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faisait transmettre a qui de droit l'avis suivant : « MM. les chefs de service sont invites a prevenir MM. les employes du personnel fixe et des travaux extraordinaires que les travaux reprendront le lundi 3 juillet, aux heures ordinaires annoncees par la cloche. »

A la reprise des travaux, M. Robert hit nomine directeur, en remplacement de M. Regnault, demissionnaire. On vit alors se renouveler les critiques violentes, qui, a chaque renversement de gouvernement monarchique, menacerent l'existencc des Manufactures nationales; mais elles n'aboutirent qu'a une excellente reforme, la creation, le 26 juillet 1872, dune Commission « de perfectionnement au point de vue artistique, des travaux ceramiques de la Manufacture de Sevres ». MM. Due, architecte membre de l'lnstitut, Guillaume, slatuaire, directeur del'Ecole des Beaux- Arts, Mazerolles, artiste peintre, Adrien Dubouche, ancien maire de Limoges, amateur passionne, furent nommes membres de cette commission, que presidail M. Charles Blanc, assiste de M. Champfleury, chef des collections du musee ceramique, corame secretaire. Peu apres, un peintre decorateur, M. Lameire, etait aussi nomme membre de la Commission.

A la seance d'inauguration, qui eut lieu, le 9 novembre suivant, le ministre de l'lnstruction publique, M. Jules Simon, exposait ainsi le but que devait se proposer la Commission :

« L'industriel ne peut faire d'essais couteux qu'a la fin de sa carriere, alors qu'il est riche, et en supposant que son gout n'ait pas ete fausse. Tout commengant s'altelle au mauvais gout public, le favorise et le repand. 11 s'agit de dinger etd'elever le niveau de l'art. Tel est le role de la Manufacture, qui n'a pas a s'inquieter de la mode du jour et doit repondre a une fondation glorieuse, sans se preoccuper des questions de vente immediate. Le ministre, en appelant la Commission a donner son avis sur la direction d'art, s'est preoccupc particulierement de 1'exposition que preparent les trois Manufactures nationales, et il emet le vcbu que les resultats a obtenir lemoignent de l'influence des hommes distingues qui ont accepte de faire partie de la Commission. » L'importance des travaux provoqua, en 1874, 1'adjonction de sept nouveaux membres : MM. duSommerard, directeur du musee de Cluny, Galland, artiste peintre, professeur a l'ecole des Beaux-Arts, Barbet de Jouy, conservateur au musee du Louvre, Jacquemart. auteur d'ouvrages sur la ceramique, Carrier Belleuse, statuaire, Deck, manufacturier ceramiste, Louvrier de Lajolais, membre de IT'nion centrale des arts appliques a l'industrie. M. Gerspach, chef du

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bureau des Manufactures nationales, fut charge des fonctions de secretaire, en remplacement de M. Champfleury.

La creation de cette Commission de Sevres placait la Manufacture dans une situation nouvelle, et en transformait, d'une maniere radicale, le caractere et le but. Jusqu'a ce jour, comme on l'a vu au cours de son histoire, la Manufacture, repondant avec exactitude aux idees qui avaient inspire sa fondation, avait 6t6 exclusivement un etablissement de production, une fabrique royale ou imperiale, destinee a fournir aux souverains les objets mobiliers usuels et de decoration artistique, necessaires a l'ornementation de leurs residences. Seule, la Revolution avait eu, un instant, la preoccupation de lui donner le caractere d'une institution nationale d'enseignement professionnel, pour les industries similaires du pays. II etait reserve a la troisieme Republique de reprendre activement cette idee genereuse, et d'en essayer l'application pratique. Une reforme aussi absolue devait etre forcement tres longue a accomplir. L'evolution s'opera lentement, progressivement. Mais la penetration de l'idee dans l'esprit public d'abord, ensuite dans les programmes officiels, dans les reglements administratifs ne peut fitre contested. Les declarations frequentes, faites dans le Parlement, par ceux qui ont recu la mission de conduire ses destinees en temoignent nettement. En 1881, l'expose des motifs du projet de budget de la Manufacture debutait ainsi : « La Manufacture de Sevres doit 6tre une 6cole ceramique ; elle doit chercher a produire, a cote des pieces magistrales que rindustrie privee n'oserait ex6cuter, des series de formes nouvelles et de decorations originales, qui puissent servir de modeles a l'industrie. »

