LE MUSEE ET LES ATELIERS
La nouvelle Manufacture de Sevres a ete construite dans un site qui egale, en pittoresque, s'il ne le surpasse, celui qui i'ut choisi pour l'ancienne Manufactui'e et qui ravissait Lous les visiteurs. Elle s'adosse a une verdoyante colline, faisant partie du pare de Saint-Cloud. La Seine coule presque a ses pieds. Le batiment principal, le musee, d'une allure monumentale, developpe sa facade sur une large pelouse, semee de bouquets ■ d'arbres et bordee de hauts peupliers. II est separe du pare, a l'enlree duquel il se trouve, par une grille qui, completee par des murailles, enclot, sur les trois autres cotes, la Manufacture tout entiere. A gaucbe, entoure d'un jardin, se trouve le pavilion de l'adminislrateur, bati dans le style des villas pari- >k'iines ; au dela, du cote de Sevres, l'architecte a place un vaste corps de batiraents, a trois ailes, servant de maison d'babitation pour les chefs de service et les principaux fonctionnaires de radministration. Derriere, s'etendent sur une grande superficie, les ateliers de la Manufacture, dissemines en une serie de petites constructions a un etage, dans
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l'invention et la disposition desquelles, on n'a recherche ni le confortable industriel. exigible pour une Manufacture nationale, ni l'elegance et le gout convenant a un etablissement artistique. Ce qui devait etre le principal, la Manufacture elle-meme, a ete impitoyablement sacrifice a l'accessoire, les bureaux et les logements. Dans la perspective superbe, qui s'ouvre sur cette partie de la ville de Sevres, a l'extremite du pont, le regard cherche vainement les ateliers de fabrication de la porcelaine ; le musee et les villas les derobent a la vue.
Le public penetre dans la Manufacture par le pare; la porte, a laquelle on arrive par un perron, s'ouvre sur un vaste peristyle, orne de jarres immenses, et de vases antiques, de grandes dimensions et d'un bel effet. A gauche, sont les bureaux de radministration et la bibliotheque ceramique; a droite, les magasins de vente, qui occupent trois vastes salles. L'administration y expose tous les objets qui peuvent etre aehetes par le public. Chaque pi6ce porte un cartel contenant les prix d'acquisition. Autrefois, lorsque la Manufacture etait une veritable usine de production, pourvue d'une clientele nombreuse d*acheteurs, ce magasin presentait une grande importance dans les services de l'etablissement ; aujourd'hui la vente publique est fort restreinte, en raison de la decision recente, tres louable, qui a fait reserver pour le musee, pour les collections publiques et pour les palais nationaux. les ceuvres les plus remarquables que produit la Manufacture. La moyenne annuelle des ventes ne depasse guere 100,000 francs, sur une production de 500,000 francs environ. La suppression de la vente des porcelaines blanches a diminue sensiblement le rendement commercial, au desespoir des industriels qui fabriquaient des porcelaines de Sevres faussement decorees, et pour le plus grand bien de l'art national. La clientele actuelle se compose specialement des etrangers qui visitent la Manufacture, et de quelques marchands parisiens, a Fallal des occasions excellentes, qui se produiscnt les lendemains de defournement, apres la revision des pieces reservees. II est certain que la vente des produits de Sevres ira toujours en decroissant, car la Manufacture tend avec raison a justifier son nouveau caractere d'ecole ceramique, et d'etablissenient exclusivement artistique, preoccupe de la decoration des monuments nationaux. La bibliotheque, qui est ouverte au public, sous la simple condition d'une demande de carte d'entree, passe, a bon droit, pour la premiere bibliotheque speciale qui existe dans ce genre.
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Au premier etage, est le musee de ceramique. 11 l'occupe tout entier. On y accede par un escalier, en rotonde, a double revolution, qui presentc la particularity etrange d'avoir ete oublie dans les premiers plans de la nouvelle Manufacture. Un salon carre separe les deux grandes galeries ; les parois en sont decorees de quatre tapisseries des Gobelins, tissees specialement pour la Manufacture. Les compositions, ceuvre de M. Lechevalier-Chevignard, represented les phases all6goriques de la Ceramique : Tornatura, Pictura, Sculptura et Flamma.
On a place dans ce premier salon quelques-unes des pieces colossales, sorlies des ateliers de Sevres : le vase Nicolle, de l'Exposition de 1867, qui mesure 3m,15 de haul, le vase Barriat, de l'Exposition de 1878, le vase Beranger, dont la peinture a pour sujet : Le transport des depouilles opimes artistiques de Varmie d'ltalie an musee Napoleon. Pour suivre, dans leur developpement chronologique, les precieuses collections, qui ont ete formees par Brongniart, Biocreux et M. Chanipfieury, le visiteur doit so dinger du cote droit. Le musee date de 1812. Cette annee-la, Brongniart cut l'idec de montrer au public, en les classant lechnologiquement, les vases grecs que Louis XVI avait achetes a Vivant Denon, pour renseignement de la Manufacture, et un certain nombre de pieces qu'il avait recueillies lui-m6me dans ses voyages a travers l'AUemagne. L'installation etait fort modeste; elle consistait en quelques vieilles armoires vitrees, qui furent placees a l'entree du magasin de vente. Peu a peu, le musee embryonnaire pritdel'extension. En 1824, Riocreux, qui devait occuper ces fonctions pendant quarante-huit ans, etait immatricule officiellement sur les registres du personnel de la Manufacture comme « Conservateur et garde des collections ». Les dons affluerent. A 1'affut chez les marchands et les brocanteurs, doue du flair le plus delicat, le directeur du musee multipliait ses acquisitions, en depit de l'insuffisance des subsides, mis' a sa disposition sur les fonds de la Manufacture. En 1829, l'inventaire comptait deja 4,000 pieces. En 1852, il depassait le chiffre de 12,000. Aujourd'hui, le musee possede 23,346 pieces d'une valeur marchande de pres de cinq millions.
