Vers
3. Dans ses commentaires de la Cité de Dieu, au livre XVII, chap. xiv, il parle de l'harmonie dans les cités bien organisées et il renvoie « a ce que nous avons dit en nostre petit livre qui s'apelle Compendium môrale de re publiva. » IL en reparle au livre XVIII, chap. vu. Il était jeune encore, à ce qu'il dit, quand il composa cet ouvrage, qu'il avait dédié -folio, il est représenté à genoux devant ce prélat. Il ÿ a lat. 15690 et le Ms. lat. des Nouv. Acq. 1821.
à Jean Enguerran, évêque de Chartres. Dans un des Ms deux exemplaires du Compendium à la Bibliothèque Nationale : le M
4. Christine de Pisan dit que Charles V fit translater plusieurs livres de saint Augustin pour les lire en français (Bibl. Nat., Ms. franc. 10153, fol. 63°).
semble qu'à mesure que les chapitres s’ajoutaient aux livres et les commentaires aux explications, les faveurs royales ne manquaient pas à notre avocat.
Voici d’abord un extrait des comptes de M° Jehan Lhuissier, receveur général des aydes, des années 1371 et 1372 : « À maistre Raoul de Presles, advocat et conseiller du « Roy, par mandement du Roy, donné a Paris le 28. octobre 1371, faisant mention « comme le Roy lui avoit commis et ordonné pour l'utilité publique de luy, du « Royaume et de toute chrestienté', translater de latin en françois le livre de saint « Augustin de la Cité de Dieu et, pour ce, luy a ordonné la somme de quatre mil livres « d’or par chacun an jusqu'à ce que ladite translation soit faite a quatre termes par « chacun an, etc.. »
Il faut lire quatre cents au lieu de quatre mil, ce qui ressort des quittances que donna par la suite Raoul de Praelles et de l'extrait transcrit ci-dessous”. Cette pension fut portée ensuite de 400 à 600 livres.
De plus, en 1371, Raoul de Praelles fut nommé avocat général, et maitre des requêtes en 1373°.
Ce qui le toucha davantage, et ce qui lui permit par la suite d’assurer la transmission des biens qu’il avait acquis, c’est la faveur dont il fut gratifié, en 1374, de lettres de légitimation‘. Ces lettres s’exprimaient ainsi : « Cum dilectus et fidelis consilia- « rius noster magister Radulphus de Praellis, filius quondam magistri Radulphi « de Praellis, praedecessorum nostrorum consiliarii, et Mariae de Porta, aliter de Virtu- « tibus, ex copula prohibita, praedicto patre suo in carceribus praedecessorum nostro- « rum existente, nec accessum ad uxorem suam habere posse (sic) fuerit procreatus. »
Une faveur d’un autre ordre nous indique bien le rôle de savant et d'érudit que jouait notre maître des requêtes à la cour de Charles V. IL habitait rue Neuve Saint- Merry au coin d’une ruelle appelée Æspaulart, ou Pierre Aulard, où Alart’, et se trouvant à l’étroit, il avait acheté de l’autre côté de la ruelle un corps de bâtiment pour y aménager « aucunes estudes spacieuses et secrettes pour mettre ses livres dont il a « plusieurs, et esconvient qu'il en soit grandement garni tant pour nous servir en « translacions et expositions, comme en autres choses, dont nous l'avons chargé et « chargeons de jour en jour. » Ce sont les termes des lettres patentes qui furent données « au chastel du bois de Vincennes » en mai 1375, et qui autorisaient Raoul de
