Arch. nat, M. 185, n
requête des exécuteurs testamentaires par deux notaires, du 16 au 27 septembre 1347. Il comprend l’énumération de l’argenterie, meubles, objets de chapelle, livres, monnaie, vêtements, linge, etc., et dénote une aisance qui n’a rien de médiocre.
Elle laissait sa fortune aux pauvres, à des religieux, à ses serviteurs et à son frère de Chastel. 11 est à croire qu’elle n’avait pas eu de descendance! et qu’elle voulait ignorer l'existence de l'enfant naturel de son mari, Raoul III, car il n’en est pas fait mention dans cette pièce importante.
D'un frère, dont nous ne connaissons l'existence que par les actes cités plus haut, Raoul de Praelles eut un neveu’ qui prit possession des armes de son oncle et qui débuta par une assez mauvaise histoire avec sa tante survivante, dont il fut accusé d’avoir contrefait le sceau’. L'affaire se termina par des lettres de rémission qu'il obtint, en mai 1346, de Philippe VI de Valois, et dont l'énoncé montre que Raoul II avait suivi la carrière des armes‘. Lancelot ajoute qu'il eut une postérité de laquelle était vraisemblablement Jehanne de Praelles, fille de Louis, alias Raoul, seigneur de Lizy, maitresse de Philippe de Bourgogne et mère d'Antoine, dit le Grand Bâtard de Bourgogne, chef de la branche des seigneurs de Beures, né en 1421, dont nous parlerons par la suite.
Le troisième Raoul, celui qui nous occupe, était fils de Raoul I”, seigneur de Lizy, mais fils illégitime. Nous en sommes informés par des lettres de légitimation que nous citerons plus loin et qui nous apprennent qu'il naquit d’une liaison que son père, alors en prison et séparé de sa femme, eut avec Marie des Portes, autrement des Vertus. Il naquit vers 1314 ou 1315, pendant que son père était retenu à Sainte-Geneviève.
Son enfance et sa jeunesse ne durent pas être fortunées, car sa naissance irrégulière l’excluait de toute succession. Il choisit la carrière d’avocat et parait y avoir réussi, puisqu'il devint avocat du Roi, c’est-à-dire avocat général. Ses occupations toutefois ne lui défendaient pas de cultiver les lettres, et c’est ainsi qu'il préluda aux travaux qui devaient le faire connaître du Roi et de la postérité.
Il semble que son premier ouvrage ait été une allégorie latine, mélée de prose et de vers, intitulée Musa, qu’il dédia au roi Charles V, vers 1365". C'est une fiction assez
1. Nous n'avons pas trouvé trace d'une descendance masculine de Raoul I*, Il y a eu peut-être descendance féminine, éteinte avant Jehanne de Praelles, car, dans un accord du 8 janvier 1365 (v. st.), nous voyons qu'il est fait mention de feu Raoul de Praelles, qui aurait eu une fille, Jehanne de Praelles, morte à cette époque, et dont le mari en survivance s'appelait Garin de Giffosse (Arch. nat., X! 16 A).
2. Dans un recueil d'anciens arrêts de l'année 1331, dit Lancelot, on trouve deux transactions. La première : « Inter Radulphum de Praellis dominum de Lisy, et scholares per defunctum M. Radulphum de Praellis Parisius « fundatos. » La deuxième : « Inter scholares Suessionensis diocesis Parisius fundatos per defunetum M. Radulphum « de Praellis et executores dicti defuncti et Radulphi ejus nepotem. »
3. « Il paraît que les soupçons contre lui étaient si violents, qu'il ne lui avait pa
été possible de purger entièrement « son honneur. Mais les lettres qu'il obtint du Roi y suppléèrent. » Cf. Nouveau Traité de diplomatique... par deux Religieux Bénédictins, Paris, G. Desprez, tom. VI, 1765, p. 190.
