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Du reste, ce besoin de commentaires, qui étaient à la mode depuis si longtemps, s'était déjà fait sentir pour l’œuvre de saint Augustin, et trois docteurs, au commencement du xiv* siècle, avaient entrepris cette tâche.
Il est donc bien naturel que Raoul de Praelles consultât les travaux de ses prédécesseurs et s’inspirât de leurs premières recherches.
Ces trois commentateurs étaient : Nicolas Triveth, mort en 1328; Thomas Walleis, mort en 1340; Francois de Mayronis mort en 1327'.
Il est assez curieux de remarquer que ces trois docteurs ont cessé de vivre dans la première partie du xiv° siècle à treize ans de distance et qu’ils ont les premiers abordé l'étude approfondie du De civitate Dei. Pourquoi cette faveur soudaine et simultanée pour un ouvrage si ancien?
Nous croyons qu'il faut en rechercher la cause dans ce fait que le grand docteur, saint Thomas d'Aquin, était mort peu de temps auparavant (1274) et que son admiration pour saint Augustin et sa prédilection pour sa doctrine, dont il s'inspire, avaient passé dans l'esprit de ses contemporains et attiré à la mémoire du célèbre Père de l'Église toute une école de clercs érudits. Ceux-ci avaient voulu remonter aux sources et chercher dans le traité même de l’évêque d'Hippone les secrets d’une doctrine que saint Thomas avait exposée avec un génie extraor-
dinaire.
De là les ouvrages de ces trois commentateurs qui ont exercé leur érudition sur plusieurs passages du traité de saint Augustin”.
1. Voir ces noms à la liste des auteurs consultés par Raoul de Praelles, liste que ñous publions plus loin, avec quelques renseignements.
2. Pour Nicolas Triveth nous avons consulté le Ms. lat. 2075 de la Bibl. Nat., petit in-folio du xv° siècle. En tête il y a cette note : Post has tabulas est libellus Nicolai de Treveth enarrans locos obscuriores qui in libris de Civitate Dei reperiuntur, sive ad historiam pertinent sive ad poeticen.
Il débute par un index alphabétique des noms et des matières avec un renvoi aux livres et aux chapitres du traité. Les mots de cet index sont placés en vedette, en marge, et inscrits à l'encre rouge. Cette table emploie 97 feuillets.
Puis vient la liste des chapitres de la Cité de Dieu dressée par ordre dans chaque livre d'après les premiers mots par lesquels ils commencent : ff. 98-102. Les ff. 103-112 sont blancs. Enfin, ff. 113-161, l'explication de certains chapitres.
L'auteur prend chaque livre et commente les passages qui lui paraissent les plus obscurs. Il laisse de côté toutes les questions religieuses et même philosophiques et se cantonne dans l'histoire et la poésie. Il s'appuie sur Orose, Cicéron, Tite- Live, Eutrope, Justin, Ovide, Macrobe, etc.. Raoul de Praelles le cite quelquefois, et semble s'être servi de ses commentaires et surtout des sources qu'il indique.
Pour Thomas Walleis, consulter le Ms. lat. 14483 de la même Bibliothèque.
Les commentaires, qui comprennent les Î. 1 à 69, n'existent que pour les dix premiers livres. Il y a ensuite quelques notes sur les autres livres, mais elles ne remplissent que deux feuillets et semblent un résumé aride du travail de Nicolas Triveth. Le Manuscrit ne comporte ni table de chapitres, ni index. Les parties poétiques, historiques et archéologiques semblent
avoir plus particulièrement intéressé l'auteur.
Après le X° Livre, on remarque cette note : Finit opus fratris Thomasi Valois, anglici natione, et solent hic aliqui addere nonnulla seripta de expositione fratris Nicolai Traneth (sic), ordinis anglici fratrum predicatorum, ne omissis sequentorum librorum expositionibus opus imperfectum videret..
Pour François de Mayronis ou de Meyronnes, consulter le Ms. lat. 17 406, intitulé Flores de libro de Civitate Dei.
Les 96 premiers feuillets contiennent sur deux colonnes les explications des différents chapitres du traité de saint Augustin. En tête de chaque livre, il y a la liste des chapitres ; puis viennent les commentaires qui sont beaucoup plus importants que ceux de Nicolas Triveth et qui donnent des explications d'après les anciens auteurs. Le feuillet 96 finit par ces mots : Explicit liber expositionum super libros de Civitate Dei beati Augustini.
Au folio 98 commencent: Flores beati Augustin, qui sont des vérités, tirées de la doctrine de saint Augustin et extraites du traité de la Cité de Dieu. Le feuillet 126 finit ainsi : Expliciunt flores collecti de libro de civitate Dei Augustini extracti a
magistro Francisco de Maronis ordinis fratrum minorum.
