‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 148 sur 272 · Giraudet, Artistes tourangeaux, p · texte numérisé non relu

Giraudet, Artistes tourangeaux, p

7. Cuarvet, Jehan Perreal, Clément Trie et Edouard Grand, Lyon, 1874, p. 83. « Je, Michiel Coulombe, habitant de Tours et tailleur d’ymaiges du Roy nostre sir, tant en mon propre et privé nom, comme es nom de Guillaume Régnault, tailleur d'ymaiges, et Bastyen François, maistre masson de l’eglise Saint-Martin de Tours, et François Coulombe, enlumineur, tous mes nepveux, confesse avoir receu.... » Voir aussi dans le Journal des Arts du 19 février 1902 un article de Jean Laurent sur Michel Colombe.

On peut aussi considérer le nom de François comme un nom patronymique. Une famille de Tourangeaux, dont plusieurs membres furent des artistes, a porté pendant plus de deux siècles le nom de François'. Nous en retrouvons un exemple dans cet ymagier, Bastien François, que nous voyons cité dans l’acte de i5ii, et dans Saturnin François.

Enfin, quelques auteurs ont pensé que l’expression « Pictor Franciscus » de la lettre de Robert Gaguin pouvait être traduite par : un peintre français. Cette assertion ne nous parait pas admissible, surtout sous la plume d'un Français.

De cette discussion, il ressort que la question est loin d’être élucidée. Espérons que des textes nouveaux seront prochainement découverts, qui nous donneront le mot de cette énigme et contentons-nous pour le moment d’appeler notre enlumineur, Le Maître François , tout court, comme étant l’auteur incontestable des belles miniatures du Ms. 18-19 de la Bibliothèque Nationale.

Ce n’est pas un ouvrier, ni un simple enlumineur de métier, mais bien un véritable artiste qui a composé et colorié ces belles histoires.

L’ordonnance de ces peintures est remarquable de clarté et de pondération. Tout y est harmonieux, mesuré et équilibré. Les personnages se meuvent avec aisance et, par la vivacicité de leurs mouvements et la diversité de leurs attitudes, ils constituent des scènes narratives des plus vivantes. Les physionomies, sont, il est vrai, assez banales et manquent d’expression personnelle, mais elles sont empreintes d’une dignité simple qui en rehausse l’élégance. On pourrait cependant constater chez leur auteur un tempérament trop pondéré et réfractaire à toute sensibilité. Comme le peintre dont il se rapproche le plus, Thierry Bouts1 2, il manifeste une absence complète d’effusion.

Sur un dessin très soigné, le peintre applique toute la gamme des couleurs et dans les tons les plus vifs, mais avec un art qui sait les fondre merveilleusement. Il possède une manière qui lui est propre de distribuer les différents groupes sur plusieurs plans s’échelonnant en perspective; en avant, les personnages et les objets ressortent vivement par le ton chaud de leur coloris et surtout par des rehauts d’or qui les mettent en lumière; un peu plus loin, ces ors disparaissent et, dans les fonds, les couleurs vives font place à des tons neutres, bruns et mauves, qui se marient d’une agréable façon aux détails du paysage. En observant avec attention cette technique, on s’aperçoit que le peintre travaille ses dessous avec beaucoup de soin. Il fait jouer les couleurs avec un instinct étonnant, couvrant ses jaunes de rouges et ses roses grenat de bleus, de telle sorte que les objets, loin de se heurter, se fondent dans des nuances pleines et discrètes du plus heureux effet.

Il en est de même du paysage, qui n’offre plus le type conventionnel de ses rochers, de ses collines et de ses arbres disséminés, mais qui devient une représentation réelle et sincère de la nature avec ses lointains fondus dans des tons brumeux. Le premier plan présente un vert foncé, strié de petites touches bistres, puis, à mesure qu’on s’éloigne, il devient vert tendre et enfin tire sur le bleuâtre, qui se fond avec le ciel pâle de l’horizon. Les arbres ont leurs troncs rehaussés d’or et leurs feuillages pointés de touches lumineuses qui donnent l’illusion du soleil se jouant dans les feuilles. Ce même procédé s'applique aux cours d’eau qui sillonnent les vallées en s’enfuyant dans le

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