‹ Les manuscrits a miniatures de la bibliotheque de SoissonsChapitre 17 sur 25 · I. Ducange · texte numérisé non relu

I. Ducange

8. Bfbli fmp., manus. lui . 238'J : \ahia. MMtOttWM Thuaita . fonds Colbort.

Bisdeni binique dies scribuntur in anno

In quibus una solet mortalibus hora timeri.

Mensis quisque duos captivos possidet horutn.

Nec simul hos junctos homines ne peste trucident.

Si tenebrae yEgyptus greco sermone vocantur,

Inde dies mortis tenebrasjure vocamus.

II is caveas ne quid proprio de sanguine demas.

Nullum opus incipias, nisi forte ad gaudia tendat,

Et caput et fînem mensis in corde teneto,

Ne in medio ima ruas, sed clara per ethera vivas.

Voici maintenant les vers que l'anonyme copie et qui doivent être tenus pour typiques, puisque c'est la plus ancienne version que nous possédions des vers égyptiens; Versus de Diebus .Egyptiacis, tel est le titre en effet de la pièce de poésie que nous fournit le manuscrit 2389 de la Bibliothèque Impériale.

Janvier. — Jani prima dies et seplima line timetur.

Février. — Ast Februi quarto, est, precedit tertia finem.

Mars. — Martis prima necat cujus et cuspide quarla est.

Avril. — Aprilis decimo et undeno a fine minatur.

Mai. — Terlius in Maio lupus est et septimus anguis.

Juin. — Junius in decimo quindemim a fine salutat.

Juillet. — Tredecimus Julii decimo innuit ante kalendas.

Août. — Augusti nepa prima, fugat de fine secunda.

Septembre. — Tertia Septembris, vulpis ferit a pede dena.

Octobre. — Terlius Octobris gladius decimum ordine nectit.

Novembre. — Quinta Novembris acus, vix tertia mansit in urna.

Décembre. — Dat duodena cohors septem inde decemque Dccembris.

Le xive siècle m'a fourni un type tout à fait différent de vers sur les Jours Egyptiens. Ce type, je le trouvai dans le Psautier n° 12 de la Bibliothèque de Laon, et je l'ai publié dans la seconde partie de mon étude sur les Manuscrits à miniature de cette collection . ch. xlvii, page 43. Je le reproduis comme élément essentiel du sujet et comme comparaison. Voici ce texte :

Janvier. — Prima dies mensis et seplima truncat ut ensis.

Février. — Quarla subit mortem, prosternit tertia sortem.

Mars. — Primus mandentem dirumpit, quarla bibenlem.

Avril. — Demis et undenus sicut mors est alienus.

Mai. — Terlius occidit et septimus ora relidit.

Juin. — Demis pallescit, quindenus fédéra nescit.

Juillet. — Tredecimus mactat Julii. demis labefactat.

Août. — Prima subit mortem. porditquo secunda coliortom.

Septembre:. — Terlia Septembris et denus fert mala membris.

Octobre. — Terlius et demis est mortis vulnere plenus.

Novembre. — Quinta subit mortem, prosternit terlia sortem.

Décembre. — Septimus exsanguis. virosus denus ut ani;uis

On le voit, les textes de ces deux pièces de vers diffèrent essentiellement l'un de l'autre, bien que les alexandrins de chaque calendrier s'accordent à désigner comme marqués de fatalité, la plupart en mal. quelques -uns en bien, nisi forte ad yamlia tendat, les deux mêmes jours de chaque mois : en janv ier, le 1" et le 7; en février, le l\ et le 3; en mars, le 1" et le II ; en avril, le 10 et le 1 1 ; en mai, le 3 et le 7; en juin, le 10 et le 15; en juillet, le 13 et le 10; en août, le 1er et le 2; en septembre, le 3 et le 10; en octobre, le 3 et le 10; en novembre, le 5 et le 3; enfin en décembre, le 7 et le 10. Comme différence notable, après celle des mol> eux-mêmes et des vers, je dois constater que le type produit par l'anonyme du III* siècle mentionne le nom du mois à chaque alexandrin, tandis (pie le type fourni par le psautier n° 12. de LaOO, ne donne que deux fois le nom du mois, en juillet et en septembre.