1. L. Deuscr, Recherches sur la librairie de Charles V, Paris, 1907, tom. I, p. 84.
2. François Blanchard, au xvn° siècle, a copié des extraits d'anciens comptes des changeurs du trésor (comptes aujourd'hui perdus) de l'an 1316 à 1496. Cette copie se trouve au Ms. lat. 184, Nouvelles Acquisitions, de la Bibl. Nat., 182 Î., pet. in-4°. Au folio 162% on lit : « Du compte de maître Jean Luissier, receveur general des Aydes, 1371 et 1372 Maître Raoul de Praelles, advocat au conseil du Roy la somme de 400 I. à lui ordonnee par lettres donnees à Paris le 28. octobre 1371 pour translater de latin en françois le livre de saint Augustin de la Cité de Dieu pour l'utilité publique du Royaume et de toute la crestienté. »
3. Dans le même manuscrit latin, n° 184, nous trouvons, au folio 166, l'indication suivante : Magister Radulphus « de Praellis consiliarius, magister requestarum hospiti Domini Regis, ann. 1355. Fol. 133. »
4. On les trouve dans le Registre du Trésor des chartes coté 105, pièce LXIII.
Dans le même Manuscrit n° 184, des Nouvelles Acquisitions latines, nous relevons l'extrait suivant de François Blanchard : « Extrait du ». livre des seances de la Chambre des Comptes comm. en 1362 et finissant en 1387 : « …. Magister Radulphus de Praellis, consiliarius regius Gratia sibi facta per dominum Regem per litteras suas datas « mense Decembri 1373 de legitimatione sua licet ex prohibita copula videlicet ex magistro Radulpho de Praellis conjugato « et Maria de Porta alias de Virtutibus procreatus, fol. 11. b. » Relevé en substance dans les Mandements et Actes divers de Charles V, publiés par M. Léopold Delisle, Paris, Imp. Nat., 1874, in-fe.
5. Cette petite ruelle coudée existe encore. Elle s'appelle rue Pierre-au-Lard et fait communiquer la rue Saint- Merry avec la rue Brisemiche. On ne voit plus trace du corridor qui avait été établi par Raoul de Praelles, Au n° 14, il y à encore des vestiges de l'époque.
Praelles à établir « une petite allee ou corridor au travers de la dite ruelle pour aller d'une maison à l’autre’. »
Il faut ajouter que, pour montrer son extrême bienveillance, le Roi lui faisait remise de la finance qui aurait dû être payée pour cette permission, « ayant eu consideration aux bons et agreables services qu’il luy a faiz ou temps passé et fait continuellement de jour en jour. »
Enfin, Charles V fut si satisfait de la traduction de son maître des requêtes, qu'il lui donna, lorsqu'elle fut achevée à la fin de l’année 1375, l’ordre de traduire la Bible en français. Celui-ci tenta encore de s’excuser; toutefois, il commença sa traduction qu'il poursuivit au moins jusqu'à l'Évangile de saint Mathieu, en donnant, en tête de chaque livre, selon son habitude, des éclaircissements où l’on retrouve son érudition.
L'œuvre n’alla pas plus loin, croyons-nous, la santé de l’auteur ne lui permettant pas un travail soutenu. Elle parut en 1377. On n’en connaît que peu d’exemplaires?.
1. Voici ces lettres, conservées aux Arch. nat., JJ. 107, n° 35, Rémission pour Maistre Raoul de Praelles, fol. 0.
[Vincennes, mai 1375],
« Charles, etc. Savoir faisons a touz presens et avenir que, comme nostre amé et feal conseillier maistre Raoul de Praelles, maistre des requestes de nostre hostel, pour l'accroissement de son hostel ouquel il demeure a present, seant
«a Paris en rue nuefve Saint Merry, faisant le coing d'une petite ruelle appelee Espaulart, en alant ou long de partie « d'icelle ruelle, ait acheté certaines maisons seanz en ladicte ruelle a l'opposite de sadicte maison, lesquelles lui seroient « ainsi comme inutiles a l'acroissement et aisement de sadicte maison se il ne povait aler de l’une a l'autre, mesmement « qu'il a entencion de faire aucunes estudes spacieuses et secretes pour mettre ses livres dont il a plusieurs et estrument « qu'il en soit grandement garny, tant pour nous servir en translacions et exposicions comme en autres choses dont nous « l'avons chargié et chagons (si) de jour en jour, se ainsi n'estoit qu'i peust avoir une