Par., XVI
6. Il y avait, dans les palais et dans les jardins des rois et des seigneurs des xiv' et xve siècles, beaucoup d’animaux exotiques. On connaît le goût de Jean de Berry et de Louis XI pour les animaux rares (voir : Enlart, Manuel d'archéologie française, Paris, 1904, tom. II, ch. xxvm, Ménageries), celui du roi Charles V pour les bêtes sauvages et les oiseaux qu’il faisait élever au château de Beauté (voir : Paris et ses historiens, p. 235), et celui de Messire Hugues Aubriot, le célèbre prévôt de Paris, dont la volière était renommée au xiv' siècle (voir : Le Ménagier de Paris, Paris, Crapelet, 1846, tom. II, p. 253, note, et Dictionnaire historique des Arts, Métiers et Professions, par A. Franklin, Paris, Welter, 1906, art. : Animaux féroces, grillageurs et meneurs d'ours).
pour obtenir telle ou telle faveur, restreinte à de menus objets. L’artiste, suivant le texte de saint Augustin, se moque de ces prières en montrant un suppliant s’adresser à la nymphe des eaux pour obtenir du vin. « Or, dit saint Augustin, si c’est une erreur de demander du vin à Cérès, du pain à Bacchus, de l’eau à Vulcain et du feu aux Nymphes, n’est-ce pas une extravagance de ne demander à aucun de ces dieux la vie éternelle'. » On remarque à gauche, en bleu, le dieu du vin, vieillard appuyé sur un bâton, Liber’ pater deus vini et, à droite, sur des colonnes, les statues des déesses des eaux, Nymphe dee aquarum ainsi que celle de la Fortune Barbue5. Des diables voltigent au-dessus de ces divinités. Des Romains aux riches costumes leur adressent l’expression de leurs désirs et, confondant les déesses, s’écrient : Da nobis aquas. Detis nobis barbas. Detis nobis vinum. Detis nobis
FORTITUDINEM.
Le peintre a représenté au premier plan, au milieu des dalles vertes du carrelage, un trou au fond duquel un homme se débat sous le poids d’un âne renversé sur lui. C’est ainsi que les nymphes moqueuses, qui ne sont que des diables, s’amusent à fourvoyer les humains, le soir, en dehors de leur chemin et les font tomber dans les fosses. « C’estoyent dyables qui de nuit se mocquent des gens et les font forvoier en leur chemin. Et quant lomme puet cheoir en un fosse ou que il advient li aucune mescheance ilz le laissent et sen vont mocquant et riant de li*. »
LIVRE VII. —fol. i8ov0.— H. oD’,3o5xom,235. — Incendies de Rome et de Carthage. Les fêtes temporales et terminales. Jupiter Ruminus et Junon Rumina. — ( Planche L). Trois registres.
i° En rappelant les noms des grands sanctuaires dévorés par le feu, l’auteur entre dans la pensée de saint Augustin qui veut prouver que les faux dieux n’ont jamais su protéger leurs propres temples. A gauche, Rome avec une chapelle en feu. C’est le temple de Vesta, qui fut dévoré accidentellement par les flammes sous le consulat de Lucius Quintus Catulus et de Aulius Manlius. Les vestales s’étant enfuies, le pontife Metellus, en robe grise et manteau bleu, enlève la statue de la déesse et s’éloigne en hâte, aveuglé et le bras brûlé. A droite, nous assistons à la prise de Cartage par Cypio, en rouge, avec une riche cuirasse d’or du xve siècle. On aperçoit la femme d’Asdrubal qui se jette dans les flammes du haut des tours avec ses deux fils pour ne pas tomber aux mains des vainqueurs. L’auteur a mis ce détail', pour souligner le rapport historique de la première et de la dernière
reine de Carthage, mourant toutes les deux sur un bûcher. Il a, en plus, figuré Eneas, en pontife, robe grise et manteau rose, emportant ses dieux pénates, pour rappeler la prise de Troie. Saint Augustin, qui assiste à cette scène, résume ces événements par ces mots : Du gencium non sauvant se nec suos.
2° Raoul de Praelles dit" que les anciens croyaient que les âmes des trépassés revenaient vicier et corrompre l’air et y apporter la fièvre, febris. Aussi célébraient-ils des fêtes par des « purgacions, penances et sacreffices » pour conjurer le fléau et renvoyer les âmes à leur sépulture. Or, le dieu Janus et le dieu Terme avaient deux mois qui leur étaient consacrés à la suite de décembre, dixième mois de l’année. Janvier était voué à Janus et février (de febris) à Terme, qui conjurait le fléau après une cérémonie expiatoire appelée februum. De là, les fêtes temporales et les fêtes terminales dont la peinture est ici le sujet.
Dans une salle basse, au revêtement de marbre rouge, carrelée de dalles vertes, trois seigneurs et trois dames sont assis à gauche sur des bancs, devant une table garnie de mets. On voit écrit sur le mur : Hec sunt festa terminalia. Dans le fond, cinq dames et cinq seigneurs dansent en rond en se tenant par la main. Ce sont les fêtes temporales. Au premier plan, trois jeunes gens nus se livrent à une fustigation individuelle, dont la sévérité est attestée par le sang qui découle de leurs membres sous l’action de verges bien fournies. C’est la cérémonie expiatoire. Enfin, à droite, les âmes, figurées par des créatures blanches, retournent à leurs sépulcres roses, sur l’ordre des dieux, apaisés par les sacrifices qu’on leur offre. Les statues sont supportées par des colonnes vertes et grises. Saint Augustin assiste à ces différentes scènes et dit : Immolaverdnt demoniis et non deo.
3° Jupiter Ruminus, (de rumen , mamelle) en bleu, et Juno Rumina, dans une robe doublée d’hermine, ainsi nommés parce qu’ils président à l’allaitement des animaux, donnent le sein à un porc et à une chèvre. Saint Augustin pense par raillerie que Jupiter allaite les mâles et Junon les femelles, ce que le peintre a fait ressortir. Une foule d’autres animaux, bruns, blancs ou noirs, bœufs, chevaux, âne, licorne, lion, singe et rongeurs, vont s’approcher tour à tour des dieux nourriciers, tandis qu’au centre, saint Augustin, accompagné de son clerc et de deux docteurs, prononce ces mots : COMPARATUS EST HOMO JUMENTIS ET SIMILIS FACTUS est illisб. 7. Deux statues de divinités se trouvent placées à droite et à gauche sur leurs colonnes.