Arch. Dépt. de Saône-et-Loire, H, 356, n“ ai
Ce prince les tenait probablement de son père, Charles de Valois, comte d’Auvergne, puis duc d’Angoulême (i573-i65o), fils naturel du roi Charles IX et de la belle Marie Touchet, homme ambitieux et perfide, mais instruit, dont on a des Mémoires sur les règnes de Henri III et de Henri IV1 2.
En l'absence d'inventaire et surtout de mention de possession sur le manuscrit en cause, il est difficile de se prononcer sur l'origine de ces volumes.
En igo5, Madame la marquise de La Guiche, née de Rochechouart-Mortemart, a bien voulu nous permettre de lui poser une question à ce sujet, ce dont nous lui sommes personnellement reconnaissant. Elle nous a affirmé, en dehors de toute pièce justificative, qu’il était de tradition dans sa famille que le manuscrit avait appartenu à Charles de Valois.
Marie Touchet s’était mariée, vers 1578, après sa liaison avec le Roi, à François de Balzac, seigneur d’Entraigues, gouverneur d’Orléans. C’est peut-être pour un membre de cette famille, alliée aux d’Urfé, aux Malet de Graville et aux d’Amboise, tous amateurs de manuscrits, que furent exécutés les deux volumes qui nous occupent. On sait que la belle favorite était une femme cultivée et qu’une de ses filles, Henriette, marquise de Verneuil, si célèbre par ses amours avec Henri IV « avoit tous les jours entre les mains saint Augustin et semblables auteurs’ ». Marie Touchet vécut jusqu’en 1 638 et fut enterrée par les soins de son fils dans le caveau des Valois, aux Minimes. De là probablement vint la haute protection dont cet Ordre fut honoré par Charles de Valois et par sa femme3.
On peut supposer aussi, quoique cela soit moins probable, que nos volumes ne sont arrivés entre les mains de Louis-Emmanuel de Valois que du propre de sa femme, Henriette de La Guiche, dont la mère, Antoinette de Daillon, appartenait à une famille où le goût des livres avait été en honneur. Nous savons, en effet, qu’un ancêtre de cette dame, Jean de Daillon, seigneur du Lude, chevalier, gouverneur du Dauphiné sous Louis XI, ne fut pas seulement un des généraux les plus renommés de son temps, mais compta aussi parmi les bibliophiles distingués de cette époque. C’est pour lui que fut exécuté le Livre de Boccace, conservé à la Bibliothèque Nationale4, qui porte ses armes.
Dans ce même ordre d’idées, M. Léonce Lex nous écrivait, le 22 mars 1906, que Courtépée, dans sa Description de Bourgogne (art. Champvent), énumérant les manuscrits du château de Chaumont, propriété des La Guiche, dit que la Légende dorée (dont un volume est à la Bibliothèque de Mâcon, décoré des armes de Jean d’Auxy, chevalier de la Toison d’or et chambellan de Charles le Téméraire) avait appartenu à Antoine de Chabannes, seigneur de La Palice. Or M. Lex a retrouvé ce nom de « Chabannez » sur un autre manuscrit, le Livre des articles de la foy, conservé aux archives
1. Charles de Valois était un bibliophile de marque. Outre ces manuscrits, plusieurs de ses livres, qui étaient en général des ouvrages d’érudition du xvie siècle, sont arrivés jusqu’à nous. On en retrouve 120 à la Bibliothèque de Charolles et 20 à celle de Mâcon, mais aucun à la Bibliothèque de Chalon, contrairement à ce qu’affirme Guignard dans son Nouvel Armorial du Bibliophile, tom. I, p. 34- Ils étaient habillés pour la plupart en maroquin vert avec les armes : de France, au bâton péri en barre de gueules, et un chiffre composé de deux C entrelacés. Nous possédons dans notre bibliothèque un de ses livres, relié en maroquin rouge, avec ses armes et son chiffre frappés sur les deux plats. C’est un in-12, qui contient ensemble le Spéculum lapidum de Camille Léonard, Parisiis, 1610, et Ptolemaei mathemalicae constructionis Libri duo, Lutetiae, i56o.