ANCIEN C. C. F
Saint Augustin, la Cité de Dieu.
VOIR PLANCHES LXX, LXXI, LXXII et XXIX, b.
Description générale . — Un vol. très gros in-fol. Beau vélin. Dimension des ff. : H. om,5io x om,365. Justification : o"’,36o x om,235. 2 colonnes avec om,o 27 d’intervalle : 60 lignes.
Il contient' les vingt-deux livres du traité de saint Augustin, précédés des prologues, de l’extrait du Liv. II des Rétractations et de la table des chapitres, et comprend 3 ff. blancs, 423 ff. numérotés en chiffres romains rouges et 4 ff. blancs, dont un réglé. Le fol. 2 commence par ces mots : « ce auez escheue la reprouche » et le fol. 423 par : « de parvenir au royaume ».
Collation. — Cahiers de 8 ff., avec réclames et signatures.
Reliure. — Moderne, en peau de truie naturelle, avec deux fermoirs à lanières et cinq ornements de cuivre. Le chiffre S. G. (Sainte Geneviève) et la devise, répétée dans les bordures de l’ouvrage, VA HATIVETÉ MA BRULÉ, sont frappés sur les plats en or. Tranche dorée à dessins de couleur. Signée : 1861 , Weber.
Ecriture. — Réglée rouge, en lettre de court , très soigneusement tracée. Titre courant en lettres rouges. Bouts de ligne en couleur et en or. Corrections marginales. En bas de la seconde colonne du fol. 1, on lit d’une écriture moderne : 41. ex libris S‘"‘ Genovefae parisiensis , 1753 , et au fol. 21, cette mention est répétée sans la date. A la fin du traité, le copiste a inscrit son monogramme : P. R., Pierre Roughe ou Rouche2.
Initiales. — Les grandes, au commencement des livres, sont en couleurs, sur fond d’or, et leur intérieur est rempli d’un semis de petites fleurs multicolores, de lierre principalement. Les petites, en tête des chapitres, sont plus simples, en bleu ou or sur un treillis rouge ou noir.
Bordures. — Elles n’existent qu’au commencement des livres, faisant tout le tour du feuillet, quand la miniature est à pleine page, et courant le long de la colonne, quand la peinture est réduite aux dimensions d’une simple vignette. Elles sont formées de grands rinceaux de couleur se détachant sur un léger semis de fleurs multicolores, rehaussées d or, sur lequel se jouent des animaux, des oiseaux et des grotesques. Enfin,
1. Il n’y a jamais eu qu’un volume. Le Liv. X finit sans mention spéciale au bas du fol. 219. Le fol. 219 v° est blanc et la seconde partie du traité recommence au fol. 220. Ce qui prouve que l’ouvrage a été exécuté sous cette forme, contrairement à beaucoup d’autres exemplaires et spécialement au Ms. 18-19 de ,a Bibl. Nat. sur lequel il a été copié, c’est que le foliotage est inscrit en chiffres romains du temps et ne présente pas d'interruption.
2. M. Kohler dans son Catalogue des Manuscrits de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, Additions et corrections du tom. I, parle ainsi de ce monogramme : « Le copiste du n° 246, désigné par P. R. est probablement un nommé Pierre Rouche qui a transcrit divers manuscrits pour Guy Bernard, évêque de Langres, en les signant du même monogramme
I* aut-il identifier le nom de ce copiste avec « Pierre Rougeul, escripvain » dont on trouve mention dans les Comptes de Jeanne de Laval (1436-1459), communiqués par M. Marchegay à la Société de l'Histoire de France? (Cf. M. Léopold Delisle, Cabinet des Manuscrits, tom. III, p. 338).
4 1 8 LA CITÉ DE DIEU. [c. 1475]
sur la plupart d’entre elles, on rencontre, tracée sur un phylactère de couleurs différentes, la devise : VA HATIVETÉ MA BRULÉ.
Provenance. — Nous avons été assez heureux pour découvrir le personnage qui s’était fait faire ce manuscrit'.
Cet exemplaire, comme nous venons de le voir, ne porte ni mention de possession, ni signature, ni armoiries, mais les bordures enluminées de ses feuillets présentent en maints endroits les mots suivants : VA HATIVETÉ MA BRULÉ.
Cette inscription avait déjà été signalée par M. Kohler dans son Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Sainte-Geneviève* , par M. le Comte Durrieu, dans son Jacques de Besançon 3, et par M. Léopold Delisle dans un article paru dans le Journal des Savants 4, où il discutait, avec l’autorité de son érudition, les conclusions du mémoire de M. Thuasne6 et engageait les travailleurs à faire une étude comparative des différents manuscrits historiés de la Cité de Dieu émanant de l’École de Tours. Mais elle n’avait jamais été ni expliquée ni identifiée.
Tout d’abord, l’exemplaire est décoré de peintures, qui, comme nous le verrons ci-après, sont la copie réduite de celles qui ornent le Ms. 18-19 de la Bibliothèque Nationale. Celles-ci ayant été exécutées et achevées en 1 47^, il s’ensuit que notre volume a été établi postérieurement à cette date.
D’autre part, la forme compliquée que présente la devise, ce mot VA qui la commence et qui grammaticalement aurait dû être MA ou TA ou SA, nous a fait penser qu’elle cachait un nom (celui du possesseur du manuscrit) dont les lettres auraient été rangées dans un autre ordre destiné à présenter un semblant de sens. De plus, un nom de 17 lettres étant assez rare, il y avait lieu de supposer qu’il était précédé d’un prénom.
Dès lors le problème consistait :
i° A trouver un prénom et un nom dont l’ensemble se composât de ces 17 mêmes lettres ;
20 A prouver que ce nom avait été porté par une personnalité vivante aux environs de i473;
3° A faire ressortir que ce nom s’appliquait à un personnage d’un ordre social et d’une culture intellectuelle de nature à expliquer la présence entre ses mains d’un exemplaire de la Cité de Dieu.
Après avoir cherché la solution en prenant comme points de départ Thiébaut qui se trouve dans la devise, puis Marie, Mahaut, ce qui ne donna aucun résultat, puis enfin Mathieu, nous avons fait subir aux dix lettres restantes une interpolation mathématique qui nous a conduit au nom bien français de Beauvarlet.
Ce personnage de Mathieu Beauvarlet n’est pas un inconnu. On le rencontre avec sa signature et son paraphe à chaque page des comptes royaux de l’époque comprise entre i45o et 1 479? au Cabinet de Titres6, dans les cartons des Archives Natio-
1. Nous avons fait à ce sujet une communication à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, séance du i3 septembre 1907. (Voir le Compterendu de septembre, p. 5 ta.) Elle a été reproduite dans le Bulletin du Bibliophile de décembre 1907, p. 55o, avec tirage à part à 4o exemplaires, et dans la Revue des Bibliothèques d’octobre-décembre 1907, p. 317.