J'ai senti la curiosité de savoir lequel de ces deux types avait été le plus souvent, au moyen âge, adopté par l'usage. J'ai consulté, dans la Bibliothèque de Soissons, trois manuscrits à vers égyptiens : 1" le missel n° 82 de Saint -. Médard , celui qui fait I objet spécial de cette notice; 2° le manuscrit 07 qui m'a déjà deux fois fourni l'occasion de citer un calendrier a Jouis Kgyptiens; 3" un bréviaire romain, n !>.">. \ l.i Bibliothèque Impériale on m'a donné, au hasard, cinq psautiers du fonds latin, les n 703. 700. 70s psautier de Corbie, 700 Psalterium albiense, 770. des xu". im1 et irr* rieciea. De cette étude comparative, je tire la conclusion que la préférence était généralement donnée au type que nous a restitué le poète anonyme du manuscrit Varia (recueil de pièces diverses n" 2380 de la Bibliothèque Impériale. Sur les huit calendriers, trois de Soissons. cinq de Paris, trois seulement, ceux des psautiers n" 703. 768 et 770 de la Bibliothèque Impériale, sont semblables, comme texte égyptien, à la version du psautier n I2.dc Lion, qui appartient au siècle.

Chaque manuscrit, d'ailleurs, oiïre quelques variantes dans les vers sih\llms de son calendrier. Passant de main en main, de copiste en copiste, celte poésie se modifie dans quelques-uns de ses termes, si le fond reste un. Ce qu'on remarque surtout, ce sont

les fautes de copie et de prosodie; un mot ou l'autre est mal écrit par un scribe qui ne comprend pas le latin et moins encore le rhythme des vers auxquels des pieds manquent parfois avec des mots passés. Voici quelques-unes des variantes à la leçon typique du xne siècle :

Dans le missel 82 de Saint-Médard, de Soissons, je lis, au mois de mars : Martis prima necat cujus sub cuspide quarto, est, au lieu de et cuspide; au mois de juin : Junius in decimo, quindenus a fine salulat, au lieu de quindenum ; au mois d'août : Augusti nepa prima, necat de fine secunda, au lieu de fugat qui est aussi dans les psautiers 766 et 768 de Paris; au mois de septembre : Tertia Septembris vulpis ferit à pede denam, au lieu de dena, ce qui peut présenter le même sens : le 3 septembre frappe du pied du renard le 10, ou pendant le 10 ; au mois d'octobre : Tertius Octobris gladius decem in ordine nectit, au lieu de decimum online; au mois de novembre : Quinta Novembris acer. au lieu de acus; au mois de décembre : Dat duodena choors septem decemque decembris, pour cohors septem inde ; avec inde en moins, l'alexandrin du psautier 12, de Soissons, n'est pas sur ses pieds.

Le psautier 97 de Soissons n'a d'essentiel comme différences de version que quelques nominatifs à la place des ablatifs, et le genre masculin substitué au féminin dans quelques vers. Le bréviaire romain n° 95 de Soissons (xnie siècle), nous donne au mois d'octobre une variante plus importante en ce qu'elle change l'influence maligne en influence favorable, puisqu'il dit : Tertius Octobris pullus, au lieu de : Tertius Octobris gladius, pullus, un poulet, tandis que tous les autres manuscrits tiennent le 3 octobre pour un terrible exterminateur, un glaive tranchant, gladius, de même que le psautier 12 de Laon l'accusait aussi d'être fécond en germes de mort : Tertius est mortis vulnere plenus.

Le psautier d'Albe (n° 769 de la Bibl. Imp.) nous donne cette version au mois de mai : Sed madii tertius est lupus, le reste comme au type; au mois d'août : Spernit de fine secundam, au lieu de fugat de fine secunda.

