‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 71 sur 354 · Paris et ses Historiens, pp · texte numérisé non relu

Paris et ses Historiens, pp

4. Connozer, Les Antiquités, Chroniques et Singularités de Paris, Paris, 1561. « Si l'on considère l'ouvrage sous le « rapport archéologique, les assertions de Corrozet reposent le plus souvent sur des traditions orales et des récits « mélés de superstitions historiques et religieuses. Tout ce qu'il rapporte sur l'origine de cette ville et la généalogie « de François I‘ est un tissu de fables absurdes; encore l'auteur n'a-t-il pas le mérite de l'invention; car les premiers « chapitres de son livre se composent d'une copie à peu près textuelle de la description de Paris que donne Raoul « de Presle dans les commentaires de sa traduction de la é de Dieu de saint Augustin. Tout ce qu'il dit sur « l'origine des mots Lutetia et Parisü, sur la Croix du Tiroir, le Carrefour Guillori, V'Archet Saint Marry, ete., n'est « qu'une reproduction du texte de Raoul de Presle. » (Azrnep Bonxanpor, Gilles Corr: « bibliographiques sur ces deux historiens de Paris, Paris, H. Champion, 1880, pp. 8-9.)

5. Du Breur, Le Theatre des antiquitez de Paris, Paris, 1612.

6. Le Brur (l'abbé), Histoire de la ville et du diocèse de Paris, Paris, 1754-58.

7- Il est regrettable qu'aucun des peintres, qui ont décoré les manuscrits de la Cité de Dieu, n'ait songé à illustrer ce chap. xxv du Liv. V, qu'aucun ne nous ait laissé une vue de Paris telle que la ville se présentait à leurs regards. Le Ms. 11 du Museum Meermanno-Westreenianum, dans lequel tous les chapitres sont illustrés, renferme bien une vignette, au fol. 273", mais elle a trait au texte de saint Augustin et non au commentaire de Raoul de Praelles. Elle représente la fondation de Constantinople.

et et Germain Brice, études

translater en français, et c’est par cette abondance de renseignements qu'il put mener à bien une œuvre aussi considérable

Il s’adressait à un public curieux des choses de l'antiquité ' et plein de respect pour les idées de saint Augustin. Il flattait ses goûts en lui rappelant ce que Vincent de Beauvais lui avait déjà raconté, c’est-à-dire ces détails de l’histoire grecque et de l'histoire romaine qui ont fait la joie de nos pères comme ils ont charmé notre jeunesse. C’est peut-être même par ces digressions, que nous lui avons reprochées, qu'il a le plus intéressé son public, et c’est grâce aux anecdotes puisées dans Valère Maxime et dans Aulu-Gelle qu'il a fait une œuvre si populaire. Ses lecteurs, tout comme nos enfants, s’amusaient plus de l'humeur de la femme de Socrate qu'ils ne connaissaient les idées de ce philosophe, ou s’intéressaient davantage au chien d’Alcibiade qu'aux entraînements politiques de cet homme d’État. Il leur cite tous les bons mots de Diogène le Cynique et les moindres détails de la vie d'Alexandre le Grand, pris dans Justin, Valère Maxime, Aulu-Gelle, saint Jérôme, Eusèbe et Boèce.

Ce que nous pouvons blämer chez lui, c’est sa crédulité et son peu d'esprit critique. Il répète tout ce qu'il sait et se contente de citer tout ce qui a rapport à son sujet. Loin de se préoccuper de la valeur respective des auteurs qu’il consulte, il prend ses renseignements également dans des écrivains considérables par leur autorité et dans des compilateurs sans valeur aucune.

Quelquefois aussi il donne dans les préjugés de son temps, ce qu'on ne saurait lui reprocher. Par exemple, quand il parle de l'influence de certains nombres sur la destinée des choses humaines en s'appuyant sur Isidore de Séville dans ses Ethymologies, Macrobe dans son Songe de Scipion, et Boèce dans son 4rithmétique, il est certain qu'il développe des idées communes à tous ses lecteurs.

