Planche XLI11, b
8. Le mot figure déjà aux xii° et xmc siècles dans la Romance de Garin et dans le Roman de Renard. Voir : de Laborde, Notice des Emaux. Glossaire, Paris, i853, p. 1 58.
9. Nous l’avons signalée plus haut (p. 235 et Planche VII, c.), dans le Ms. franç. 22913, Cité de Dieu, de 1376.
10. Cf. Camille Enlart, Manuel d'archéologie française, tom. II, p. 471.
11. Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française, tom. IX, p. 289.
xv* siècle traitant de la défense des places fortes'. On y lit : « .... Et, en chascune face, y ait propre place establie et maçonnée, pour asseoir engins a traire dehors, se besoing de deffense venoit, manteaulx et barbacanes de bois soient atachiez dehors aux cre-
neaulx pour targier du trait Et y avoit par dessus [les portes] une barbacane si que
on fait encores par lesquelz leur peust on lanchier grosses pierres, eaue boulant,
cendrée et toutes choses de deffences. Desquelles choses au temps présent assez on use ».
Nous voyons donc, par la lecture de ces textes, que la barbacane, employée depuis longtemps dans la fortification du Moyen Age, principalement comme protection des créneaux, avait été, au xve siècle, modifiée, pour être placée au-dessus des portes dans la muraille même. Peut-être le Grand Bâtard avait-il été l’auteur de ce perfectionnement, ce qui expliquerait sa prédilection pour cet emblème. C’était une meurtrière à auvent, formée de quatre épaisses planches en bois bardées de fer et protégée, sur les côtés, par deux pièces triangulaires également en bois. L’appareil tournait autour d’un axe formé d’une barre de fer fixée dans le mur. Quand l’appareil était fermé, un petit regard triangulaire, ménagé au centre, permettait à l’assiégé de voir et au besoin de tirer. Quand il était ouvert, il offrait, par son extrémité inférieure, un passage aux matières enflammées ou fondues qui paralysaient l’assaillant occupé à saper la base de la muraille. Aussi la barbacane, simple ou double, était-elle toujours placée audessus de la porte principale, point faible de la défense, ou au sommet circulaire des tours1 2 3.
Pour bien convaincre le lecteur du jeu de cet engin, nous avons recherché si dans les manuscrits du temps nous ne trouverions pas des barbacanes disposées à leur place dans des vues de châteaux forts3. Nous avons été assez heureux pour en relever quelques exemples; on peut s’en rendre compte en examinant nos planches XLIV, XLV, LVIII, LIX, qui reproduisent les feuillets de trois volumes exécutés à l’époque qui nous intéresse, c’est-à-dire dans la seconde moitié duxv* siècle4.
Maintenant que nous avons défini ce que c’était qu’une barbacane et que nous avons expliqué son usage et son emplacement dans la fortification, examinons le rébus anagrammatique qu’imagina le Grand Bâtard. Pour cela, transportons-nous devant son portrait à Chantilly et regardons l’envers du panneau. Nous y verrons, de la main même qui a peint le portrait, la barbacane avec la devise et les lettres N I E « reliées entre elles par une cordelière, qui est le cordon de saint François, Antoine de Bourgogne appartenant au Tiers Ordre, comme la plupart des seigneurs de son temps5 ». Nous remarquerons aussi « les restes du cachet de Gaignières, à qui a appartenu le tableau, à côté du cachet de Torcy, communément appelé cachet de Colbert6 ». Il est
1. Ms. franç. 585 de la Bibl. Nat., De la chose de chevalerie en fais d'armes, composé par Vegece, Frontin el plusieurs autres. Fol. 4 : Des maniérés propices a tenir tant en fait de combattre citez, chasteaulx et forteresses comme a les deffendre.
2. Dans l'attaque des places, les bombardes, placées par l’assiégeant sur le terre-plein, étaient dissimulées aux yeux de l’assiégé par un appareil en bois qui avait à peu près la forme de la barbacane. Voy. la miniature qui se trouve en tête du Liv. II du Manuscrit de Boccace , Cas des malheureux nobles hommes, Ms. add. 35321 du British Muséum, auquel Sir Edward Maud Thompson a consacré un excellent article, dans le numéro du Burlington Magazine de juin 1905.
3. On en trouve la trace sur le linteau de porte du moulin des Ducs de Bourgogne, à Tournehem (Pas-de-Calais). Cf. C. Enlart, Manuel d' Archéologie française, tom. II, p. 474. fig- 219.
4. Gérard de Roussillon, Ms. 2549 de la Bibl- Impériale de Vienne, fol. 12 v°; Valerius Maximus, Ms. 4375 du British Muséum, fol. 1; Boccace, Cas des malheureux nobles hommes, Ms. add. 35321 du même dépôt, fol. 180. Voir aussi la miniature du fol. 264 du Ms. 246 de la Bibl. Sainte-Geneviève, Cité de Dieu, exécuté pour Mathieu Beauvarlet.