Voici, maintenant, les variantes principales au type du psautier n° 12 de Laon : Psautier 770 de la Bibliothèque impériale (xive siècle), au mois d'avril : Denus et undenus est mortis vulnere plenus, au lieu de : Sicut mors est alienus; au mois d'août : Prima necat fortem STERNiT(/î/e secunda cohortem, au lieu de : Subit sortem sternit-

que, etc.; au mois d'octobre : Tertia et dena clvmvt : sis intégra vena, que je ne me cbarge pas d'expliquer, au lieu de : Terdus et denus est morlis tuhtere plenus; au mois de novembre : Scoitriis est qlintus, et tertils est nece cinctis. au lieu de : Quinla subit mortem, prosternil tertia sortent. Evidemment, le copiste qui écrivit le calendrier du psautier 770 de la Bibliothèque Impériale, avait été choqué de voir que le vers fatal de novembre plagiait effrontément l'alexandrin de février, et il lui substitua la variante où lui-même faisait preuve de plus d'imagination et de fécondité.

Psautier de Corbie (n° 7G8 de la Bibl. Imp.); on lit au mois de février : Proetemù tertia fortem, l'homme fort, au lieu de sorlem, le sort, ce qui modifie en mal la bonne influence; au mois de novembre : Ivr tkktiis \i> UALi CJNCTUff, 0B qui e>t a la lois une variante au Psautier n° 12 de Laon ; Protiernit tertia sortent, et au Psautier d'Albe : /:'/ terlius est nece cinclus.

Psautier 7G3 de la Bibliothèque Impériale, au mois de février : Dmii upn tertia [orient, au lieu de : Protiernit; au mois d'octobre : Tektiis OCTOBBJ8 m.adios et MCI Ml B oiuhne nectet, au lieu de : Terdus et denus est mortis minore filants.

L'étude des Jours égyptiens me mené a faire remarquer, avec I»- potM anonyme du xiT siècle et aussi avec Guillaume Durand, que si leur ensemble est menaçant et terrible, le 3 mai farouche comme un loup, le 7 du même mois venimeux comme une vipère, le 3 septembre aussi avide du sang humain qu'un renard du sang des poules, les 1" et 7 janvier tranchants comme une lame d'épée, le 3 octobre nouant en l'ai si -eau plusieurs glaives, le 1" mars mettant à mal les ami- de Cornus et le h du même molles sectateurs de Bacchus, le 13 juillet aussi dédaigneux de la vie de.- homme- qu'un conquérant; que si la majorité de ces jours ne préside qu'aux douleurs, aux maladifet à la mort, il en est quelques-uns auxquels la superstition antique semblait n'attachai qu'une influence douteuse, et dont la malignité semble eedei en de raies circonstances où peut s'exercer une influence favorable. Sisi forte ad gaudia tendat, li-un--nous dans le manuscrit 2389 de la Bibliothèque Impériale, et l'évèquc de Mende disait aussi : On en connaît qui sont sous une bonne étoile, hene ConitellatO*, et ou a voulu qu'ils fassent notés au calendrier, afin qu'en ces jours plutôt qu'en d'autres on pousse vigoureusement ses affaires, actions insistatur. Ainsi, dans le calendrier du manuscrit 12 de Laon. le 3 février est un de ces rares Jours Égyptiens oii le sort fatal peut cire conjuré, prosternil

lertia sortent, le 3 terrasse le sort. Disons cependant que les astrologues ne sont pas bien d'accord, puisque le Missel 82 de Saint-Médard de Soissons prétend que le 3 février est justement le jour qui amène ou précède la fin, precedit tertia finem, et sa menace s'appuie sur celle plus terrible encore du Psautier 763 de la Bibliothèque de Paris, disant que le 3 février détruit même et surtout l'homme fort, prosternit tertia fortem. Les calendriers auxquels j'ai fait des emprunts varient moins sur l'influence bénigne du 15 février, dont le Psautier 12 de Laon dit qu'il méconnaît les sorts, quindenus fédéra nescit3 et le poêle anonyme du xne siècle, d'accord avec les trois manuscrits de Soissons, affirme en termes identiques qu'à la fin il apporte le salut, quindenus a fine salutat. Le manuscrit de Laon se met encore une fois en divergence avec ceux de Soissons et du poète anonyme sur la véritable attitude du 10 juillet; l'un dit qu'il met à mal les gens, denus labefactat, tandis qu'à en croire les quatre autres, le 10, s'il tombe avant les kalendes, est parfaitement inoffensif, decimus innuit ante kalendas. Enfin, je dois constater l'ensemble de tous les calendriers sur la bénignité parfaite du 3 novembre, date à laquelle le psautier de Laon, peu varié dans ses formules, avait appliqué, je l'ai dit déjà, le dicton propre au 3 février, prosternit tertia sortent , tandis que l'anonyme et les psautiers de Soissons à sa suite proclament d'une voix unanime qu'il aime à ne pas sortir de l'urne du sort, vix tertia mansit in urna.