petite alee au travers de ladicte « ruelle pour aler de l'une maison a l'autre et laquelle il n'oseroit faire sans nostre congié ou licence pour ce que c'est en « nostre voirie; et pour ce nous a supplié humblement que sur ce nous lui vueillons impartir nostre grace; Nous, eu « consideracion a ce... et aux bons et agreables services que il nous a faiz ou temps passé et fait encore continuelment « de jour en jour, [veu aussi] que quant il achata lesdictes maisons ce fu par nostre licence, en nous exposant sa « necessité et que des lors nous lui [promeismes] ladicte alee, a ycellui nostredit conseillier avons donné et octroyé, « donnons et octroyons par ces presentes, de grace especial et de nostre certaine science, ladicte alee, congié, povoir « et auctorité de faire et faire faire ycelle alee par dessus ladicte rue pour aler de sadicte maison auxdictes autres « maisons siennes par lui acquestees et pour l'accroissement d'icelles, a avoir ycelle alee, tenir et posseder par lui et « par ses predecesseurs (sic) perpetuelment et à tousjours; sanz ce que pour ce il soit tenuz ou les sienz et ayanz cause
« de lui ores ne autreffoiz ou temps avenir et a païer aucune finance a nous ne a noz successeurs, laquelle finance nous « en ampliant nostredicte grace avons quitte et remise, quittons et remettons a nostredit conseillier par ces presentes, « pourveu toutes voyes que ycelle alee soit faicte et assise par telle disposicion et maniere que elle ne nuyse a passer «a chevaux ne a charettes vuydes ou chargees. Si donnons en mandement a noz amez et feaulx les genz de noz « comptes a Paris, a nostre prevost de Paris, a nostre receveur et a touz autres a qui il peut appartenir, que de nostre « dicte grace il facent, seuffrent et laissent joir nostredit conseillier paisiblement et sanz aucune contradiction ou « reffuz. Et que ce soit chose ferme et estable a toujours, nous avons fait mettre a ces presentes nostre seel, sauf en autres choses nostre droit et l'autrui en toutes. Donné en notre chastel du bois de Vincennes, ou mois de may l'an de grace .M.CCC.LXXV. et de nostre regne le xij°. »
Par le roy : Dx. Recis.
2. Nous renvoyons, pour cette traduction de la Bible, à l'article : Versions francaises de la Bible, du Dictionnaire de la Bible, de F. Vigouroux, Prêtre de Saint-Sulpice, Paris, Letouzey, 1907, et à l'ouvrage de M. Samuel Berger: La Bible française au moyen äge, Paris, Imprimerie Nationale, 1884, in-8°, qui a consacré son chapitre IV, pp. 244-258, à la version de Raoul de Praelles. Il cite les différents manuscrits qui renferment cette œuvre, le Ms. Lansdowne, 1195, du British Museum, le Ms. 76 de la Bibl. de Grenoble, les Mss. français de la Bibl. Nat., n° 154 (orné d'une miniature assez médiocre, représentant la création en trois scènes), 158, 22,885-86 et surtout les n° 20,065-66 qui devaient être ornés d'un nombre considérable de miniatures et qui en contiennent quelques-unes exécutées au xv° siècle avec le plus grand soin par un artiste d'une certaine valeur. Quelques Mss. ne contiennent que le Psautier, le Ms. franc. 962 par exemple. Fidèle à son habitude, Raoul de Praelles avait rédigé une préface où il énumérait ses ouvrages antérieurs ; cette préface se trouve au Ms. Lansdowne n° 1175 et a été reproduite intégralement par M. Henry Ellis qui a fait paraître en 1819: À Catalogue of the Lansdowne Manuscripts in the British Museum, et réimprimée par M. Samuel Berger dans sa Bibl. frane. Entre temps, elle avait été transcrite par Paulin Paris dans : Les Manuscrits de la Bibliothèque du Roi, tom. Il, p- 6, d’après le Ms. franc. 153 de la Bibl. Nat. En voici le commencement: « A vous tresexcellent et trespuissant prince « Charles le Quint, Roy de France. Je Raoul de Praelles vostre petit serviteur et subject. Tout ce que je puis faire
On signale encore du même auteur un ouvrage intitulé Le Roi pacifique, dont le manuscrit ne s’est pas retrouvé, et une traduction abrégée du Somnium Viridari demandée à Raoul de Praelles par le roi Charles V'.