Les collections sont divisees en quatre sections : 1° les poteries mates, peintes et lustrees ; 2° les poteries vernissees ; 3° les faiences ; 4° les porcelaines.
La premiere section, consacree aux poteries antiques, mates, peintes et lustrees comprendneuf vitrines, abondamment garnies. Viennent, par ordre
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chronologique les poteries egypticnnes. qui. pour la plupart, onl ete trouvees dans les hypogees de Thebes, ct onl ete donnees par Salvator Cherubini, Victor Audouin et le baron Taylor; les poteries mates, grecques et pheniciennes, exhumecs par le? fondles de File de Milo, del'ile de Cbypre, du tombeau de Berenice en Cyrena'i'que, et qui ont fait partie du celebre cabinet Denon (on y remarque, entre autres pieces curieuses, une serie de jouets d'enfants tres interessants). Sept vitrines contiennent les poteries lustrees, grecques et etrusques, provenant des fouilles de Nola, de Guatia en Apulie, de Yuleie, Solaja, Volterra, Velletri, Polentia (Piemont), de Milo el do Cyrenai'que, lecyth.es, hydries, isthmions, lagenes, canthares, lekanes, coupes aux formes les plus gracieuses, les plus variees ; ainsi que les poteries romaines dites sammiennes. Sans doute ces poteries ne peuvent elrc comparees pour la beaute ct pour le nombre a cedes des collections de ceramique antique du Louvre, mais technologiquement leur valeur est considerable. Les poteries gauloises, gallo-rornaines, trouvees dans le Jutland, a Bindow (Prusse), a Frankenheim (Saxe), dans le lac de Boberliausen (Suisse) et dans un grand nombre de stations en France, dons de Brongniart, Boucher de Perthes, Victor Langlois, de Quatrefages, de Gisors, Bin, Fialex, l'abbc Gochet, etc., completent cette section. Dans les vingt-cinq vitrines sui\ antes, nous Irouvons les poteries mates et lustrees, provenant du Mexique, du Bresil, de la Bolivie, des hides et de la France, allant du mi" an xvi° siecle, dont la comparaison scientifique et pittoresque avec les produits antiques analogues est fertile en revelations. Tout cet ensemble est du a la generosite de l'amiral du Petit-Thouars, de d'Aubigny. de l'amiral Bruat, de l'empereur Don Pedro, de Benjamin Fillon. de Seguin, de MM. Gourajod, Champfleury, Mathun, etc.. etc.
La deuxi6me section se compose des poteries vernissees. De nombreux pays ont contribue a en composer les elements, fort interessants a etudier. Les debuts de cette fabrication se voient dans la vitrine, qui contient les poteries du xn° au xvi" siecle, d'origine francaise, recueillies dans la Seine par Forgeais. Quatre grandes vitrines montrent les produits des anciennes fabriques de France, a la t6te desquelles marchenl, par rang d'anciennete, cedes de Savigny et de Beauvais. A l'epoque de la Benaissance, ces derniers etaient assez celebres, pour que Babelais les fit citer par Panurge-, comme dignes d'etre offerts aux rois de France qui passaient par Beauvais. Cette serie s'ouvre par un specimen venerable,
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dc la plus grande valeur technique, un bas-relief d'oratoire, datant du xvi° Steele, et un plat de Savigny date de 1511, aux armes de France et de Bretagne. Les autres pieces proviennent des fabriques de Manerbe, de Ligron (Sarthe), de Chaumonl (Orne), de Brisambourg (Charente), de la Chapelle-aux-Pots (Oise), dc Saint-Jean-d'Angely, d'Epinal, de Clerraonl-Ferrand, du Pr6-d'Auge, d'Epernay, d'Armentieres, dc Saint-Adrien iSoine-Inferieure), de Montreuil-sur-Mer, de Pont-Vallain (Sarthe). Toutes ces ceramiques d'une grande fantaisie dc formes et de couleurs, ont aujourd'hui une valeur considerable. I'ne vitrine speciale est consacree aux ceuvres de Palissy, dc ses precurseurs et de ses imitateurs.
Les poleries vernissees etrangeres, Angleterre, Suisse, Allemagne, Hollande et Italie, occupent une derniere vitrine : avec des echantillons de Nuremberg, et des poterics italienncs d'un grand caraclere artistique, donnees par lc baron Davillier.
Vient ensuite la collection des gres-cerames anciens el modernes, en deux vitrines. On y remarque, entrc autres pieces curieuses, une bouteille de voyage, presque entiere, qui, d'apres la forme des letlres et des fleurs de lis dont elle est decoree, doit remonter a Charles VIII ; on la dit fabriquee a Beauvais. Elle fuL trouvee dans la Somme, pres d'Abbeville, et Boucher de Perthes la donna au musee. Des specimens interessants des premiers produits de Bottger el Wedgwood y sont exposes.
