‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 147 sur 272 · Thuasne, op. cil., tom. I, p. 227, note · texte numérisé non relu

Thuasne, op. cil., tom. I, p. 227, note

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En 1482, après la mort de Charles de Gaucourt, qui le conserva dans sa bibliothèque, le manuscrit passa entre les mains de son fils, Charles II du nom, qui eut de nombreux procès. Nous le retrouvons en 1488, mis en gage, chez Jean de Rueil, auditeur et conseiller du roi au Châtelet de Paris, qui le vendit' «à Jean Bourré, trésorier de France, grand ami de son collègue Charles de Gaucourt. Gardé pendant quelque temps par cet important personnage’, il passa durant sa vie3 ou après sa mort, en i5o6, entre les mains de Louis Malet de Graville4 qui fit gratter les initiales et la devise de Charles de

1. Cette cession nous est connue par une pièce de la collection Clairambault, vol. io5a, p. 25a, que M. Léopold Delisle a transcrite dans son Cabinet des Manuscrits, tom. II, p. 343 et dont nous donnons ici le texte :

a Nous Loys de Maumont et Pierre Assailly certifiions qu’il a esté ce jour d'uy payé, baillé et livré contant par « mons. M' Jehan Prévost, nottaire et secrétaire du roy, a mons. Mc Jehan de Rueil, auditteur et conseiller du roy nostre a sire ou chastellet de Paris, pour et en acquits de monseigneur de Gaucourt, la somme de deux cens cinquante livres

a tournois, venuz et yssuz de la vente de deux livres, l’ung nommé la Cité de Dieu en deux volumes et l’autre Boesses

a de consolacion, qui estoient engaigé avecques ung chaulTrain d’argent a la façon de la genette, qui ont esté par nous

a vendus et livrez a mons. du Plessis Bourré le pris et somme de trois cens livres tournois, lesquelles sommes nous avons

a receues tant en une quittance dudit de Rueil de ladicte somme de IICL 1. t. que en cinquante livres tournois qu’il a nous a baillee contans. Et au regard du chaulTrain, il est encores demouré es marns dudit de Rueil. De laquelle somme a de IIIe 1. t. dessusdicte nous promettons acquitter mondit Sr du Plessis et ladicte prevosté enver mondit Sr de Gaucourt a et tous autres. Tesmoing nos seingz manuelz cy mis le premier jour de février mil 1111e IIIIXX et sept. Loys de Maumont. a — Assailly ».

2. Jean Bourré (i423-i5o6) naquit à Châleau-Gontier, fit ses études de droit et entra comme clerc chez un procureur pour y faire son apprentissage juridique. Attaché à la personne du dauphin Louis, il le suivit pendant les années difficiles et fut l’objet de sa faveur, quand il devint roi de France. En 1461, il fut nommé secrétaire et, de ce fait, entra en relation avec tout le monde de la cour. Il accompagnait le Roi dans ses voyages et jouait le rôle de chef de cabinet. En i463, il accomplit une mission de concert avec Étienne Chevalier, puis il devint contrôleur de la Recette en Normandie et, à l’époque de la guerre du Bien Public, conseiller et maître des comptes. Gouverneur de Langeais, il acheta le château de Plessis-du-Vent, qu’on appela Plessis-Bourré (Dép* de Maine-et-Loire, com. d’Ecuillé). De là lui vint le nom de M. du Plessis sous lequel nous le voyons souvent désigné. Il fit de grands frais dans cette habitation, qui fut achevée en 1472 et dans laquelle il avait entassé nombre de belles choses, des manuscrits (notre exemplaire de la Cité de Dieu, le Ms. 823 de la Bibl. Nat., où deux rébus donnent le nom de Bourré et de sa femme, et le Ms. 8 1 5 de la Bibl. d’Angers, etc., etc.) et quantité de papiers intéressants, qui figurèrent plus lard dans la collection Gaignières. (M. Vaesen en a dressé le catalogue chronologique dans la Bibliothèque de V École des Chartes, vol. 43, 44 , 45 et 46, articles réunis en volume Paris 1886, in-8°.) Il fut nommé capitaine de la place de Montaigu et trésorier de France. Entre temps, il avait assisté en 1 473, comme témoin, au mariage de son ami Philippe de Comines. Devenu en 1 477 gouverneur du Dauphin, il résidait à Amboise et, quand son élève monta sur le trône, il fut un des seuls qui jouit de la faveur du nouveau Roi, aidé par sa femme Marguerite de Feschal, qui avait toute la confiance de la régente Anne. C’est en i485, quand il était capitaine du château d’Angers, qu’il rédigea son testament. Il ne mourut qu’en i5o6, âgé de 82 ans. (Cf. Bricard, Un serviteur et compère de Louis XI, Jean Bourré, Seigneur du Plessis, Paris, 1893, in-8°.) M. Léopold Delisle a publié une Note sur un livre offert à Jean Bourre, conseiller de Louis XI, par Ambroise de Cambrai, chancelier de l'Université de Paris, dans le Journal des Savants, 1902, pp. 332-338.

