Voir Eserr, op. cit., tom. I, p
3. Nous savons par une lettre de saint Augustin (CLXIX, ad Evod.), que les livres IV et V ont été composés
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cité terrestre, celle dont le vrai chrétien n’a aucun souci, car il n’a les yeux fixés que sur les joies futures de la cité céleste. Il termine en parlant des prospérités que Dieu, source de toute puissance et Providence souveraine de l'univers, a répandues sur les Empereurs chrétiens.
Avec ce V° livre finit la première section de la première moitié de la Cité de Dieu (Livres I-V), celle où saint Augustin réfute ceux qui croient que le culte des dieux est nécessaire au bien du monde, et qui soutiennent que tous les malheurs arrivés depuis peu venaient de ce qu'on l'avait aboli. L'auteur avait pensé qu'il fallait cinq livres pour abattre le paganisme, qui, s’il était en décadence dans les esprits, était encore très vivace dans les mœurs.
Livre VI. — C'est ici que s'ouvre la seconde section de la première partie de l'ouvrage de saint Augustin (Livres VI-X), dans laquelle il combat ceux qui, demeurant d'accord que ces malheurs sont arrivés de tous temps, prétendent cependant que le culte des divinités païennes est utile pour l’autre vie.
Il ne s'adresse plus à la foule qui se prosternait aux pieds des idoles dans une crainte grossière, mais aux esprits d'élite, aux philosophes, qui ont méprisé ces basses superstitions. Il a en vue Platon dans son 7mée, et surtout Marcus Varron, dont il reconnait en termes élogieux l'érudition étendue et qu'il appelle, avec Cicéron, « l'homme le plus pénétrant du monde et sans aucun doute le plus savant! ». Cet écrivain avait divisé son sujet en théologie fabuleuse, théologie naturelle et théologie civile.
La première était l'œuvre des poëtes qui, acceptant des fables prodigieuses, prétaient aux dieux tout le désordre des hommes. C'était celle du théâtre.
La deuxième était celle des philosophes, enseignée dans les écoles. Elle avait trait à la nature des dieux. C’était celle du monde instruit, la seule un peu sérieuse.
La troisième, qui se confondait avec la première, était celle du peuple. Elle avait pour but de faire connaitre les détails du culte réservé à chacune des divinités, selon les diverses circonstances. C'était celle de la cité.
Saint Augustin montre que la troisième n'était que la mise en pratique officielle de la première et, comme Varron avait accueilli la théologie fabuleuse avec quelque scepticisme, il ne comprend pas le respect que l'écrivain avait pour le culte qui en découlait.
Il décrit ensuite les infamies des sacrifices réservés à certaines divinités et cite Sénèque, dont les ouvrages traitant de ce sujet ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Comme conclusion, l'auteur affirme que les faux dieux ne sont pas moins impuissants à donner la vie éternelle que les biens de la vie temporelle.
LIVRE VIL. — Saint Augustin, continuant son argumentation en suivant le texte des Antiquités divines de Varron, passe en revue différentes divinités du paganisme, entre autres les dieux choisis, dit selecti, dont il se moque en en montrant toutes les inconséquences, et contre lesquels il s'insurge en racontant avec indignation le culte infâme dont ils étaient l'objet, les mystères de la Grande Mère, d'Athys?, ete.
1. Il s'agit des quatre livres des Académiques dédiés à Varron et aujourd'hui perdus. 2. Saint Augustin avait lu probablement le livre De errore profanarum religionum libellus, de Julius Firmicus Maternus, qui était presque son contemporain.
Il parle ensuite de l’hydromancie et des livres de Numa Pompilius que le Sénat fit brûler pour ne point divulguer les sources des institutions religieuses, et il affirme qu'une religion éclairée distingue les créatures du Créateur, afin de ne pas adorer, à la place du Créateur, autant de dieux qu’il y a de créatures.
LIVRE VIIL. — Nous venons de voir saint Augustin réfuter l'opportunité de la théologie fabuleuse et de la théologie civile, qui, suivant lui, ne faisaient qu’une.