J'avais donc tort, dans mon livre sur les Manuscrits historiés de la bibliothèque de Laon, de m'étonner de ne pas trouver célébrée par la muse du moyen âge la contre-partie des Jours Egyptiens, c'est-à-dire la série des jours heureux. Un examen plus attentif les fait découvrir, et d'ailleurs il faut supposer que tous les autres jours du mois, ceux qui n'étaient pas nommément stigmatisés par le vers du poète sibyllin, étaient réputés favorables et comme tels ne devaient pas figurer dans le calendrier.

Nous connaissons donc la nature et la valeur des Jours Egyptiens. C'est aussi ce que savait le vulgaire, le commun des martyrs, la plèbe superstitieuse à laquelle les livres d'église persistaient à apprendre les superstitions que l'Église repoussait et blâmait par la voix de ses représentants les plus intelligents; mais c'est tout ce que le vulgaire savait. Les adeptes de la Kabale, de la grande science arrivée d'Egypte, ceux qui s'occupaient de la cause, des conjonctions des astres, s'étaient transmis d'âge en âge la formule magique qui réglait la série des Jours Egyptiens dont les termes bizarres

♦'(aient aussi complètement incompréhensibles pour les ignorants que le sont certaines formules algébriques pour ceux qui n'ont point pâli sur les mathématiques. Guillaume Durand et son livre nationale divinorum, à qui nous avons déjà emprunté un passage important pour l'histoire de cette curieuse et persistante superstition, nous ont transmis cette formule mystérieuse, probablement magique, en tous cas inintelligible pour les modernes et qui s'enferme dans ce distique latin :

Augurior decies , audito lumine clangor : Linquit oleus ' Abies , coluil Cohts , excute Gallum.

L'évèque de Mende fait précéder cette formule qu'il nous a conservée de ces lignes : a Quotas aulem sit MES BGYPT1ACUS, a principio vel fine mentis, /ris vertibut continctur, » c'est-à-dire, chaque Jour Egyptien, en supputant par le commencement ou la fin du mois, est contenu dans ces vers.

Non content de nous les avoir transmis, Guillaume Durand nous donne encore en ces termes la manière de nous en servir: « In lus versibus sunl 12 dictiones 12 mentHnu tervientes : prima primo, secundo, secundo, et sir per ordinem, twnpto initie n Janaa-m: ita fpiod quota die a it prima liltera prima' tyllabœ alicujus istarum dictionutn in alp/iabeto totus erit DIBS KGYPTI VCIS in illn mense rai srrril illa dirtio, rompu/ando a mentit principio versas jinem. Item quota erit prima liftera serundœ sijllalxr m nlplmlicio , lotus erit DIBS KGYPTI VCl s in ilkt mense rai servit illa dirtio, verhi i/ratia. Al (.1 BJOftetJ prima dirtio et servit primo menti, sciliret Januario; u est prima syllaba et \ est prima littera iptiut syllabce; ergo diet prima Jonuarii est A:aavh\c\. Item ca est serunda eylktba, ei G est prima liftera ipsius syllaba, et c. est seplima in alpbabeto; en/o septima imks BGYPTIACU8. .\oinrrando a fine versus, principium est Kgï pi i m.i m . et sir in aliis; Imi

obtervato quod n in hoc loeopro littera non ponatur, Quilibel aulem pramittorum dientm

propter uniram horam sut denominalur kgypti vc.l s. »

Peut-être n'est- il pas inutile de traduire le texte de Guillaume Durand pOUl en rendre tout à l'heure l'application pratique plus facile.

