, le ministre prenait un arrete, aux termes duquel il ctait present au directeur de Sevres de n'entreprendre aucun travail nouveau dans les ateliers, sans en avoir prealablement oblenu l'autorisation. Les chefs des divers departements devaient, en outre, adrcsser au ministre un rapport mensuel sur les travaux de chaque artiste, sur l'etat d'avancement des pieces, sur leur prix, sur la date probable de leur achevement et sur les projets en preparation. Fort heureusement, cet arrete ne fut maintenu que fort pcu de temps.

La Commission des Manufactures nationales, dont nous avons indique la composition dans l'histoire des Gobelins, s'occupa egalement de retablissement de Sevres* Apres en avoir etudie minutieusement 1' organisation, pendant de longs mois, la Commission emit, dans la conclusion de son rapport, un vcbu pour le retablissement de la fabrication de laporcelaine tendre, qui avait ete abandonnee et pour la creation dun atelier de faience. La Manufacture devait, a son avis, se preoccuper specialement de produire dans se? ateliers les cauvres suivantes : « Grands medaillons, a l'imitation des pieces dont l'art italien a donne de si beaux modeles; grands vases pour la glorification de faits collectifs; coupes pour les cornices agricoles. pour les courses de chevaux; vases demoindres dimensions pour honorer les travaux individuels des savants et pour recompenser les services rendus a l'Etat. » La question dumode a adopter pour obtenir de bons modeles, preoccupa aussi la Commission, qui consacra a son examen plusieurs seances. Le concours public fut propose ; la Commission le repoussa, craignant que les artistes de valeur ne consentissent jamais a se soumettre aux jugemenls d'un jury et aux aleas d'un concours. L'organisation d'un personnel fixe ne trouva qu'une minorite de partisans ;

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Dunois, des chevaliers illustres, cles inventeurs celebres. des grands educateurs de l'humanite, des episodes empruntes a la vie des peintres espagnols, etc. Le Moyen Age, que Nolre-Dame de Victor Hugo avail acheve de mettre en vogue, et auquel les tableaux de I'ecole romantique, et les travaux des Merimee, des Vitet, des Viollet le Due, avaient eonquis toule une legion d'admirateurs, fait senlir son influence a Sevres el provoque I'eclosion d'un ail tourmente el bizarre, d'un sentimentalisme pueril el d'un symbolisme melancolique, qui exerceplus de ravages encore que ne l'avait fait, quarante ans plus tot, l'invasion du Romain et de 1'Egyptien. Le Gothique, en effet, acheve de miner la tradition de grace, d'elenanee et de coloris harmonieux. crcee par le xvni" siecle. L'Empire avait encore, ainsi que nous l'avons demontre, beneficie d'un reste des traditions aimables de ce siecle. En outre, la representation symbolique de nos gloires militaires donnait une certaine grandeur, une originalite pittoresque aux OBuvres de ce temps. Sous Louis-Philippe, les imitations banales d'un autre age, n'evoquant aucune idee genereuse et ne serattachant a aucune manifestation de l'esprit moderne, ou de la puissance nationale, ne pouvaient qu'aboutir a un art batard, atrophie, incapable non seulement d'enfanter de grandes ceuvres. mais simplement de donner naissance a une production elegante ou spirituelle. An>-i Sevres se traina-t-il. pendant toute cette periode. dans l'orniere de la Rcslauration. Les nouveaux artistes qui collaborent avec ceux dont nous avons donne precedemment les noms, sont : les architeotes Fontaine, Dubreuil. Bouchet; les sculpteurs et ornemanistes, Arnnmd et Leon Feucheres, Klagmann, Lejour, Combettes, Antonin Moine, Triqueti; les peintres et dessinateurs, Moriot, Leloy, Chenavard, Ilyacinthe Regnier, Desbceuf, Jules Andre, Laurent, Dauzats, Garneray, Julienne, Delahaye, Ferdinand Regnier, Demoulins, Mrac Ducluzeau. el Mmc Turgan. En depit du manque de gout et des applications singulieres qu'on fit alors de la porcelaine, la renoinmee de Sevres etait encore si universelle, qu'il hit question de creer a Bruxelles une Manufacture royale de porcelaine, sur le modele de la Manufacture de Sevres. Le roi Leopold, tres enthousiaste de cette idee, avait demande a Brongniart de se charger de cette organisation et de fournir un directeur competent a la nouvelle Manufacture. Sur la recommandation de J.-B. Dumas, il choisit pour cette importante fonction, un jeune chimiste, nomine Decaux, et le fit travailler aupr^s de lui, pendant deux ans, pour le preparer a sa