Pour récompenser le zèle de son fidèle traducteur, le roi Charles V donna l’ordre que la pension de 600 livres qui lui était octroyée lui serait servie sa vie durant, et Raoul de Praelles mourut quelque temps après, ayant vu descendre dans la tombe” le monarque qui lui avait montré tant de bienveillance.
Ce fut en 1382, le 10 novembre, la veille de la Saint-Martin d'hiver. Il avait environ 68 ans.
C'est en effet en 1383, que son successeur, Guy Chrétien, le remplaca dans sa charge de maître des Requêtes, ainsi qu'on le voit dans un compte de 1383, et du reste une note très explicite, écrite un siècle plus tard, se lit dans un exemplaire de La Muse au folio 27 et dernier du Ms. latin 3233 de la Bibliothèque Nationale, Musa Radulphi de Praellis.
Cette note est ainsi conçue :
« Iste Radulphus de Praellis, consiliarius fuit et magister Requestarum et Hospi- « ciorum Regum Karoli quinti et Karoli sexti. Scripsit autem Compendium et hunc « librum quem intitulavit Musam. Transtulit etiam de latino in idioma vulgare, seu « gallicum, Bibliam et librum Augustini de Civitate Dei; et decessit anno M°. CCC. « octogesimo secundo in Vigilia sancti Martini hyemalis, prout in ejus epitaphio super « ejus tumbam in ecclesia sancti Mederici Parisiensis, in cappella parochiae, scribitur. « Morabatur autem in vico novo sancti Mederici satis prope conum versus quadri- « vium Templi. Ejus animam habeat Paradisus. Vidi ego in compoto ordinario « Bailliviae Viromandiae de Anno M°. CCC:. septuagesimo quarto, capitulo Receptae « de Vailly quod iste Radulphus habebat a Rege Karolo V® pensionem de VI:. 1. per
« mon tressouverain et tresredoubté seigneur quant vous me commandastes a translater la Bible en françois je mis en deliberacion lequel seroit plus fort a moi ou du faire ou du refuser, car je consideroie la grandeur de l’euvre et mon « petit engin d'une part et de autre part je consideroie qu'il n’estoit rien que je vous peusse ne deusse refuser. Je « consideroïe derechïef mon aage et l'adverse fortune de ma maladie et les autres euvres que je avoie faites : c'est assayoir, la translacion et exposicion du livre de monsr. saint Augustin de la Cité de Dieu, le livre qui s'appelle le « Compendieux moral de la chose publique, le livre qui s'appelle la Muse, avecques aucunes epistres, etc., etc. » {Voir Léororr Deuisue, Recherches sur la librairie de Charles F, tom. I, PP. 112, 113 et 147). Quant à la version, elle ne constitue pas une œuvre nouvelle. Elle a pour point de départ la traduction du xmf siècle avec un résumé des notes de Nicolas de Lyre, et, de ce fait, peut être considérée comme une œuvre de seconde main. Il faut du reste la juger avec indulgence, étant donnés l'âge et la santé du traducteur. Quoi qu'il en soit, elle a été attribuée, bien à tort, à d'autres savants, particulièrement à Nicolas Oresme, le célèbre professeur du Collège de Navarre; mais il n'y a pas de doute, d’après ce qui précède, que Raoul de Praelles n'en soit l'auteur.
En ce qui concerne la Bible du British Museum, Lansdowne 1175, nous pouvons donner les renseignements suivants. C'est un Ms. de 0,265 xX0",180, mais il a été fortement rogné à la reliure. La justification est de 0",170 X0°,110. Il y a 2 colonnes avec 11 mill. d'intervalle. 414 #. Titre courant. Têtes de chapitres à l'encre rouge. Bouts de lignes. Au fol. 414", on lit : Ci fine le Psautier, et c'est la fin du premier volume de la Bible, et l'a escript Henri du Trevou. Au-dessous, la signature du duc de Berri, Jehan, et son paraphe.
