‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 259 sur 272 · Histoire de l' Imprimerie en France, tom. I, p. 2y · texte numérisé non relu

Histoire de l' Imprimerie en France, tom. I, p. 2y

б. Id., p. 233.

et une technique très habile. Les personnages, d’un type un peu lourd, sont dessinés avec justesse et leurs attitudes variées donnent beaucoup d’animation aux scènes dans lesquelles ils se meuvent1 2. Les visages, qui se présentent souvent de trois quarts, offrent cette caractéristique que le sourcil, le nez et les narines sont obtenus par un trait continu. Les plis des vêtements et les ombres portées sur les objets sont ménagés avec discrétion. Les détails des paysages et les formes de la nature sont rendus par des pans coupés et par des hachures en lignes successives avec de larges fleurs dessinées au premier plan et des arbres un peu raides en arrière. Toutefois, l’artiste, soit par goût, soit par une entente judicieuse de son art, montre une prédilection très accusée pour les constructions, les monuments et les masses architecturales, dont la représentation est plus en rapport avec l’instrument spécial qu’il manie.

Quant à la composition, on ne saurait lui en faire entièrement honneur. En effet, si nous consultons notre tableau analogique de la Famille it 4, nous voyons que les sujets traités dans 1 incunable d’Abbeville sont exactement les mêmes que ceux qui sont exposés dans les manuscrits complets de cette famille, c’est-à-dire le Ms. 9005-9006 de la Bibliothèque Royale de Bruxelles (conservé autrefois à la cour de Bourgogne dans les librairies de Bruges, Gand et Bruxelles) et le manuscrit exécuté en 1466 pour le Grand Bâtard Antoine de Bourgogne et qui est conservé maintenant à Turin. En examinant encore de plus près ces deux manuscrits, on s’aperçoit que notre graveur s’est inspiré plus spécialement de l’exemplaire du Grand Bâtard1, non seulement par le choix des sujets, le nombre et la disposition des personnages et l’exactitude des détails, mais encore par des particularités de minime importance, telle que l’ordre des inscriptions portées sur la sphère des mondes dans la planche du Liv. VIII3.

Quel est 1 artiste auquel nous devons cette magnifique illustration? Nous n’avons aucune indication qui nous permette de répondre à cette question. Le type épais et assez réaliste des personnages, l’emploi de la brique dans les constructions et l’adjonction d une cigogne figurée sur son nid dans la planche du Liv. XV, font penser à quelque graveur du nord ou de l’est de la France. L’inspiration, qu’il a puisée incontestablement dans le manuscrit de Turin, permet de croire qu’il a travaillé sur cet exemplaire, soit pendant un séjour du grand Bâtard à Paris, soit au château de La Roche en Ardennes, où nous savons que résidait Antoine de Bourgogne à la fin de sa vie.

D’autre part, la perfection de ces bois fait penser qu’ils sont dus au talent d’un artiste qui était en même temps le dessinateur de ces compositions et le graveur de ces tailles. Elle semble être le résultat de l’entente dans la même main de ces deux techniques, dont l’absence est souvent à déplorer dans les premières illustrations typographiques.

Il faut donc supposer quelque peintre de mérite qui, prévoyant le déclin de la miniature devant 1 apparition de l’art nouveau de l’imprimerie, se serait adonné à la taille du bois dans le but d’utiliser son habileté pour illustrer les livres en vogue. Sans

1. Nous croyons reconnaître dans certaines attitudes cambrées et dans certains mouvements brusques un style cher aux artistes allemands de cette époque. (Voyez la miniature du Liv. XVIII, Planche CXXXFII , b.)

2. Voir à la Description 49, ce que nous avons dit sur cette question.

3. Pour se livrer à cette étude comparative, il faut consulter nos planches XXIII, XXIV, XXV, XXVI, XXVII, CXXXVI et CXXXVII; car nous avons choisi, pour nos planches de reproduction, parmi les bois de l'incunable d’Abbeville, ceux qui se trouvent en tête des Liv. V, VII, XIV et XVIII, en concordance avec les miniatures des Mss. goo5 et 9006 de Bruxelles et du Ms. de Turin qui décorent les mêmes livres et que nous avons reproduites.

LES ÉDITIONS IMPRIMÉES AVEC

Page 1