La troisieme section du musee est consacree aux faiences. Sevres est particulierement riche dans cette branche dc la ceramique et ne redoute, dans cette speciality, la comparaison avec aucun autre musee du monde. La serie s'ouvre par les faiences orientales, de Perse, d'Asie Mineure, de Rhodes, plats, vases, coupes, bouleilles et gourdes, fragments de revelement de mosquee, d'une richesse de decoration et d'une rutilence d'email a ravir les yeux les plus difficiles et les plus delicats. On trouve ensuite, chronologiquemenl, les faiences hispano-moresques, aux reflets dor, aux nidations ensoleillees, dont la collection a ete formee en grande partie grace aux dons du baron Davillier, et six vitrines affectees aux oeuvres de l'art italien du xvL> au xviu0 siecle, les faiences si nobles de formes et si belles de couleui-s, de Faenza, de Castel Durante, d'Urbino, de Derutta, de Bassano, de Pesaro, de Savone, de Venise, de Genes, de Milan, de Pavie et de Bologne. Des dons et la science de Riocreux ont permis de doler cette derniere collection, vraiment exceptionnelle, de pieces de la plus haute valeur arListique. Une coupe basse, a large bord,
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dite « coupa amatoria », de la fabrique de Gubbio, sigriee « Maestro Giorgio, 1527 », evaluee a 10,000 francs, a ete achetee SO francs, au raarchand Soulagc, en 1830. La grande coupe en forme de vasque, representant en grisaille le Jugement de Paris, est entree, en 1837, au rausee, pour le prix de 300 francs; lcs rares pieces analogues qui passent en vente sont cotees aujourd'hui 25,000 francs. La meme annee, Garnery, peintre de marines, a vendu pour 15 francs, au musee, un grand plat de la fin du xviT siecle, qui vaut, a inventaire de marchand, de 1,500 a 2,000 francs.
Les ceuvres des fai'enceries franchises occupent les sept vitrines qui suivent. Des anciens carreaux de pavements des chateaux d'Ecouen, de la Balie, de Madrid, d'Oiron, d'Anet et de Lisieux, aux assiettes contemporaines de Creil et Montereau, le visiteur pcut suivre et etudier, dans ses transformations multiples, toute la production de cette industrie si originale et si variee. On y a reuni quantite d'ouvrages fort precieux, tant au point de vue technique que par leur valeur artistique, ou en raison de leur grande rarete. Nous trouvons, en premiere place, l'ecole de Rouen, du xvii0 et du xviii0 siecle, representee par des pieces de ses principaux maitres, Abaquesne, Poterat, Guillibaud, Levavasseur, par les plats a la corne, a decor rayonnant, par la celebre table a ouvrage payee 30 francs, en 1831, valeur d'echange avec des porcelaines de Sevres; par un exemplaire des celebres assiettes a musique.
Sinceny, qui se rapproche beaucoup de Rouen, est place tout aupres. On y voit, entre autres ceuvres, le grand plat aux Capitans de Callot. L'Ecole nivernaise nous montre, ensuite, ses belles faiences, a fond bleu lapis, avec arabesques en blanc et jaune, et ses plats a fond blanc et decor bleu, d'une harmonie si delicate, ceuvres des Conrade et des Custode, ses majoliques, inspirees des Italiens, ses pittoresques cruches, buires, gourdes et bouteilles patronymiques, et ses enseignes de fa'ienciers. Successivement, defilent, devant nos yeux, les pieces de Moustiers, a fond blanc et decor en cama'i'eu, dans le gout de Berain; les plats, assiettes et soupieres de Marseille, a la decoration legere et delicate, composee de bouquets de fleurs, de fleurettes jetees au naturel sur les marlis et sur les fonds de nuances tendres, signes Robert, Sary, Fauchier, Perrin, etc. ; les faiences de Montpellier, de Bordeaux, de Moulins, de Clermont-Ferrand, de Paris, de Saint-Cloud, de Sceaux, les produits des nombreuses et fecondes fabriques d'Alsace-Lorraine, de Bretagne et du Nord. Dans cette categorie figure, a titre de curiosite historique, le celebre poele de la Bastille.
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Sevres. — LE MUSEE GERAMIQUE. — Les Vitrines
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Apres les ecoles franchises, viennent les ecoles allemande, espagnole, flamande et hollandaise. Delft, en trois vitrines, soutient Feclat de sa vieille renommee et exhibe les ceuvres de ses maitres, Adrien Pynacker, Reinier, Van Duyn, Reigens et Van Kessel. On y voit des pieces historiquos precieuses, un grand plat date de 1663, portant les armes de France et de Navarre, donne par M. Geoffroy, un grand plat aux armes de Colbert, don de Sauvageot, un autre plat avec le portrait de Frederic I" roi de Prusse.
Les collections des faiences fines complement cette brillante section. La se trouve une des ceuvres les plus precieuses de la celebre fabrique d'Oiron : unc coupe avec son couvercle. Elle fut achetee 330 francs, valeur d'echange, a M. de Preaulx, en 1837 ; a la vente Hamilton, en 1882, on a paye une saliere 22,000 francs et une coupe 30,000 francs; a la vente Fountain, un flambeau a atteint pres de 92,000 francs.
