‹ Les manuscrits a peintures de la bibliothèque de Sir Thomas Phillipps a CheltenhamChapitre 7 sur 24 · RÈGNES DE CHARLES VII, LOUIS XI ET CHARLES VIII · texte numérisé non relu

RÈGNES DE CHARLES VII, LOUIS XI ET CHARLES VIII

A la suite des œuvres de l’école des Limbourg vient se placer, dans la série des monuments de la peinture française au xve siècle, un groupe de manuscrits très beaux et très attachants à étudier de près, dont le type le plus complet est un exemplaire en latin de la Mer des histoires, fait pour un membre de la famille Juvénal des Ursins, et que la Bibliothèque nationale possède aujourd’hui (ms. latin 4915). L’exécution de ces volumes se place justement à l’époque où le plus grand de nos peintres irançais antérieurement à la Renaissance, — j’ai nommé Jean Foucquet, — devait donner les premières preuves de son merveilleux talent. Faute de pouvoir entrer ici dans plus de détail, je dois me borner à dire qu’après un examen très attentif et des confrontations multipliées, je suis arrivé à cette conclusion qu’il fallait reconnaître la trace d’une collaboration personnelle de l’illustre maître de Tours dans la présence, au milieu des volumes en question, de certaines miniatures très supérieures aux autres. Ces miniatures seraient, d’après cette opinion, des œuvres de sa jeunesse.

La collection de sir Thomas Phillipps renferme deux spécimens de ce genre de manuscrits, tous deux précieux au. point de vue de l’art :

[XXXVII]. « Historia romana compilata pro Gomez Albornocio » (n° 4183), in-fol. à deux colonnes, de 0ra340 sur 0m240, orné de huit peintures, dont la première, celle-ci malheureusement endommagée, la seconde2, la cinquième et la huitième sont véritablement dignes d’être attribuées à Foucquet, si on le suppose encore au début de sa carrière, avant que son talent fût en pleine maturité ;

1. On lit à la lin de ce manuscrit la signature de « Magdelaine de Beauvoir. »

2. On voit dans cette seconde miniature, qui a pour sujet l’enlèvement des Sabines, un roi dont les traits offrent une ressemblance assez accentuée avec ceux du roi Charles VII.

[XXXVIII]. Et Virgilii Opéra (no 2164), in-4° de 328 feuillets à longues lignes, de 0m270 sur 0m190, avec une décoration comprenant, indépendamment de cinq miniatures rajoutées postérieurement à la fin du xve siècle, treize petits tableaux, souvent à plusieurs compartiments, contemporains de ceux qui ornent le volume précédent, dont plusieurs sont très jolis, mais pour lesquels cependant la possibilité d’une attribution à Jean Foucquet est beaucoup plus douteuse.

Pour retrouver un autre volume à peintures ayant une valeur artistique égale ou supérieure à celle qui caractérise les deux manuscrits précités, il faut descendre jusqu’à l’époque contemporaine du règne de Louis XII. Pour toute la fin du xve siècle, en effet, la bibliothèque de Cheltenham n’offre en fait de manuscrits enluminés que des ouvrages ordinaires de praticiens. Mais quelques-uns cependant méritent, à bon droit, d’attirer l’attention par des particularités spéciales, notamment par leurs provenances.

Voici d’ailleurs, rangée autant que possible par ordre chronologique, la liste de ces volumes :

[XXXIX]. Roman du Petit Artus (n° 3633), petit in-fol. de 217 feuillets à deux colonnes, avec trente-sept miniatures, exécuté pour l’infortuné et grand bibliophile Jacques d’ Armagnac, duc de Nemours, dont il porte la signature autographe1.

[XL]. Livre d' Heures (n° 3898), in-8°, 0m190 sur 0m140, avec quinze miniatures, dont quelques-unes, plus fines que les autres, trahissent encore l’influence de l’école des Limbourg ; manuscrit ayant appartenu, au xvne siècle, à la reine de France Anne d’Autriche.

[XLI]. Recueil de textes français du xve siècle, relatifs à des tournois2, in-4°, longues lignes (n° 8528).

1. Comme il arrive presque toujours en pareil cas, l’inscription attestant la propriété du duc de Nemours a été en partie grattée. On ne lit plus, avec la

signature « Jacques », que les mots : « Ce livre du Petit Artus est à » et

« Pour Carlat. »

Sur les trente-sept miniatures du manuscrit, vingt-cinq ont été reproduites en couleurs, d’une manière peu exacte, dans l’ouvrage suivant : The history of the valiant knight Arthur of Little Britain, a romance of chivalry originally translated from the French by John Bourchier, lord Berners. London, White and Cochrane, 1814, in-4°.

2. Les feuillets 34-38 sont occupés par le récit d’un tournoi qui eut lieu à Tours en 1446. Cette partie du manuscrit est illustrée de huit miniatures en

DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHELTENHAM

[XLII]. Somme le Roy (n° 1343), in-4°, signé du copiste « J. Cestimont, » avec un seul méchant dessin colorié.

