MartiMuie cl Durand, '2' voyage, p. 17 et IX
Je trésor de l'église de Saint-Médard de Soissons, et il est de tradition certaine que ce manuscrit est un présent fait à cette église par l'empereur Louis le Débonnaire.
« La belle exécution de ce volume prouve qu'il est un ouvrage contemporain de ce prince.
« Un écrivain de la cour de Louis le Débonnaire, Bertran, s'acquit quelque réputation par sa belle écriture majuscule et onciale, et Loup, abbé de Ferrières, demandait à Eginhart les mesures et la proportion des lettres composées par Bertran.
« Alors le glorieux règne de Charlemagne avait relevé l'écriture romaine du dépérissement où elle était tombée durant les siècles barbares; en la renouvelant, les belles capitales furent remises en honneur; leurs formes furent dès lors plus simples, plus régulières, plus agréables, et l'écriture onciale participa de ce perfectionnement successif, qui fut complet sous Louis le Débonnaire.
» Notre manuscrit en est une preuve manifeste. On y retrouve à la fois la belle majuscule et la belle onciale gallicanes. Celle-ci est ronde, à pleins traits, droite, massive; ses sommets et ses bases sont tranchés; les queues droites et courtes le sont obliquement, et les montants assez élevés, horizontalement; les lettres sont espacées, les mots distincts et sans traits superflus ; les abréviations y sont rares.
» La fin et le commencement des Évangiles, c'est-à-dire Yincipitel Yexplicit, sont écrits en capitales romaines, hautes, élégantes, enclavées, inégales et massives; mêlées de quelques onciales tranchées, quelques traits terminés en griffes; d'autres superflus, en volute ou en osselets. Tels sont Yexplicit de l'évangile de saint Matthieu et Yincipit de celui de saint Marc.
« Les trois premières lettres du mot Marais sont trois majuscules onciales historiées, ornées dans leurs vides, et en marqueterie dans les deux pleins de la première. La ligne d'après est en majuscules romaines renouvelées, participant des caractères des lignes précédentes de même espèce.
« Toutes les pages de ce volume sont à deux colonnes, et notre modèle montre comment elles sont ornées d'un encadrement rectangulaire relevé d'or, d'argent et de couleurs, mais dont les enroulements, les arabesques et les autres sujets sont infiniment variés; à tel point que l'esprit inventif du dessinateur a produit pour chaque
i page un encadrement différent dans la composition et son enluminure. Le manuscrit « est orné de dix grandes miniatures de style byzantin, représentant les éxangélisles et < deux sujets allégoriques. »
C'est là une étude purement paléographique sur la chrysographie ; il n'\ est guère traité que de l'écriture du livre dont le côté pittoresque, artistique et intellectuel est a peine indiqué par Sylvestre. J'y trouve ce double et incontestable avantage de n'avoir pas ;i m'occupèr du texte lui-même, l'auteur de la Paléographie universelle n'ayant plus rien laissé ii l'aire aux autres îï ce point de vue exclusif, et de ne pas voir déflorer l'illustration de ce manuscrit, laquelle devait faire l'objet tout spécial d'une étude aussi spéciale (pie la mienne.
Sylvestre a donne, comme exemple d'écriture, la page qui contient la fin de l'évangile de saint Matthieu, et le commencement de la préface de saint Marc, .Va mis evnnijelista Dotnini et Pétri m baptismales etc.; c'est de cette page que j'ai extrait le grand M ;i entrelacs (pie je donne plus loin, a la lin du paragraphe 7.
Dans les Annales de ¥ Institut de Saint-Médards M. l'abbé Poquet avait aussi appelé l'attention des bibliographes et des archéologues sur le livre magnifique qu'il était venu étudier a la Bibliothèque impériale.