Maintenant, il s'attaque à la théologie naturelle, celle des philosophes, et, après avoir cité les Écoles ionique et italique, il en arrive à parler de Socrate ainsi que de Platon dont il avait, autrefois, embrassé la doctrine et pour lequel il professe une véritable admiration. Il fait l'étude de cette philosophie au point de vue de la physique, de la logique et de l'éthique, et il cherche à expliquer comment Platon a pu autant approcher de la doctrine chrétienne. Mais il réfute la division des âmes raisonnables en trois espèces, les dieux dans le ciel, les démons dans les airs, et les hommes sur la terre. Répondant aux idées émises par Apulée dans son De deo Socratis, il nie l'existence des démons d’une nature supérieure et médiatrice entre les hommes et la divinité, en faisant remarquer que leurs vices ne permettent pas de les placer audessus des hommes, près du Créateur.
Il revient encore sur la question de la magie, qui était alors en grande faveur en Afrique, et réfute les opinions de l'Égyptien Hermès Trismégiste, tout en reconnaissant qu'il a eu des idées justes sur le Dieu unique et véritable qui a créé l'univers.
Il termine en disant que les chrétiens honorent les anges et les martyrs, mais qu'ils ne leur rendent jamais un culte qui n'est dû qu'à Dieu seul. Ce sont des hommages accordés à leur mémoire et non des sacrifices qu'on leur offre.
LIVRE IX. — On dira que, parmi les démons, il y en a de bons et de mauvais, et que c’est aux bons qu'il faut adresser un culte pour obtenir la vie éternelle et bienheureuse. Saint Augustin examine cette question et il démontre que les démons ne peuvent être que mauvais et partant ne sauraient être des intermédiaires entre Dieu et les créatures. Ce rôle ne pourrait être rempli que par Dieu lui-même, se résignant à revêtir la nature humaine, pour descendre jusqu'aux hommes et les élever ensuite jusqu'à Lui.
Entre temps, il étudie les idées des philosophes sur les passions de l'âme.
LIVRE X. — Les anges forment en quelque sorte la curie la plus élevée dans le royaume de Dieu, et tout près d’eux viennent se ranger les hommes saints, comme étant les héros du christianisme.
Loin de demander un culte pour eux-mêmes, ils n’exigent de sacrifices et d’adoration que pour ce Dieu unique, souverain de l'univers. Saint Augustin prend à partie les doctrines du néoplatonicien Porphyre, qui avait tenté de concilier la théorie de Platon avec la doctrine chrétienne. Il discute avec lui sur le principe de la voie de la purification de l’âme et démontre que Jésus-Christ devait se faire homme pour être le vrai médiateur, que l’orgueil seul empéchait les Platoniciens de reconnaitre l'Incarnation, et qu’enfin la voie de la délivrance de l’âme, qu'ils ont inutilement cherchée, n’est autre que la religion chrétienne.
C’est ainsi que finit la première partie de la Cite de Dieu, dans laquelle saint
Augustin a réfuté tous les systèmes philosophiques contraires aux idées du christianisme.
Si, dans la première partie (dix premiers livres), saint Augustin a réfuté les opinions contraires à la religion chrétienne, il s'efforce, dans la seconde partie (Livres XI-XXII), d'affirmer les principes de cette même religion.
C’est ici, à proprement parler, que commence l’histoire des deux cités qui fait le sujet de cet ouvrage, appelé Cité de Dieu, du nom de la meilleure des deux.
La cité terrestre, civitas terrena, est une large conception de la société humaine représentée par l'Empire romain qui avait absorbé toutes les nations connues à cette époque. Son histoire est donc une histoire universelle.
La cité de Dieu, civitas coelestis, est une magnifique représentation des chrétiens qui, assujettis à la terre, n’en considèrent pas moins le ciel comme leur unique patrie.
Les douze livres de la seconde partie peuvent se diviser en trois sections. Dans la première (Livres XI-XIV), l’auteur expose la naissance des deux cités; dans la seconde (Livres XV-X VIII), leurs progrès, et dans la troisième et dernière (Livres XIX-XXII), la fin où elles doivent aboutir.
L'exposition de cette seconde partie est plus facile que la première, parce que saint Augustin suit ici le cours des événements.