La quatrieme section du musee est celle des porcelaines, divisees en deux grandes s6ries : Les porcelaines tendres et les porcelaines dures. L'histoire de la porcelaine y est representee, par les types essentiels de cliaque ecole. Trois vitrines sont consacrees aux porcelaines du Japon, trois a celles de la Chine et aux pieces decorees en Europe sur blancs apportes de cette region. L'ltalie, a qui a ete rendu l'honneur d'avoir fabrique la premiere porcelaine europeenne, tient chronologiquement le premier rang. Deux vitrines, tres remplies, permettent d'etudier, sur des pieces authentiques, provenant de Rouen, Orleans, Mennecy, Chantilly et Saint-Cloud, les premieres tentatives de fabrication, en France, la porcelaine tendre. La me^me etude peut se faire pour la porcelaine anglaise, grace a de nombreux echantillons des fabriques de Chelsea (1720-1740) et de Worcester (1751-1780). Trois vitrines contiennent ensuite les porcelaines dures franchises ; deux, celles de la Saxe, de Franckental, de Nymphenbourg, Berlin, Furstenberg, Luisbourg, Armstadt, Hochst, Ratisbonne, Vienne, la Haye, Saint-Petersbourg, Copenhague, etc.
La porcelaine de Sevres, depuis la fondation de la Manufacture a Vincennes jusqu'a nos jours, occupe sept grandes vitrines. On peut y suivre, sur des pieces ty piques, toutes les evolutions de la fabrication et du gout. Quelques ceuvres historiques s'y trouvent, mais en moins grand nombre qu'on le desirerait pour la gloire du musee. Une interessante collection est celle des biscuits de porcelaine. On y remarque les portraits de Joubert, Desaix, Kleber, la Tour-d'Auvergne, par Boizot, de l'impe-
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ratrice Josephine par Chaudet, de Cuvier, par David d'Angers, de Lafarge et Mitouflet, les celebres fondateurs de la Tontine, par Brachart, de l'imperatrice Marie-Louise, de Marat, de Mirabeau, etc. Une collection d'interettechnique a ete formee, en outre, pour mettre sous les yeux du public les resultats des experiences et des decouvertes faites a diverses epoques par les chimistes et les artistes de la Manufacture. Ainsi, on voit la le Bacchus, premier essai de l'emploi du kaolin de Limoges en 1 765 ; les travaux scientifiques d'Ebelmen pour la synthase des gemmes; la premiere piece avec application des pates sur pates, executee en 1849 par Bobert; les tenlatives de cuisson au grand feu des pates coloriees par Leopold Gely en 1862; les premieres pieces de porcelaine chinoise fabriquees en 1875 par Salvetat, la serie des experiences de MM. Lauth et Vogt pour la decouverte de la porcelaine nouvelle de Sevres, des specimens des faiences, produites par la Manufacture de 1835 a 1870, etc.
Le musee contient encore de nombreux tableaux sur porcelaine et sur fai'ence, executes par des artistes de Sevres. Nous signalerons entre autres: YEntree de Henri IV a Paris d'apres Gerard, copie de Constantin ; YAtala, de Girodet-Trioson, copie de Mm° Jacquotot, V Embarqiiement pour Vile de Cythere deWatteau, interpretation de Schilt, les copies de YEcole d'Athenes, de la Mcsse de Bolsene, de la Dilivrance de saint Pierre, du Pape Jules II, de la Fornarina, de la Sainte Cecile, de la Viergc au voile, de la Madone du Grand-Due, de Baphael, executees par Constantin; les portraits de Van Dyck et de Charles I" d'Angleterre, par Van Dyck, copies de Mmcs Pauline Laurent et Ducluzeau, etc...
A l'etage superieur du batiment du musee, se trouvent les magasins de la reserve, qui contiennent les pieces d'art, destinees a figurer dans les expositions, a decorer nos monuments, a etre offertes en presents nationaux; le public n'y a point acces. Dans les sous-sols, sont installes des magasins de blanc et les depots des services de table, lis sont egalement fermes aux visiteurs.
Par deux escaliers infcrieurs, partant du premier peristyle, on gagne les ateliers. La Manufacture est reliee au musee par une longue galerie vitree, que la malice du personnel a denommee plaisamment, mais avec justesse, « la galerie des singes », par analogie avec certaines galeries du Museum d'histoire naturelle. Les services de la fabrication ont ete dissemines ga et la, sans preoccupation de 1'economie de temps, du bien-etre des ouvriers, au caprice de la fantaisie d'un architecte, beaucoup trop
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insoucieux des conditions materielles d'une exploitation industrielle et artistique. Nous suivrons dans notre visite 1'ordre logique des diverses operations de manutention et de travail professionnel, qui nous conduira du depot des matieres premieres, au magasin ou se fait la revision des pieces qui viennent d'etre extraites du four.
