‹ Les manuscrits a miniatures de la bibliotheque de SoissonsChapitre 21 sur 25 · I. Paulin Pài is, Manusc. franç. T. I · texte numérisé non relu

I. Paulin Pài is, Manusc. franç. T. I

version qui est la bonne : « En l'an de grâce mil OC quatre vins et onze, el mois de » iuing elquel je fus nés, et oy quarante ans accomplis, commençoi-je ces translations « et les oy parfaittes en Y an mil CC (juatrc vins et xnu el moy de février, /ùi l'an de « grâce mil CC et nonante et sept, el iour de saint Remy fus esleus et fait deans (doyen « de Saint-Pierre Daire dont je estaie clianoines, etc. »

Ainsi se trouve rectifiée et surtout complétée la biographie de Guyart Des Moulins qui naquit en 1250, était prêtre et commença son livre en 1291, époque où il a\;nt quarante ans accomplis, et fut nommé doyen de Saint-Pierre d'Aire en 1297. Je dirai tout à l'heure le succès de sa traduction; mais je dois avant tout parler du livre $ îkoUuticœ historiée, l'œuvre originale de Pierre le Mangeur, « ly maistres en histoires. »

Je disais plus haut que Pierre Comestor avait quitté Troyes vers 116A pour venir professer à Paris où il fut à la fois chancelier de l'Université et de l'église cathédrale. Les documents du temps nous le présentent comme une des gloires de la science d'alors, et le pape Alexandre III . demandant des candidats pour les hautes dignités ecclésiastique.» à vaquer ou vacantes, c'est Comcstor que le légat recommande entre autres au choix du saint-siége. Cependant, aussi modeste que saxanl. Pierre quitte renseignement, BC retire à l'abbaye Saint-Victor de Paris, et c'est là que vers 1176. il acheva son grand ouvrage» Historiœ scholasticœ , depuis nommé la BibU hiitoriaukb qu'il dédia a (imllaume aux blanches mains, alors archevêque de Sens et plus tard arche\èque de Heims. ainsi que l'établit la lettre que Guyart Des Moulins traduisit aussi el qu'il publia a la suite de son prohesme et de sa table des matières : « C'est une lettre que l\ maislre en « hystoires, qui Pierre, prestre ou doyen de Trêves et nom (eut nom), envoya ou com- « mencement de son ouvrage à l'archevesque de Sens, pour son ouvrage corrigiei . si a mestier en eust. » — « A honorable père el son chier >eigneur Guilhaume, par la « grâce de Dieu archeuvsque de Sens. Pierre, sers (serviteur de) Jbésucrist, doyen «l« « Trêves, bonne vie el bonne lin, etc. » Puis GomSStor demande a\is a l'archevêque dans celle phrase pleine de modeste soumission : i Mais pour ce que le mauvais grciïc « est rude à mestier de lyme, ai-ie gardé la lyme à vous, beau père, pour caste œuvn « corrigiez Par quoi vos corrections ly donront par la voulenlé de Dieu resplendeur de

1. Hiit. litt. de la France. T. XIV, passim. — L'abbO Ilivc. — M. Lerom do Linry, locontato. — Hn<gr. untvrrstlir

« son auctorité parmanable et en toutes choses est Dieu beneis. » Puis plus loin l'auteur « pri a tous clercs entendant escriptures qui cest ouvraige lyront que, s'ils y trouvent à « corrigier, que la lyme de leur sens veuille lymer mon rude engin et corrigier. » C'est ce dont se chargera plus tard Guyart Des Moulins.

Pour l'instant, l'œuvre que Pierre Comestor paraît avoir composée à l'imitation de celle de Pierre Lombard appelé le « maistre des sentences, » comme le chanoine de Saint-Victor reçut le surnom de » maistre en hystoires; » cette œuvre conquit rapidement un immense succès et fit oublier tous les autres commentaires. Pierre Comestor paraît être mort très-peu de temps après l'achèvement de son livre. On n'est pas d'accord sur la date exacte de son décès que généralement on fixe à 1178.

