XV SIÈCLE
Diurnale virdunerue. In-l-s sur vélin, sans provenance d'origine. ■!<• trouve, soi une fouille tic garde, <•<"> deux mentions constatant <|iie <•»• manuscrit appartint .• <le> religieuses espagnoles : l.(t seUora doHû Varia de Padiila, madré del ///"" deOitna, en Espafia, *'\ plus luis, encore en espagnol : J'appartiens ;i dofia Mencia, cousine de la seflora dofia Maria île Padiila.
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\.\S ce livre je ne \<h> à signaler que quelques majuscules, toutes d'onciale fantaisiste i Fond quadrillé <l or, de bleu el i (li- vermillon. Est-ce un blason? Ce blason serait-il « «'lui < 1 « Marie de Padiila? Ce problème n a guère plus *l importance
W[ que l'illustration du livre elle-même. Pai les Feuillages <|m accompagnenl le h majuscule que je donne plus haut, ell< rappeHe certains souvenirs <lu u\' siècle, auquel le livre n <i|)|)<iiiicni ccpcndanl |>.i>. La lettre B8l brune a ornements de vermillon <'i entourée d un cadre <l or à denticules.
(Planche 15.)
Epislolœ beati Hieronimi. Grand in-folio sur papier. Provient de Prémontré dont il porte le cachet.
sons. Ce feuillet embaume avec sa pluie de fleurs qui n'ont jamais existé, avec ses fruits d'or qui naissent, on ne sait pourquoi, de ces longues et souples feuilles qui n'auraient jamais dû les porter. Cette jonchée, ces gerbées de fleurettes qu'un trait de plume anime, qu'un disque réunit les unes aux autres en sauvant l'absence de l'unité, qui montent en colonnes sveltes et diaprées de nuances charmantes (Pl. 15), sont dessinées avec infiniment de légèreté. Si le croquis peut donner une idée suffisante de cette gracieuse composition, il ne peut rendre que très - imparfaitement la splendide coloration de cet écrin de pierreries : l'or qui fait explosion, le bleu céruléen des turquoises, les rouges du corail et du rubis, le vert de l'émeraude. l'éclat des rechampis blancs. Cependant la fraîcheur de jeunesse manque aujourd'hui. Quelle devait être la joie des yeux quand ce miracle de couleur et d'arrangement sortait de dessous le pinceau du miniaturiste!
UAND on s'est habitué à l'idée que la généralisation de l'usage du papier contribua singulièrement à diminuer le prix des manuscrits et prépara si bien la venue de l'imprimerie, mais se prêtait mal à la peinture, on ne voit pas sans surprise le magnifique encadrement qui. prenant pour point de départ la majuscule où le pape Damase écrit sa fameuse lettre au prêtre Jérôme, entoure, partage et fleurit la première page du beau manuscrit \05 de Sois-
La majuscule, qui ressort sur un fond d'or avec ses rinceaux gouachés de rose et de bleu tendre, l'ange organiste qui naît d'une explosion de fleurs, l'écu blasonné de l'heureux piètre pour qui ce beau manuscrit fut écrit et qui portait d'or engrelé /l'azur, au léopard passant tic sable, s'unissent avec esprit et grâce ii ce fourmillement de ions pleins de gaieté, à ces arabesques de fleurs chimériques cl charmantes.
Al cru devoir reproduire a la page précédente la belle initiale par laquelle commence le traité de VOriyine tic l'Ame que saint Augustin dédia a saint Jérôme; peinte dans la même va m me de coulem s cliato\anle> et pleines d'oppositions, elle sort, bien que timbrée aux mêmes armes, du type a la IV> i - de |1 la majuscule ou le miniaturiste a peint le pap" Damase écri\anl dans son ■ cjibuiel. cl d' l'encadrement de la première pave du volume. I Ce sont là, d'ailleurs, les deux seules illustrations de ce manuscrit, qui
tf n'a plus, sur ses nombreuses paves, que des majuscules onciales de la V famille de celle (pie je donne en lète de l'aliéna précèdent, lettres toutes Il nues pour la plupart) quelques-unes cependant liliviamvs ;i la mode des \i\ ! cl w" siècles (Pl. 15).
il Je crois ce manuscrit d' Origine italienne.
(Planche 15.)
Tractatus de potestate papœ. In-fr" sur vélin. Sans provenance d origine.
