‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 258 sur 272 · GRAVURES · texte numérisé non relu

GRAVURES

LES ÉDITIONS IMPRIMÉES AVEC

2267, comme le constate Ml,c Pellechet', et un superbe exemplaire sur vélin de l’édition latine de Peter Schoeffer, Mayence, 1 qu* a appartenu au monastère de Corbie. C’est peut-être la présence de ce dernier volume qui a amené la confusion commise par Van Praet\

Gravures. — Ce bel ouvrage est la première édition imprimée de la traduction française de Raoul de Praelles.

Il est également le premier livre imprimé sortant des presses d’Abbeville où parurent à la même époque deux autres livres de format in-folio, la Somme rurale de Jean Boutillier, conseiller du roi, et le Triomphe des Neuf Preux , mais au nom de Pierre Gérard seul1 * 3. Les deux imprimeurs, dont l’un, Jehan Du Pré, avait fourni les caractères, s’étaient associés4 en 1486-1487 pour organiser cet atelier d’Abbeville, où il semble que Jehan Du Pré avait envoyé un de ses meilleurs commis, Pierre Violete, ancien étudiant de l’Université de Caen, qui s’établit plus tard à Rouen. Nous connaissons la participation de ce contre-maître par un document, publié par Claudin5 б. et communiqué par M. Alcius Ledieu, actuellement conservateur honoraire de la Bibliothèque municipale d’Abbeville, dans lequel nous voyons ce Pierre Violete, qualifié d’ emprainteur de livres , navré [blessé] par un armurier de la ville, qui fut de ce fait condamné à une amende (vers le mois de mai 1487.)

Cette édition est célèbre par les 23 gravures sur bois d’un style et d’une exécution remarquables qui la décorent. On a supposé que les planches avaient été préparées et gravées à Paris, dans l’atelier delà grant Rue Saint- Jacques, où demeurait Jehan Du Pré en l’ostel ou pendent pour enseigne les Deux Cygnes, mais on ne possède aucune assurance de ce fait. Apportées à Abbeville, elles retournèrent ensuite à Paris0. Quoi qu’il en soit, cette illustration dénote la main unique d’un graveur de grand talent

1. M. Pellechet, Catalogue général des Incunables...., p. 365, n° i563.

а. Signalé également par cet auteur dans son Catalogue des livres imprimés sur vélin de la Bibliothèque du Roi, Paris, De Bure, 1832, p. 278, n° 38a.

3. Thierry-Poux, dans ses Premiers monuments de l'Imprimerie en France au xv* siècle, Paris, Hachette, 1890, p. 17, fait justement remarquer que la fin de l’année i486 a été employée à finir la Cité de Dieu et que, par conséquent, c’est pendant les premiers mois de cette même année qu’a pu avoir lieu l’impression de la Somme rurale. (Sur la Somme, voir Ferd.Vamder Haeghen, Bibliotheca belgica, irt série. )Le Triomphe des neuf Preux n’a dû venir qu’après ces deux publications.

4- Les conditions dans lesquelles s’est exercée la collaboration de Jehan Du Pré et de Pierre Gérard a fait l’objet de nombreuses controverses. Pierre Gérard, dont le nom figure sur toutes les publications faites à cette époque à Abbeville, semble avoir été le membre actif de cette association, car il n’est pas sûr que Jehan Du Pré ait fait autre chose que de prêter son matériel, en vue de l'édition de la Cité de Dieu, qui demandait un grand nombre de caractères, et d'exiger que son nom figurât au colophon, comme bailleur, avec participation aux bénéfices.

M. Georges Lepreux (Gallia typographica, Paris, Champion, in-8°, tom. I, 1909, pp. 1 49“* 5 1 ) a ouvert une voie nouvelle dans cette question obscure par la découverte qu’il a faite dans les Chroniques du pays et comté de Ponlhieu, recueillies par Dom Grenier, et dont l’auteur était le maître des requêtes, Nicolas Rumet. A la page 3og de ce manuscrit (Bibl. Nat., Picardie, tom. 3y), on lit : « Au même an [i486] et es années suivantes, l’art de l’imprimerie étoit commun a et exercé en la ville d’Abbeville par (sic) imprimeurs allemands de nation; il nous restent (sic) encore plusieurs livres « imprimés à Abbeville en caractères très beaux et nets comme les livres de saint Augustin, la Somme rural (sic) a de Bouteiller, le Psautier et autres. »

S’il faut ajouter foi pleine et entière à ce document, il y a lieu de penser que Pierre Gérard était Allemand (quoique d’autres que des Allemands aient pu exercer leur art à Abbeville) et qu’il avait emprunté les caractères de Jehan Du Pré pour la seule édition de la Cité de Dieu, qui demandait un matériel trop considérable pour ses ressources. Ces caractères du reste étaient l’objet d’une perpétuelle location, car nous les retrouvons, ainsi que les bois de la Cité de Dieu, peu après, à Rouen, en 1488 et 1491, dans deux livres sortant des presses de Jehan Gaillard Le Bourgeois : Lancelot du Lac et Y Ordinaire des Crestiens. (Georges Lepreux, op. cit., p. ioo n.).

Quant à Pierre Gérard, il semble être venu s’installer à Paris en 1488, car, le 9 septembre de cette année, un nommé Pierre Girard ou Gérard, imprimeur de livres, demeurant en la rue Saint-Jacques (dans le voisinage de Jehan Du Pré) était arrêté de nuit par le guet en compagnie d’une « femme amoureuse, Yollant des Hayes. »

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