tache nouvelle. Mais le projet fut abandonne et le futur directeur dc la Manufacture royale dc Belgique enlra aux Gobelins, dans le service de M. Chevreul, auquel il a succede, il y a quelques annecs, comme chef des travaux chimiques.

La Revolution de i 8 i 8 fil passer la Manufacture au minislerc dc I'Agriculture et du Commerce. La Commission des monuments historiqucs avait essaye, vainement, d'obtenir, par I'intermediaire de Merimee, qu'ellc fut attribute au minislere de l'lnstruction publique. Les evenements politiques dc eclte periode apporlerent un grand ralentissement dans la fabrication ; les nouveaux rfcglements imposes par l'administration superieurc n'ctaient pas non plus de nature a en favoriser le developpement. Le !) f6vrier 18't(), le ministre prenait un arrete, aux termes duquel il etait prescrit an directeur de Sevres de n'entreprendre aucun travail nouveau dans les ateliers, sans en avoir prealablement obtenu l'autorisalion. Les chefs des divers departments devaient, en outre, adrcsscr au niinisliv un rapport mensuel sur les travaux de chaque artiste, sur l'clat d'avancement des pieces, sur leur prix, sur la date probable de leur aclieveuienl et sur les projets en preparation. Fort heureusement, cet arrete ne fut maintenu que fort pcu de temps.

La Commission des Manufactures nationales, dont nous avons indique la composition dans I'liisLoire des Gobelins, s'occupa egalement de l'etablissement de Sevres.' Apres en avoir etudie minutieusement 1' organisation, pendant de longs mois, la Commission emit, dans la conclusion de son rapport, un voeu pour le retablissement de la fabrication de laporcelaine tendre, qui avait etc abandonnee et pour la creation dun atelier de faience. La Manufacture devait, a son avis, se preoccuper specialement de produire dans ses ateliers les oeuvres suivantes : « Grands medaillons, a l'iinitation des pieces dont l'art italien a donne de si beaux modeles; grands vases pour la glorification de faits collectifs; coupes pour les cornices agricoles, pour les courses de chevaux; vases de moindres dimensions pour honorer les travaux individuels des savants et pour recompenser les services rendus a l'Etat. » La question dumode a adopter pour obtenir de bons modeles, preoccupa aussi la Commission, qui consacra a son examen plusieurs seances. Le concours public fut propose ; la Commission le repoussa, craignant que les artistes de valeur ne consentissent jamais a se soumettre auxjugements d'un jury etauxaleas d'un concours. L'organisation d'un personnel fixe ne Lrouva qu'une minorite de partisans ;