- Les elements qui entrent dans la composition des pates de la porcelaine de Sevres sont : le kaolin, la craie et l'argile plastique. Le kaolin qui se compose de silice, d'alumine, de chaux et de potasse, provient des carrieres de Marcognac, deFargetat, de Marsagnatet de Saint- Yrieix, dans le Limousin. La Manufacture en consomme 80,000 kilos par an ; le prix du beau kaolin varie dc 20 a 22 francs, les 100 kilos. Le kaolin a l'etat naturel, lorsqu'il arrive a Sevres, est sounds a plusieurs operations, ayant pour objet de l'amener a l'etat de purete le plus complet, et de le rendre propre a servir de pate de porcelaine. Apres avoir ete melange avec de l'eau, dans la proportion de 100 p. 100, il est sounds, dans des moulins a blocs, a un malaxage, destine a broyer finement tous ses elements geologiques; de la, il passe dans une deuxieme cuve a laverie, ou s'opere la division du sable et du kaolin, au moyen d'un decantage. Sortant de cette cuve, le kaolin possede 50 p. 100 d'eau; il faut reduire cette proportion a IS p. 100. La matiere est alors conduite des cuves dans des reservoirs souterrains, ou elle se repose. Elle entre, ensuite, par des pompes, dans des presses hydrauliques qui la compriment violemment, et l'amenent a l'etat de galettes. Un sechoir, a 25 degres de cbaleur, situe au premier etage, recoit ces galettes; la elles sont reduites en poudre; apres quoi, on les classe en des compartiments distincts, suivant leur provenance et elles attendent d'etre mises en ceuvre. Le sable, qui a ete separe du kaolin, et qui renferme du quartz et du feldspath non decompose, doit introduire dans la pate les 3 p. 100 de potasse, necessaires pour la rendre propre a la fabrication de la porcelaine. II faut le broyer. Les moulins qui sont decrits dans l'ouvrage de Brongniart ont ete abandonnes depuis quelques annees. Aujourd'hui, on emploie le broyage a sec au moyen des moulins d'Alsing, oil des cailloux de Suede, agites dans un tambour de tole a revetement de plaques de porcelaine, sont les agents de trituration. Le sable en sort a l'etat de farine, est ensuite malaxe, presse, et, reduit en galettes, va rejoindre le kaolin au secboir, comme matiere premiere absolument purifiee et prete a etre employee. Une particularite est a signaler. Dans toutes ces operations et dans tous ces appareils varies
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le fer est impitoyablemenl exclus. Les ouvriers qui travaillent dans ces ateliers ne peuvent porter de souliers et de sabots munis de clous. Toutes les parties metalliques des machines sont en cuivre, en bronze ou en platine. Une parcelle de fer introduite dans la pate, compromettrait les porcelaines fabriquees avec cette pate, en provoquant, a la cuisson, desdesordres chimiques. Sur chaque tas de kaolin et de sable, le chimiste de la Manufacture fait prelever un echantillon, qui est sounds a une analyse severe et dont le rcsultat sert a la classification des matieres premieres. Le prepose au magasin recoit la formule du melange a operer; une balance automatique permet de controler son travail, au point de vue des poids de chaque partie de mati6re premiere. Le melange est precipitc par une tremie dans des cuves, d'ou part, pour ce melange, comme pour le kaolin, loute la serie des operations que nous venons de decrire ; broyage, coupage, decanlage et pressage. La pate composce arrive ensuite dans une machine a petrir et malaxer, inventee par M. Tritschlcr de Limoges, et qui fait mecaniquement l'offlce du marchage. Quand ellc en sort, elle est devenue definitivement une pate de service. On l'enferme dans des cuves, ou elle sejourne sous une mince couche d'eau, de six mois a un an. Elle s'y pourrit et acquiert, par une operation chimique latcnte, cette vertu de plasticite qui la rend si pr6cieuse pour l'industrie ceramique. Autrefois tous les appareils mecaniques de la Manufacture etaient actionncs par un moulin a eau; aujourd'hui le moteur general est une machine a vapeur de 25 chevaux.
La serie d'operations qui succedc immediatement, concerne le faconnagc. Les procedes de faconnage se r6duisent a quatre, qui recoivent chacun, dans leur application, des modifications importantes suivant le genre des pieces : Le tournage, le moulage, le coulage et le rachevage. Le lournage se compose de deux operations principales : l'ebauchage et le tournassage. L'artiste tourneur saisit un bloc de la pate, qui doit servir a constituer la piece dont la confection lui est conQec, et le place surle tour a potier classique, que tout le monde connait. Du pied droit, il imprime a la roue un mouvement rapide, en meme temps qu'il saisit a deux mains le bloc de pate. Sous l'effet de la rotation du tour et de la pression des doigts, la pate s'allonge, se retr6cit, monte, descend, se tord en spirales, s'arrondit en panses epaisses, s'effile en fuseaux legers. Tout a coup, la masse mouvante s'abaisse, prend une forme plus certaine, qui peu a peu accentue ses lignes et se dessine avec precision. C'est un vase, une
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coupe, un gobelet. Aussitot que la piece apparatt nettement, comme evoquee par la caresse de sa main, le potier pousse plus vivement la roue du tour. Ses doigts souples s'agitent rapidement autour d'elle, et suivant delicatement les courbes, vont et viennent avcc agilite, du dehors au dedans, du haut en bas, rcctiQant avec la hausse la forme ebauchee. Le lour s'arrete. L'ceuvre se dresse Cerement, t'oute luisante, dans sa plasticite fraichement acquise.
La piece, sechee pendant quelques jours sur une forme en bois, passe ensuite au tour a tournasser, oil l'ouvrier muni d'inslruments tranchants denommes tournassins, evide les gorges, fait saillir les filets et les moulures, polit les panses et les collets, en un mol, donne a l'6bauche la forme definitive de la piece a obtenir.
Le fagonnage sur le tour de certaines pieces, comme les assiettes, les soucoupes et les plats, necessite une operation dislincte nominee le calibrage, et qui consiste a poser sur l'ebauche un calibre en acier presentant a son bord le [irofil d6coupe de la forme definitive, interieure et exterieure. Par l'effet de la rolation, ce calibre donne a la piece l'epaisseur et les profils qu'elle doit avoir definitivenient. Pour les ouvrages qui re^oivent des moulures compliquees, des godrons, des oves, etc., Ie tourneur se sert ensuite du tour a guillocher. La Manufacture de Sevres possedc quinze tours de polier simples, a pied, et quatre tours a deux places. En ce moment on s'occupe d'adapter aux tours des moteurs mecaniques. Pour le tournage des pieces communes, l'innovation presentera certainement un progres serieux, mais pour les pieces artistiques, le tour a pied restera toujours indispensable, le mouvement de rotation devant etre regie avec soin sur le travail d'ebauchage, qui exige chez l'artiste une vigilance de tous les instants et une habilete peu commune.
