La cuisson a lieu aux environs de 1300 degres
334 SEVRES
a l'Exposition de Fannee prochaine contiendra des produits de cette nouvelle fabrication, en grandes pieces dccoratives et en vases de jardins, etc.
Enfin pendant cette derniere periode, la Manufacture nationale de Sevres a produit des ceuvres importantes qui peuvent elre considerees comme des pieces historiques. Tels sont : Les deux vases de l'Opera, par M. Cheret ; les vases Paris, dit des Peintres et Sculpteurs; le vase d'Entrecolles, de l'Exposition de 1878, grave en reserve en pleine pate, par M. Lambert; le vase du Passage de Venus devant le Soleil (prix de Sevres, 1879), par M. Cheret, aujourd'hui a la Bibliotheque nationale; le vase Brongniart, qui decore la salle Henri II au Louvre ; le vase Novi de la Science, execute en pates (['application par M. Barriat; les vases Clodion des Elements, composition et execution de M. Gobert; la Grande Jardiniere Philibert Delorrae, modele de M. Carrier-Belleuze, ornements de M. Belet; le vase de la Vendange, execute pour le Louvre par M. Derischweiler, d'apres une composition de M. Avisse.
La physionomie caracteristique de la production de Sevres, depuis 1871,' est un eclectisme artistique complet, dans le choix des formes et dans la decoration. On reedite les anciens modeles, ceux du xvin0 siecle, si delicats, si charmants, mais en les decorant de motifs nouveaux, pour les adapter au gout du jour. Les innovations de la Benaissance francaise, sur lesquelles Ferudition a appele l'attention des curieux et des artistes, sont remises en faveur. Les creations nouvelles empruntent leurs elements varies a tous les styles, a toutes les fantaisies des maitres du passe, et manquent souvent, par ce fait, de simplicity et de cohesion. Mais I'art de l'Orient surtout exerce sur les artistes de la Manufacture une influence puissante. Elle eut 6te fort utile, si, au lieu d'imiter servilement les ceuvres des potiers du Japon, de la Chine et de la Perse, on s'en ctait inspire avec discretion. Malheureusement, on imagina de meler a la fantaisie orientale l'ornementation classique de l'Occident. Les rinceaux, les acanthes, les termes et les bucranes enguirlandes s'associerent aux vols de libellules et de cigognes, aux semis de chrysanthcmes et de fleurs de pecher. Ces premiers essais ne furent pas toujours heureux. Plus tard, l'adaptation devint plus habile, plus ingenieuse. Insensiblement, sous l'effet d'une education plus developpee, les decorateurs de la Manufacture acquirent un meilleur sentiment de 1'espril artistique de l'Extreme-Orient. Ajoulons que cet eclectisme leur etait, pour ainsi dire impose par l'impulsion artistique donnee a leurs travaux.
SEVRES S35
La Commission de perfectionncment ne recommandait-elle pas, dans son rapport de 1875, d'incnlquer aux jeunes artistes par des etudes speciales : « La purete" et la grace de Tart grec ; la severite et la vigueur de Tart etrusque ; le brillant et l'originalite de l'art persan; la variete infinie, la coloration merveilleuse de l'art chinois ; les effets frappants du decor de l'art japonais, la grace et les combinaisons ingenieuses de l'art arabe ; l'abondance et la richesse de Fart italien ; la legerete gracieuse des arabesques de Rouen, de Nevers et de Delft; la noble elegance et la distinction du vieux Sevres de Louis XVI? »
A cctte encyclopedic de connaissances et de theories on a heureusement substilue peu a peu l'enseignement plus fecond et plus logique de la Nature. Les dernieres ceuvres executees a Sevres temoignent nettement de cette evolution, qui peut etre l'aurore d'une renaissance nouvelle de la ceramique. Souhaitons qu'on nous delivre des Grecs, des Romains, des Japonais et des Pcrsans, pour que nous puissions en revenir a l'eclosion resplendissante d'un art vraiment frantjais, ayant sa source dans l'observation ingenieuse de la flore et de la faune de notre pays !
