‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 18 sur 354 · Voir Saisser, op. cit, p. CxxxY · texte numérisé non relu

Voir Saisser, op. cit, p. CxxxY

LIVRE I. — Saint Augustin dédie son ouvrage à Marcellinus' et, sans autre préambule, il répond à ses adversaires.

Il réfute leur opinion qui attribuait aux chrétiens et au nouveau culte tous les malheurs de l’Empire et, entre autres, la foudroyante prise de Rome. Il s’irrite contre les païens qui, se faisant passer pour chrétiens, s'étaient réfugiés dans les lieux sacrés et qui, enfin échappés au fer de l'ennemi, lançaient contre le Christ la haine et la malédiction. Ils auraient dû être reconnaissants à la nouvelle religion de leur salut qu'ils ne devaient qu’au respect qu'Alaric, chrétien, avaient pour les églises. Il en tire une comparaison entre les temples païens et les églises chrétiennes, et cite avec Salluste les temples que les Romains pillèrent, en exterminant les hommes et en violant les femmes qui s’y étaient réfugiés.

Il constate ensuite que les biens et les maux de la vie sont communs aux bons et aux méchants, et cela, de tous les temps. Mais il proclame avec l’apôtre saint Paul que les chrétiens doivent considérer les épreuves de la vie comme des avertissements qui ne font qu'augmenter leur espérance en la miséricorde de Dieu.

A ce propos, il tente de consoler les femmes chrétiennes outragées par les Barbares, en leur montrant que le mal n’est que dans la volonté. Il les exhorte à souffrir ces épreuves en silence et à ne recourir en aucun cas au suicide, comme Lucrèce, qui n’a fait qu'ajouter un homicide volontaire à un adultère inconscient, ou comme Caton, qui conseillait à son fils de vivre sous la tyrannie de César, à laquelle

il échappa par la mort qu'il se donna”.

LIVRE II. — Saint Augustin trace le tableau de toutes les calamités morales que les Romains ont subies depuis la fondation de Rome jusqu’à l'avènement du Christianisme. Il considère que le plus grand des maux a été la corruption des mœurs et qu'il faut l'attribuer en partie au culte infâme de certaines divinités dont la pratique s'était perpétuée très vivace à Carthage et dans toute l'Afrique, comme les jeux en l'honneur de Cybèle*, de Flore, etc., et en partie aux obscénités des poëtes qui faisaient repré-

1. Ce Marcellinus était un personnage important de la cour d'Honorius. Il fut envoyé en Afrique en 411, sur les plaintes de saint Augustin, pour connaître de l'affaire des Donatistes, qui parvinrent par leurs intrigues à le faire conr, op. cit., tom. I, p. 1, note, et Pau Onose, Historiarum adversum paganos

damner au dernier supplice. Voir Saïss libri FITI, VI, 42.

2. Comme le fait remarquer Saisset (op. cit.), en ce qui concerne le pillage des temples, nous possédons dans Quinte-Curce, Plutarque, Tite-Live et Valère Maxime, bien des exemples de la clémence et de la magnanimité des païens, Agésilas après la prise de Coronée, Alexandre après celle de Tyr, ete., et, d'autre part, nous pourrions citer les églises et les basiliques qui n'ont pas toujours arrêté les fureurs des chrétiens. Nous présentons cette seule objection et nous nous abstiendrons dorénavant d'apporter la moindre réfutation au texte de saint Augustin; nous nous contenterons d'en présenter un résumé analytique aussi clair que possible.

3. Saint Augustin s'étend avec indignation et sans fausse pudeur sur les scandales de ces fêtes populaires, et un de ses traducteurs (P. Lombert) a cru devoir consacrer son avertissement à s'excuser près de ses lecteurs de la traduction ssages relatifs aux mystères des païens et à la génération des enfants dans le Paradis Terrestre, si Adam

de certains p:

é chassé. (Édition de Paris, André Pralard, 1695.)

n'en avait pa

senter devant le peuple de véritables turpitudes'. Il loue Platon, qui, traçant le modèle idéal d’une république parfaite, en chasse les poëtes. Il finit en faisant l'éloge de la religion chrétienne et en suppliant les Romains de rejeter le culte des faux dieux qui ont montré tant d'impuissance à les sauver.

LIVRE II. — Il continue le tableau des malheurs qui ont accablé les Romains; mais, dans ce livre, il fait ressortir leurs désastres au point de vue matériel, les famines, les incendies, les guerres, le pillage, la captivité, les massacres, les fléaux de tous genres. Il ne voit pas que les dieux du paganisme, au temps où leur culte florissait en toute liberté, aient garanti leurs adorateurs de ces calamités.

Il passe en revue le siège de Troie, le fratricide de Romulus, la seconde prise de Troie par Fimbria, le règne de Numa Pompilius, l'enlèvement des Sabines, la vie et le trépas des Rois de Rome, les guerres civiles et les séditions, les désastres des guerres puniques, la ruine de Sagonte, le massacre des Romains par Mithridate, la guerre des alliés, celle des esclaves, la construction du temple de la Concorde bientôt suivie de luttes fratricides, la rivalité de Marius et de Sylla, plus terrible que les invasions des Goths, etc. Il termine, en énumérant certains faits prodigieux, par cette réflexion : « Est-il une seule de ces calamités que les insensés qui nous attaquent et « à qui nous sommes forcés de répondre, n’imputassent au christianisme, si elles étaient « arrivées du temps des chrétiens? Et cependant ils ne les imputent pas à leurs dieux « et, pour éviter des maux de beaucoup moindres que ceux du passé, ils appellent le « retour de ce même culte qui n’a pas su protéger leurs ancêtres”. »