Le deuxieme procede de faconnage est le moulage, qui exige plusieurs operations conseculives : L'invention du modele, la creation du moule, et le moulage proprement dit. Lorsque le sculpteur a donne a la Manufacture son modele en terre cuite, en platre ou en cire, des ouvriers mouleurs le divisent en fragments, dont le nombre varie suivant la multiplicity des parties saillantes de la piece. lis rev&tent ensuite ces fragments dune chape en platre ou terre cuite, qui en epouse fidelement toutes les formes. Comme l'ouverture du moule doit etre assez grande pour recevoir directement la masse de pate necessaire, la chape s'ouvre
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en deux pieces nominees coqurllcs, qui se partagent a peu pres 6galement la piece moul6e.
Le moulage consiste a faire prendre a la piece la forme du moule sur ! i quel on l'applique. Suivant la nature de l'objet a mouler, on prepare la pate en balles, qu'on insere vigoureusemenl avcc la paume de la main clans la chape; ou en croUte Men egale d'epaisseur el de densilc, dont on recouvre le moule. Un troisieme procede, celui de la hoitsse, employ 6 pour les pates delicates et pour les pieces a large ouverturc et simples de formes, consiste a ebaucher une piece, comme si elle devait etrc faite an lour; a l'inserer ensuite dans le moule, en l'appliquant avcc une eponge conlre les parois oil elle se fixe, el donl elle reproduil fidelement les formes et 1'ornementation.
Le coulage, troisieme procede de fa^onnage, est le plus employe de tous, pour les pieces de production courante, et pour les vases de arandes dimensions. L'honneur de l'application industrielle en revient a la Manufacture de Sevres, qui en fail un usage constant el, grace a l'ingeniosiie de son personnel, le perfectionne tous les jours. La pale de kaolin est amenee par une addilion d'eau a l'etat d'une bouillie liquide, qu'on nomme barboline. Pour les pieces dites de creux, tasscs, pots a sucre, jattes, on remplit, au robinet de barboline, des moules de plalre tres sees. Le platre, absorbe presque instantanement la partie d'eau de la barboline qui adhere a ses parois ; l'ouvrier vide alors le moule ; une couche de pate de 3 a o millimetres d'epaisseur, suffisante comme consistancc se trouve ainsi formee ; la pi6ce est posee sur un support de raeme forme, s'y seche et devient propre au tournassage. Pour les vases de petiles dimensions, le moule est rempli idenliquement de barbotine, et lorsque la couche s'est formee, l'eau est decantee par une ouverture speciale placee au pied du vase et du moule.
Pour le coulage des pieces de grande dimension, la Manufacture de Sevres emploie des precedes speciaux : Le coulage a air comprime et le coulage dans Le vide. L'air comprime introduit dans le moule maintient contre les parois, par sa force expansive, la couche de pate, pendant la decantation et la capillarisation ; le vide produit dans le moule conduit par un phenomene inverse au raeme resultat. Grace a ces precedes, on peut couler d'une seule piece des vases enormes qui ne s'obtiendraient jamais autrement. Lorsque la dessiccalion estjugee suffisante, et lorsque la pale coulee a la consistancc necessaire au tournassage, le moule
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est demonte, et la piece installee sur des tours speciaux ou se fait le reparage. Un atelier particulier, tres vaste, a ete amenage pour le service du coulage des grands ouvrages et pourvu de tous les appareils les plus perfectionnes, pour l'emploi de l'air comprime, pour la production du vide et pour le transport des moules et des pieces.
Dans des loges, qui occupent une des travees de l'atelier de tournage, sont places les artistes charges de reparer les pieces en cru, c'esta-dire de boucher avec de la pate les cavites et gercures, que le moulage et le tournassage ont produitcs, de donner aux figures, auxgroupes, par le moyen de l'ebauchoir et de la gouge, lour perfection de formes, leur souplesse de lignes et de contours, de faire les assemblages des divers fragments du moulage, de garnir les pieces de leurs ornements en saillie, anses, bees, etc., moules ou ebauches a part, de coder les diverses parties d'une piece. Ces operations tres delicates et d'une grandc importance exigent de verilables artistes. Les repareurs a Sevres sonl trades comme tels; ils marchent de pair avec les sculpteurs et les peintres.
