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PLANCHE LXV

Sevres. — L'ENTREE DU Ml SEE CERAMIQUE

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peintures en emaux de demi grand feu ; 2° trouver la composition et le mode de cuisson des celadons et des rouges ftambes des Chinois ». II ne s'agissait point, comme l'a declare frequemment M. Lauth, d'abandonner ni meme de transformer la fabrication de la porcelaine dure, qui, pour tout ce qui a trait aux usages domestiques, les assiettes, les services de table ou de toilette, est et restera la poterie la plus parfaite qu'on puisse imaginer. II n'etait pas question davantage de renoncer au beau bleu de Sevres; mais, de l'avis du savant chimiste, a cote de cette fabrication si solidement etablie, il y avait interet a en chercher une autre, plus specialement destinee aux objets de fantaisie ou de luxe, aux vases, aux coupes, et qui permit Temploi de moyens decoratifs plus varies et plus puissant d'effets. Les rechercbes de M. Lauth et de son habile collaborateur M. Vogt, chef des travaux chimiques, aboutirent a des resultats precieux. Une nouvelle porcelaine fut ainsi trouvee1 ; et la Commission de perfectionnement, reunie specialement pour apprecier la decouverte, formula ainsi son opinion : « Essentiellement kaolinique, la porcelaine nouvelle est solide ; elle resiste a l'acier, elle est blanche et transparente. Sa pate, d'une grande plasticity, remplit toutes les conditions desirables pour 1c moulage et pour le modelage. La cuisson se fait regulierement et s'opere complete a une temperature qu'il faut developper pour cuire la porcelaine dure. Sa couverte, blanche, bien glacee et d'une transparence parfaite, adhere en couche plus epaisse que la couverte de la porcelaine dure, ce qui donnc a la nouvelle porcelaine la douceur des pates tendres et multiplie les reflets et les jeux de lumiere sous les couleurs etles emaux. « Dire, ainsi que nous venons de le faire, que la nouvelle porcelaine de Sevres acquiert toutes les qualitds de la porcelaine dure en cuisant a

' La pate de la porcelaine nouvelle de Sevres renferme :

SHice 64.03 71

Alumine 28.92 23

Soude et polasse 7,05 6

loo 100

on emploie l'un ou l'autre de ces dosages suivant la nature des pieces a fabriquer. Cette

pate necessite une couverte speciale :

Silice 66.56

Alumine et fer 14.23

Chaux 15.51

l'otasse et soude 3.59

Eau et matieres volatiles

99.89 La cuisson a lieu aux environs de 1350 degres; la cuisson de la porcelaine dure de Sevres exige un peu plus de 1500 degres.

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une temperature moins elevee ; que sa fabrication est par consequent plus facile et moins couteuse, c'est affirmer son incontestable superiority au point de vue industriel. Cette superiorite suffirait a la placer au premier rang, quand bicn meme elle n'offrirait pas aux decorateurs d'importanls et nombreux avantages. En effet, sa propriete de cuire completement a un feu relativement moins destructeur permet, pour la decorcr au grand feu, l'emploi d'un certain nombre de couleurs qui se detruiraient et disparaitraient au feu de cuisson dc la porcelaine dure.

« Pour apprecier l'importance de ce fait, il suffira de mentionner que parmi ces couleurs se trouvent la plupart de celles qui derivent du cuivre, dont Tune est precisement le rouge, qui donne les flambes et ces tons merveilleux, si longtemps envies aux Chinois. D'autre part, cuite en biscuit, elle conserve la precieuse qualite de pouvoir etre revetue d'unc couverte blanche ou coloree. Enfin, la composition de sa couverte est telle que les emaux et les fonds de couleur s'y fixent intimement au demi grand feu, et qu'elle peut egalement recevoir les peintures executees avec l'ancienne palette de petit feu. Pour ne rien omettre, il faut encore ajouter que, sans adjonction d'oxydes colorants, on peut donner a la nouvelle porcelaine une teinte legerement ambree en introduisant dans la composition des pates une certaine argile conlenant du fer, en quantite infinitesimale, lequel determine une coloration generate et uniformc, sous Taction de courants savamment conduits pendant la cuisson. »

Encourages par ces resultats definitifs et tres precis, M. Lauth, M. Vogt et M. Dutailly, attache au laboratoire de Sevres, poursuivirent leurs recherches pour obtenir des varietes nombreuses de flambes rouges de cuivre, pour developper toute la serie des bleus turquoises, du bleu celeste au bleu vert olive, et pour decouvrir la couverte celadon des Chinois, ainsi que leur fond violet aubergine, lis y reussirent d'une maniere complete et doterent la Manufacture d'une palette fort riche, qui permet aujourd'hui de hitter victorieusement avec les artistes chinois. A ce moment, une grave question se presenta. La Manufacture conserverailelle ou livrerait-elle le secret de la fabrication de la porcelaine nouvelle. Apres de longs debats, dans sa seance du 22 juin 1883, la Commission decida : 1° qu'un extrait du proces-verbal de la seance serait inscre au Journal Officiel, aim d'assurer a la Manufacture la priorite de la decouverte ; 2° que les produits de la Manufacture nationale de Sevres, fabriques depuis 1879, seraient envoyes a la prochaine exposition de ceramique

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organisee a Paris ; 3° qua cette epoque les precedes nouveaux seraient livres a la publicity au moyen d'un Memoire insure dans les documents officiels du gouvernemcnt et dans les publications speciales. Cette dcrniere resolution fut successivcment modifiee dans le sens de la reserve, puis ensuite de la negative. Enfln, il fut decide que les procedes decouverts a Sevres seraient momentanement reserves aux fabricants francais, qui feraient la demandc directe dune communication. Les produits nouveaux de la Manufacture de Sevres furent montres au public a 1' exposition de l'Union centrale des arts decoratifs, en 1884. lis obtinrent le plus grand succes aupres des amateurs et des ceramistes.

Dans sa seance du 17 juin 1884, la Commission de perfectionnement, apres avoir declare officicllemcnt que, « par les procedes nouveaux dont elle dotait l'industrie, la Manufacture nationale de Sevres avait realise un progres considerable et de la plus baute importance pour l'avenir de la ceramique », emit le vceu que, pour completer la fabrication, elle s'occupat desormais de la pale tendre. M. Lauth repliqua que, les premieres difficultes, seules redoutables, etant deja vaincucs, le succes de cette tentative de restauration ne lui paraissait pas douteux. La Manufacture a, en effet, repris aujourd'hui, la fabrication d'une nouvelle porcelainc tendre qui, tout en etant, comme composition des pates, essentiellement differente de rancienne porcelaine tendre de Sevres, presente les memos avantages au point de vue de la decoration1. On en pourra voir, a l'Exposition universelle de 1889, des specimens fort reussis et d'un grand caracterc arlistique.

En entrant a la Manufacture, M. Deck s'est tout d'abord occupe d'un problemc, dont la solution a ete rapidement trouvee : Celui de la translucidite de la faience et de sa decoration au moyen des couleurs de la porcelaine, grand, moyen et petit feu. Le pavilion des Manufactures nationales

1 La nouvelle pate tendre est composee suivant cette formule :

Sable de Fontainebleau -19.02

Verre de Stas 27.45

Craie 16.66

Terre de Dreux blanche 6.S6

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