3. Nous nous demandons si, dans l’intervalle, il n’a pas figuré dans la librairie de Pierre de Bourbon, car nous retrouvons sur plusieurs manuscrits de ce prince des notes de la même écriture que celle que nous avons signalée sur la garde du Ms. ig.

4- Louis Malet (i442-i5i6), seigneur de Graville, de Marcoussis, de Seez, de Bernay, de Montaigu, de Milly en Gâtinois, de Bois-Malesherbes et de Chastres, amiral de France, gouverneur de Picardie et de Normandie, chevalier de l’ordre du Roi et capitaine des cent gentilhommes do sa maison, fut un des hommes qui eurent le plus de crédit et d’autorité sous les règnes de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII. Il était fils aîné de Jean VI Malet, mort en 1482, et de Marie de Monlauban. Jusqu’à la mort de son père, il se faisait appeler sire de Montaigu, du nom d’une terre qui entra dans la famille des Malet par le mariage de Jean V Malet avec Jacqueline de Montaigu, fille de Jean, l’infortuné grand-maître, sous Charles VI. Le roi, par lettres de i4y6, le qualifiait de a amé et féal cousin », car sa grand-mère était Bonne Visconti, de Milan; il le nomma son conseiller et son chambellan. En 1477, il reçut quelques-unes des terres confisquées au malheureux Jacques d Armagnac. Mais c est sous Charles VIII que sa fortune prit de l'essor, car il dirigea les affaires comme premier ministre d’Anne de Bretagne. Nommé amiral de France en 1487, il joua un grand rôle dans les guerres de l’Ouest. Louis XII lui conserva la faveur dont il avait été honoré sous son prédécesseur. En i5o8, il se démit de sa charge d amiral en faveur de son gendre, Charles d Amboise, mais peu de temps après, en i5ii, à la mort de ce dernier, il en reprit l’emploi. Dans sa vieillesse il se retira dans sa terre de Marcoussis qu’il se complut à embellir. Ses dernières années furent assombries par ses démêlés avec sa fille, la célèbre Anne, qui se fit enlever et épouser par Pierre de Balzac, seigneur d Entraigues, et qu il voulut déshériter. On cite de lui un beau trait de désintéressement : il refusa le remboursement de 80000 livres qu’il avait prêtées au Roi, alléguant tous les bienfaits qu’il avait reçus de son souverain. Il rédigea son dernier testament, en i5i6, à Marcoussis et mourut dans cette terre, peu de temps après, le 3o octobre. Il habitait à Paris, à la fin de sa vie, l’hôtei^qu’il avait acheté, en 1507, à Jacques d’Estoutcville et qui avait été habité tour à tour sous

Gaucourt et peindre en surcharge ses armoiries : de gueules a 3 fenneaux d’or, 2 et i , accompagnées d’une ancre1. Ce puissant seigneur avait une collection de beaux livres3. Nous citerons entre autres un Romuleon (Ms. fr. 364 de la Bibl. Nat.3), et un Chevalier délibéré (Ms. n° 1 886 du Musée Condé) avec les armes dans le collier de l’Ordre de Saint-Michel. On pense qu’à sa mort ils durent entrer, du moins en partie, en possession de sa fille Anne4, épouse de Pierre de Balzac, seigneur d’Entraigues, car on en a retrouvé les débris5 chez les d’Urfé, Claude d’Urfé ayant épousé la fille d’Anne de Graville. Toutes les recherches que nous avons pu faire dans les papiers de Marcoussis ne nous ont rien appris de certain à cet égard0.

Quoi qu’il en soit, notre manuscrit, après avoir disparu pendant près de deux cents ans, se retrouva au xvne siècle, ainsi qu’en témoigne la mention que nous avons transcrite plus haut, dans la bibliothèque de Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, qui, à la fin de l’année 1700, en fit don au Roi7. Inscrit au catalogue de la Bibliothèque Royale, il n’est plus sorti de ce dépôt.