Tournees, moulees ou coulees, les pieces sont, a partir de ce moment, pretes a subir un premier feu, dit de degourdi, qui a pour but de raffermir la pate, afin qu'on puisse plus aisement lui donner sa couverte et, dans certains cas, la sculpter, la graver ou la reticuler. Cette demi-cuisson se fait dans les parties superieures des fours, ou la temperature ne s'eleve jamais beaucoup. Viennent ensuite les operations de la pose de la couverte, ou email translucide, qui recouvre la pate de la porcelaine et lui donne cette glacure si delicate et si chatoyante qui constitue une de ses qualites essentielles. L email s'oblient au moyen de la pegmatite ou feldspath, melangee de quartz, roche tres dure, qui se rencontre particulierement dans la region des gisements de kaolin. Les cailloux de pegmatite sont d'abord calcines, puis concasses dans des moulins semblables aux moulins a ble d'Algerie ; de la ils passent aux moulins Alsing, ou ils sont reduits en poudre. On melange de la craie au feldspath pour lui servir de fondant, et la matiere definitive de la couverte est placee dans des cuves a eau ou elle se delaye. A Sevres, le posage de la couverte a lieu, de trois fa<jons, par immersion, par irroration et par volatilisation. Dans l'immersion, l'ouvrier trempe purement et simplement la piece dans la cuve, pleine d'email liquide, ou Ton a verse prealablement une certaine quantite de vinaigre, qui a la propriete de retarder la precipitation des
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matures en suspension. L'irroration se fait aujourd'hui au moyen tie vaporisateurs a air comprime. Cette innovation, tres simple, perraet de poser la couverte sur les grandes pieces, avec une facilite et une precision qu'on ne pouvait jamais obtenir de l'immersion, toujours fort couteuse et tres dangereuse. Oil, avec l'ancienprocede, il fallait 100 kilos de couverte; 1 kilo suffit abondamment aujourd'hui avec l'irrorateur. Deux ouvriers, au lieu de dix, sont necessaires ; l'un manoeuvre l'appareil, pendant que l'autre fait tourner la piece sur une rondelle. Enfin la volatilisation consiste a remplir le four ou les cazettes d'une vapeur saline ou metallique, qui, s'etendant sur les pieces arrivees a l'incandescence, vitrifie leur surface.
Avant cette derniere operation intervient l'encastage, ou placement des pieces a cuire, dans des etuis dits cazettes, destines a les proteger et a les supporter dans le four. La fabrication des cazettes se fait dans des conditions peu differentes de la pate de porcelaine, mais avec des matieres plus grossieres et moins fusibles, de l'argile de Dreux, du sable et du ciment. Les pieces encastees sont placees dans les fours, suivant des methodes variables, qu'il serait trop long de developper ici. L'enfournement est une des operations de l'industrie ceramique, qui exige le plus de soin et d'habilete; une erreur ou un oubli peut compromettre toute une fournee, dont la valeur est souvent d'une vingtaine de mille francs. Sevres possede huit grands fours, six a flamme renversee et deux a flamme directe. Ces derniers sont destines a disparaitre, le premier systeme etant plus pres de la perfection et plus eeonomique. Un four a flamme directe consomme 30 steres de bois par 30 metres cubes; lefour a flamme renversee, la moitie moins. La temperature du four atteint environ 1,800 degres, condition indispensable pour que la vitriflcation du kaolin s'opere integralement et que la pale devienne de la porcelaine parfaite. Pendant quarante heures, nuit et jour, le chef de la fabrication et les chauffeurs, sous la direction dun chef, ne quittent point le four, surveillent attentivement, au moyen du pyrometre et des montres en porcelaine, la gradation de la temperature, activent ou diminuent les quatre foyers, entassent les lourdes buches de bois sur les alandiers, en tirent la braise qui ressemble a de la neige rosee, ouvrent ou ferment les bouches de cette mer de feu, oil l'ceil qui observe par les visieres, croit voir des tourbillons de lave en fusion parsemee de diamants, de rubis, de topazes, etc. Lorsque les montres ontprouve que la porcelaine
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est cuite, le chef ordonne l'arret du feu. Le four refroidit pendant huit jours, au bout desquels a lieu le defournement.
Au moment ou la premiere cazette est retiree, lorsque la premiere piece en sort, les ceramistes eprouvent toujours une certaine emotion; meme avec les progres de la science, l'inconnu continue de se meter a ces operations, particulierement delicates. II faut si peu de chose, un grain de quartz ou de calcaire, une vapeur de pyrite, un coup de feu, pour rendre une piece mauvaise. Le moindre defaut d'ebauchage ou de tournassage, la plus legere erreur d'un r6pareur, dissimules jusque-la, reapparaissent eclatants. Lorsqu'il s'agit d'une de ces grandes pieces, a laquelle ont travaille, pendant de longs mois, vingt collaborateurs de talent, sculpleurs, peintres, modeleurs etrepareurs, quelle anxiete parmi lous ces artistes qui, vieux ou jeuncs, aiment passionnement leur metier et tiennent a honneur de conserver a leur Manufacture son grand renom ! lis sontla tous, depuis le plus modestc manoeuvre des moulins jusqu'a l'administrateur, reunis dcvant la gueule bcante du four, guettant la sortie du chef-d'oeuvre, et attendant, le coeur serre, son apparition au grand jour.
Chaquc defournement est suivi d'une conference generate des chefs de service, qui eludient avec soin les qualites et les defauts de toutes les pieces, analysent minutieusement les accidents et consignent leurs observations sur un registre special. Les critiques, les felicitations ou les conseils sont transmis alors directement a l'artiste, a qui incombe la rcsponsabilite des accidents, ou a qui revicnt l'honneur du succes. II y a ainsi emulation constante entre tous les ateliers et tous les artistes de la Manufacture. Le rendement d'une fournee donne les proportions suivantes : 30 p. 100 de tres bon, 23 p. 100 de bon, IS p. 100 de passable et 30 p. 100 de mauvais ; mais cette derniere qualification est speciale a Sevres. Certain pi-oduit classe dans la categorie des mauvais serait considere comme salisfaisant, dans les manufactures particulieres, les plus importantes et les plus soucieuses de leur reputation.
Pour ne point interrompre la description des operations successives, qui vont du broyage du kaolin au defournement, nous avons suppose que la fournee ne contenait que des pieces en blanc; ce qui n'est point le cas habituel a Sevres. Les fours contiennent toujours de la porcelaine decoree, en meme temps que du blanc et du biscuit.
