‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 14 sur 354 · Confessions, Liv. IX, chap. x · texte numérisé non relu

Confessions, Liv. IX, chap. x

sorte qu’en alternant ainsi, ils compo

et inspectant les différentes institutions monastiques qui s’offraient à ses yeux, dans le but de fonder près de Thagaste un lieu de retraite du même genre. Toutes ses idées, en effet, étaient tournées vers la vie solitaire et tendaient vers le cloître.

Il ne portait plus l'habit africain : il avait revêtu la longue robe en laine noire des cénobites d'Orient avec un capuchon et une ceinture noirs. Il ne prendra pas d'autre habit, même quand on l'aura élevé à la couronne épiscopale d'Hippone".

Enfin, il partit avec son fils et prit terre à Carthage, revenant, maintenant orphelin et converti, dans cette ville dont il s’éloignait, quelques années auparavant, l'esprit plein de troubles, sous les yeux de sa mère éplorée. C'était en 388, au moment où la victoire de Théodose sur Maxime pacifiait l'Empire et augmentait partout la puissance chrétienne.

Il ne resta pas à Carthage, mais il alla près de Thagaste vivre à la campagne avec un petit nombre de ses amis occupés des mêmes études et réunis par la même foi. Les souvenirs si heureux de Cassiciacum le hantaient et le portaient à mettre à exécution le rêve tant de fois caressé d'établir dans la solitude une retraite, une communauté de sages, soumise à une règle volontaire, où les travaux des champs, la prière, l'étude, les conversations pieuses lui eussent assuré le calme de l'esprit, la paix du cœur et le ravissement de l’âme.

Il commentait la Genèse contre les Manichéens, étudiait les Prophètes, surtout Isaïe, et se pénétrait du génie de saint Paul dont il admirait l'éloquence autant que la morale. D’autres occupations le charmaient également, tels que ses travaux sur l'harmonie sacrée qui donnèrent le jour à son livre : De Musica.

Pendant qu’il se livrait à cette vie de méditations et d'études, il perdit son fils si tendrement aimé. Ce fut une grande douleur qui n'eut pour résultat que de le faire persévérer davantage dans la voie qu’il s'était tracée.

La solitude dont il avait fait choix semblait devoir lui être assurée jusqu’à la fin de ses jours; mais Dieu en décida autrement. Un jour qu’il était venu à Hippone, Valère, évêque de cette ville, accablé par le poids des années, se plaignit de ses fatigues et exhorta le peuple à lui donner un coadjuteur. Tous les yeux se tournèrent vers Augustin dont la renommée de savoir et de bonté était grande et, malgré ses prostestations et ses refus répétés, il dut accepter ces nouvelles fonctions. Bien plus, Valère, qui était Grec d’origine et usait mal de la langue latine, le chargea de la prédication dans ce diocèse, ce qui était contraire aux règles établies. Peu de temps après, en 395, le vieux prélat étant mort, Augustin fut nommé évêque d’Hippone. Il avait quarante et un ans.

C'est ici que se place la troisième phase de la vie d’Augustin, celle de son épiscopat où il montra toutes les qualités de son génie, toute la sensibilité de son cœur, toute l’éloquence de sa parole, toute la charité de sa nature remplie de mansuétude et de douceur. Son activité sacerdotale n’eut pas de bornes dans son laborieux ministère. Tantôt préchant en latin pour les classes supérieures, tantôt en langue punique pour le peuple qu'il attendrissait jusqu'aux larmes, il prononca des Sermons”, des homélies et des allocutions qui tous avaient trait à la vie journalière, aux questions d'actualité,

1. Pouyouzar, op. cit., tom. I, p. 12 2. Il en composa près de quatre cen les écouter debout.

, d'une assez faible étendue, ce qui s'explique par la coutume des fidèles de

ABRÉGÉ DE LA VIE DE SAINT AUGUSTI

aux hérésies qui déchiraient le pays, aux désordres qui ne cessaient d’agiter ces différentes populations, partagées par tant de sectes et appartenant à tant de races. Il donna ce qu'il avait aux pauvres et employa toutes les ressources de son église et même le produit des vases sacrés à faire le bien et à racheter les captifs. Il exhorta ses fidèles à la pratique de la vertu, à la douceur, à la résignation, calma leurs scrupules, prit la défense de leurs droits, plaida en leur faveur devant les envoyés de l'Empereur et devint en peu de temps le père de ses fidèles.

Mais là ne se bornèrent pas ses efforts. Il entretint des correspondances dans toutes les parties du monde, à Nole avec saint Paulin, en Palestine avec saint Jérôme (non sans quelques divergences), à Milan avec saint Ambroise, en Espagne avec Orose, etc., et toutes ces Lettres étaient des éclaircissements et des développements apportés à la doctrine de la religion chrétienne dont il assura l’orthodoxie sur quantité de questions. En effet, un grand amour de concorde et d'unité religieuse anima sa

es,

polémique’, et ses ouvr :s missives, ses sermons, n’eurent d'autre but que de

détruire les hérésies, qui étaient alors le fléau de l'Église d'Afrique. On peut dire que la lutte de sa vie entière a été contre les sectes”.

Son zèle fut admirable, son activité sans relâche, la sûreté de son esprit sans défaillance, et sa vigilance de tous les instants.

Contre les Ariens, il écrivit le traité De Trinitate; contre les Manichéens, le De verä religione; contre les Pélagiens, le De gratià et libero arbitrio, et contre les Donatistes, les sept livres Du Baptéme. Dans tous ces ouvrages, il trouva des servirent plus tard, dans les ons qui y furent prises. C’est là son œuvre vraiment importante, la réunion des dogmes chrétiens en un corps de doctrine sur lequel s’édifia le

arguments si justes et des raisons si décisives, qu'ils conciles, de base aux décisi

monument de l'Église une et universelle. « Ainsi, morale humaine et dogme révélé, « puissance de la raison pour s'élever à la vertu, autorité de la tradition nécessaire « à la foi, voilà le double principe auquel s'attache Augustin et qu'il ne cessa « d'interpréter, sous toutes les formes, dans sa longue carrière! »

Jusqu'à sa mort, il donna ainsi l'exemple de toutes les vertus et remplit sa charge avec un admirable dévouement. Et, cependant, il eut la douleur de voir ces populations, qu'il avait si souvent secourues de ses deniers et relevées par ses exhortations, envahies par les Vandales, qui s’avancèrent vers Hippone, défendue par le comte Boniface. Le siège commença, mais Augustin, qui n’avait pas voulu quitter la ville, n'en vit pas la fin. Succombant à ses infirmités et à la maladie, il mourut en 430, à l’âge de soixante-seize ans, le cœur serré, l'esprit assombri par les désastres qui assaillaient les provinces d’Atrique « et les yeux attachés sur cette Cité céleste, dont «il avait écrit la merveilleuse histoire‘. » 11 n’assista pas à la chute d'Hippone et de Carthage, mais il eut peut-être la vision que son œuvre allait être détruite dans ces contrées pendant des siècles.

Et maintenant ses reliques’, ayant fui devant ces mêmes Barbares, d’Hippone

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