‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-Augustin (volume 2)Chapitre 71 sur 272 · CITÉ DE · texte numérisé non relu

CITÉ DE

DIEU

Retractation.es et celle du fol. 2 au commencement du traité. Celle-ci se compose d’un encadrement d’or entouré à l’intérieur et à l’extérieur de fleurs épanouies bleues, rouges, vertes et violettes. Sur l’encadrement, on distingue des nœuds bleus et violets, des vases de fleurs, des oiseaux, un camée et le buste d’un personnage barbu. En haut et en bas, un écusson, supporté par deux anges, rouge et violet, et surmonté d’un chapeau rouge de cardinal à 3 glands. Les armoiries qui y sont peintes, celles des Lévis, se blasonnent ainsi : d' or a 3 chevrons de sable avec un lambel de gueules à 3 pendants. Celle du fol. 1 est une large bande d’entrelacs du même modèle que les initiales. En bas et dans l’initiale I d’ Interea, se retrouvent trois fois répétées les armes des Lévis.

Provenance. — Nous avons vu que ce manuscrit avait été copié par Jean Gobelin'. Nous savons aussi quel est l’artiste qui l’a décoré. En effet, à l’angle supérieur du fol. 2, à droite, il y a un dessin représentant un petit monument sépulcral d’architecture grecque, dont on voit la face et l’un des côtés. Sur la face, on lit ces mots tracés en caractères épigraphiques :

AurELII | AgüSTINI (sic) | DE CIVITATE | DEI LIBER | PRIMUS | INCIPIT | FELICITER.

Sur la plinthe, en bas de la face principale :

PR • Nicholavs Polan ■ me fecit.

Et enfin sur le côté :

MCC | CC | LVI | III. | Adi | • P ■ | ot | vb | ri | o.

Nous savons donc que Nicolas Polano, prêtre ou peintre ( presbyter ou pictor ), a terminé son travail le 1" octobre 1 4^9, dix jours avant que Jean Gobelin n’ait fini sa copie.

Tous deux travaillaient pour Nicolas Fortiguerra qui naquit, en 1418, à Pistoia. Ce personnage avait toute la confiance du pape Pie II (Aeneas Sylvius Bartholomaeus de l’illustre famille siennoise des Piccolomini), dont on sait les efforts pour organiser une croisade contre les Turcs et qui le chargea de donner tous ses soins à cette entreprise. Il fut fait évêque de Teano en 1 4^9 et trésorier pontifical. En 1460, il devint cardinal prêtre de Sainte-Cécile et généralissime des galères construites à Pise pour aller prendre la mer à Ancône3 4. Il mourut à Viterbe en 1 47^ - C’était un seigneur de marque, protecteur des lettres et des arts. Il n’est pas étonnant qu’il ait commandé à Gobelin ce beau manuscrit « lorsqu’il était à Mantoue pendant les célèbres événements de la Diète, au milieu d’une ville et auprès d’une cour où la famille de Gonzague entretenait un des foyers les plus actifs de la Renaissance3 ».

Nous pouvions nous attendre à trouver le blason de Nicolas Fortiguerra sur un manuscrit exécuté par ses ordres1 2. Cependant, il n’en est rien et ce sont les armes

1. Johann Gobelin, de Linz, vicaire à Bonn, diocèse de Cologne.

2. On sait que la peste, qui éclata alors, fit échouer cette grande expédition. A ce propos, qu’il nous soit permis de signaler un joli manuscrit in-8°, de facture italienne, conservé à la Bibliothèque Nationale, sous le n° 5565* latin, qui contient au fol. ioi le Decrelum Pii secundi Pontificis Maximi de bello contra Turcos gerendo. La bordure de ce folio contient, sur fond jaune, des dessins à l’encre noire figurant les bâtiments rassemblés pour cette grande entreprise. Une croix rouge, tracée dans les voiles gonflées, fait ressortir le caractère de la flotte. Les voiles latines et carrées y sont représentées avec soin ainsi que les détails des galères et des caravelles. On y distingue les armes de Pie II, des Princes de Savoie et du cardinal Alain de Coëtivy. Ce manuscrit a été exécuté entre le mois de novembre i463, date du décret, et i474. date de la mort du cardinal, à qui a appartenu le volume.

3. Voir A. Geoffuov, art. cil. Les contemporains, et particulièrement Pie II, dans ses Lettres , emploient le terme de diète pour désigner la grande assemblée, convoquée alors à Mantoue, en vue de la croisade contre les Turcs et à laquelle assistèrent trente cardinaux avec un grand nombre de prélats.

4. Les armes des Fortiguerri de Pistoia étaient : Parti au 1 d'or plein, an 2 d'argent à 6 rangs de pièces de vair d'azur. Le Ms. Iat. 538 du F. Vatic. de la Bibliothèque Vaticane, Joannis Cassiani opéra , porte, dans la marge inférieure

des Lévis que nous y remarquons, comme marque de possession d’un des représentants de cette ancienne et illustre famille.