Suivant l'ample introduction que M. Leroux de Lincy a donnée à sa publication du texte inédit (xie ou xne siècle) des quatre livres des Rois, introduction que je suis maintenant pas à pas, ne pouvant prendre un meilleur guide, le travail de Pierre Comestor est le résumé des nombreux commentaires entrepris avant lui sur le corps des Ecritures. 11 renferme le texte parfois abrégé et interrompu par des gloses ou explications empruntées aux auteurs ou sacrés ou profanes. Ainsi il fait, par exemple, intervenir Platon à propos de la création de l'homme et désapprouve ce philosophe prétendant que si l'âme a été créée par Dieu, le corps humain est l'ouvrage d'un être intermédiaire.

Les divisions que Comestor donne à chaque livre de sa Bible sont souvent arbitraires. S'il est plein de citations des Pères, il invoque l'historien juif Josèphe auquel il emprunte l'épisode de la femme de Loth métamorphosée en une statue de sel que l'historien de la ruine de Jérusalem affirmait exister encore de son temps et même avoir vue de ses propres yeux. Dans l'Exode, Comestor fait, d'après Pline, le portrait du bœuf Apis; il raconte, d'après Flavius Josèphe, la colère du petit Moïse que Pharaon voulut coiffer de •sa couronne; l'enfant jeta et brisa cette couronne parce qu'elle était décorée de l'image d'Ammon. Dans les livres des Juges et des Rois et à propos d'événements où il croit trouver des analogies et des ressemblances, il cite l'histoire grecque, la mort d'Hercule, l'enlèvement d'Hélène, le sac de Troie, la fondation de Rome et le rapt des Sabines, enfin Hérodote et Tite-Live.

J'extrais du livre de la Genèse le chapitre sur l'œuvre de création pendant le quatrième jour; c'est un curieux et complet spécimen de la méthode du maître :

DE I. 01 VU A 1 V, K IH QLAKT .1 0 L K SKLO.N I. \ KI11I.E.

« Defrechief dist Diex : luminaires soient ou firmament qui devisassent le iour de la nuit et soient en signes, en temps, en iours et en ans; si qu'ils luisent ou firmament et enluminent la terre, et il fut fait ainsi, et fist Dieux grans luminaires, la plus grant lumière pour servir le iour. et la plus petite lumière pour servir la nuit. Et les estoilles mist au firmament pour luyre sur terre et pour servir ou iour et à la nuit et pour deviser la lumière des ténèbres. Dont vist Diex quec'estoil bon; si fu faiet vespre et malin le quart iour.

BTST01EB SI II CESTK PVKIIK DKVWI DIST K I. \ MNKSi:.

« Au quart iour commença Diex a ordener et aourner ce qu'il avait disposé, et aussi qu'il commença sa disposition aux plus haulles clioses. Si comme au ciel et au firmament aussi commença il son BOumement; car il fist au quart jour les luminaires. C'est le soleil et la lune et les estoilles. et est le soleil appelé sol quasi soins lucrtis , soleil est aussi comme seul luyaan, car il luist seul. Lutin (juasi himitium ma, et la lune est appelée aussi lune commedrs lumières une. Le soleil et la lune sont appelez les grans luminaires pour la grandeur qu'ils ont en cours et en lumières et en regard des estoilles; car on dit quy sont si grans que 00 dit que le soleil est plus grant huit fois que la terre, Par la lune et les estoilles voulus! Diex enluminer la nuit, quelle ne fut trop leide , et pour 06 que Cil qui vont par nuit . si comme les mariniers et autres erreurs de nuit, eussent clarté aucune. Ils sont un oisel qui la clarté ne peuvent souffrir, et c'est mesinement es déserts d'Hlhiope qui sonl graveleux et Sablonneux, là où ung peu de veut efface et receuvre tantost les pas des alans.

« Et encore luisist la clerc une ou second chapitre, ne pour quant ne tu mie fait le soleil sans raison, car elle avoit petite clarté et néant soufisant et par aventure DenlummoH elle fort les haulles choses du monde, si comme le ciel, le firmament, aussi comme les estoilles ne font ore.