Miniatures . — Elles sont constituées par vingt-quatre grandes peintures, à mipage, dont quelques-unes sont divisées en plusieurs registres. Nous avons vu qu’elles sont l’œuvre d’un peintre nommé François, que Gaguin qualifie : « d’excellent et supérieur à Apelles », ce qui n’est pas un mince éloge sous la plume de ce religieux. M. Thuasne a pensé aussitôt qu’il s’agissait de François Foucquet, fils du grand Jehan Foucquet, peintre du roi Louis XI. Nous savons, en effet, que ce grand artiste avait deux fils, Louis et François, qui pratiquaient la peinture. Jean Brèche, savant jurisconsulte, né à Tours en i5io, nous donne à ce sujet des renseignements précis8.

Charles V par Hugues Aubriot et sous Charles VI par Jean de Montaigu. Ces deux personnages avaient possédé comme lui un exemplaire de la Cite de Dieu, ainsi que nous l’avons raconté plus haut. (Cf. Perret, Notice biographique sur Louis Malet de Graville , Paris, 1889, in'8°; Le Mènagier de Paris, Paris, 1846, in-8°, tom. II, p. 253, et Malte-Brun, Histoire de Marcoussis, Paris, Aubry, 1867.)

1 . Cette marque ne nous apprend pas la date à laquelle le manuscrit entra dans la bibliothèque de Malet de Graville, car celui-ci fut élevé à la dignité d’amiral en 1487 et le manuscrit à ce moment était encore chez Jean de Rueil.

2. M. Léopold Delisle, Le Cabinet des Manuscrits, tom. II, p. 38i.

3. Au fol. 1 3 de ce volume, on remarque les armes de Graville dans l'initiale, et, dans la miniature, Louis Malet, représenté suivi de ses serviteurs et recevant l’hommage du manuscrit.

4. Elle avait plusieurs anagrammes : J'en garde un leal , An vellere digna, etc.

5. Par sa fille, Jeanne de Balzac, Anne de Graville fut l’arrière-grand’mère du célèbre auteur de l 'Astrce, Honoré d’Urfé, entre les mains duquel le manuscrit de Cheltenham a dû probablement passer, ainsi qu’il est arrivé pour plusieurs autres volumes venant d'Anne de Graville et de son père l’amiral, que la Bibliothèque Nationale possède aujourd’hui. Cf. M. Paul Durrieu, Les Manuscrits à peintures de Cheltenham, 1889, p. 5o.

6. Le château de Marcoussis, qui appartient maintenant à Mmc la comtesse Alice de La Baume-Pluvinel, dont la bienveillante amabilité égale la connaissance approfondie de tout ce qui concerne cette habitation, est riche encore en Archives intéressantes et bien classées. Nous ne parlerons pas du fameux terrier, orné de belles miniatures, qui y est conservé et qui figurait h l’Exposition de 1867, mais d’un inventaire comprenant 397 ff. et ainsi intitulé : Inventaire, Prisee, et Eslimacion des seigneureries et fiefs provenant de la succession de défunt MTt Louis de Graville, noble et puissant seigneur dudit lieu, de Marcoussis, Milly en Gatinois et de Bois-Malesherbes, conseiller, chambellan du Roi et admirai de France, et de noble dame Marye de Balzac, en son vivant sa femme, dressé le 29. juillet i5l8, à la requestc de noble et puissant seigneur Pierre de Balzac, seigneur dudit lieu et baron d' Entraigues, et de demoiselle Anne de Graville, sa femme. Cet inventaire n’est h proprement parler qu’un terrier ne relatant que les noms des propriétés avec les redevances y attachées. D’autres inventaires, également conservés à Marcoussis, sont datés d’époques plus rapprochées. C’est ainsi que celui de i652, fait après le décès de dame Catherine Del Bene, femme du seigneur de Balzac, baron d'Entraigues, est intéressant par la description du mobilier et par l’énoncé des papiers, contrats, titres, etc., etc.; mais aucun de ces documents ne donne de renseignements quelconques sur les manuscrits et les livres.