[XLIII]. Spéculum humane salvationis (n° 12423), in-fol., écrit sur papier, présentant, comme tous les manuscrits du même genre, qui étaient évidemment destinés aux gens de petit état, une suite de dessins coloriés, au nombre de cent quatre-vingtdeux dans le présent exemplaire, qui rentrent dans l’imagerie populaire par la grossièreté et la rapidité de leur exécution.

[XLIV]. Feuillets contenant des Prières détachées, les Grâces, le Bénédicité et le Confiteor, dont l’aspect est celui des Livres d’Heures français, et plus spécialement parisiens, du milieu du xve siècle et que recommandent de petites peintures assez fines (n° 18276).

[XLV]. Chroniques de Jean de Courcy (n° 132), in-fol., deux colonnes, illustrées de quatre grandes miniatures très plates.

[XLVI]. Traduction de l’ouvrage de Boccace, Des nobles hommes malheureux (n° 3669), in-fol., qui doit provenir de la bibliothèque du duc de la Vallière. Ce manuscrit est contemporain des dernières années du règne de Charles YII ou du début du règne de Louis XI. Il est orné de neuf grandes miniatures dont les deux premières sont fort supérieures aux autres et réellement très bonnes. Ces miniatures rappellent beaucoup, à tous les points de vue, celles qui illustrent d’autres livres exécutés à la même époque pour des princes de la maison de Bourbon, que la Bibliothèque nationale possède aujourd’hui.

[XLVII]. Traduction française de trois Traités de Senèque et de Cicéron (n° 208), à savoir : Le livre intitulé : « De Senecque, des quatre Yertus principaulx appelés cardinales. » — « Le livre de Tulle sur la Yieillesse, » traduit en 1405 par L. de Premierfait, pour le duc Louis de Bourbon. — « Le livre de Tulle, d’ Amitié, » traduit en 1416 par le même, pour le même prince, in-4°. Ce manuscrit, venant de la bibliothèque de Mac Carthy, renferme trois miniatures qui ressemblent à celles du volume précédent et se prêtent aux mêmes rapprochements qu’elles.

[XLYIII]. Coutumier de Normandie (n° 251), petit in-4° du temps de Louis XI, illustré de cinq miniatures assez agréables d’aspect, représentant : La tenue d’un parlement. — Un sup-

longueur, d’ailleurs sans intérêt particulier sous le rapport de l’art, où les personnages sont peints en grisaille se détachant sur des fonds coloriés.

pliant à genoux implorant la justice d’un prince. — Une pendaison. — Un meurtre. — Une entrevue de seigneurs.

[XLIX]. Le chemin du Paradis , par Jean Germain, évêque de Châlon-sur-Saône ; in-4° à iongues lignes, écrit tantôt sur parchemin, tantôt sur papier (n°219). Sans grande valeur esthétique par lui-même,' ce manuscrit offre cependant d’une manière indirecte un grand intérêt pour l’histoire des arts dans notre pays. En effet, le prologue du volume explique très nettement que les six grandes images qui l’illustrent, tracées rapidement à l’encre avec quelques touches de couleur à l’aquarelle, reproduisent les cartons d’une grande tenture que l’auteur avait fait exécuter pour son église cathédrale. Elles constituent donc un document aussi rare que curieux sur la tapisserie française au xve siècle1.

[L]. Recueil de différentes pièces en langue française2, venant de la collection Heber, orné de deux dessins coloriés fort ordinaires (n° 8338).

[LI]. Roman de la Rose (n° 4357), in -fol., écrit sous Charles YI, mais dont la décoration et les miniatures n’ont été exécutées que vers la fin du xve siècle. Ce manuscrit a été acheté à Paris, en 4482, par Nicolas Gilles, secrétaire du roi et contrôleur du Trésor.

[LU]. Histoire universelle en français, de format grand in-fol., à deux colonnes d’écriture cursive (n° 24441), portant les armes de Charles de Coëtivy, comte de Taillebourg, prince de Mortagne- sur- Gironde, fils d’une des filles naturelles du roi Charles YII et d’Agnès Sorel, Marguerite de Yalois, qui fut mariée à Olivier de Coëtivy.

[LUI]. Exemplaire dépareillé, ne comptant plus aujourd’hui que quatre volumes in-fol., avec des miniatures très grossières,

1. La collection de Cheltenham renferme un autre exemplaire du même ouvrage (n° 2840), mais celui-ci ne contient pas les reproductions des cartons de tapisseries. Un troisième exemplaire, également sans images, est à la Bibliothèque nationale (ms. français 432). M. Paulin Paris a publié, d’après lui, le début du prologue où Jean Germain expose l’idée fondamentale de son livre {les Manuscrits françois de la Bibliothèque du roi, IV, p. 93).