« On cuide que celle une, quant le soleil fu fait, s'en repaira en la manière dont «-Ile fu faille, aussi comme l'estoille qui apparut aux trois roys, et le coulon qui apparut ou liaptesme Jhesucrit en lieu du saint Espcrit, ou que elle est toujours avec le soleil en la compagnie. Et ne voull mie Diex que le soleil et la lune fais sans plus pour donner clarté et biauté, mais avec ce pour ce quila lussent en signes, en temps, en iours et en ans, c'est-à-dire qu'ils fussent en signes de scraineté et de (empeste. Ne si ne devons mie croire ce ipie |\ payen (lient (puis furent lais en signes des aventures et des œuvres comment il en adviendrait et que ils signifient les estais de nos vies, si ne devons croire mie ces choses et a celles qui sont estranges de nostre l'ère <|ui est es cielx. et si m devons mie croire que les temps commençassent adonc a estre premièrement avec le monde quant il fu faict, mais parans est le soleil et la lune, et sont quatre leinps di\ isés en l'an ; car quant le soleil descent en un signe qu'on appelle Capricorne qui est ou kalendier après my décembre, il fait le

solstice diver, c'est-à-dire le plus court iour de lan et la plus longue nuit, et quant il mont i

siiMie que on appelle Cancer qui est ou kalendier après my iuiii^' il fait le solstice d'esté, c'esl-à-dii.

le plus long iour de lan et la plus courte nuit. Et si fait aussi le soleil deux equinoques en l'an , c'est-à-dire que les iours et les nuits sont d'une longueur, et est Tune a my mars et l'autre a mv septembre. Et en iour, si est mis iours pour temps néant certain, si comme est le iour du iugement, et aussi est mis selon l'usage de la sainte Eglise, qui est de ccc et lxv iours et vi heures, lesquelles vi heures font ou chief de quatre ans un iour naturel de xxuii heures. Si est ce quart an bissexte. Et si sont le soleil et la lune en signes, en temps, en iours et en ans si comme devant est dit. Ces deux grants luminaires mist Diex ou firmament pour tous temps luyre ou firmament et la terre enluminer, mais non mie tous temps et pour deviser la lumière des ténèbres.

« Une autre translation dit que la lune fut failte au commencement des ténèbres de la nuit, car elle fut faitte plaine et ronde, et elle n'est oncques plaine fort ou commencement de la nuit, et est adonc en orient et le soleil en occident qui de tout a plat lui donne sa clarté, par quoy elle est ronde et plaine , car elle est droit encontre lui d'orient en occident. Non pourquant dient aucuns que le soleil fut fait au matin en orient, et quant il fu au vespre descendus en occident dont primes fu faitte la lune en orient plaine et ronde au commencement de la nuit; mais aucuns dient qu'ils furent fait tous ensemble au matin, le soleil en orient et la lune en occident; or fist son cours le soleil iusques au vespre d'orient en occident. Si que quant le soleil fu venus au vespre en occident et la lune fust alée en cil mesmes vespres dessoubs terre en orient , le soleil lui donna si comme il fait ore, sa plaine clarté et cil vespre d'occident en orient. »

Ainsi sont commentés les principaux passages des livres saints. Est-il étonnant (pie M. Leroux de Lincy ait pensé que Pierre Comestor s'était donné pour mission de résumer en un seul corps d'ouvrage les connaissances diverses qui, de son temps, étaient considérées comme indispensables à l'étude des textes sacrés, sorte d'encyclopédie où l'on peut aujourd'hui prendre une idée des efforts et des progrès faits jusque-là par l'esprit humain?

Pour son époque, Guyart Des Moulins est un véritable vulgarisateur et. en traduisant Pierre Comestor, il voulut continuer et dépasser l'œuvre de tant d'écrivains qui avaient entrepris avant lui de mettre la Bible à la portée même des plus ignorants. Par les ordres de Charlemagne en 807, et de son lils et successeur. Louis le Débonnaire, on avait déjà traduit en langue vulgaire des parties plus ou moins importantes de la Bible. La bibliographie connaît des abrégés des livres saints avec des leçons morales publiés, au commencement du \W siècle, en langue d'oc, et en langue romane, sur la fin du même siècle, à Metz où l'on se réunissait en assemblées nombreuses pour lire, en langage du temps, les traductions des évangiles, épîtres, psaumes, moralités sur Job. A partir du xm' siècle, les traductions complètes ou partielles des Évangiles sont dans toutes les mains.

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