C'est un manuscrit italien écrit à Rome en 1^46, ainsi qu'il appert d'une note écrite à la fin du volume par l'auteur lui-même de la compilation. Cette date établit donc avec précision l'époque où prédominait la mode bizarre d'illustrer d'appendices filiformes les majuscules d'onciale de fantaisie que certains écrivains, je n'ose plus dire les miniaturistes, prodiguaient d'une verve trop facile sur le parchemin ou le papier dont l'usage se vulgarisait. Comme au xme siècle, l'initiale peinte se partage en deux lobes bleu et rouge pour enfermer une dentelle; mais elle exagère l'ancien usage du filigrane extérieur qu'elle étale partout, en haut de la lettre à panaches, sur la marge que les traits de plume, hardiment lancés, envahissent du haut en bas pour s'y contorsionner dans tous les sens, rayonnant à droite et à gauche, ici en faisceaux dont les extrémités éclatent en gerbes d'artifice, là en traits isolés ou noués en accolades, ou dessinant des profils grotesques. Ce qu'il faut louer, ce n'est ni le style, ni l'invention qui fait absence ici, mais la hardiesse de la plume et de la main : plus d'habitude que de talent, et les Bénédictins ont eu raison de se soulever contre ce faux goût dont je devais cependant signaler les tendances et reproduire les manifestations. Quelque mauvais qu'il soit, c'est un type qu'on ne pouvait confisquer.
(Planche 15.)
Breviarium. ln-li" sur vélin. Provient de Prérnonlre.
Là encore je rencontre nombreuses ces majuscules, niais cette fois moins echevelées et plus sobres d'appendices postiches, (pie je signalais dans la précédente notice et dont je n'ai plus rien ii dire; ma Planche 15 en donne une idée sullisanle.
Cette même Planche contient aussi une grande lettre ornée qui, dans le cadre archaïque, anguleux et échancré de la lin du \m >iecle. nous ollïe le premier exemple, à Soissons, d'une décoration qui va prédominer jusqu'à l'expiration de l'art du miniaturiste illustrant les manuscrits : le corps de la lettre elle-même est formé de rubans s' enroulant autour d'une tige mince, et le champ se paie de fleurettes copiées sur nature et se détachant sur fond d'or. Ainsi se prépare une modification profonde dans les habitudes de l'illustration des manuscrits. Ainsi va s épanouir sur les marges des livres une Bore féerique, mais plus vraie que par le passé : myosotis d'un hleu céleste, pâquerettes
dont les pétales éclateront de fraîcheur, fleurs de chèvrefeuille et ancoliefi dont les couleurs rivaliseront d'éclal avec l'écrin compose des pierreries le> plus variées, parterre enchanté qu'on ne se lasse pas d'admirer sur les paires rayonnantes des lieurefl du \\' et du siècle.
Malheureusement, ici ces jolies lettres sont ternies par un lon.y usage; cerUiines ont presque coniplélement disparu. Les fonds d'or ne sont pas seulement salis, mais se reoOD-
naissent à peine sur l'épais matelas de blanc de céruse que le peintre leur a donné comme impression et qui n'a pas su retenir sa couverte métallique.
Au premier dimanche de l'Avent et en tête de l'office des apôtres saint Pierre et saint Paul, se voient deux de ces encadrements que j'ai décrits avec trop de détails dans mon Etude sur les Manuscrits de la Bibliothèque de Laon1, pour y revenir aussi longuement. Le cadre rectangulaire et allongé, d'inégale longueur sur les côtés, présente un vaste champ que des rinceaux envahissent en laissant vides quelques espaces animés par des animaux imaginaires, par des oiseaux qui n'ont jamais vécu, par des limaçons plus grands que ces oiseaux. Sur ce champ toujours blanc mordent ici ou là, sans symétrie, sans nécessité, des figures irrégulières, tantôt un triangle, tantôt une fleur de lis, tantôt un trèfle, tantôt un rectangle, tantôt un ovale, une découpure innommée, qui tous, sur un fond varié de couleurs, se peuplent d'un semis de feuilles ou d'écarlate ou d'or ou d'azur, de fleurs de pavots dominant des tiges trop minces à feuilles de rosier, de pensées multicolores, de clochettes finement découpées. Grâce et finesse, fécondité d'imagination exubérante jusqu'à l'excès, tout est là. Malheureusement, la couleur a perdu sa fraîcheur; des mains sans précaution ont sali ces merveilles de nuances, de contrastes, ce miracle de l'enluminure. De plus, le couteau d'un relieur inepte a mordu sur ces belles marges dont l'une est blasonnée d'un écu surmonté d'une crosse d'or et portant : d'or à trois roses de gueules.
Remarque qui confirme une de celles que je faisais à propos des calendriers à Jours Égyptiens dans un de mes précédents chapitres : sur ce bréviaire du xve siècle manquent les vers égyptiens qui ne se remontreront plus jamais.