Le texte commence par ces vers
« Après que j’eu ou myrouer d’honneur
Conceu voz faiclz et vos euvres visées, » et finit par un rondeau se terminant par :
« Est ce qui fait prospérer les greigneurs. »
2. Sur le verso du feuillet de garde, en tête, sont dessinées les armes de Charles VIII, écartelées de France et Jérusalem et sommées du heaume royal. A droite et à gauche, on voit deux épées, pointe en l’air, environnées de flammes; au-dessus, des lettres entrelacées, deux K et AN, et la main de Dieu bénissant; au-dessous, sur un phylactère, la devise : C’est vous, puis le mot : Charles et un grand K couronné.
DE LA BIBLIOTHÈQUE DE CHELTENHAM
princes de la maison de Bourgogne. Bien que marquée par des particularités tranchées, l’histoire de la miniature flamande a encore, an xve siècle, trop de points de contact avec celle de la miniature française proprement dite pour qu’on puisse séparer ces deux écoles dans une étude un peu générale.
On sait tout ce que le développement de l’art flamand, à cette époque, surtout dans la branche de la miniature, doit à la munificence éclairée des souverains du pays. Les ducs de Bourgogne, et principalement Philippe le Bon, ont dépensé des sommes énormes pour enrichir leurs bibliothèques de volumes décorés avec le plus grand luxe. A la peinture de ces magnifiques livres furent employés les artistes les plus renommés dans leur genre, qui étaient grassement payés ou pensionnés et dont les noms sont révélés par des documents d’archives.
Le groupe de ces miniaturistes officiels de la cour de Bourgogne n’est que très faiblement représenté à Cheltenham. Je n’ai retrouvé qu’un seul volume enluminé pouvant être attribué à l’un d’eux ; à savoir :
[LXI]. Une traduction en français du Traité de la Tyrannie , de Xénophon , par Charles Soillot, dédiée au comte de Charolais, Charles le Téméraire, plus tard duc de Bourgogne (n° 2810). Le volume, de format in-4°, 0m215 sur 0m148, écrit à longues lignes, en gros caractères, par une main flamande, est orné de deux miniatures qui représentent, l’une Soillot offrant sa traduction au comte de Charolais, lequel paraît âgé de dix-huit à vingt ans, l’autre Xénophon écrivant son traité. Ces deux miniatures et surtout la première, qui est de beaucoup la meilleure, ressemblent tout à fait aux illustrations d’un exemplaire de l'Instruction du jeune prince , appartenant à la bibliothèque de l’Arsenal (n° 5104), qu’un texte d’archives nous atteste avoir été peintes pour Charles le Téméraire par son enlumineur en titre Jean Hennekart. C’est donc également à Jean Hennekart qu’on est autorisé à faire honneur des deux miniatures de la traduction de Xénophon.
Mais les ducs de Bourgogne n’ont pas été les seuls à mettre à contribution le talent des enlumineurs résidant dans leurs États. A coté des maîtres travaillant spécialement pour la cour, il y eut de nombreux miniaturistes indépendants, mettant leurs pinceaux au service des simples particuliers, et que l’on voit généralement organisés en ghildes ou corporations locales. Les centres de pro-
ductions furent alors très multipliés. Parmi eux, trois villes se distinguèrent surtout par le nombre et la beauté des manuscrits peints sortis de leurs ateliers. Ce sont Bruges, Gand et Lille. Plusieurs des volumes de Cheltenham nous offrent des spécimens, tous assez médiocres, mais indiscutables, de miniatures exécutées dans telle ou telle de ces trois cités.
J’ai pu, en effet, constater l’emploi d’un procédé spécial de peinture en manière de camaïeu, avec les carnations peintes et des rehauts de couleurs rouge, verte et bleue, qui est tout à fait caractéristique des manuscrits peints à Lille, dans deux volumes :
, [LXIIJ. Les Chroniques d' Angleterre , commençant à Edouard d’Angleterre (n° 17700), in-fol. à deux colonnes, sur papier, venant de Guyon de Sardières ;
[LXIII] . Et les Commentaires de Jules César (n° 4759), in-fol. de 0'n375 sur 0m2/2, écrit à deux colonnes, également sur papier, sauf dix pages, où sont les illustrations, qui sont sur parchemin ; manuscrit dont l’origine est ainsi indiquée dans cette note tracée à la fin du texte : « Le xe et darrenier livre des commentaires de César fu translatez en la ville de Lille, l’an mil CCCC LXXIII6, par Jehan du Chesne, humble et indigne. Copié à 1 original par Hellin de Burchgrave, à la requeste de honnourable homme et saige Jaques Douche, conseillier de mon très redoubté seigneur monseigneur le duc de Bourgogne, son watregrave et moermaist de Flandre et maistre de la chambre aux deniers de madame la duchesse de Bourgogne, en l’an mil IIII0 soixante-seize. »
Les deux manuscrits suivants, au contraire, ressemblent beaucoup à des livres que l’on sait, d’une manière certaine, avoir été décorés à Gand :
[LXIV]. Traduction de Tite- Live , par Pierre Bersuire (n° 13332), en quatre volumes in-fol. , avec vingt-neuf grandes miniatures, ayant fait partie, sous le n° 4371, de la bibliothèque de Mac Carthy, et antérieurement ayant appartenu au collège de Clermont.
[LXV], Le Grand Alexandre , d’après Quinte-Curce, par Vasque de Lucène (n° 4409), in-fol. de 297 feuillets de 0™372 sur 0m274, écrit sur papier à deux colonnes et d’un aspect matériel peu soigné.
Quant aux artistes de Bruges, dont le groupe est le plus important de tous, je vois également deux manuscrits à porter à leur
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actif, tous deux d’une époque relativement avancée, et ne devant dater que des environs de l’année 1500, alors que l’école est entrée, avec les Simon Bynninch et les peintres du fameux bréviaire du cardinal Grimani, dans la seconde phase de son histoire :
[LXVI]. Le Traité des droits d'armes et autres traités sur la noblesse et les tournois (n° 3873), in-fol. de 0m345 sur 0m238, a. deux colonnes, illustré de onze grandes miniatures à mi-pages ;
[LXVI1]. Et un petit Livre d’heures (n° 23851), sans images proprement dites, mais avec de jolis encadrements, où des fleurs, des fruits et des insectes, peints au naturel, se détachent sur un fond colorié.
LLXVIII]. Du précédent manuscrit, il convient de rapprocher, comme étant à peu près contemporain, un autre Livre d'heures, de format sensiblement plus grand, 0m160 sur 0ra110, et rédigé en langue hollandaise (n° 4072). Ce livre est orné de quatre peintures à pleines pages, dont l’aspect brillant au premier abord cache, en réalité, un faire rude et grossier, mais qui sont intéressantes comme exemples caractéristiques du style hollandais, lequel commence à se distinguer alors très nettement du style flamand proprement dit.