la Commission n'etait point hostile au principe de ce systemc, mais elle demanda qu'il fut adjoint aux cadres permanents un groupe d'artistcs d' elite, independants, qui. sans abandonner leurs travaux personnels, apporleraient, pour un temps limite. a la Manufacture, le concours preeieux de leur talent. Paul Delarochc fit la proposition de nommer a Sevres un dessinateur de figures et mit en avant, pour cette place, les noms de Flandrin et de M. Gerome qui, a l'age de vingt-trois ans. avait remporte, au Salon de 1847, un grand succes avec son Combat de cogs. La proposition n'eut pas de suites. Plus tard un conflit se produisit cntre le minislie de 1' Agriculture et du Commerce et la Commission, conflit qui temoigne de Pindependance et de la conscience que celle-ci apportait dans ses travaux. Le ministre avail signe avec M. Sallandrouze, d'Aubusson, une convention autorisant celui-ci a etablir, dans se- galeries a Londres. un magasin de venle de porcelaines de Sevres et de tapisseries des Gobelins. La Commission obtint I'annulation de cette convention; « les Manufactures national esne devantpas, disait-elle.se laisserentrainer a faire du commerce; le caractere de l'institution s'y opposant imperieusement ». Sevres cependant prit part a l'Exposition aniverselle de I8.">1; et M. de Lasteyrie, qui fut charge de r6diger le rapport general sur la ceramique, porta sur sa production un jugemenl tres favorable. II felicita la direction d'avoir pris l'initiative des precedes de coulage pour les tasses et les pieces de grande dimension, d'avoir substitue la houille au bois el d'avoir mis en pratique la decoration au inoyen de pates appliquees. Le rapporteur regardait la peinture de tableaux sur porcelaine, conime une des gloires les plus brillantes de la Manufacture; Sevres avait expose la Vierge an voile, de Raphael, la Sainte famille, du Parmesan, et la Madone de P6rouse,A& Raphael. Toutefois, ces eloges etaient accompngnes d'un blame vigoureux, qui visait a la fois l'imitation de la faience par la porcelaine, la peinture de paysages sur des vases ronds et sur des assiettes, et le choix sans discernement des montures en metal. Le jury de l'Exposition decerna a la Manufacture de Sfevres la plus haute recompense, en motivant ainsi son jugement : « Consideree comme une ecole dont le but est non de suivre, mais de guiderle gout public; e'est un etablissement dont 1'importance peut etre grandement appreciee. Son influence s'est etendue sur toute l'Europe et une grande partie des plus belles formes et des plus riches decorations exposees soit par l'Angleterre, soit par les autres nations, derivent ou par une imitation direcle.

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ou par de legeres modifications, des productions de la vieille ecole de Sevres. » M. Delaborde se montra plus severe a l'egard de notre etablissement national, dans son admirable rapport au trentieme jury. « En general, ce qui manque dans cette Manufacture, disait-il, et ce qu'il faut en chasser, e'est 1'eclectisme. On y fait de l'etrusque, du chinois, de l'arabe, du grec, de la renaissance, de tout un peu et avec une complaisance qui tient a la fois des gouts errones du public et des tendances de M. Dieterle, qui ne trouve, dans son talent facile et son caractere obligeant, de resistance a aucune exigence, de defense contre aucune seduction. De la cette exposition de Sevres a Londres, semblable a une exposition universelle, s'adressant a tous les gouts, satisfaisant toutes les modes, prenant a tous les styles et les amalgamant tous ensemble, mais ne monlrant pas franchement a l'industrie le but quelle doit poursuivre. » On verra combien ces critiques etaient fondees et quelles consequences regrettables cette trop facile condescendance allait entrainer pour la Manufacture. Pendant la seconde Republiquc, le budget de la Manufacture varia de 320,000 a 350,000 francs. Les ventes au public atteignirent annuellement 80,000 francs.

Le Coup d'Etat du 2 Decembrc 1851 modifia de nouveau l'organisation administrative de Sevres. L'etablissement fut place dans les attributions de la Maison de l'Empereur. La liste civile pourvut a son entretien et les produits furent presque exclusivement reserves pour la decoration et pour le service de bouche des residences imperiales. M. Ebelmen, qui avait succede a Brongniart, mourut, emporte par une cruelle maladie. M. Victor Regnault, un savant chimiste, membre de l'lnstitut, fut cboisi pour le remplacer. Un des premiers actes du nouveau directeur fut la mise a execution du vceu de la Commission des Manufactures nationales de 1848, relatif a la fabrication de la faience. II chargea M. Vital-Roux, chefde la fabrication, de faire dans toutes les fabriques de faience une minutieuse enquete, qui donna lieu a un rapport, dont les conclusions etaient ainsi formulees : « II n'est pas douteux que cette poterie si degeneree a present doit etre appelee a jouer un role important, en l'annoblissant soit par l'ornemcntation sculpturale, soit en prodiguant une grande richesse de colorations. Pourquoi ne verrions-nous pas revivre, a notre epoque, les beaux temps des faiences italiennes et de Nevers? Pourquoi cette poterie, releguee si has, ne deviendrait-elle pas un objet d'art et de gout, en l'utilisant aux revetements interieurs et exterieurs des monuments et