La Commission se livra done a une etude appro fondie des conditions de production artistique et industrielle de la Manufacture, de son organisme administratif et professionnel, et elle resuma ainsi ses conclusions dans le rapport definitif de ses travaux, dont la redaction fut confiee a M. Due :

« La Manufacture de Sevres possede dans son sein tous les elements necessaires pour la maintenir au niveau de sa reputation europeenne.

La fabrication est superieure ; la science est arrivee a un haut

degre de perfection et peut fournir tous les elements auxiliaires de la fabrication ceramique sous le double rapport de la matiere, des emaux et des couleurs; mais elle doit faire de nouveaux efforts, pour l'avenir; les artistes ont, la plupart, une virtuosite qui ne peut etre surpassee; ils

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possedent presque tous ces qualites naturelles de gout, de grace et de delicatesse qui sont l'apanage de notre temperament national. L'education et l'instruction seules manquent a cet ensemble de brillantes qualites. 11 y a beaucoup a faire dans ce sens : s'instruire par une lente education commencee dans un age tendre ; etudier tous les tresors de Fart du passe, a quelque age ou a quelque pays qu'ils appartienncnt, les dessiner et s'en penetrer pour trouver ensuite sa propre originalite, voila le but auquel doit tendre promptement la Manufacture, et qui la replacera, nous en sommes convaincus, au haut rang de celebrite qu'elle a toujours tenu dans l'opinion de toutes les nations. »

En consequence, la Commission proposa la creation d'une ecole speciale, anne.xee aux ateliers, ou se recruteraient les artistes de Sevres et qui pourrait egalement fournir des ouvriers a l'induslrie privee. L'ecole fut fondee en 1879 et sa surveillance confiee au directeur des travaux d'art de la Manufacture. Lc reglement definit ainsi le but de l'ecole : « Former des decorateurs et des artistes dont les connaissances speciales et l'instruction developpee puissent clever le niveau de l'artceramique en France. » Le nombre des eleves fut fixe a vingt, nommes par lc ministre etchoisis de preference parmi les enfanls des ouvriers de la Manufacture.

Une autre reforme du m6me caractere marque cette periode. Un concours annuel, national, dit prix de Sevres, fut institue, dans le but d'ouvrir la Manufacture aux artistes du dehors, et de renouveler par la, d'une maniere constante, l'atmosphere artistique des ateliers de production. Une prime de 2000 francs fut accordee au laureat, dont l'ceuvre devait etre executee dans l'annee. Le vase devait, en outre, porter son nom. Le premier concours eut lieu en 1875; M. Cheret obtint le prix.

Entrant avec nettete dans le domaine des resolutions pratiques, la Commission etablit ensuite le programme des travaux, qui devaient occuper la Manufacture. Sevres, en devenant une ecole de ceramique, avait pour devoir de favoriser surtout le developpement de l'industrie nationale, par l'exemple d'une production rationnelle, conforme a ses traditions artistiques et a son but d'enseignement. Les souverains etaient disparus ; mais la nation avait conserve avec soin les palais et chateaux, qui, sous lc titre de batiments et edifices nationaux, etaient devenus des musees publics. Leur entretien et leur decoration incombaient directement a l'Etat. Les musees, les bibliolheques, les mairies pouvaient 6tre consideres desormais comme les palais du peuple ; on devait les orner comme le