Dans ces vers, dit-il, il y a douze mois qui servent pour les douze mois, ou mieux

I. Et non liquil o)mj, comme le dit la nouvelle édition de Durunge.

qui y correspondent. Le premier mot sert pour le premier mois, le second pour le second, et ainsi en suivant leur ordre à partir de janvier, de sorte que le jour qui correspondra avec la première lettre de la première syllabe de quelqu'un de ces mots dans l'alphabet, sera tout un Jour Egyptien dans le mois auquel correspond ce mot, en supputant à partir du commencement du mois et en se dirigeant vers la fin. De même, le jour entier sera Egyptien qui correspondra à l'ordre numéral dans l'alphabet de la première lettre de la seconde syllabe dans le mois auquel ce mot correspond en supputant de la fin au commencement.

Par exemple, augurior est le premier mot, et il correspond au premier mois, c'està-dire au mois de janvier, au est la première syllabe et a la première lettre de la même syllabe, ainsi que de l'alphabet; donc le premier jour de janvier est un Jour Egyptien. De même gu est la seconde syllabe et g est la première lettre de cette même syllabe; comme g est la septième lettre de l'alphabet, donc le septième jour de janvier est Égyptien. En comptant de la fin du vers, le commencement est Égyptien, et ainsi pour les autres mots. Il est à observer que I'h n'est point compté pour lettre. Or, chacun de ces jours est appelé Égyptien à cause de son heure unique.

Durand recommande de ne faire abstraction que de l'u qui ne compte pas comme lettre. Il faut encore tenir pour lettre ne comptant pas soit le k qui ne fait que doubler le c, soit le j qui double l'i, de même que I'h n'est pas véritablement une lettre, mais une aspiration, un mode particulier d'accentuer les cinq voyelles. Durand, qui ne supprime que I'h comme lettre à ne pas compter, a oublié de mentionner le r ou le j, sans quoi la lettre l, qui caractérise, on va le voir dans les quatre exemples d'avril, de juin, de septembre et de décembre, le dixième Jour Égyptien, présiderait au onzième qui appartient à la lettre m, ce qui s'apercevra dans l'exemple d'avril. De même encore, si Ton comptait soit le k, soit le j à son ordre numérique d'alphabet, le q serait le seizième jour égyptien, tandis que tous nos calendriers l'appellent quinzième, quindenus, dans l'exemple de juin.

En appliquant maintenant ces principes aux vers typiques du calendrier du poète anonyme du xne siècle, ou plutôt, si l'on veut, à ceux du calendrier du missel n° 82, de Soissons, livre qui nous occupe tout spécialement, nous trouvons :

Janvier.

— AiGinioi»

— Jani prima dics et septima fine timetur.

— Au 1 Cu 7.

Février.

— Decies.

— Ast Februi quarta est, precedit lerlia finem.

— De 4. Ci 3.

Mars.

— Al'DITO.

— Martis prima necat, cujus sub cuspide quarta est.

— Au 1. Di 4.

Avril.

— LuMINE.

— Aprilis decimo et undeno a fine minatur.

— Lu 10. Mi 11

Mai.

— Clangor.

— Tertius in Maio lupus est et septimus anguis.

— Clan 3. Cor 7.

Juin.

— LlNQUIT.

— Junius in decimo, quindenus a fine salutat.

— Li 10. Quit 15.

Juillet.

— Oleis.

— Tredecimus Julii, decimus innuit ante kalendas.

— V 13. Leus 10

Août.

— Abies.

— Augusti prima nepa. necal de fine secunda.

- A 1. Di 2.

Septembre.

— Col-UIT.

— Terlia Septembris vulpis ferit a pede denam.

— Co 3. Lu 10.

Octobre.

— Colis.

— Tertius Octobris gladios decem in ordine nectil.

— Co 3. Lus 10

Novembre.

— Excite.

— Quinlu Xovembris accr, vix lerlia inansit in urna.

— Ex 5. Cu 3.

Décembre.

— Gallim.

— Dat duodena cohors septem inde decenn\w Decembris.

— Cal 7 Lu m lu

On peut répéter cel exercice sur les vers du calendrier du psautier n" 1*2. de Lion, et l'on obtiendra des résultats absolument identiques.

