‹ Les manuscrits a peintures de la bibliothèque de Sir Thomas Phillipps a CheltenhamChapitre 22 sur 24 · A AUTRE NON · texte numérisé non relu

A AUTRE NON

Dans le courant du livre, il y a de nombreuses initiales peintes, accompagnées de motifs ornementaux au milieu desquels se voient fréquemment répétés le chiffre A et les deux devises A autre non et Non plus.

L’auteur de la traduction ne s’est pas nommé -, mais on peut le deviner d’après une courte note inscrite d’une ferme écriture, contemporaine du texte, sur le verso du premier feuillet de garde, près de la signature d’Anne de Graville :

Tout pour le mieux.

Votre bon cousin et ami c’est moi.

La biographie d’Anne de Graville nous apprend quel était ce « cousin » qui fut « induit par l’amour » à se faire auteur. C’était Pierre de Balsac, baron d’Entraigues et de Saint-Amand, seigneur de Prélat, Paulhac, Dunes et Glermont-sous-Biran, cousin germain de la

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mère d’Anne, Marie de Balsac, femme de l’amiral de Graville, qui conçut, en effet, une passion partagée pour Anne de Gravide et finit par l’enlever et l’épouser, malgré son père l’amiral. Ce dernier en conçut un violent ressentiment. 11 pensa même à déshériter sa fille, et la réconciliation qui survint ensuite entre eux par l’intervention du prieur des Célestins de Marcoussis paraît avoir été plus apparente que réelle, car dans son testament, ainsi que l’attestent des lettres royales de 1531, Pierre de Balsac pria Marguerite de Valois, reine de Navarre, sœur de François Ier, de prendre ses enfants sous sa protection à cause des grands procès qui lui avaient été suscités de la part de son beau-père.

Les circonstances romanesques dans lesquelles s’accomplit Je mariage d’Anne de Gravide avec son cousin Pierre de Balsac donnent un intérêt particulier au manuscrit 1 27 de la bibliothèque de Cheltenham. On possède en lui le souvenir matériel d’une aventure d’amour qui fit un certain bruit dans le temps.

Ce qui est piquant, c’est le choix de l’auteur ancien dont la traduction fut transformée par Pierre de Balsac en gage de tendresse. Les histoires chaldéennes de Berose paraissent assurément, à première vue, peu propres à enflammer le cœur d’une jeune fille dans une position bridante et comptant parmi les plus riches héritières de France. On pourra citer ce fait comme une preuve de la forte éducation intellectuelle que recevaient les femmes de la haute société française au commencement du xvie siècle. Il faut ajouter, il est vrai, qu’Anne de Gravide comptait parmi les beaux esprits de son temps. Elle se piquait de littérature. Un poète normand, Nicolas de Coquinvillier, lui dédia un recueil de ballades, rondeaux et chants royaux conservé en manuscrit à la Bibliothèque nationale1. Ellemême, par ordre de la reine Claude, première femme de François Ier, mit « de vieil langage et prose en nouveau et rimé » le roman des amours d’Arcite et de Palémon, tous deux amis et tous deux rivaux, inspiré du poème italien de la Théséide de Boccace2.

Les goûts littéraires d’Annè de Gravide se perpétuèrent dans sa descendance. Par sa fille Jeanne de Balsac, elle fut l’arrièregrand’mère du célèbre auteur de PAstrée, Honoré d’Urfé, entre les

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