La decoration de la porcelaine comporte deux methodes generates :
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La decoration au grand feu et la decoration au feu de moufle. Des procedes et des combinaisons intermediaires surviennent, qui donnent a la decoration une grande variete de couleurs. Dans la m6thode du grand feu, la piece crue ou degourdie recoit sa decoration, au moyen de melanges renfermant des oxydes sur lesquels on etend la couverte d'email, par immersion ou par irroration. La piece, ainsi preparee, est soumise a Taction d'un feu qui atteint 1,800 degres. Les couleurs vitrifiables se dcveloppent sous la couverte, se combinent cbimiquement avec elle et acquierent ainsi 1'eclat, la transparence et la profondeur qui caracterisent la decoration de grand feu.
Dans la methode du feu de moufle, on n'emploie que de la porcelaine en blanc, e'est-a-dire cuite. L'artiste peint sur la couverte avec des melanges d'oxydes colorants et de fondants; puis la pi6ce est soumise aim feu doux qui ne depasse guere 300 degres au pyrometre. Les couleurs fondent et se fixent en enduit opaque, sur l'email, sans faire corps avec lui comme dans le grand feu. La Manufacture de Sevres possede vingtcinq fours de moufle. La decouverte de la nouvelle porcelaine de Sevres a permis d'employer, sur une matiere ayant les qualit6s de resistance de la porcelaine dure, des couleurs qui s'altereraient ou se volatiliseraient au grand feu, et qui, dans les nouvelles conditions de cuisson, s'incorporent facilement sous la couverte. Les trails les plus fins du pinceau, les nuances les plus delicates de la palette se conservent avec neltete tout en ayant acquis la vibration lumineuse et la translucidite des emaux.
La decoration de la porcelaine constitue, a Sevres, une des caracteristiques de la Manufacture. Le personnel de cette section est done tres important. Actuellement on ne compte pas moins de vingt pcintres, doreurs et decorateurs. Plusieurs sont des artistes fort distingues, dont les collectionneurs rechercheront plus tard les CBUvres, a l'egal de celles de> Le Guay, des Aloncle et des Dodin. La peinture sur porcelaine est un art ties special, qui exige un apprentissage serieux et des dispositions naturelles. Qu'ils traduisent la peinture d'un autre, ou qu'ils peignent d'apresleurs inventions personnelles, les peintres decorateurs doivent adapter leur composition aux exigences techniques de la ceramique, qui sont multiples et imperieuses. Aussi la porcelaine de Sevres, relativement bon marche tant quelle reste dans la decoration ordinaire, dans les filets d'or ou de couleur, atteint-elle des prix tres eleves lorsque la
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main du peintre intervient. Des ateliers speciaux sont mis a la disposition de ces artistes dans lcs batiments de la Manufacture. Les sculpteurs, qui donnent lcs modeles, ou decorent les pieces de sculptures et de ciselures, sonL dans les memes conditions d'installation que les peinlres et les decoratcurs.
Lorsque la piece sort du four, decoree definitivcment, elle est raise entre les mains des monteurs et des brunisseurs; de la elle passe aux magasins des sous-sols, dans lesquels on la classe coirmie piece de r6serve ou piece de vente.
Le montage, qui formait autrefois un service des plus importants de la Manufacture, voit se reduire peu a pen son personnel. La fabrication en unc seulc pi6cc des grands vases a supprime" le travail si delicat et si complique de l'ajuslagc des parties fragmentees. Lcs nouvelles formes, en outre, exigent moins d'anses, de guirlandes, de bordures et de garnitures en metal que lcs ancienncs, ou le bronze tenait une place qu'on a pu, souvcnt, qualifier d*excessive.
Au-dessus de l'atelier des fours a moufles, se trouve le laboratoire de chiinie, qui est, si Ton peut dire ainsi, le ccrveau de la Manufacture. C'est la, dans ces nombreuscs cornucs et coupelles, remplies de matieres en ebullition, que s'opere le travail continu charge de preparer les decouverles qui doteront la ceramique de pates nouvelles, d'emaux inconnus, de couleurs plus fraiches et plus brillantes. Tous les elements, qui doivent entrer dans chaque piece, y ont ete analyses et eprouves avec une extreme rigueur, aQn que l'ceuvre, apres avoir subi les transformations multiples que nous avons decrites, sorte des entrailles du four, toujours belle et saine.
Les poteries chinoises de King Te Chin et de Nan Chang Soo, les ceramiques japonaises d'Owari, de Kioto et d'Hizen livrent la, sous revocation puissante de l'arcaniste actuel, les secrets de leursporcelaines, que leurs auteurs croyaient devoir etre eternellement inviolables pour les occidentaux. Comme cclui des Gobelins, le laboratoire de Sevres est celebre dans l'histoire de la chimie moderne. II a compte des savants illustres, dont les travaux et les decouvertes ont contribue puissamment aux progres de la science : Hellot, Macquer, Brongniart, Ebelmen, Salvetal et Lauth; aujourd'hui il est dirige par un des plus brillants eleves de Wurtz, M. Vogt, qui continue les traditions de travail fecond, leguees par ses predecesseurs.
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Ajoulons pour terminer que le nambreux personnel de la Manufacture de Sevres offre les memes exemples d'union, de sociabilite et de devouemcnt professionnel, que celui de la Manufacture des Gobelins. Artistes ct ouvricrs vivent la, formant une sorte de famille patriarcale, en communion intime de sentiments et d'ambitions, fiers de faire partie d'une grande institution artistique, dont ils soulienncnt, par leur talent, la gloire seculaire el la reputation universelle.
BE.4UV.tlS.