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des palais, a rembellissement des places publiques et des pares? Les artistes de talent ne vous manqueront pas ; ils sont prets. Et, croyez-le, chacun, dans sa sphere d'intelligence. est tout dispose a obeir au signal que vous allez donner. » L'atelier de faience t'ut mis en activite en 1854 et fonctionna jusqu'en 1870. On peut voir, au musee ceramique de la Manufacture, les principales pieces artistiques qui en sont sorties, pendant cette periode.

Les premieres annees du second Empire sont marquees, a la Manufacture, par les projets de transfert de letablissement dans des bailments neufs, plus vastes et mieux appropries. En 1853, au mois de Janvier, M. Fould ordonna une enquete sur l'etat de la vieille Manufacture, dont la pretendue vetuste, inspirait des craintes serieuses pour la securite des ouvriers et des collections. Cette enquete fut suivie d'un projet de restauration, auquel on ne donna pas suite. En octobre 1856, M. Laudin. architecte de la Manufacture, beau-frere de M. Regnault, soumettait a 1'administration superieure un projet de construction d'une nouvelle Manufacture, sur les bords de la Seine, pres du pont de Sevres, dans le pare de Saint-Cloud. Le terrain a affecter devait mesurer 40,127 metres et les constructions couvrir 10,000 metres environ. Le Conseil d'Etat, en 1858, et le Conseil des Batiments civils, en 1859, donnerent leur approbation a ce projet. La Chambre des deputes vota les premiers credits le 27 juillet 1861, et les travaux commencerent en aout de cette meme annee. La vieille Manufacture, qui menacait ruine, est aujourd'hui debout, encore solide et majestueuse. Elle abrite l'Ecole normale secondaire de jeunes Giles.

La reine d'Angleterre visita, en 1855, la Manufacture de Sevres; l'Empereur, comme souvenir de cette visite, lui offrit un tableau sur porcelaine, d'une valeur de 22,000 francs, representant le Coup de soleil, de Ruysdael, peint par Langlace. L'annee suivante, Napoleon 111 fit present au prince Albert d'un grand vase en biscuit, fond rouge, sur lequel le peintre Brunel-Rocques avait peint des figures representant les diverses puissances du monde, apportant les produits de leur industrie a l'Exposition universelle de Londrcs.

Si le second Empire constitua, pour la Manufacture de Sevres, une periode grande d'activite, en raison des besoins constants et nombreu\ des residences imperiales, et de la politique generosite du gouvernement a l'egard des associations de bienfaisance, des loleries de charite, des concours agricoles et des fonclionnaires de tous ordres, il ne laissa,

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toutefois, dans l'histoire dc la ceramique aucune trace bien serieuse. En aucun temps, la fabrication n'etait tombee aussi bas. M. Regnault fut sans doute, un savant tres distingue, fort apprecie par l'Academie des Sciences; mais l'art lui resta toujours completement Stranger. La decadence, que signalait M. Delaborde, en 1831, avec une si eloquente energie, ne fit que s'accentuer. Sevres semblait avoir perdu la notion des principes essenliels qui doivent presider a la forme ct a la decoration.

Vase en porcelaine dure, deeor en pate sur pate.

L'eclectismc, dont on se plaignait, etait devenu la confusion des styles et des colorations. Sous le pretextc de faire grand, on ne faisait que du monstrueux et de l'enorme. Le cuivre et le bronze intervenaient, dans la fabrication des vases et des coupes, en de telles proportions qu'on hesite a determiner, dans les produits de ce temps, qui l'emporte, de l'industrie du metal ou de la ceramique. Les peintres de leur cote alourdirent la matiere premiere d'epaisses compositions, de massifs ornements d'or et d'argent.