7. M. Léopold Delisle, Le Cabinet des Manuscrits, tom. I, p. 3o2.

8. Joannis Brechaei, Turonensis jureconsulli, ad titulum Pandectarum de verborum et rerum significatione Commentarii.... Lugduni, apud Joannem Temporalem, 1 556, in-fol. p. 4io. (Bibl. nat., Inv. F. 1279.) « Scatet enim celebris liaec ipsa Turo omni artificum excellentissimorum genere. Inter statuarios et plastas extitit Michaël Colombus, homo nostras et qui coelebs lotam vitain egit : quo certe aller non fuit praestantior. Inter pictores Joannes Foucquettus atque cjusdem filii Lodoicus et Franciscus. Quorum temporibus fuit et Joannes Poyettus, Foucquetiis ipsis longe sublimior optices et

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CITÉ

DE DIEU

De plus, le caractère et le style de nos miniatures découlent d’une façon évidente de l’école de Tours. L’hypothèse de M. Thuasne, appuyée sur cette dernière remarque, est donc probable, et nombre d’écrivains s’y sont ralliés ; mais elle aurait besoin d’être vérifiée par un texte précis, car elle a soulevé quelques objections'. On a fait remarquer que François, cité après Louis dans le texte de Jean Brèche, devait être le cadet et qu’il n’aurait eu, vers 1469, époque à laquelle le manuscrit copié lui avait été confié, qu’une vingtaine d’années, si on suppose que Jehan Foucquet ne s’est marié qu’après son voyage de Rome, qui eut lieu vers 1 44^ a* Or» peut-on affirmer qu’à cet âge il avait acquis la maîtrise qui est attestée et par son œuvre et par les louanges enthousiastes de Robert Gaguin ?

N’est-il pas singulier aussi que Gaguin, qui connaissait bien les personnages de la cour de Louis XI, et qui écrivait à Gaucourt, chambellan de Louis XI, n’ait pas spécifié que le peintre François était le fds de Jehan Foucquet, peintre de Louis XI. C’était donner un renseignement de nature à justifier le choix qu’il avait fait.

D’autre part, tout peintre de valeur, appelé François et dont le faire rappellerait la manière de Jehan Foucquet, pourrait être identifié avec notre miniaturiste. Or, malgré ce qu’on a pu dire, deux enlumineurs de ce nom, qui ne font peut-être qu’un seul et même personnage, sont cités par des textes d’archives comme vivant en France à cette époque.

Le premier est François, l’enlumineur, qui était attaché à la maison de Charles II d’Anjou, comte du Maine. Nous ne savons rien de lui ni de ses œuvres et nous ne le connaissons que par une mention de son nom qui se trouve dans un document du temps3.

Le second est François Colombe. Et encore faut-il distinguer deux Colombe portant ce prénom1. L’un aurait été le père de Michel et de Jean5. Nous ne connaissons aucune œuvre pouvant lui être attribuée et son existence même est assez problématique6. L’autre, qui était le neveu du grand sculpteur et le fils dudit Jean, est cité dans une quittance, datée du 3 décembre 1 5 1 1 , de laquelle il ressort qu’il fut chargé par son oncle d’enluminer les maquettes du tombeau du duc Philibert de Savoie7. Il mourut l’année suivante, en i5i2. Neveu de Michel Colombe, qui était très lié avec Jehan Foucquet, et habitant Tours et la région de l’Ouest, il est bien permis de supposer qu’il a reçu les leçons du grand peintre et qu’il s’est inspiré de sa manière.

picturae scientia. IIos demum sequuli sunt Joannes Ambasius, Bernardus et Joannes Deposaeus ». C’est peut-être un troisième fils de Foucquet qu’on trouve en 1498, avec des compagnons tourangeaux, maître d’œuvres au château de Gaillon. (V. G. Lafenestre, Jehan Fouquel, Paris, igo5.)

1. Voir l'intéressante introduction que M. George F. Warner a mise en tête de l’ouvrage publié parM. Henry Yates Thompson et par lui, et intitulé : Valerius Maximus, London, B. Quarilch, 1907, in-fol., pp. 13-17.

2. Charles de Grandmaison, Bulletin de l'art ancien et moderne, nos 3i et 32, 1899.

3. Etat des officiers domestiques de l'hostel de Charles d'Anjou, second du nom, comte du Maine, pour l'année 1473. Bibl. Nat., Mss. fr. 7853, fol. 241, et 7855, fol. 714. Cette mention a été relevée par M. Bernard Prosl dans Archives historiques, artistiques et littéraires, tom. I, 1889-1890, pp. 4^5— 437- Elle est ainsi conçue : « En 1 4^3, Maître François l'enlumineur et son compagnon ». (Voir Thuasne, EpisloU et oraliones, tom. I, p. 226, note).

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