4. « Attendu qu'il a bien servi le Roy en ses guerres, a ses propres couz et despens, pour lesquiez choses il a gran- « dement mis et paié du sien et toujours esté de bonne vie, renommee et honeste condition, pour ce, » Les lettres disent : « pour soupçon d'avoir fait contrefaire le scel de damoiselle Jehanne de Praelles, femme de feu maistre Raoul « de Praelles, son oncle, en entencion de user dudit scel contre ladicte damoiselle. » (Arch. nat., SJ. 75, n° 118). 5. Voir folio 1 du Ms. latin sur vélin n° 3233 de la Bibl. Nat., 27 f. sur 2 colonnes. Il est à remarquer que, dans
ingénieuse, qui a pour but de découvrir les causes et les remèdes des maux de toutes sortes qui affligeaient son siècle. Après avoir invoqué toutes les puissances de la terre et du ciel, il promène le lecteur au milieu de tous les oracles de l'antiquité, en citant quantité de passages de poëtes grecs et latins. Cet ouvrage, qui témoigne déjà d’une érudition très étendue, n’a jamais été imprimé.
Il dit, dans sa préface, que la nature lui a refusé une taille avantageuse, que l’âge a déformé son visage, que sa mauvaise santé a affaibli ses forces et que, seule, la faveur de la science peut attirer sur lui et sur ses écrits les regards d’un Roi aussi chéri des Muses. Il se compare à Vitruve qui, par ses talents, s'était acquis la bienveillance de l'Empereur’.
Dans le Ms. de présentation de la Cite de Dieu (Bibl. Nat., ms. franc. 22912), il nous apparait en effet, ainsi que nous le verrons plus loin, comme petit, voüté et d’une apparence délicate.
C’est à peu près à la même époque que notre auteur écrivit un opuscule intitulé : Discours sur l'Oriflamme”, qu'il reprit et développa plus tard dans la préface de la Cité de Dieu, un Abrégé de la chose publique*, des Chroniques qui ne nous sont pas parvenues et des Lettres.
Le roi Charles V, dont on connait le grand amour pour les lettres et qui réunit dans la Tour du Louvre une bibliothèque de plus de mille volumes, chiffre considérable pour l’époque, s’entourait alors de savants et de lettrés et préludait à ces travaux de traduction, qui firent de son règne une époque mémorable dans l’histoire de la culture nationale. Il fit donc bon accueil aux premiers essais de notre avocat, concut pour lui une affection particulière et le chargea des travaux qui lui tenaient le plus à cœur. 11 lui demanda d'entreprendre la traduction du principal ouvrage de saint Augustin, la Cité de Dieu, et d’en éclaircir le texte par des explications qui étaient alors fort à la mode.
Raoul de Praelles ne se dissimula pas la difficulté de sa tâche et tenta de s’excuser dans une épitre préliminaire, que nous transcrivons au chapitre suivant.
Cependant, il se mit en mesure de satisfaire au désir du Roi.
Ce travail resserra l'intimité que le monarque accordait à son traducteur, et il
ses livres, Raoul de Praelles aime à rappeler les ouvrages dont il est l'auteur (Prologues des traductions de la Cité de Dieu et de la Bible).
Dans les explications relatives au chapitre x1 du IX° livre de la Cité de Dieu il cite Lucain, qui parle des nigromanciens, et il ajoute : « ainsi l'avons nous faingt apres en nostre livre qui se appelle la Muse. »
La Muse a été composée de 1365 à 1366, car il y est fait mention des Compagnies qui passèrent en Espagne à cette époque.
L'exemplaire de la Muse, offert par l'auteur au roi Charles V, était conservé dans la Tour du Louvre et était couvert de soie vermeille, à fermoers d'argent. (Voir Barnoïs, Bibl prototyp., art. 253).
1. Il est à supposer que le Roi ne fut pas insensible à cette attention, car il fit cadeau à l'auteur d'un Manuscrit de sa librairie, intitulé : Philosophie morale, ainsi que témoigne cette mention de l'inventaire de la librairie du Louvre : « Donné à maistre Raoul de Praelles, quand il donna la Muse. » Cf. Léoron Denise, Le Cabinet des Manuscrits, tom. IN, p- 139, n° 505, p. 163, n° 1066, et Recherches sur la librairie de Charles F, tom. Il, pp. 86 et 175.
Notre avocat semble aussi avoir offert au Roi un Titus Livius en deux volumes que le due d'Anjou s'appropria après la mort de son frère. Cf. Le Cabinet des Manuscrits, tom. II, p. 159, n° 976.