Il est facile de se convaincre qu’il s’agit ici de Philippe de Lévis', fils d’Eustache de Lévis et d’Alix de Damas, qui fut successivement évêque d’Agde, archevêque d’Auch et enfin archevêque d’Arles, en 1462. Entre temps, il avait été référendaire du pape Pie II et avait expédié nombre d’affaires à la grande satisfaction de ce Souverain Pontife, qui l’honorait de son affection. Plus tard, il passa quelques années à la cour de France, puis il revint à Rome où il fut élevé par Sixte IV, en 1 47^9 à la dignité de cardinal et où il mourut, en 1 47^, âgé de \o ans. Il y fut enterré au porche de Notre-Dame-la-Grande, Sainte-Marie-Majeure, en raison de sa grande dévotion pour la Sainte Vierge, ainsi qu’en témoigne l’épitaphe qui rappelle cette sépulture a.

Il est probable que c’est au moment où il remplissait ses fonctions de référendaire à la cour du Vatican qu’il se lia avec Nicolas de Fortiguerra, autre familier du pape Pie II, et qu’il reçut de lui, comme témoignage d’amitié ou de reconnaissance, le manuscrit dont il s’agit3. Ses armes furent alors peintes au fol. 2 et, comme il n’était pas encore cardinal, on y ajouta le chapeau rouge à 3 glands seulement, au lieu de 5, qui était le signe de certains évêques privilégiés, et la croix simple qui indiquait qu’il n’était pas Primat.

Quoi qu’il en soit, il appartint à la famille de Lévis et, après avoir perdu sa trace, nous le retrouvons, deux siècles plus tard, «à la Bibliothèque de l’abbaye de Sainte- Geneviève, où son entrée est antérieure à 1687. Il figure, en effet, sur un catalogue'’ non daté de Claude Du Molinet5, qui est mort dans cette même année. Il porte actuellement le n° 218 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève6.

Miniatures. — Il n’y a qu’une miniature dans ce manuscrit. Elle occupe la partie supérieure gauche du fol. 2. Celui-ci présente l’aspect suivant, que l’on peut examiner sur la reproduction que nous en donnons : Une bordure de om,35oxom,25o avec les armes des Lévis; en haut, à gauche, la miniature de o™, 090x0™, 090 avec, dans le ciel, un petit médaillon de o™,025 de diamètre; en haut, «à droite, l’édicule grec de om,095xo™,075 et, enfin, au-dessous, suivie du texte, la lettre initiale G de om,078 X0™,078. Nous avons donné le détail de ces différents ornements; nous allons dire un mot de la miniature si intéressante de Nicolas Polano.

C’est une vue de la Rome de cette époque, considérée comme Cité de Dieu. Les monuments de ce petit tableau sont blancs, rehaussés de bistre clair et de violet d’une très jolie tonalité. Le ciel est bleu avec des nuages moutonnés blancs. Le terrain et les

du fol. 1, l'écusson du cardinal Fortiguerra et, au fol. 91 v°, cette note : Pro reverendissimo domino cardinale Theanense, Franciscus Tianus, Pistoriensis, scripsit anno domini 14JI ■

1 . Cette branche des Lévis portait les armes accompagnées d’un lambel de gueules à 3 pendants. C'est ce que nous trouvons du reste dans le P. Anselme, Histoire généalogique, tom. IV, p. 4o, et dans les Pièces originales de la Bibliothèque Nationale, vol. 1706, pièce 21, Quittance d’Eustache de Lévis, et pièce igi, Lettre de Philippe de Lévis de 1470, où il s'intitule Référendaire.

2. Cf. Moréri, Dictionnaire historique, tom. VI, p. 287; Gallia Chrisliana, tom. I, p. 586; P. Henri Albi, Eloge historique des cardinaux illustres françois et eslrangers, Paris, 1 644 « P- 18 1.

3. C’est probablement à Philippe de Lévis qu’a appartenu le Ms. franç. 22542 de la Bibl. Nat., Le Songe du vieux pèlerin, où l’on voit les armes des Lévis avec le lambel et le chapeau rouge à 3 et 4 glands (fol. 3i).

4- Du Molinet, Inventaire des principaux manuscrits de la Bibliothèque de l'abbaye de Sainte-Geneviève. On lit à la page 7 de cet inventaire manuscrit, coté g65, cet article : « Manuscrit du livre de la Cité de Dieu de saint Augustin, fort beau, escrit en i45g, au commencement de l’impression, en très beaux caractères; la première page est en lettres d’or avec les armes du cardinal Philippe de Lévy, archevêque d’Arles, qui l'a fait écrire ».

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