Certes, il nous est facile d’élever ces critiques, nous qui avons à notre disposition, par la lente accumulation de travaux pleins d’érudition, des répertoires considérables sur toutes les branches de l’histoire et de l'archéologie. Nous devons donc tenir compte à Raoul de Praelles de la pauvreté des matériaux que son époque pouvait lui fournir.

Mais ce que nous devons louer sans mesure, c’est la conscience de ses recherches et l'exactitude de ses citations. Ce n’est pas légèrement et dans l'intention de jeter de la poudre aux yeux qu'il dresse la liste des écrivains qu'il a consultés. Nous avons vérifié quantité de ses références et de ses renvois et nous avons été étonné de la précision de ses extraits. Sous ce rapport nous ne saurions trop lui rendre justice.

Cette traduction de la Cité de Dieu, enrichie de commentaires, a obtenu pendant plusieurs siècles un immense succès. Il suffit, pour s'en rendre compte, de savoir que les manuscrits s'en multiplièrent à l'infini à la fin du xrv° siècle et dans tout le cours du xv°. Les grands amateurs rivalisèrent de zèle pour s’en faire exécuter des copies magnifiques. Nous retrouverons leurs noms dans le cours de cette étude. Contentons-nous de citer, après Charles V et son entourage, Aubriot, le prévôt de Paris, Jean de France, duc de Berry, le duc d'Anjou; les ducs de Bourgogne et le grand Bâtard Antoine, les familiers de cette cour, le comte de Croy, l’évêque de Tournay, Chevrot; Jacques

1. Ce publie avait la curiosité de l'antiquité sans en avoir le sens. « Ce qu'on cherchait alors chez les auteurs anciens, c'étaient des histoires ou des exemples propres à illustrer des préceptes moraux. » L. Deranuexx, Guillaume Budé, Paris, Champion, 1907.

d'Armagnac, duc de Nemours; puis les conseillers de Louis XI, tels que Gaucourt, Comines, enfin Mallet de Graville, le cardinal d’Amboise, etc., etc.

Tout nous prouve la faveur dont fut accueillie l'œuvre de Raoul de Praelles.

D'abord la jalousie de certains de ses confrères. N'en est-il pas de même dans tous les temps? Simon de Hesdin, docteur en théologie et religieux hospitalier de Saint- Jean-de-Jérusalem, commença, sur la demande de Charles V, sa traduction de Y’alère Maxime, en 1375, au moment où Raoul de Praelles terminait celle de la Cité de Dieu". Il fait une allusion malveillante aux commentaires de son confrère et voici comment il s'exprime « .… tem il est à savoir que en ceste translacion je ne peux « point a proceder par maniere de lecture, fors en devisant a la fois et moult peu, « sans assigner les parties. Car telle maniere de proceder n’est pas bonne pour les « gens lais qui veulent briefves et claires sentences.... »

D'autre part, le fait que cette première traduction parcourut tout le cours des xiv*, xv° et xvr° siècles, soit dans les manuscrits, soit dans les éditions imprimées de 1486 et de 1531, sans qu'aucun autre auteur ait eu l'idée d’en faire paraître une nouvelle pendant tant d'années, vient bien à l’appui de notre assertion. Il faut, en effet, arriver à l'année 1570 pour rencontrer Gentien Hervet, d'Orléans, qui fit paraître à cette époque la première édition de sa traduction. Ajoutons qu’elle dut son succès en grande partie à ce qu’elle était enrichie du savant commentaire de l’érudit Louis Vivès, qui l'avait composé pour une édition latine parue en 1522.