On remarque en haut du fol. 1 une petite vignette : Raoul de Praelles offrant son manuscrit à Charles V, assis de profil sur un trône d'or et couronné. Le Roi présente cet aspect maladif que nous retrouverons dans le Ms. franc. 22912 de la Bibl. Nat., Cité de Dieu, fond quadrillé dans un encadrement quadrilobé. Après le discours de présentation de Raoul de Praelles, commence la traduction, laquelle est ornée de 31 vignettes d'environ 0",045 de côté exécutées dans le même style que la précédente. Cette Bible et le Ms. 22912-13 sont certainement sortis des mêmes ateliers d’enluminure.
1. Voir Léororn Dauisce, Le Cabinet des Manuscrits, tom. III, pp. 135 et 136 et Recherches sur la librairie de Charles F, tom. I, p. 114, et Pauuin Paris, Mémoires de l'Institut Royal de France, Paris, 1842, tom. XV, pp. 336-398, qui a consacré une longue dissertation à la question d'attribution du Songe du Vergier.
2. Charles V mourut, au château de Beauté-sur-Marne, le dimanche 16 septembre 1380.
« annum supra dictam terram de Vailly' pro vacando liberius translacioni memorati « Jlibri de Civitate Dei quem de ejus mandato transferendum in Gallico susceperat. » Signé : A. BELLEVIEGNE.
Cette note, si détaillée qu'on aimerait en rencontrer de semblables sur tous les personnages de ce temps, ne parle pas d'état ecclésiastique et ne permet pas de croire que Raoul de Praelles soit entré dans les ordres, encore moins qu'il ait été confesseur de Charles V, comme on l'a dit. Le Roi n'avait près de lui pour cet emploi, que des religieux de l’ordre de Saint-Dominique, et nul doute que Raoul de Praelles ne se fût prévalu de ce titre honorable s’il en avait eu la qualité.
Du reste, dans le discours de présentation qui se trouve en tête du livre de La Muse*, il se nomme lui-même Radulphus de Praellis junior, vir plebeius, et ne fait pas mention d'autre titre à cette époque de sa vie, c’est-à-dire aux environs de 1365. D'autre part, en 1364, il était l’un des conseillers députés des marchands forains de poissons de mer de la ville de Paris, office qui parait avoir été séculier.
Mais la preuve décisive qu’il était laïc, preuve qu'on n’a pas encore fait ressortir, c’est la déclaration qu'il fait de ne pas s'occuper des questions de théologie qui doivent être réservées aux clercs et aux docteurs de l'Église. Nous la trouvons en tête du XI° Livre de sa traduction de la Cité de Dieu; c'est une sorte de prologue où cette prétention est clairement exprimée. « Combien que au commencement de ceste « translacion et exposicion en nostre prologue, nous avons promis a mettre decla- « racions et exposicions es pas et es lieux qui desirrent declaracions, toutefoyes nostre « entencion ne fu oncques de mettre ces paroles principalement, fors en ce qui seroit « d'ystoire et de poetie et non pas de toucher a ce qui regarde la theologie, car « tels choses ne chieent* pas en exposicions quant a nous, mais chieet a disputer et « arguer en la chaiere et a determiner a ceulx a qui il est permis, c’est assavoir aux « docteurs de sainte Eglise et a ceulx par qui la foy catholique est soutenue. » Ce passage se confirme encore par le commentaire du chap. vi du Liv. XX où Raoul de Praelles s'exprime ainsi : « Et pour ce que cette matiere ne chiet pas aux gens lays « et que la matiere de l'Apocalypse est si haute que apaines le pot oncques homme « comprendre, pour ce nous nous en passons. Car qui en vouldra voir, si en voie « en l’exposicion que fit l'abbé Joachim sur le livre de l’Apocalypse‘. »
C'est ce qui explique que dans l'énoncé des écrivains qu'il se vante d’avoir lus et étudiés pour parfaire son œuvre, il y ait tant d'auteurs laïcs, historiens, orateurs, compilateurs et poëtes, et si peu d'écrivains ecclésiastiques.
Quant à la vie privée de Raoul de Praelles, le savant Lancelot semble croire qu’il était marié. Il s'appuie, pour soutenir cette opinion, sur un passage des Commentaires
1. Vanuv, bourg situé sur la rive droite de l'Aisne, à peu de distance des villages de Presles, Cys et Condé, qui faisaient partie de la seigneurie concédée à Raoul I“; c'est aujourd'hui un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Soissons (Paris et ses historiens, p. 86).