(iuillaume Durand conseille de renverser l'exercice, c'est-à-dire de chercher les Jours Egyptiens en allant de la fin du vers et du mois à leur commencement. J'ai essayé cette méthode; mais je ne suis arrivé à aucun résultat.

Je ne comprends pas bien pourquoi, suivant l'évêque de .Mende encore, il \ .1 nm heure unique et Egyptienne, propter unicatn forant j dans toul un Jour Egyptien, tofni erit Dics Egyjtliarus. L'explication de Durand est incomplète et me parait manquer de clarté.

Pour en finir, je retourne une dernière fois au van antonymes du manuscrit 2,386 delà Bibliothèque Impériale, et. parmi les recommandations des derniers alexandrins, je vois celle-ci que tout croyant il la fatalité doit retenir au profond de son cœur, s'il ne veut périr au fond de l'abîme, mais vivre dans l'éther le plus pur : Si CaptU >■/ finetfi menti» m corde teneto, retient dans ton cœur le commencement et la lin du mois. Comme il y a un Jour Egyptien et dans ce jour une heure Egyptienne, Unicom forain j le commencement et la fin de chaque mois peuvent donc aussi devenu Egyptiens Commenl le savoir? L'anonyme et Durand ne nous le disent pas. Il nous semble que la place occupée dans chaque vers par les deux jours à influence fatidique doit nous renseigner Btilement. Ainsi je tiendrais volontiers pour Egyptiens le commencement et le milieu de janvier, en raison de la place de prima qui est le second mol. et de st'iitumi qui se montre BU Centre du vers. En février, c'est le milieu et la lin du mois qu'il faut graver en son cœur, in rorde Icnclo, parce que quarta est au milieu et tertio tout au boni. En septembre,

en tête et dena en queue de l'alexandrin me semblent significatifs au suprême degré. Je livre d'ailleurs mon hypothèse pour ce qu'elle peut valoir.

J'ai dit que le Missel 82 de Soissons contient aussi des particularités très-curieuses et- concernant les cérémonies de la sainte messe, cérémonies qui ont été supprimées et qu'il serait peut-être intéressant de faire connaître au point de vue de l'histoire des rites. Je laisse à de plus savants en pareilles questions le soin d'étudier ce manuscrit à ce point de vue, pour m'occuper, de peur de grossir exagérément cette notice, de son illustration par le miniaturiste.

Les deux lettres gravées que je donne en tête de ce chapitre et mes Planches 10 et 11 suffisent à faire apprécier la variété de ces enluminures et leur beauté. Chaque page de cet énorme volume a son décor : filets d'ornementation en couleurs, lettres ornées de taille et de valeur diverses, majuscules feuillagées ou à rinceaux, ici enfermant des têtes humaines du plus fin dessin, là des scènes adorablement naïves dans leur ingénuité de composition qui les marque profondément comme d'un signe d'époque. Certaines pages, comme la première de la messe de Pâques, sont complètement encadrées (Pl. 10) par des filets d'or, auxquels la majuscule se rattache avec originalité; ils se coupent au centre par des lacis engendrant eux-mêmes des folioles de vigne, et ramifient, aux angles de rencontre, en ces pousses folles de lierre que les décorateurs du xme siècle avaient déjà mises à la mode. En haut, en bas, sur les côtés, les marges s'emplissent d'oiseaux dans toutes les attitudes, s'animent de papillons aussi grands que ces oiseaux et qui dansent à leurs chants. Au-dessus du cadre, la fantaisie de l'artiste s'est amusée à créer un tournoi des plus divertissants : messire Chante-Clair, poussant son cri de guerre, couvrant sa poitrine de son écu blasonné d'une croix de gueules sur fond d'argent, se jette, la lance en arrêt, sur Jeannot Lapin qui n'est pas moins fier avec ses oreilles dressées par la fureur et qui va recevoir la pointe de son adversaire sur son bouclier de sable à la rose d'argent. Mystère de cette fantaisie grotesque, chacun des combattants chevauche son plus mortel ennemi qu'il a dompté : le renard sert de monture au coq et le chien de chasse au lapin; avec cette combinaison et ces contrastes, le miniaturiste a tracé là une petite scène pleine de mouvement et d'imagination. Tout en bas du cadre, un grotesque au corps de dragon et une chimère qui finit en sirène se font les doux yeux, singulier caprice où les monstres de la fièvre accompagnent la belle lettre qui nous montre, sur

un fond quadrillé d'azur et d'or, le Christ triomphant de la Mort et sortant du sépulcre au pied duquel, et dans des niches, sommeillent les soldats romains dont le moyen Age s'est raillé en leur infligeant, à la chapelle des Endormis de Sissy1, un sobriquet qu'ils n'ont que trop mérité.

