‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 21 sur 354 · Voir Egenr, op. cit., tom. I, p · texte numérisé non relu

Voir Egenr, op. cit., tom. I, p

2. « Retirez-vous de moi, maudits, et allez dans le feu éternel. » (Matth, XXV, 41.) 3. « Vous serez tourmentés jour et nuit dans les siècles des siècles. » (Apoc. XX, 9, 10.)

LIVRE XXII. — Saint Augustin termine son ouvrage en racontant la fin de la cité de Dieu, c'est-à-dire l’éternelle félicité des bienheureux. 11 parle de l'intervention divine et des guérisons miraculeuses de son temps; il traite la question de la résurrection des morts, qui reviendront à l’âge où Jésus-Christ est mort sur la croix, et nous fait connaitre les conditions des Élus qui, dnas une béatitude éternelle, jouiront de la vision de Dieu.

Entre temps, il s'étend sur la condition des ressuscités, sur leur sexe, leur âge, les cas particuliers, tels que les amputés, les difformes et ceux qui ont été dévorés en tout ou en partie, etc. Ces détails nous semblent bien étranges aujourd’hui, mais ils répondaient autrefois à une curiosité très vive et très légitime. À cette époque et pendant tout le moyen äge, la croyance en la fin du monde prochaine était telle que les questions de la résurrection avaient quelque chose de réel par le sentiment de sa proximité incessante. Nous le savons par les Lettres de saint Augustin dans lesquelles il répond à des questions qui lui parvenaient de toutes parts et qui avaient trait aux moindres détails du grand jour de la résurrection’. Nous verrons par la suite que les artistes se sont inspirés textuellement des idées de saint Augustin.

Tel est le principal ouvrage de saint Augustin. Nous avons essayé de le résumer aussi rapidement que possible; mais il nous à fallu passer sous silence bien des développements que le lecteur aimera peut-être à suivre dans le texte même.

Comme on le voit, la Cité de Dieu est un livre doctrinal, écrit pour les croyants, quelle que soit leur foi, et non pour les incrédules.

Dans sa conception grandiose, cette vaste encyclopédie de toutes les idées philosophiques et théologiques marque un revirement complet de l'esprit humain au siècle. C'est la fin d’une société et le commencement d’une nouvelle étape de l'humanité : « Elle contient toute une théorie de l’histoire univer- « selle considérée comme la lutte du bien et du mal. L'histoire sacrée et l’histoire

commencement du v

« profane, séparées jusqu'alors, se réunissent en elle de manière à n'être plus que « deux faces distinctes d'un seul et même drame”. »

Les digressions y sont nombreuses, mais, comme nous l'avons fait remarquer, elles excitent notre curiosité en nous faisant connaitre les idées des anciens sur une foule de questions des plus diverses du domaine de la science. Nous verrons par la suite que ce sont ces hors-d'œuvre mêmes qui ont le plus souvent tenté nos artistes, sans doute parce qu'ils trouvaient à les représenter une plus grande facilité que les idées abstraites de la théologie.

Le style est imagé et rempli d'interrogations, d’interpellations et d’exhortations, qui donnent à la phrase de l'allure et du mouvement. IL est meilleur que dans les Confessions, parce qu'il est plus ferme, plus positif et plus ironique. On y sent l'orateur, tout autant que le prédicateur.

Il faut aussi être reconnaissant à saint Augustin de nous avoir, au cours de son livre, conservé des documents très précieux d'ouvrages aujourd’hui perdus. Ainsi la grande encyclopédie de Varron, les Antiquités divines et humaines (divisées en vingtcinq livres pour les choses divines et en seize livres pour les choses humaines) ne nous est plus connue que par l'analyse que nous en donne saint Augustin.

1. Gaston Boissier, dans l'article que nous avons cité, fait parfaitement sentir cet état des esprits, p. 368. - Picnox, op. cit, p. 907.

Les correspondances du temps nous apprennent que la Cité de Dieu fit une profonde impression. L'apparition successive des différentes parties, comme autant d'articles, loin de nuire à la diffusion du livre, y contribua au contraire très efficacement, attendu qu'on pouvait également bien le lire en totalité ou fragment par fragment’. Elle passa de mains en mains et, par la suite, son influence* fut considérable sur une quantité de lecteurs, car elle allait au-devant d’une foule de questions et de problèmes que le public se posait sur tous les points obscurs ou controuvés de la doctrine chrétienne. De plus, elle fournissait des arguments très étudiés aux croyants qui ne savaient pas toujours répondre aux païens et aux hérétiques.

En comparant la Cité de Dieu et le Discours sur l'Histoire Universelle de Bossuet, qui s’en est tant inspiré, Gaston Boissier ajoute ces mots par lesquels nous finirons ce chapitre : « Il me semble que, lorsqu'on songe au nombre des gens à qui ces beaux « livres ont donné ce qu'il y a de plus souhaitable au monde, la paix de l'esprit, ceux « mêmes qui ne l'y trouvent plus aujourd’hui n’en doivent parler jamais qu'avec « respect’. »

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