LIVRE XI. — 11 montre la lutte de la cité céleste et de la cité terrestre, préex tant déjà dans la séparation des bons anges, groupés autour de l'Éternel, et des
mauvais anges, devenus les démons, que le paganisme adorait comme des dieux. Il aborde ensuite les questions les plus ardues de la Création du Monde, de la Nature des anges, du Temps et du Monde, sortis ensemble du néant, de la Trinité, de l'hérésie d’Origène, et disserte sur les différents chapitres de la Genèse.
LIVRE XII. — Le savant évêque d'Hippone continue son argumentation sur la Création. Il explique que tous les anges ont été créés bons et que c’est par leur volonté que quelques-uns sont devenus mauvais, car Dieu n’a rien créé que de bon et de parfait. De là vient la béatitude des uns et la misère des autres.
Il parle ensuite de la création d’un homme unique, afin que ses descendants se considèrent tous comme frères et s'aiment comme tels, et il déclare que l’homme est né dans le temps, ir tempore, et sans autre cause que la volonté de Dieu. Il réfute enfin ceux qui demandent pourquoi l’homme n’a pas été créé plus tôt, ainsi que les philosophes qui ne s'entendent pas sur l’âge du genre humain.
LIVRE XIII. — Ce livre contient une longue dissertation sur l’histoire de la chute de nos premiers parents, sur la mort qui en a été la conséquence et sur les rapports de la mort et du péché. Dans les peintures de l'École de Tours, nous verrons nettement reproduite l'association étroite de ces deux genres d'idées.
C'est à propos de la fragilité de notre vie qu'il écrit ce beau chapitre x où il fait remarquer qu’aussitôt nés, nous nous avançons d’une vitesse égale vers la mort. « Si donc nous commencons à mourir, c'est-à-dire à être dans la mort, du moment ‘ que nous commençons à avancer vers la mort, il faut dire que nous commencons
« à mourir dès que nous commençons à vivre. » Il semble là s'être souvenu des immortelles pensées de Sénèque dans ses Lettres à Lucilius (Lettre 24).
LIVRE XIV'. — Saint Augustin achève de traiter la question du péché originel, qui méritait un châtiment, en examinant les effets du désir, de la convoitise et de la concupiscence.
En finissant cette première section de la seconde partie, il résume par ces mots le commencement des deux cités : « Deux amours ont bäti les deux cités : l'amour de « soi-même jusqu'au mépris de Dieu, celle de la terre, et l'amour de Dieu jusqu'au
« mépris de soi-même, celle du ciel?. »
LIVRE XV. — Le livre XV ouvre la seconde section de la seconde partie. Les progrès des deux cités en forment le sujet et vont de la Création jusqu’au Déluge, premier àge du monde.
C’est un commentaire sur l'Ancien Testament. Abel représente la cité céleste; Caïn, la cité terrestre. L'auteur se livre ensuite à diverses méditations sur la stature des sur la différence des textes
premiers hommes, sur leur âge, sur la longueur des année hébreux et de la version des Septante, sur le nombre des générations depuis Adam et sur les premiers mariages.
Il finit en symbolisant dans l'Arche de Noé la figure de Jésus-Christ et de son 3 5 Eglise, et en reliant l'Ancien et le Nouveau Testament par les prophéties qui, dans le SASCS P p 1)
premier, annoncent la venue du Christ.
LIVRE XVI. — Saint Augustin continue l’histoire des progrès des deux cités par l'examen du second âge du monde jusqu'à Abraham, et du troisième jusqu’au roi David. La cité de Dieu est représentée par Sem et Japhet, et celle de la terre par Cham. Celle-ci est encore affirmée par la construction de la tour de Babel, qui sera, comme nous verrons, un sujet de prédilection pour les artistes.
Le contraste entre les deux cités se continue par l’histoire de Jacob et d'Esaü et par la bénédiction des patriarches. L'auteur fait quelques digressions sur les monstres, les antipodes, la langue hébraïque, ete.’.
LIVRE XVII. — Nous trouvons ici la description du quatrième âge du monde, du roi David à la captivité de Babylone, et le développement des deux cités pendant cette période, au temps des Rois et des Prophètes, ainsi que les prophéties relatives au Christ et à son Église, particulièrement dans les livres des Rois, des Psaulmes et de Salomon.
LIVRE XVIII. — Saint Augustin cite les empires des Assyriens, des Romains, de Ninus, des Sicyoniens et des différentes monarchies, et parle des deux cités depuis