Je ne décrirai pas les nombreuses lettres peintes et à figures (pie le livre contient; ma Planche 10 en donne une idée suffisante. Chaque grande solennité à la sienne. l'Ascension, la Trinité, la Pentecôte, la Fête-Dieu, la Nativité. .Même à de simples dimanches, le peintre a voulu faire preuve de son talent de dessinateur et de coloriste. Ainsi, pour une préface de jour très-ordinaire, je trouve un grand T de Te if/itur, dans l'intérieui duquel se détachent sur fond d'or les figures des deux religions chrétienne et judaïque, celle-ci les yeux couverts d'un bandeau qui se détache et laissant échapper de ses mains défaillantes les tables moïsiennes brisées dans la chute, celle -là nimbée d'azur, la couronne d'or en tète, la croix en main et de la gauche faisant un geste dominateur; sa bouche décrète, son regard affirme. Dans ces tableaux rétrécis la dignité du st\le, l'explosion des figurines, la vérité du geste, la grâce et le mouvement des étoiles atteint la majesté du grand style. La complication du sujet qu'enferme le grand )l de la Toussaint (Pl. 10), la multiplicité des personnages et des détails n'enlèvent rien à l'expression, à l'enthousiasme, a la foi ardente qui br illent dans cette triple r angée de ligures ascétiques et B'étageant selon les lois d'une perspective naïve, mais non sans effet.

Le pinceau a ici des délicatesses infinies, des tons qui se dégradent avec une douceur flatteuse pour l'œil, des nuances caressantes et admirablement mariées. Le trait de plume, qui joue son rôle important dans l'affermissement des contours, a [>erdu cette brutalité (pie nous lui reprochions aux âges passés, et le noir de l'encre, sobrement emploie, appartient bien à cette gamme tendre de la couleur qui ne connaît jamais les contrastes violents, les oppositions de tons austères.

Toutes ces qualités de la peinture microscopique des majuscules a personnages, apparaissent plus saillantes et mises en plus vif relief sur les deux belles miniatures qui séparent les grandes solennités du Propre des Saints et emplissent chacune sa page in-folio. Entre elles j'ai choisi la mieux conservée, celle qui produit le plus d'effet et m'a

I. Département de l'Aisne, arrondissement de Saint-Quentin, canton de Rihemont.

paru le chef-d'œuvre de l'artiste. C'est le Christ en croix, entre la Sainte Vierge et l'apôtre bien-aimé (Pl. 11). La reproduction que j'en fais ici et qui n'a pas la prétention de donner une idée de la couleur, mais de l'effet général, laisse entrevoir quel immense progrès s'est accompli depuis le xme siècle. Le peintre sait déjà faire grand et beau. 11 n'a plus peur, comme ses prédécesseurs, de la figure humaine dont il tire un admirable parti. Dans un type donné, dans une habitude qui tend à se modifier profondément, il entrevoit la nature, la vérité, la beauté. Ses tètes sont pleines d'expression. Dans la simplicité de sa composition, ses personnages se pondèrent avec science, ses vêtements se drapent largement. Enfin, c'est un véritable tableau recommandable par de grandes qualités qu'on ne peut méconnaître et qui posent un jalon précieux dans la grammaire de l'art. C'est donc là un chapitre intéressant de l'histoire de la peinture et de ses manifestations, et l'on ne s'étonnera pas que le Missel de Saint-Médard m'ait si longtemps retenu avec les différents aspects sous lesquels je l'ai étudié.

SÉM [NAIP E I ) E Si >ISS< )N S

(Planches 12 f.t 13.)