Dans les dernieres annees du regne, la passion ardente de l'impera-

trice pour Marie-Antoinette et la mode feminine qui s'ensuivit. provoquerent une reaction en faveur de l'art gracieux et delicat de la fin du xvni0 siecle : mais en l'absence d'un gout veritable et d'une serieuse education artistique, cette reaction n'aboutit guere qua une imitation servile des peintures et des formes de cette epoque; et un ecrivain, qui a fait de la ceramique le but constant de ses etudes, M. Adalbert de Beaumont, pouvait ecrire, ces lignes d'une severite justifiee : « La Manufacture de Sevres est une des gloires de l'industrie franchise. Elle porta autrefois jusqu'en Chine ses produits precieusement consacres comme objets d'art. C"est qu'elle savait, a cette epoque, fabriquer; elle ne le sait plus aujourd'hui. Meconnaissant les vrais principes, elle a voulu, par trop d'ambition, par trop de foi peut-tHre dans les ressources de la science et sans but determine, se jeter dans une voie qui n'est pas la sienne. Nous voudrions voir la Manufacture de Sevres faire comme celle de King Te Chen, chercher les couleurs unies, mais non pas uniformes, c'est-a-dire modulees. vibrantes, et qui, par l'eclat et la finesse des nuances, valent tous les sujets decoratifs1. » L'Exposition universelle de 1878 a prouve combien cette decadence artistique de la periode du second Empire etait profonde et avait touche la Manufacture dans ses sources vives. Dix ans apres la chute du regime, en depit des reformes administratives, de la creation de la Commission de perfectionnement, et du developpement du gout general, sa production provoquait encore des critiques unanimes.

Lorsque la Revolution du 4 septembre eut chasse l'Empire, la Manufacture nationale de Sevres fut comprise dans les services du ministere de l'Agriculture et du Commerce. L'administration ne subit aucune modification ; l"heure etait a des preoccupations d'une extreme gravite : le ministre enjoignait, a la date du 6 septembre, au garde general des magasins de prendre immediatement toutes les mesures pour transporter a Paris les produits, le musee et la bibliotheque de la Manufacture, Sevres pouvant. en raison de sa situation strategique, devenir un point d'attaque. L'administration proceda immediatement au demenagement. On enlerma le musee ceramique dans 1 ti caisses.les porcelaines en magasin oudans les ateliers, dans 290 caisses. la bibbotheque, les livres et les tableaux furent places dans des voitures speciales. Le garde-meuble recut

1 Revue des Deux-Mondes, juin 1862.

les porcelaines,l'h6tel du ministre, situe" 78, rue de Varennes, les livres et les tableaux ; le musee fut reparti entre les caves du Louvre et le ministere de l'Agriculture et du Commerce, 60, rue Saint-Dominique-Saint- Germain. La mesure etait urgente. La derniere voiture, chargee des pieces du musee, partit le dimanche 48 septembre, a 10 heures du soir, et Ton n'eut meme point le temps d'enlever les livres de comptabilite, les archives, et deux caisses contenant des pieces du musee, qui avaient 6te" oubliees. Dans la nuit, le genie faisait sauter le pont de Sevres et le lundi matin, la Manufacture el la ville etaient au pouvoir des Allemands. 141 artistes et ouvriers, faisant partie de la garde nationale et de la garde mobile, entrerent dans Paris ' ; les autres, au nombre dune centaine, reslercnt a Sevres. L'administration se trouva ainsi scindee en deux. MM. Regnault directeur, Salvetat cliimiste, Robert chef des travaux, Riocreux, directeur du musee, etaient demeures a leur poste. MM. Nicolle administrates adjoint, et Ambroise Milet, chef des fours et pates, rentr6s a Paris, furent charges des interSts de la Manufacture, et inslalles au College de France. A la date du 20 septembre, le ministre de FAgriculture et du Commerce, en reponse a une note adress^e par l'Administrateur avant l'inveslissement, decida, conformement aux propositions quelle contenait : 1° la suppression provisoire des travaux ; 2° le payement integral du traitement pour le personnel a appointements fixes, dont la presence continue dans la Manufacture etait exigible ; et 3° le payement de la moilie du traitement pour le personnel des travaux. La creation d'une caisse de secours pour les families des artistes refugiees dans Paris et pour les veuves et les orphelins de ceux qui pouvaient 6tre tu6s, fut egalement autorisee, et M. Nicolle en eut l'administration. Plusieurs artistes trouverent la mort aux avant-postes ou succomberent dans les ambulances. Quelques jours avant la capitulation, les representants de la Manufacture a Paris eurent une cruelle alerte. Un obus tomba sur le ministere du Commerce et de l'Agriculture, et menaca d'incendier les precieuses collections, qui y etaient renfermees. Sur son registre d'administration provisoire, M. Nicolle a consigne avec emotion cet incident, qui co'mcida avec les obseques de Henri Regnault2.