Les ff. 128 à 138 inclus contiennent un index alphabétique des noms et des mots. On lit enfin le nom du copiste : Seriptum per me Gherhardum de Merano anno MCCCCFI.
L'ouvrage se compose done de commentaires, de vérités ou extraits et d’un index. Nous décrivons plus loin un bel exemplaire, latin et français, de ces Flores, conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles sous le n° 9046 (voir notre chap. VI, description n° 39). L'auteur est avant tout théologien contrairement aux deux autres docteurs que nous venons de citer. Il
Raoul de Praelles fait souvent allusion à leurs travaux. Dans la première partie du traité de saint Augustin, qui a trait plutôt à l’histoire et à la mythologie anciennes, \icolas Triveth et sur Thomas Walleis, et dans la seconde, qui concerne plutôt la cité céleste, il invoque le témoignage de François
il s'appuie particulièrement sur
de Mayronis, qui a développé davantage les questions religieuses".
Mais tandis que ses devanciers expliquent seulement quelques passages qui leur paraissent mériter leur attention, Raoul de Praelles se livre à un commentaire général sur toutes les parties du traité de saint Augustin, et très rares sont les chapitres qui ne sont pas suivis d’éclaircissements. Cela est si vrai que le commentaire occupe dans les manuscrits une place égale au texte de la traduction.
Pour rédiger ces annotations, notre traducteur passe en revue tout ce qui, dans la littérature antérieure, pouvait lui fournir des renseignements. [Il nous donne complaisamment, en tête du manuscrit de présentation, la liste des auteurs qu'il a consultés pour établir ses commentaires avec le titre des ouvrages dont il a extrait des passages”.
Les éditeurs de Paris et ses historiens’ ont cité quelques-uns de ces noms, mais en se bornant naturellement à ceux qui figurent dans le curieux commentaire du chapitre xxv du Livre V de la Cité de Dieu (description de la Ville de Paris sous Charles V), la seule partie de cette œuvre dont ils aient eu à s'occuper. Migne, dans sa Patrologie latine, vol. 47, n'a cité qu'une dizaine de noms; mais M. Léopold Delisle, dans un ouvre
ge récent‘, a relevé cette liste dans sa totalité.
Nous pensons que cette nomenclature est bonne à mettre ici sous les yeux du lecteur dans toute son intégrité, c’est-à-dire avec les indications de Raoul de Praelles, pour lui faire connaître quels étaient les outils de travail d’un érudit du xrv° siècle et quelles ressources il trouvait dans les travaux de ses prédécesseurs. Nous citerons même, à la suite, des noms d'auteurs que ne contient pas la liste et qui sont invoqués cependant par le commentateur dans le courant de son travail.
Ce document, qui se trouve au fol. 1 du Ms. franc. 22912 de la Bibl. Nat.°, est
développe peu les parties historiques et mythologiques et insiste davantage sur les passages dogmatiques, en s'appuyant sur les Pères qu'il avait bien étudiés.
Nous renvoyons au chapitre V : Bibliographie de la Cité de Dieu, pour les manuscrits et les imprimés de ces différents commentaires.
1. On peut s'étonner qu'à la suite des trois commentateurs que nous venons de nommer, Raoul de Praelles n'ait pas cité Jacopo Passavanti, Florentin, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, qui avait écrit des 4dditiones ad Commentaria F. Thomae de Wallois in libros S. Augustini de Civitate Dei (publiés à Lyon, en 1520). Ce religieux mourut à Florence dans le couvent de Santa- Maria Novella, le 15 juin 1357, une quinzaine d'années avant le travail de Raoul de Praelles. Il est à supposer que notre éru= dit n'avait pas entendu parler de cette œuvre qui n'était pas encore parvenue en France à cette époque. Rabelais parle du moine italien dans le chap. x1v du Liv. I de son Gargantua : « Passavantus cum commento » quand il cite les ouvrages qu'un « aultre vieux tousseux » faisait lire à Gargantua par ordre de Grandgousier.
La version italienne du traité de saint Augustin passe chez quelques auteurs pour être de Jacopo Passavanti. C'est peutêtre le travail du commentateur, dont nous venons de parler, qui a pu faire supposer qu'il était l’auteur d’une traduction. D'autres historiens attribuent cette version à « Nicolo Piccolomini, sanese ». Cf. Banrocowmro Gausa, Serie dei testi di lingua… nella italiana letteratura, Venizia, 1839; Tmasosemr, Storia della letteratura italiana, Milano, 1833, tom. Il, p. 284 et Anronio Marsan», ? Manoscritti italiani della regia Biblioteca parigina, Parigi, dalla Stamperia reale, 1835, p. 36, n°7702.