La Manufacture de Sevres est aujourd'hui regie par un decret d'administration, qui a successivement regu un certain nombre de modifications, mais dont les articles principaux peuvent etre ainsi resumes. La Manufacture est placee sous la direction d'un administrateur, qui reunit dans sa main tous les services, et qui a sous ses ordres, comme lieutenants directs, un sous-adminislrateur, un chef des travaux d'art, un chef du service de la fabrication et un chimiste, chef du service de la decoration et des moufles. L'adminislration compte vingt-sept fonctionnaires , employes ou gagistes. Les ateliers sont repartis entre trois departements : 1° les fours et pates ; 2° la peinture et la sculpture; 3° la chimie et les moufles. Le premier departement, dirige par M. Auscher, comprend quatre-vingt-trois personnes, employes et artistes; le second, sous la direction de Hallion. en compte soixante-quatre ; M. Vogt est a la t6te du troisieme, oil se trouvent qualre emailleurs et un eleve chimiste. L'ecole de dessin a un directeur, trois professeurs et contient vingt eleves. Le chiffre total du personnel de la Manufacture est actuellement (octobre 1888), de cent quatre-vingt-dix-huit fonctionnaires, artistes, ouvriers et employes. Le budget annuel s'eleve a 624,450 fr.; le personnel exige 485,900 fr.; le materiel, 138,550 fr. Le personnel se recrute sans conditions speciales; l'administrateur, semblable a un chef d'industrie, choisit les artistes
336 SEVRES
et les ouvriers el les propose au ministre do l'lnstruction publique el des Beaux-Arts. Admis ils sont immatricules. soiimis a la retenue et recoivent une pension, eomme fonctionnaires de l'Elat.
Quant a la retribution du travail avant 1881, les artistes et les ouvriers etaient aux pieces. M. Lauth supprima ce mode de retribution. M. Deck, depuis le 30 septembre 1887, l'a retabli pour les artistes peintres, sculpteurs et decoratcurs. Lc personnel des ceramistes est pay6 au mois, d'apres les traitcments qui sont fixes, au commencement de cliaque annee et qui varient, pour les mouleurs, tourneurs ou repareurs, de 1,400 a 3,000 francs; pour les ouvriers au moulin et les polisseurs, de 1,170 a 1,230 et pour les aides d'atelicrs et les gazeticrs, de 750 a 1,950 francs; pour les ouvriers aux moufles, de 1,250 a 1,600 francs; pour les ouvriers aux fours, de 1,230 a 1,400. Des primes sont accordees, en raison du succes des fournees el des soins apportes paries ouvriers a la fabrication el a sa surveillance. Pour le travail aux pieces, le sysleme suivant a etc adopte : Cliaque projet nouveau de d6coration de vase ou de toute autre piece de ceramique est execute au trait, avec adjonction d'une aquarelle indiquant d'une facon precise la composition et la coloration. Ce projet est discule en conference, avant commencement d'execution, puis approuve et signe, s'il y a lieu, par le directeur des travaux d'art et par 1'administraleur. Lc prix de cliaque piece est fixe approximalivement, avant la mise en main du travail. Ce prix d'estimation sert de base pour les appreciations definitives apres achievement. La journee de travail commence, en ete, a7h. 1/2 du matin et, en hiver, a 8 heures; elle se termine de 4 heures a 5 h. 1/2, suivant les saisons.
Au moment ou parait ce volume, le personnel de la Manufacture est compose comme suit : MM. Theodore Deck, administrateur, Champfleury, sous-administrateur, conservateur du musee et de la bibliolheque, Gobert, directeur des travaux d'art, Auscher, chef des ateliers de fabrication, Hallion, chef des ateliers de decoration, Vogt, chef des travaux chimiques — Sculpteurs-modeleurs : MM. Doat, Briffault, Forgeot, Roger, Larue, Celos, Archelais, Blanchard, Legay, Lucas, Maugendre, Sandoz — Peintres : MM. Gobert, de Courcy, Brunei, Cabau, Bulot, Lambert, Froment, Mmc Apoil, MM. Belet, Emile Richard, Barriat, Merigot, Godde, Derischxveiler, Rejoux, Bonnuit, Eugene Hallion, Guillemain, Paillet, Mmc Moriot, MM. Henri Renard, Sieffert, Habert-Dys — Dessinateurs : MM. Avisse et Emile Renard.
PLANGHE LXVI
Sevres. — LE MUSEE GERAMIQUE. — Vestibule central
OS
SEVRES.
A TRAVEP.S LA MANUFACTURE