' Le ministre de l'Agriculture et du Commerce, M. Magnin, avait refuse de faire exempter de la garde nationale les employes de la Manufacture.

' Henri Regnault, le peintre celcbre, tue a Buzenval, etait le Ols du directeur de la Manufacture de Sevres.

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Les fonetionnaires et les artistes restes a Sevres avaient espere habiter la Manufacture. Les Allemands, des les premiers jours, y installment une ambulance ; mais l'evacuation complete de l'etablissement ne tarda pas a etre ordonnee par l'etat-major, en m6me temps que celle de la basse ville. La position, d'ailleurs,n'etait guere tenable. Plusieurs obus, envoyes par les defenseurs de Paris, soit du Mont-Yalerien, soit des canonnieres ou des fortifications, etaient tombes sur les batiments. 11 n'y fut maintenu qu'un poste avance de deux soldats. La pr6fecture de Versailles etquelques ouvriers aises de la Manufacture pourvurent aux besoins du personnel, dont les ressources etaient epuisees. Le pillage de la Manufacture ne fut point organise officiellement en 1870, comme il l'avait ete en 1814. II n'y eut que des vols individuals, commis par des maraudeurs, officiers et soldats. M. P>egnault avait ecrit au prince royal pour le prier, au nom de la Science, de faire respecter son laboratoire. Accedant avec empressement a cette requetc faite dans des termes tres dignes, le prince royal ordonna que Ton mil sur la porte du laboratoire une inscription destinee a le preserver contre toute indiscretion. La porte ne fut point ouverte ni brisee ; on entra par la fenetre et on saccagea tout. M. Piiocreux, avant la guerre, avait commence a transporter dans la nouvelle Manufacture les collections de modeles; il n'eut pas le temps de les enlever; la plupart furent pilles ' ou detruits.

Aussitot Paris debloqu6, les artistes de la Manufacture rentrerent a Sevres et demanderent a reprendre leur travail. Le 10 mars, M. Nicolle adressait au ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts, dans les attributions duquel toutes les Manufactures nationales avaient ete placees, par decret du 11 Janvier 1871, une lettre reclamant la reprise immediate des travaux : « Maintenant que l'investissement a cess6, que les communications sont retablies, enfin que la defense de Paris ne reclame plus notre concours, je viens, disait-il, vous demander, monsieur le ministre, en raison de l'inconvenient qu'il y aurait a laisser plus longlemps dans l'inoccupation des artistes et ouvriers speciaux, de vouloir bien decider que les travaux de la Manufacture seront immediatement repris. » L'insurrection de la Commune ajourna la reouverture des ateliers; et le 1" juillet seulement, l'administrateur provisoire, M. Robert,

' Tout recemment, le directeur du musec de Hambourg, M. Brinckmann, a renvoye au musee de Sevres, par voie diplomatique, une collection precieuse de bas-reliefs en cire de la fin du .win- siecle, qui avaient ele enleves de la Manufacture, en 1870, par un officier allemand. et qu'il avail acquis dans une vente apres deces.

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