2. « Généalogie des rois de France depuis saint Louis jusqu’à Louis XI, et les raisons comment les Anglois n’ont nul droit à la couronne de France ne es duchiés de Guyenne, Normandie et autres terres. »

^ Traité entre Louis XI et le duc de Bourgogne à Péronne, 1468.

^ Les Quinze Joyes de Mariage.

^ Malheolus contre les Bigames. Poème : « Les siens que d’enfer les jecta. »

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de la Fleur des Histoires (n° 4415), aux armes de Jacques de Paillon, baron du Lude, et de sa femme Jeanne d’Illiers, qu’il avait épousée en 1491.

[LIY]. Jean Cossa, comte de Troja, traduction en français, dédiée à la reine de Sicile Jeanne de Laval, femme du roi René, du livre de Matteo Palmieri : De Temporibus (n° 216), in-4° venant de La Yallière. Ce volume est l’exemplaire même du traducteur. On voit, en effet, ses armes sur le verso du dernier feuillet, accompagnées des mots : « Au conte de Troie, » écrits en grandes lettres bleues, et du nom : « I. COSSA, » tracé en caractères d’or. Le manuscrit devait être illustré d’une miniature, mais celle-ci n’a pas été exécutée.

[LY]. Pèlerinage de la vie humaine, remaniement dédié à Jeanne de Laval, reine de Sicile (n° 228), in-4° à longues lignes, avec un certain nombre de miniatures d’école; exemplaire aux armes de Louise de Savoie, mère du roi François Ier.

[LYI]. Boccace, les Cas des nobles hommes (n° 3111), in-fol., de 0m415 sur 0m290, avec neuf grandes peintures brillantes d’aspect, mais très faibles de dessin, offrant cet intérêt de sortir d’un atelier, connu par d’autres productions très luxueuses1, qui a été certainement fondé ou dirigé par des élèves directs de Jean Foucquet et très probablement même par ses fils, après la mort du grand artiste.

[LYH]. L'Effet de Paraboles (n° 3621), in-fol., venant de la bibliothèque du duc de la Yallière, et paraissant avoir appartenu, au xvi6 siècle, à un membre de la famille d’Harcourt2 * * *, avec d’assez curieux spécimens de ce genre de lettres ornementées que l’on appelait des cadeaux.

[LYIII]. Pontificale (n° 4418), grand in-fol. de 0m482 sur 0m327, à longues lignes, exécuté avec luxe pour Philippe de Lévis-Leran, évêque de Mirepoix, et paraissant, d’après le style de la décoration, remonter à une époque très voisine de la promotion de Philippe de Lévis à l’épiscopat en 1497.

1. Notamment le bel exemplaire des Passages d’outre-mer appartenant à la Bibliothèque nationale, ms. français 5594.

2. On voit à deux endroits des armoiries, rajoutées au xvie siècle, surmon¬

tées d’une couronne et entourées du collier de l’Ordre, qui portent : écartelé,

au un et quatre d’azur à cinq besants équipollés d’or, au deux et trois vairé

d’or et d’azur, et, sur le tout, en abîme, de gueules à deux fasces d’or.

[LIX]. Le Livre des vices et des vertus, en vers1, in-4° de 0m308 sur 0m235, à longues lignes (n° 2631). Le manuscrit est resté inachevé. Il devait être orné de plusieurs miniatures d’assez grande dimension, mais celles-ci, quand leur place n’est pas demeurée absolument vide, ne sont que légèrement dessinées au trait à la plume et n’ont pas reçu d’applications de couleurs. Des armoiries, des chiffres et des devises inscrits sur un feuillet de garde2 indiquent que le manuscrit a dû être préparé pour être offert au roi Charles VIII, à l’époque de la campagne d’Italie. C’est très probablement la mort inopinée du monarque en 1498 qui en a suspendu l’exécution.

[LX]. La collection de sir Thomas Phillipps renferme aussi un autre volume qui paraît avoir été destiné a être offert au roi Charles VIII : Publii Fausti Andrelini Foroliviensis de Neapolitana expugnatione (n° 830). Ce manuscrit, qui vient de Meermann, ne renferme pas d’autre élément décoratif qu’une bordure aux armes de France sur le premier feuillet.

Le désir d’être aussi complet que possible et de ne laisser de côté aucun des manuscrits enluminés que j’ai examinés à Cheltenham m’oblige à mentionner encore ici sept Livres d’Heures du xve siècle (nos 2614, 2673, 4011, 4021, 4381, 6980 et 22947), mais seulement pour mémoire, car ces volumes n’offrent pas le moindre intérêt, étant tous ou très grossièrement peints ou en fort mauvais état.

Tous les manuscrits qui viennent d’être cités ont été exécutés dans des contrées faisant encore aujourd’hui partie intégrante de la France, et le plus grand nombre à Paris même. Il faut en rapprocher d’autres volumes qui ont été enluminés dans les Flandres et les autres régions du Nord réunies alors sous la domination des

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