2. Ms. latin 3233 de la Bibliothèque Nationale. 3. De cheoir, tomber, dans le sens d’échoir.
Parthonopex li chiet au pié Si li a doucement baisié.
Voir : Notices des Manuscrits, tom. IX, p. 35. Discussion par M. de Roquefort d'un Ms., coté 1239, de la Bibl. Nat., Parthenopex de Bloys, où l'auteur explique le mot chiet.
4. S'il avait été dans les ordres, aurait-il écrit cette phrase au chap. xxxvr du Liv. XI de ses Commentaires : « Si comme l'on dit que les religieux quant ilz ont esté certains temps en leur ordre font leur jubilé. »
de la Cité de Dieu’, où notre traducteur semble parler de cet état en homme qui en a RSA Il disserte sur le mariage, les femmes mariées, les veuves et Les vierges, et il he : « Du mal ou mauvaiseté qui ont esté ou sont en mariage entre les mariez, « s’aucuns y en a euz, nous nous en taisons pour ce que nous ne croyons pas tout ce « que l'en dit et si n’y trouvasmes jamais mal, fors les communes maladies que chacun « sut qui l'a esté. Mais de cures, peines, soussys et courroux de mariages qui « adviennent souvent et aucunes fois sans le fait et coulpe de deux mariez ou de l’un « d'eux, nous en dirons quelque pou. » Un peu plus loin il s'exprime ainsi : « Mais « la loi du mariage si est toujours contraincte d'aucune servitude et le scavent plus que « nuls autres ceux qui ont eu l'experience du mariage. » Enfin il conclut par cette réflexion : « Et toutevoies est ce un seur et noble estat, quand il est mené a droit. »
Pour en parler avec ce respect, il est à croire que notre avocat avait contracté des liens matrimoniaux; mais nous pensons qu'il faut attendre la découverte d’un document plus explicite pour nous prononcer formellement sur cette question.
Quoi qu'il en soit, nous ne savons rien de sa postérité. Comme nous l'avons vu plus haut, Lancelot pense que Jehanne de Praelles, la maitresse de Philippe, duc de Bourgogne, descendait de Raoul IT; mais il ne donne pas les raisons de cette facon de voir. Rien n’empêcherait qu’elle ne fût de la postérité du traducteur de saint Augustin.
Il y avait encore des Praelles au xvr' siècle, mais étaient-ils de la même famille? Nous l'ignorons. L'inscription suivante se voyait sur une pierre tombale de cette époque : Jehanne de Praelles, femme de Jacques de Trappes, escuyer, morte en 1554.
En ce qui concerne les portraits véritables de Raoul de Praelles, nous ne saurions rien affirmer. Il était d'usage, pour les peintres de manuscrits, de mettre au prologue une vignette, dite de présentation, où l’auteur était représenté à genoux, tenant un manuscrit qu'il offrait au seigneur qui le lui avait commandé ou dont il espérait, par une dédicace, obtenir les faveurs. Quand ces peintures ont été exécutées à une époque très postérieure à celle de l'établissement du manuscrit original, il n’y a pas de raison d'attribuer beaucoup de ressemblance aux portraits qui les décorent. La même scène se reproduit d’une façon conventionnelle, les personnages sont d'emprunt et il n’y aucun souci d'exactitude. Ainsi Raoul de Praelles est tantôt représenté en bleu’, tantôt en violett, tantôt en rouge’, tantôt en noir, comme moine de l’ordre de Saint- Augustin®, tantôt en gris’. Souvent il est quelconque; à Cheltenham, il porte une soie rose avec un capuchon bleu’; à Amiens il est vêtu de gris avec un nœud rouge sur l'épaule gauche, et il est tonsuré
Mais il pouvait n’en pas être ainsi quand il s'agissait du manuscrit original, de l'exemplaire même qui avait été présenté par l’auteur. Dans le cas qui nous occupe, nous avons toute raison de croire que le portrait de notre écrivain se trouve au prologue,