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furenl autrefois les residences imperiales et royales. La Republique, aussi bien que l'Empire el la Royaule, nouait des alliances politiques el coninierciales avec les autres pays du monde, recevail des ambassadeurs des puissances etrangeres, des personnages eminents par leur science, par leur situation politique ; elle devait continuer la tradition des presents royaux. Enfin, Sevres devait fournir a l'industrie privee et au public des modeles elegants et de bon gout. En consequence, la Commission enuraera ainsi les differents genres de production de la Manufacture : « Vases de faste destines a des souverains, des ambassadeurs et des grands personnages; vases destines a 1'ornemeiitation des musees, des palais et etablissements publics; vases destines a des loteries et oeuvres de bienfaisance ; vases destines a des artistes, hommes de letlres et industriels, en reconnaissance de services rendus; vases de jardins pour perrons et parterres; vases destines a l'ornementation des riches habitations privees ; vases decoratifs ou les souvenirs de Tart oriental peuvent prendre une grande part; petils vases d'appartements pour garnitures de cheminees et meubles ; vases bijoux, pieces fines et capricieuses ne relevant que du gout el de la fantaisie ; services a the et a cafe ; vases trepieds el pieces de surlout de tables ; jardinieres, potiches et cachepots; soupieres, salieres, assiettes; coupes, buires, vidrecomes, cornets, bouteilles; bassin et jattes; grands plats decoratifs pour dressoirs; fontaines, lavabos pour vestibules et salles a manger; grandes pieces d'ornemenlation, pour dessus de cheminees; medaillons, cartels sculptes et colorics pour rornementalion de l'architecture a Tinterieur et a l'exterieur; busies, avec entourages ornes, consoles, credences et supports; carreaux et frises d'ornementation pour salles a manger et salles de bain ; plaques decoratives formant tableaux pour orner les interieurs ; decorations rustiques pour grottes el salles fraicb.es dans des chateaux. » La grande variele de ce programme devait faire de la Manufacture un Conservatoire veritable, oil le gout du public, selon Texpression du rapporteur, pourrait venir s'alimenter et trouver les plus beaux types de Tart ceramique. En s'y conformant, Sevres executa sur modeles choisis, generalement apres concours, des vases speciaux pour la grande galerie du Louvre, pour l'Opera, pour le palais de la Legion d'honneur, pour les laureats des classes des Beaux-Arts, de l'Agricullure, a l'Exposilion universelle de 1878, pour les tirs regionaux, pour des concours de pigeons voyageurs, etc., etc, Depuis la fondation de la Manufacture, les plus belles

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pieces i'abriquees par les artistes celebres avaient ete donnees en present par les souverains aux rois ou empercurs allies, aux grands personnages de la monarchic ; ce qui explique que le musee de Sevres soit si peu riche en ffluvres d'art, sorties de scs ateliers. M. de Chennevieres, qui succeda a M. Charles Blanc, comme directeur des Beaux-Arts, fit decider que desormais la sortie, comme ventc et comrae don, ne porterait que sur les pieces non reservees au musee ou a la direction de la Manufacture. Ces pieces devaient etre conservees comme modeles pour l'industrie nationale et comme exemples de bon gout pour le public. Une reforme non moins importante, ayant pour but de proteger la bonne renommee de la Manufacture, hit prise vers le meme temps. La vente des produits de rebut en blanc, avec la marque de fabrication oblileree par un coup de roue, hit interdite formellemenl. Cette vente favorisait scandaleusement le commerce de « faux Sevres », c'est-a-dire de porcelaine decoree par des peintres etrangers a la Manufacture. La porcelaine de rebut est remise aujourd'hui aux hopitaux et hospices, comme vaisselle de service.