Jusque-là, saint Augustin répond aux attaques des païens et fait œuvre d'actualité. C'est une polémique sur un sujet précis, motivé par un événement récent. Avec la fin du troisième livre, il semble qu’il conçoit l'élargissement de son thème et qu'abandonnant la discussion commencée, il entrevoit le vaste cadre d’une histoire universelle embrassant les faits de toutes les nations et de tous les temps, et les reliant par une pensée unique, celle d’une Providence dirigeant toutes les choses humaines. Cela n’avait jamais été fait auparavant. Les historiens grecs et romains n'avaient rédigé que des biographies (Plutarque et Cornélius Népos), des récits d’une guerre déterminée (Thucydide et Salluste) et les annales d’un peuple, limitées à une époque (Tite-Live et Tacite). D’autres avaient compilé les faits, en concordance chez les différents peuples à la même époque, sans en rechercher les causes, et avaient ainsi rédigé avec sécheresse des chroniques, sorte de catalogues des actions humaines (Eusèbe). Après la Cité de Dieu, nous retombons dans ces chroniques et dans ces histoires contemporisées, et nous devrons attendre Bossuet et son Discours sur l'Histoire Universelle, pour retrouver l'idée qu'avait eue saint Augustin douze siècles avant lui.

Cependant, il était impossible à l’auteur de la Cité de Dieu de passer à une œuvre plus générale avant d’avoir terminé la discussion qu'il avait engagée contre les païens. Voici comment il s’y prit. Un jeune Espagnol, prêtre de Lusitanie, Paul Orose, arriva en Afrique en 414 et rencontra saint Augustin, qui lui donna des conseils et des lettres de recommandation pour saint Jérôme alors en Palestine. En 416, il revint en Afrique avec l'intention de retourner dans sa patrie, alors déchirée par la guerre; mais les

1. Saint Augustin avait pris goût dans sa jeunesse à assister à ces spectacles. Il se le reproche amèrement dans ses

Confessions, Liv. 1, chap. x.

». Cité de Dieu, Liv. II, chap. xxxr.

événements ne lui permirent pas de dépasser Minorque, et force lui fut de revenir à Hippone. C’est alors que saint Augustin lui persuada d'écrire une histoire des calamités que le peuple romain avait eu à supporter avant comme après l'apparition du Christianisme’. (Cette idée donna lieu au grand ouvrage d’Orose, Historiarum contra paganos libri VII, qui constitue un véritable supplément au Livre II de la Cité de Dieu et, pour ainsi dire, les Preuves du commencement de cet ouvrage”.

Livre IV'. — Après avoir récapitulé les idées formulées aux Il et IL: livres, saint Augustin explique pourquoi le vrai Dieu, arbitre souverain de tous les empires, a daigné favoriser celui des Romains et le faire arriver au plus haut degré de puissance, et pourquoi les faux dieux, loin de contribuer en rien à la prospérité de Rome, y ont nui au contraire par leurs artifices et leurs mensonges.

Après avoir fait l’éloge de la paix et de la justice, il parle de la prospérité des Assyriens et se demande ironiquement comment elle a pu exister puisqu'ils n’adoraient pas les mêmes dieux que les Romains. Il cherche ensuite parmi les divinités celles à qui les Romains sont spécialement redevables de leur grandeur, et passe en revue les différents systèmes religieux, en s'appuyant sur Varron. Dans cet exposé, il fait de nombreuses digressions sur les différents dieux dont il se moque, et il termine en disant qu'il ne faut adorer qu'un seul Dieu, qui est l'unique dispensateur de la félicité, comme le sentent ceux mêmes qui ignorent son nom. La durée des empires ne dépend que de la Providence, qui règle tout en ce bas monde.

LIVRE V. — Le saint évêque, après avoir démontré que la grandeur de Rome ne pouvait pas venir de l'appui des faux dieux, explique qu’elle ne saurait être attribuée au Æatum ou Destinée, à moins toutefois que ses contradicteurs n’entendent par Fatum la volonté de Dieu.

Il s'étend ensuite sur la question du fatalisme, des horoscopes et de l'astrologie, toutes choses qu’il combat et qu’il connaissait bien pour les avoir étudiées avec passion à certaine époque de sa vie. Il se livre à une longue digression sur la ressemblance des jumeaux et sur leur conception; il parle de l'argument de la roue du potier, allégué par le mathématicien Nigidius, sujet que nous verrons souvent représenté dans les peintures du xv° siècle.

Passant ensuite du fatalisme à la prescience de Dieu, il fait ressortir contre Cicéron la question du libre arbitre et de la libre volonté de l'homme, question qu'il avait discutée dans son traité De libero arbitrio, écrit en 387, alors qu'il était encore à Rome, après la mort de sainte Monique.

Ayant donc prouvé que les Romains n'étaient redevables de leur puissance, ni aux faux dieux, ni à la fatalité, il montre qu'ils l'ont obtenue par leur courage et surtout par leur amour de la gloire, qui en soi est un vice. Ils ont donc reçu la récompense temporelle de leur valeur, mais c’est une récompense’ dévolue à la

1. À la fin de son Histoire, Paul Orose expose aux yeux de saint Augustin, le but qu'il avait poursuivi en écrivant son traité contre les païens : « Explicui adjuvante Christo, secundum praeceptum tuum, beatissime pater Augustine, cupiditates et punitiones hominum peccatorum.... etc. » (Liv. VII, 43.)

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