2. Quelques écrivains avaient déjà pris soin de marquer l'origine de leursrenseignements, et, dansle cours deleurs récits, d'indiquer les sources qu'ils avaient utilisées, marquant du mot auctor les pa
sages qui leur étaient personnels : Hélinand, moine de Froidmont-en-Beauvaisis, dans sa Chronique Universelle, Aubri des Trois-Fontaines, dans sa Chronique, et Vincent de Beauvais, dans son Speculum historiale. (Voir Mounier, Les Sources de l'histoire de Fr ance, p. exvur.) Dans le Ms. franc. o14r, Des propriétés des choses, au fol. 364", l'auteur a indiqué ses sources par la mention suivante : « Ce sont des auteurs anciens « et ecclesiastiques, comme le glorieulx sainct Augustin docteur qui porte la banniere et est la lumiere de tous les autres. »
4. Recherches sur la librairie de Charles V., tom. I, p. 380.
5. C'est le seul manuscrit qui le contienne sous cette forme. Dans d'autres exemplaires de la même bibliothèque on trouve une partie des noms d'auteurs et d'ouvrages reportés en marge ou soulignés,
précédé de ces mots écrits à l’encre rouge : Ce sont les noms des docteurs et auteurs
des quieux à esté prinse l’exposicion de ce livre de monseigneur saint Augustin. Les noms sont écrits à l'encre noire avec des bouts de lignes en blanc et en rouge.
Nous la copions servilement, dans son ordre et avec les fautes qu’elle renferme : d'une part les noms des auteurs, de l'autre le titre de leurs ouvrages, du moins de
ceux qui ont servi au commentateur, et qu'il a cités au cours de son commentaire.
Nous y ajouterons quelques notes qui paraissent nécessaires, surtout pour certains
noms maintenant tombés dans l'oubli.
SANCTUS AUGUSTINUS:. — Civitas Dei. Homelies : de verbis domini. Super genesim
ad litteram. De bono conjugal.
SANCTUS ANCELMUS *. — Oraisons.
SANCTUS AMBROSIUS *. — En son livre qui s'appelle /r exameron. — Exposition sur
le XIII psaulme.
ACCURCIUS i.
ADELINUS :.
AGATHO®. — Historiographe, parle de Rome.
ALANUS IN ANTICLAUDIANO’. — En son VIF livre de l’anticlaudiano. — In com-
planctu naturae.
1. Les Sermons ou Homélies constituent une part considérable de l'œuvre de samr Aucusnix. Nous en avons trois
cent soixante-trois authentiques dans lesquels sont dispersées
beaucoup des idées de l'évêque d'Hippone sur la doctrine chrétienne. Les auditeurs les recueillaient de la bouche du P qu'ils nous ont été conservés. (PousouLar, Histoire de saint Augustin, tom. I, p. 3.)
Le De Genesi ad litteram est un ouvrage sur le sens
dicateur, et celui-ci les revoyait ensuite. C'est dans cet état
littéral de la Genèse, composé en 12 livres, terminé en {or et publié seulement en 415. Il était destiné à prouver que la lettre même de la Genèse n'offre rien qui ne puisse être vrai.
premiers chapitres de la Gen
s douze livres contiennent seulement l'explication des trois
e. Bossuet, dans les premières pages du Discours sur l'histoire universelle, s'est inspiré de ces commentaires qui complètent l'œuvre de saint Jérôme (/4., tom. II, p. 345).
Le De bono conjugali Liber unus est un traité où saint Augustin défend l'honneur du mariage, tout en préconisant l'état de continence. Il est en cela d'accord avec l'apôtre saint Paul et semble conclure que, si le mariage a été nécessaire, d'une façon générale, pour multiplier le peuple dont devait sortir le Messie, il n’en fut plus de même par la suite et que l'état de virginité est l'état parfait.
>. Un des plus grands esprits de l'Église au xi° siècle, d'abord prieur du Bec, puis archevêque de Cantorbery, fut une des lumières de l'École. Imbu de la théorie platonicienne
de l'orig et de la discipline du caractère. Ses Oraisons ont été publiées
ne des idées, il enseigna l'art de la réflexion logique
avec les pièces d'Exhortation.
3. Le principal ouvrage de sainr Awenoise, est l'Hexameron, ainsi nommé parce que c'est un recueil de neuf sermons
prèchés en six jours de carême. Le grand évêque de Milan y célèbre la beauté et les dispositions harmonieuses de la création et en tire des conclusions morales. Il a servi de modèle
à beaucoup d'ouvrages du moyen âge, et entre autres, au
Speculum maÿjus de Vincent de Beauvais. Ses Enarrationes in XII Psalmos Davidicos forment un recueil de sermons sur la création où, commentant les psaulmes, il se livre à l'exhortation des vertus chrétiennes.