Ce fut, en effet, Jean-Louis Vivès, qui, le premier après Raoul de Praelles, rédigea de nouveaux commentaires sur la Cité de Dieu de saint Augustin. Né à Valence, en Espagne, en 1492, il étudia la philosophie à Paris, au collège de Beauvais; puis il passa en Flandre, à Bruges, et vint s’établir à Louvain. C’est là qu’il rencontra Érasme. Ce grand savant, qui avait publié des éditions recognitae de saint Jérôme et de saint Cyprien, lui conseilla de publier le texte revisé du De Civitate Dei et de l'accompagner de commentaires en latin. Vivès, obéissant à cette invitation, finit son travail en 1522 et le dédia, de Louvain, en juillet de cette même année, au roi Henri VIII d'Angleterre. Ce souverain lui répondit de Grenvyche, le 24 janvier 1523, par une lettre de félicitations où il appréciait tout son mérite, et l’appela à sa cour pour y faire l'éducation de sa fille Marie. Ayant eu à se prononcer lors de la répudiation de Catherine d'Aragon, Vivès prit le sage et prudent parti de passer sur le continent. Il se retira dans la ville de Bruges, où il mourut épuisé de travail en 1540.

Les Commentaires de Vivès* passèrent longtemps pour un chef-d'œuvre, quoiqu'ils aient été mis à l'index * sur les représentations des docteurs de Louvain, à cause de certaines propositions injurieuses pour les ordres religieux dont il dénoncait les vices. Le nombre des éditions, qui fut de treize jusqu’en 1661, montre de quelle faveur ils furent entourés.

1. Pauuix Paris, Les Manuscrits françois. Paris, 1836, tom. I, p. 44.

2. Cf. Rovmuez (Fn. J.), Biblioteca Palentina.…., Valencia, 3. Th. Lucas, 1747, in-f°, p. 267. — Ximeo (Vic.), Escritores del reino de Valencia. desde el año de 1228... hasta el de 1747, Valencia, Dolz, 1747-1749, in-f°, à vol. — Anroxius (Nicou.), Bibliotheca Hispana nova, Matriti, J. de Ibarra, 1783-1788, in-f°, 2 vol., tom. Il, p. 726. — Fusren (I. P.), Biblioteca Valenciana de los Escritores que florecieron hasta nuestros dias, Valencia, J. Eximeno, 1827-1830, in-f°, 2 vol., tom. I, p. 79.

3- On pourra étudier plus à fond cette question de la condamnation des Commentaires de Louis Vivès dans les différentes éditions des catalogues de livres mis à l'index et prohibés de Matriti, Gomez, 1583, in-4°, fol. 47", et 1584, fol. 4°; (s. 1), Apud Joannem Mareschallum Lugdunensem, 1586, in-8°, p. 4; Impensis Lazari Zetzneri, 1599, in-8", P. 4; Argentorati, Impensis Lazari Zetzneri, 1609, in-12, p. 4; Romae, typogr. Camerae Apostolicae, 1632, in-12, P- 399; Matriti, Didac. Diaz, 1657, in-[°, p. 55; Romae, typogr. S. C. de Propaganda Fide, 1881, in-8°, p- 349, ete., ete.

En 1570, Gentien Hervet, d'Orléans, chanoine de Reims, entreprit une nouvelle traduction en français de la Cité de Dieu et, pour lui donner plus de poids, l’enrichit de la traduction en français des commentaires latins de Vivès. Afin de mieux assurer le succès de son édition, il les expurgea de tout ce qui avait motivé le blâme de la congrégation romaine. On trouvera la liste de toutes ces éditions dans notre essai bibliographique, au chapitre V.

Enfin, en 1610, Léonard Coquée, de l’ordre des Augustins, rédigea, lui aussi, des commentaires en latin qu'il inséra dans une édition latine du De Civitate Dei. Mais la réputation de Vivès n’était pas près de s’effacer et il crut bon de publier à la suite les commentaires latins du savant espagnol. A la fin de l’édition de Paris (1636), on trouve un index relatif aux annotations de Coquée et de Vivès.

Ainsi, pour nous résumer, les principaux commentateurs de la Cité de Dieu ont été : Nicolas Triveth (mort en 1328), Thomas Walleis (1340), Francois de Mayronis (1327), Jacopo Passavanti (1357), Raoul de Praelles (1382), Louis Vivès (1540) et Léonard Coquée (1615) '.