Quelques evenements importants ont encore marque, dans ces dixhuitdernieres annees, I'histoire de la Manufacture. Le 17 novembre 187G, le president de la Republique, M. le Marechal de Mac-Mahon, accompagne de M. Waddin^lon, ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-Arts, de M. Gambetta, president de la Commission du budget, de nombreux deputes et senaleurs, inaugura les nouveaux batimenls construits sur les bords de la Seine, a I'entree du pare de Saint-Cloud. Le 4 Janvier 1877, M. Mabille, eveque de Versailles, vint benir solenncllement les ateliers. En 1879, M. Robert donna sa demission de directeur et hit remplace par M. Lauth, chimiste eminent, membre du conseil municipal de Paris. 51. Carrier-Belleuse lui hit adjoint, au point de vue de la direction artistique, avec le litre de directeur des travaux d'art. M. Lauth resta en fonclions pendant neuf ans, marquant sa gestion par des decouvertes importantes. Au mois de juin 1887, il se retira. Le gouvernement lui donna, le 15 juillet, comme successeur, M. Deck, l'habile ceramiste qui a tant contribue, par ses recherches et par ses experiences couronnees de succes, a la renaissance de la ceramique en France. A la meme date M. Champfleury etait en meme temps nomine sous-administrateur.

La periode actuelle occupera dans I'histoire de la Manufacture une grande place, en raisondes decouvertes scientifiques et techniques qui ont ete faites, depuis 1871, et sui'Loul grace a l'invention de la Porcelaine

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nouvelle de Sevres. Ce dernier evenement a une porl6e trop considerable, pour que nous ne lui consacrions une partie de ce chapitre.

Sous Brongniart, qui avait substitue la fabrication de la porcelaine dure a la porcelaine tendre, un chiiniste du nora de Chouilloux, fit des essais pour trouver la formule de la porcelaine chinoise. Le directeur, apres l'avoir encourage, l'arreta dans ses travaux et peu de temps apres, le forca a quitter la Manufacture. MM. Ebelmen et Salvetat firent ensuite les essais que Ton connait, sur la composition de la porcelaine de Chine, et que confirmerent les informations recueillies sur les lieux parle pere Ly ; mais ils ne fabriquercnt point industriellement de la porcelaine chinoise. A l'exposition de 1862, M. Gely montra des specimens de peintures en email sur porcelaine demi-dure — Le musee de Sevres possede ces specimens, fort interessants au point de vue de l'histoire technique de la ceramique ■ — On appela ce nouveau produit, porcelaine du Japon. Malheureusement M. Regnault, pendant sa longue direction, se montra ties hostile a toute innovation et a toute recherche de ce genre. Apres 1871, sous la direction de M. Robert, M. Salvetat reprit activement ses etudes sur la porcelaine chinoise. D "apres les proces-verbaux de la Manufacture, le savant chimiste presenta, en 1873, a la conference des chefs de service, les premiers essais d'une pate de porcelaine dure modifiee, offrant l'avantage de recevoir sur couvertc, les emaux de la pate tendre. L'administration engagea M. Salvetat a poursuivre ces essais et decida que cette porcelaine porlerait le nom de son auleur. En 1875, M. Salvetat montrait, a la Commission de perfectionnement, des specimens de porcelaine dure, executec exactement d'apres les precedes employes en Chine et conformement aux formules empiriques trouvees dans les manuels des potiers chinois, que des analyses exactcs, faites a la Manufacture avaient permis de controler. A son arrivee a la Manufacture, M. Lauth demanda a M. Salvetat de poursuivre ses experiences, et dans ce but, mit un four a sa disposition ; mais les essais ne furent point aussi satisfaisants qu'on l'esperait. Le chimiste deja tres malade, etait perclus de rliumalismes. On voit a Sevres ses essais; sur 100 pieces 4 ou 5 sont convenables. En presence de 1'impossibilite pour M. Salvetat de continuer ses travaux, M. Lauth se preoccupa de reprendre ab ovo les experiences de ses predecesseurs, afin de repondre au programme elabore, en 1875, par la Commission de perfectionnement : « 1° creer une porcelaine propre a recevoir des couvertes colorees de grand feu et a etre decoree de fonds et de

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