Les Miracles de la sainte Vierge t traduits et un» en vers par Gautier « l < - Coiucy ,

pi ieur de Y ic-sur-Aisne 1 cl religieux bénédictin de Saint - Mcdard- le/ -S<>i»miii>. Petit

in-folio suc vélin, contenant 246 feuillets.

(le manuscrit provient de l'abha\e Notre-Dame de Soissoos, ainsi qu'il résulte de celle noie inscrite sur la garde : » A très-haute, très-illustre . trè*-vertueuse princesse

madame Henriette de Lorraine, pour très glorieuse Vierge, mère de Jésu du

précieux soulier, de laquelle ci les miracles de sa grandeur, très-humble ci très-

obéissanl serviteur; deuxième d'octobre mil six cent trente-cinq . » — et d'une autre mention apposée plus bas : « Ce livre appartient s son altesse madame de Lorraine, abbesse de ce monastère » (Noire-Dame). Pourquoi ce livre ne passa-t-il pas de la Bibliothèque de cetie abbaye dans celle du chef-lieu du district? Comment est-il aujourd'hui dans celle du séminaire de Soissons? l'.'esl ce (ju'on ne peut dire, surtout lorsque les investigations laites sur place il y a vingt ans par le laborieux et intelligent edileui du poôme de Gautier de Coincv. n'ont pas fourni de réponse a celle question.

.M. l'abbé Poquet , autrefois directeur de l'institut des sourd>-muel> de Saml-Me-

i. Vie-sur- Aisne , chef-lieu d'an «les cuitoni «lu l'arrondi «sèment Soi ho ni (Aline .

dard, et maintenant curé-doyen de Berry-au-Bac 1, en publiant le livre des Miracles de la Sainte Vierge, l'a muni d'une préface assez profondément étudiée pour rendre inutile tout travail parallèle qui ne serait qu'une série de redites; mais le livre a longtemps appartenu à l'un des grands établissements religieux de Soissons; un autre de ces établissements religieux le possède encore; il devrait avoir reçu asile dans la Bibliothèque de cette ville à laquelle il revenait de droit, et peut-être bientôt, si j'en crois de vagues rumeurs, il est exposé à quitter le pays par une aliénation à laquelle rien ne peut s'opposer que la volonté du chef spirituel du diocèse , si toutefois on songe à faire appel à son intervention toute-puissante. A ces titres, quelques pages de cette étude sur les Manuscrits soissonnais ne sembleront peut-être pas hors de propos. Je n'ai, pour écrire ce chapitre, qu'à me laisser guider par la belle publication de M. l'abbé Poquet, lorsque je ne lui prendrai pas ses descriptions toutes faites.

Je n'ai pas à m'occuper du poëme en lui-même, ni de son auteur. On sait que Gautier de Coincy naquit dans la dernière partie du xne siècle, qu'il prit l'habit monacal a Saint-Médard de Soissons dont son oncle, Gautier Balena, était abbé depuis 1196. En 121£|, Gautier de Coincy, qui avait alors trente-sept ans, fut fait prieur de Vic-sur- Aisne où Saint-Médard entretenait quelques moines chargés de desservir la chapelle de sainte Léocade dont Gautier devait célébrer en vers la vie et les miracles, et aussi l'histoire des reliques de cette Sainte volées, jetées dans l'Aisne et enfin retrouvées et réinstallées en grande pompe. C'est à Vic-sur-Aisne qu'il composa son poëme plein d'enthousiasme pour le culte de la mère de Dieu et qui conquit sa célébrité du vivant même de l'auteur. Après dix-neuf ans de séjour à Vie, Gautier fut appelé en 1233 à Saint- Médard pour y prendre la charge de grand prieur claustral, et il y mourut en 1236. profondément regretté de ses frères et des grands personnages dont son talent et son caractère avaient conquis l'estime et l'amitié.

Quant au poëme, l'examen sommaire de la table des matières en indique le sujet et la constante préoccupation : « Cy commencent les miracles de Nostre-Dame en la première partie; — le premier de Théophile; — du juif qui geta l'ymage de Nostre-Dame en la chambre coie; — du prestre que Nostre-Dame deffendi de l'injure que son evesque

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