‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 69 sur 354 · Le prêtre Rustique et le diacre Eleuthère · texte numérisé non relu

Le prêtre Rustique et le diacre Eleuthère

4. Cette vision fait l'objet de la vignette renfermée dans l'initiale À du fol, » du vol. I du Ms. de Mâcon (Planche CIV).

« acoustumé a prendre vos devanciers et vous, et si portez hante doree et pour ce est il appelé « oriflambe pour la flambe qui apparu au bout de la hante doree.

« Et est la baniere vermeille en la remembrance du glorieux martir ou martirs monseigneur saint Denis et de ses compaignons, qui premier apporta la foy en France pour laquelle il fu martirisé li et ses compaignons, et doit estre atachiee ceste baniere, comme dit est, une hante « doree pour avoir toujours vraie recordation et memoire de celle haute et noble vision de notre

foy et de leur glorieuse passion.

« Et ont tenu vos devanciers que elle ne doit point estre desploiee sans très grand necessité

« et qui plus est que, la victoire faite, elle doit estre raportee à grant devocion et reverence en « l'eglise monseigneur saint Denis et rendue sur son autel, en remembrance de la victoire, ainsi « comme fist Charlemaine.

« De ce me croi je, car je en ay veu deux de mon temps* sur l'autel des glorieux martirs, « de chascune partie de l'autel une, et estoient enhantees de deux petites hantes d'argent dorees « ou pendoient a chascune une baniere vermeille, dont l'une estoit appelee la baniere Charle- « maine et se portoit par reverence par un des officiers religieux a certaines processions, et « c'est ce que l’on appelle proprement l'oriflambe et dont elle vint de ce qui en puet estre venu « a ma petite cognoissance.

« Et ces choses, mon très redoubté seigneur denotent et demonstrent par vraie rayson que « par ce vous estes et devez estre le seul principal protecteur, champion et deffenseur de l'Eglise « comme ont esté vos devanciers, et ce tient le Saint siège de Rome qui a acoustumé a escrire « a vos devanciers et a vous singulierement en l'intitulacion des lettres : Au Très Crestien des « princes.

« Tiercement, en ce que dès le temps que vous eustes premierement cognoissance vous avez « tousjours aimé science et honoré les bons clers, et etudié continuellement en divers livres et « sciences, se vous n’avez eu autre occupacion, en avez fait faire et translater plusieurs livres, tant « pour plaire a vous comme pour profiter a vos subjès, et en ce avez eschivé le reproche du sage « qui dist : Roy sans lettre est un asne coronné, et par especial en ce que la hautesse de votre « engin et entendement a si haut volé et esté si hautement eslevé, que la plus grant euvre d'un « livre part hors celi qu'il fist de la benoïte Trinité, et qui plus est traité de matieres grandes, « hautes, subtiles et diverses, et qui apaine pueent cheoir en entendement humain pour la hau- « tesse et profondité des matieres, vous avez voulu estre translaté de latin en françois pour le « profit et utilité de votre royaume, de votre peuple et de toute crestienté, c’est assavoir le livre « de monseigneur saint Augustin de la Cité de Dieu et tieng que en ceste partie vous avez voulu « ensuivre monseigneur saint Charles, qui entre tous les livres qu'il estudioit et voioit volontiers, « il lisoit volontiers les livres de monseigneur saint Augustin, et sur tout les autres le livre de La « Cité de Dieu, si comme il se treuve en sa vie et ses croniques.

« Pour toutes les quelles trois choses il me semble que je vous puis comparagier a l'aigle de « toute noblesse, grandeur et bonne volenté, et tieng que ceste volenté vous est venue principale- « ment par droite inspiracion divine, mais, mon très redoubté seigneur, de ces choses ne sui je ez les

« point esmerveillié, mais je doy estre esmerveillié, et non sans cause, de ce que delai « souverains clers de votre royaume dont il en y a tant et de si grans que en toute crestienté n’en « a tant ne de tels, et ausquels tele euvre appartenoit et leur estoit deue a translater, il puet estre « cheu en votre pensee de la moy baillier, qui au regart de euls ne sui que poudre et cendre, et «< comment vous avez voulu a moy qui sui de si foible entendement baillier si fort fessel, et a si « petite main si grant meule a tourner.

1. Le carme Jean Golein, célèbre docteur en théologie, venait de finir en 1374, pour le compte du roi Charles V, la traduction du Rational du divin office, de Guillaume Durand, évêque de Mende. Il parle dans cet ouvrage des

cérémonies

du sacre et donne la description de l'oriflamme qu'on bénissait à Saint-Denis et de l'enseigne royale qu'on bénissait à Reims. Il décrit aussi les trois fleurs de lis peintes sur cette dernière.

