VOIR PLANCHE XXXII
Description générale. — Deux vol. pet. in-fol. Vélin. Dimensions des ff. :
H. om,422Xom,290. Justification : ol 2°,295xom,i82. 2 colonnes, avec om,oi7 d’intervalle : 48 lignes.
Le Ms. 9015 contient le discours de présentation, les prologues, l’extrait des Rétractations et les dix premiers livres, texte latin, traduction et explications par chapitre. Il comprend 1 fol. blanc, 449 numérotés et 4 ff- blancs. Il y a un numérotage ancien qui est faux, parce qu’on a passé du 379e au 3goe, sans transition. Le fol. 2 commence par ces mots : « honorine dont combien que la bataille » et le 429e : « des corps humains. »
Le Ms. 9016 contient les douze derniers livres et comprend 519 ff. numérotés et 1 fol. blanc. Le 4* fol. (2° après la table) commence par ces mots : « et sic velud corporeis » et le 5ig° par : « Dieu ce VII0 jour ».
Collation. — Cahiers de 8 ff. , avec réclames et signatures.
Reliure. — Moderne, veau racine. Au dos, le titre : D. Augustinus | de | Civitate
1. M. L. Delislb, Cabinet des Manuscrits, tom. I, p. 409, et Montfaucon, Bibliotheca Bibliothecarum, tom. II, p. 1669 : « La Cité de Dieu de S. Augustin, traduite en français par Raoul de Praelles, depuis la Toussaints 1371 jusqu’au 1" septembre 1375. Manuscrit sur vélin avec miniatures, 2 vol. in-fol. »
2. C’est pour cela que ce manuscrit à peinture prend ici sa place dans la série chronologique.
Dei | 2 | Bibl. Royale, reproduit à l’intérieur sur une étiquette en maroquin rouge. Armes de Belgique, tranches dorées, fermoirs en argent.
Écriture. — Réglée rouge, en lettre de court , d’une main un peu différente au second volume. Titre courant en chiffres romains rouges. On lit au fol. blanc de tête du tome 901 5 : Prima pars sancti Augustini de Civitate Dei en latin et en franchois. Estampilles de la Bibliothèque de Bourgogne et de la Bibliothèque Royale. En-têtes des chapitres rubriqués. Enfin, au fol. 449 v° du premier volume, on lit la mention suivante, qui nous éclaire singulièrement sur les origines du manuscrit : Hoc opus ex duobus conflatum et scriptum est per manum fratris Nicolai Cotin , ordinis predicatorum , ad expensus Reverendissimi in Christo patris ac domini domini Johannis divina miseracione Tornacensis episcopi. Anno domini millesimo quadringentesimo quadragesimo quinto in translacione Martini finitum. Yhs.
A la fin du second volume, fol. 519 v°, il est écrit en rouge : Ceste translacion avec les expositions fut commencée par Maistre Raoul de Praelles a la toussains l'an de grâce mil IIIe LXX1 et fu acheuee le premier jour de septembre , l’an de grâce mil IIIe LXXV , et un peu plus bas, toujours en rouge : Aurelii Augustini doctoris de Civitate Dei libri vices imus secundus contra paganos explicit féliciter. Deo gracias .
Initiales. — Belles initiales non seulement en tête des livres, mais aussi au commencement des chapitres écrits en latin. Elles sont formées de lettres coloriées et dorées, 'sur un treillis de couleur. Celles qui sont en tête des deux volumes sont décorées des armes de Jean Chevrot, évêque de Tournay : d’or au chevron d'azur , chargé en tête d’une croix d’argent . Au premier volume, l’écusson est soutenu par deux anges. Les petites initiales du texte sont plus simples.
Bordures. — Il n’y en a qu’au commencement des deux volumes. Elles sont superbes et présentent un large feuillage multicolore avec bouquets de palmes, fruits et fleurs, parsemé d’anges musiciens, de cavaliers très habilement dessinés, de lions, d’oiseaux, de chenilles, de grotesques, etc. Entre la bordure et la miniature court un encadrement feuillagé et festonné. Au fol. 1 du Ms. 9016, la bordure contient en plus, dans sa partie supérieure, une petite bannière sur laquelle on aperçoit, encore répétées, les armes de Chevrot.