Il est une autre publication dont l'interruption est très-regrettable} je veui parier du splendide et trop coûteux travail entrepris vers 18fi5 par M. le comte Auguste de Baslard. sous ce titre fécond en promesses : peintures et ornements ile.s manuscrits élusses tluns un ordre chrunolofjii/ue, pour servir à l'histoire des arts du dessin, depuis le W siècle
de l'ère chrétienne jusqu'à la fm du wi". Dans ce livre, qui devait contenir, rien (pie poui la partie française, la seule commencée, cent soixante planches en vingt-cinq li\ i Bisons, et trois volumes ornés d'une n ombreu se série d'exemples gravée sur bois; dans ce livre dont quelques livraisons seulement ont paru, mais sans une ligne de texte, M. de BfcStard a fait de larges emprunts ii l'Evangéliaire de Saint-Médard. Il n'en donne pas inoin> <!«• six miniatures sur dix . parfaitement reproduites en lithochromie dont l'effet est un peu vif, c'est le seul reproche qu'on puisse adresser à 068 belles planches qui ont trop rajeuni les peintures du manuscrit. La première livraison renferme la Fontaine mystique et le portrait de l'évangélisle saint Matthieu; la troisième, une page de texte commençant par Qui ijuidem , c'est le prologue; la quatrième, le frontispice du livre représentant la Jél*U-
salem céleste, un des canons dont j'aurai si amplement à m'occuper, et entin le premier verset de saint Luc : Quoniam multi conati sunt.
Dans le beau livre le Moyen âge et la Renaissance, tome II , au chapitre Miniatures des manuscrits , M. Champollion-Figeac avait consacré ces trop courtes lignes d'attention à l'Evangéliaire de Saint-Médard , après avoir signalé les beaux travaux de peinture et d'écriture enfantés par la renaissance des arts sous Charlemagne : « Puis viendraient « pour le ixe siècle, » disait le savant conservateur des manuscrits à la Bibliothèque Impériale, « et dans l'ordre des temps et du mérite d'exécution : « 1° L'Evangéliaire « donné par Louis le Débonnaire à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons (S. L., 686), « dans lequel on remarque des têtes d'un très-beau type, des ornements d'une grande « finesse et le style byzantin dans toute sa pureté. » Comme exemples et souvenirs de l'illustration de ce livre, M. Champollion-Figeac n'a donné que deux archivoltes appartenant l'une à l'un des canons ou tables de concordance, l'autre à l'encadrement d'un des quatre portraits d'évangélistes. Il les a redressées pour les appliquer en montants de pages.
L'admirable livre de V Imitation , du libraire Curmer, a, de son côté, emprunté à l'Evangéliaire un certain nombre de motifs. (Tables, pages k et 5.)
Enfin, M. Hennin, dans son livre : Les Monuments de ï 'histoire de France , catalogue des productions de la peinture, sculpture, gravure, relatives à l'histoire de la France et des Français, tome II (1857), a donné quelques détails restreints sur cet Évangéliaire, qu'il attribue, sans fournir ses raisons, à l'année 820. en faisant toutefois suivre cette date d'un point d'interrogation en signe de doute. M. Hennin catalogue ainsi l'illustration du livre : « Dix miniatures représentant des personnages et des sujets « sacrés. Pièces in-folio en hauteur dans le texte, » ce qui est une erreur, chacune de ces miniatures emplissant à elle seule toute sa page, hors de laquelle elle serait volontiers tentée de déborder. M. Hennin continue : « Un calendrier avec sujets, » autre erreur; il n'y a pas de calendrier dans cet Évangéliaire. « Ornementations, lettres à « légendes peintes dans le texte. — Ces miniatures sont d'un grand intérêt, particulièreu ment sous le rapport de l'époque à laquelle ces peintures ont été exécutées. La conser- « vation est bonne. » Suit enfin une indication des planches publiées par Beaunier et Rathier, et par M. le comte de Bastard.
Telle est la bibliographie de l'Évangéliaire de Saint-Médard.
Est-elle assez complète? Valait-il plus et mieux que ces notes sommaires et que cette attention dont on lui marchandait les bribes dans des livres qui, consacrés à toute une science, inspirés par des plans d'ensemble, ne pouvaient peut-être sans inconvénient s'étendre longuement sur un seul détail, quelque digne qu'il fût d'une étude plus développée?
Je crois qu'après les écrivains dont j'ai cité textuellement les passages, la monographie de l'Évangéliaire de Louis le Débonnaire est encore toute à faire. Il n'a été que signalé jusqu'ici, et il veut être étudié à fond, en raison de sa haute et respectable antiquité et des renseignements qu'il nous donne sur l'art « de l'époque à laquelle ses « peintures ont été exécutées, » pour me servir des paroles de M. Hennin qui pose et précise parfaitement le terrain sur lequel l'archéologue et l'artiste doivent se placer. Comme pensée et comme main, sous le rapport aussi de certaines questions d'iconographie et de symbolisme, celui-ci qui jouait un si grand rôle et tenait une si large place dans les premiers siècles du christianisme, tout est encore à dire sur ce livre. C'est cette tâche que je vais entreprendre, et ce programme que je \;n< essaver de remplir.