2. Durant la vie de Raoul de Praelles, l'oriflamme fut levée en 1328 pour la victoire de Cassel, puis pour les désastres de Crécy et de Poitiers et enfin pour la victoire de Rosebecq; mais notre traducteur n'en vit pas le retour,

car il mourut le 10 novembre 1382, quelques jours avant la bataille.

« Et pour ce que l'en ne cuide pas que par arrogance ou par moy ingerer, je l’aye voulu « entreprendre, je appelle Dieu a tesmoing et vous le savez assez comment et par quel temps je « l'ay refusé et differé a entreprendre, et les excusacions que je y ay pretendues, tant pour ce que « je savoie et veoi la foiblesse de mon engin, la grandeur de l’euvre et la age dont je sui qui me « deusse, si comme il me semble, dorenavant reposer.

« Si ne tiengne vous ne autre moy avoir esté si hardi ne si outrecuidié de l'avoir entrepris de « moy, car [si] je ne cuidasse avoir commis plus grant offense et que l’en me teinst plus outrecuidié « de le vous avoir refusé que de avoir obei a votre commandement, je l’eusse à plain refusé, car il me « sembloit que je avoie assez labouré en mon temps, tant a faire le livre qui se appelle Le compen- « dieux moral de la chose publique et le livre qui se appelle Za muse, lequel il vous plut a recevoir « en gré, pour ce que je l’avoie entitulé a vous, comme les Croniques en françois contemporisées « du commencement du monde jusques au temps de Tarquin l'orgueilleux et du roy Cambises qui « regnerent en ces temps, aveques aucunes Æpistres, consideré encore la grant charge du fait de « mon advocatie qui est office publique et qui requiert labour continuel; mais je croy que vous « aviez leue celle parole de Seneque qui dist que Ociosité sans lettre est mort et sepulture de

« homme vif:.

« Si supplie a votre royale majesté que aussi comme simplement a votre commandement j'ay « ceste euvre entreprise, il vous plaise a la recevoir en gré, et supporter mes deffautes dont je say « bien il en y avra plusieurs, et se je ne ensuy en ceste translacion les propres moz du texte, et que je « y voise aucune fois pas une maniere de circonlocucion ou autrement il me sera pardonné, pour « ce que vous m'avez commandé pour la matiere esclarcir que je ensuive la vraie, simple et clere « sentence, et le vray entendement sans ensuivir proprement les moz du texte, et si y a plusieurs « moz qui ne se pueent pas bonnement translater en françois sans adicion ou declaracion, car, « comme dessus est dit, ce livre est compilé de diverses et hautes matieres et de haut stile et de « ancienne gramaire, chargié de grans sentences suspensives en brieves paroles, plusieurs et diverses « hystoires abregiees de divers et anciens aucteurs, dont les originaux ne pueent pas bonnement « estre trouvés en ce pays pour y avoir recours es pas et es termes qui desirent declaracion, tou- « tevoies est mon entencion d'y metre aucunes declaracions et exposicions pour donner declaracion « au texte es parties et pas ou il avra doubte ou oscurité. »

Cette épitre est un monument curieux à consulter. Elle indique les idées qui avaient cours au xiv° siècle sur certaines institutions de notre pays et sur les commencements de la royauté française.

Certes, il serait facile d'y relever des erreurs grossières et de réfuter des assertions puériles qui proviennent des sources peu sérieuses auxquelles a puisé Raoul de Praelles; mais on y sent le désir de rattacher la race royale et l’histoire nationale aux grands faits de l’antiquité, et il faut savoir gré à notre commentateur d’avoir été un des premiers à comprendre l'importance qui pouvait exister, pour assurer notre unité, à souder les races du pays de France par une origine commune et remonter ainsi aux premiers âges du monde. Il met un juste orgueil à relier notre histoire à celle des héros de la guerre de Troie et à plonger les racines de notre race dans le sol de la Troade et de la Grèce.

Cet attachement sincère et ardent pour nos antiquités nationales se révèle d’une facon plus frappante encore dans le célèbre chapitre xxv du Livre V.

Après avoir parlé au chapitre xnr1 de l’Atlantide, il commente le chapitre xxv où saint Augustin fait le tableau des prospérités de la puissance romaine sous l’empereur Constantin qui, n’adorant que le vrai Dieu, devait être comblé de biens,

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