Nous voyons donc que, pendant près de deux siècles, la traduction de Raoul de Praelles a joui de la faveur universelle. C’est le meilleur éloge que nous puissions faire de cette œuvre. Pour nous, ce travail présente un intérêt particulier. Ce sont, en effet, les manuscrits de cette version française qui ont été décorés par les peintres des x1v° et xv° siècles, à l’exception de trois ou quatre latins ou italiens. C’est son texte qui a éclairé les artistes, et c’est en le prenant pour guide que nous pouvons suivre les détails de leur inspiration. De plus, les peintres ne se sont pas contentés de prendre leurs sujets dans le texte du traité de saint Augustin, mais très souvent aussi dans les Commentaires du traducteur dont la matière était moins dogmatique et plus anecdotique. Il s'ensuit que les illustrations s'adressent spécialement à cette traduction et aux explications qui l’'accompagnent, et seraient quelquefois incompréhensibles si on ne les avait pas sous les yeux.

C’est pour ce motif que nous avons voulu grouper dans cette étude tout ce qu’on pouvait savoir sur cette première traduction. Le lecteur nous excusera peut-être d’avoir, pour ces raisons, tant insisté sur Raoul de Praelles et sa famille, ainsi que sur ses travaux, et particulièrement sur ses Commentaires. Nous croyons que l’examen des manuscrits à peintures, qui feront l’objet du chapitre VI, n’y gagnera que plus de clarté.

1. Entre temps, d’autres écrivains moins célèbres avaient donné des explications du texte de saint Augustin. En laissant de côté François de Belleforest, annaliste du Roi (1530-1583), qui s'en était occupé avec sa légèreté ordinaire sous le titre d'Annotations et Observations sur les livres de saint Augustin de la Cité de Dieu, il faut citer Jacques Du Breul, le savant et modeste bénédictin (1528-1614), si connu par son Theatre des Antiquitez et par sa Chronique de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le manuscrit de son travail existe à la Bibliothèque Nationale sous le n° 19269 du fond français. C'est un in-8° de 308 ff., écrit en cursive minuscule et provenant de la « Bibliothèque de Saint- Germain-des-Pretz ». Il a pour titre : Jacobi Breulii Monachi Sancti Germani Parisiensis Collectanea in opus de Civitate Dei. Jacques Du Breul rappelle la division de l'ouvrage, la dédicace de Gentien Hervet dans son épitre au Roi, celle de François de Belleforest au seigneur de Tournon, celle de Vivès au roi d'Angleterre, Henri VIII, la préface de Vivès et la

genèse de l'ouvrage tirée du livre des Retractationes. Le manuscrit contient ensuite des extraits, avec copie de passages des

Commentaires de Vivès, classés selon les XXII Livres du traité de l'évêque d'Hippone. Ce travail constitue ainsi une analyse de la Cité de Dieu, tirée plus spécialement des éclaircissements du savant espagnol que du texte même du traité. Nous citerons encore Hardouin et Larcher, la traduction restée manuscrite (Ms. 595 de la Bibl. Mazarine, 1568) des Livres I et II

par P. Crespet, et des Commentaires au Livre I publiés en 1624 à Francfort, par Gaspar Barth. Nous trouvons une très bonne

analyse de l'œuvre de saint Augustin dans l'abbé Fueury, Histoire ecclésiastique, Paris, 1740-58, Liv. XXIII, paragr. 7 sqq. Nous signalerons encore une analyse de la Cité de Dieu dans De summa providentia res humanas administrante quid senserint prioris Ecclesiae scriptores et quae fuerit apud eos ejus doctrinae forma et incrementum, Paris, 1843, in-8°, 62 pp., de M. Sawr-René TaizLanDierR et une étude du même ouvrage, comme explication de l'Histoire, dans Historiae Interpretatio secundum D. Augustinum in libro de civitate Dei, Paris, 1855, in-8°, 35 pp., de M. A. Brécuy.

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