Provenance. — La note de Nicolas Cotin, la présence des armes ci-dessus décrites et l’indication portée sur les inventaires ne laissent aucun doute sur le nom du personnage pour lequel le présent manuscrit a été exécuté. Il s’agit de Jean Chevrot, natif de Poligny, archidiacre de Rouen, promu évêque de Tournay à la demande de Philippe le Bon, par bulle pontificale de 1 4^6, en remplacement de Jean d’Harcourt, appuyé par le Roi de France. Il ne prit possession de son siège qu’en 1437 et mourut le 22 septembre 1460, quelques mois après avoir été promu à l’évêché de Toul1. Grand ami de Nicolas Rolin, le célèbre chancelier de Bourgogne, et rempli de dévouement pour la personne du Duc, il fut comblé de faveurs par ce Prince dont il était le conseiller et le familier. La date de 1 44^ donnée par le scribe concorde bien avec le ministère rempli par Jean Chevrot.
Quant aux armes, nous les retrouvons trois fois répétées et accompagnées de celles de Tournay, sur l’ancien cadre du fameux triptyque dit : Des sept sacrements , que
1. Gallia Christiana, III, a3a-233; Ulysse Chevalier, Répertoire biographique ; Bibliographie belge ; Chastellain, Chronique, loin. IV, p. 172; Salomon Rbinach, Monuments Piol, tom. XI. Il touchait 2460 livres à la cassette du Duc. Voir : Arsène Périer, R/icolas Rolin, 1904.
1 évêque avait commandé en 1 44^ à. un peintre de grand mérite qu’on suppose êti’e Rogier vander Weyden et qui est une des perles du Musée d’Anvers'. On y remarque le portrait du prélat sous les traits d’un évêque dans le panneau de droite. On peut le comparer avec celui de la miniature du manuscrit de la Bibliothèque Royale de Bruxelles, Histoire de Hainaut , où il est représenté en conseiller de Philippe le Bon. M. Salomon Reinach croit le reconnaître dans la miniature de présentation du manuscrit des Grandes Chroniques , à Saint-Pétersbourg.
11 ressort de tous ces détails que l’exemplaire avait été exécuté par les ordres de Jean Chevrot et pour lui-même, car il n’aurait pas commis l’inconvenance de le faire décorer de ses armes s il 1 avait destiné à son bienfaiteur. Comment donc passa-t-il des mains de l’évêque dans la librairie du Duc de Bourgogne? Est-ce par achat, par don ou par legs de Jean Chevrot, est-ce par l’intermédiaire de Nicolas Rolin? Nous n’avons à ce sujet aucune indication. Quoi qu’il en soit, nous le retrouvons dans la Bibliothèque du noble Duc à l’inventaire de 1467 : « Ung autre grant livre en parchemin couvert d ais rouges et clous de lecton, intitulé au dehors : prima pars s and Augustini de Civitate Dei, en latin et en françois; comançant au second feuillet, Honorine dont combien que la bataille et au dernier, des corps humains » et « Ung autre semble livre, intitulé au dehors : Secunda pars santi Augustini de Civitate Dei , en latin et en françois; comançant au second feuillet apres la table, Et sic velud corporeis et au dernier, Dieu ce 7me jour* ».
Puis, à 1 inventaire de juillet 1 485 : « Item, ung livre en parchemin, en grant volume, illuminé d or et dazur, intitulé : Le premier partie de saint Augustin de la Cite de Dieu , escript en latin et en françois, ou il y a diverses histoires fort richement œuvrees, armoyés en la première lettre des armes de l’evesque de Tournay, Chevrot; couvert de cuyr rouge; garnie les couvertures de cinq clouz et deux cloans de letton; comenchant au second feuillet, Honorine dont combien que la bataille comenchast en la valee et finissant au derrenier, en lettre rouge, in translacione Martini finitum. Jésus1 2 3 ».
Enfin, à l’inventaire de novembre 1487 : « Ung autre grant volume intitulé : Le premier livre Aurelu Augustini de la Cité de Dieu , couvert de velours sur velours cramosin, a tout deux clouans et cincq boutons de leton doré sur chacun costé; comenchant le cinquième feuillet : Ainsj que justice soit convertie et finissant au derrain : louez en soit Jhesus-Christ. » et « Ung autre volume, intitulé : Secunda pars sancti Augustini de Civitate Dei , en latin et en franchois, couvert de cuir vermeille a tous deux clouans et cincq boutons de chacun costé; comenchant le second feuillet: Et sic velut corporeis auribus loquitur et finissant au derrain : ainsy et que notre mere sainte Eglise en tient' ». Depuis cette époque, le manuscrit n’a pas quitté la bibliothèque de Bourgogne.
Miniatures. Elles sont au nombre complet de 11, une en tête de chacun des livres du traité, celles des Liv. I et XI étant à pleine page et les autres de simples vignettes. On peut reconnaître deux mains dans l’exécution de ce beau manuscrit; un artiste du nord de la France très habile dans l’art d’agencer une multitude de petits