‹ Les manuscrits à peintures de la Cité de Dieu de Saint-AugustinChapitre 72 sur 354 · A. — MANUSCRITS · texte numérisé non relu

A. — MANUSCRITS

La présente étude a pour but principal, comme nous l'avons dit, de donner une description raisonnée des peintures qui ornent certains manuscrits de la Cité de Dieu. Nous nous sommes donc préoccupé avant tout de la recherche de ces volumes de choix et, sur ce point, après avoir consulté par écrit quelques bibliothécaires et avoir dépouillé quantité de catalogues, nous espérons n’en avoir laissé échapper que fort peu.

Mais entre un exemplaire, sans miniatures, qui offre une simple copie du texte et un autre exemplaire qui présente une riche illustration, composée de tableaux à pleine page ou de vignettes, il y a toute une classe nombreuse de manuscrits qui contiennent, dans une décoration plus ou moins importante, des bordures, des lettres fleuronnées, des armes, des devises, des signatures d'artistes ou de possesseurs, etc.'. Quelquesuns même renferment une effigie de saint Augustin, écrivant devant son pupitre*.

Ces différentes copies ne sont pas à proprement parler des manuscrits à peintures et ne peuvent pas être confondues avec ces derniers. Et cependant elles sont trop intéressantes, par les particularités qu’elles offrent à notre curiosité, pour ne pas être signalées dans une section spéciale et retenir quelques instants notre attention.

C'est pourquoi nous avons jugé bon de donner ci-après, à titre de contribution, un Essai de bibliographie des manuscrits de la Cité de Dieu. Nous disons un Æssai; car, quoique nous ayons retrouvé en Europe près de cinq cents exemplaires de cet ouvrage, nous ne pouvons avoir la prétention d’en avoir dressé une liste complète. En effet, certaines collections, ecclésiastiques ou particulières, doivent en posséder dont nous n'avons nulle trace. D'autre part, beaucoup de bibliothèques de Russie, d'Italie, d'Espagne et de Portugal n’ont pas de catalogues et il est difficile de se rendre compte de ce qu’elles renferment.

La présente nomenclature, dressée par ordre alphabétique de villes ou de dépôts, comporte le titre de l’exemplaire, son contenu, son format, le nombre des feuillets de parchemin ou de papier, avec leurs dimensions, l’époque à laquelle le volume a été

1. Comme le manuscrit de Matthias Corvin, conservé au Musée hongrois à Budapest. 2. Comme plusieurs manuscrits de Florence.

établi et quelques renseignements particuliers sur sa décoration et sa provenance. Ces remarques sont suivies, après chaque article, de l'indication du recueil dans lequel elles ont été puisées. Nous renvoyons à ces sources quand nous n’avons pu voir l’exemplaire, et nous n’assumons pas la responsabilité qui incombe à leurs auteurs. Mais beaucoup de ces volumes, et des plus importants, ont passé sous nos yeux; par exemple ceux d'Anvers, de Bruxelles, de Budapest, de Florence, de Milan, de Munich, de Paris, de Rome, etc., et, dans ce cas, ont été l’objet d'observations plus étendues.

Quant aux manuscrits à peintures, que nous avons rous étudiés en détail, nous les avons également inscrits à leurs lieux de dépôt respectifs; mais, pour les distinguer, nous les avons marqués d'un renvoi qui indique le numéro d'ordre de la description détaillée qui leur est réservée et qu'on trouvera au chapitre suivant.

La moitié des exemplaires que nous avons rencontrés, environ deux cent cinquante, contient le texte complet des XXII Livres du traité; une soixantaine comprend seulement quelques livres, soit que le temps ait détruit en partie la copie primitivement entière, soit que cette copie n'ait été originairement que partielle. Une trentaine, à partir du xiv° siècle, donne les premiers commentaires latins dont cette œuvre était enrichie; ils sont dus, comme nous l'avons vu, à la plume de deux réguliers de l’ordre de Saint-Dominique, Thomas Walleis et Nicolas Triveth. Un certain nombre ne renferme que des extraits de Francois de Mayronis sous le nom de Flores; une vingtaine ne comporte que la table des chapitres et un index; enfin, dans cinq d’entre eux nous ne trouvons qu’un abrégé de l'ouvrage.

Les manuscrits latins que les auteurs ont le plus utilisés pour établir le texte des meilleures éditions, entre autres celle de B. Dombart (Leipzig, 1877), sont les suivants :

Mss. lat. 2050, 2051, 2052, 2053, 11637, 11638, 11639, 12114 et 12115 de la Bibliothèque Nationale de Paris ;

Mss. lat. 2532-33, 6259, 6267 et 3831 de la Bibliothèque royale de Munich;

Ms. lat. LXXV de la Bibliothèque de l’Église métropolitaine de Cologne;

Ms. lat. XXVIIT de la Bibliothèque du Chapitre de Vérone.

Tous ces exemplaires ont été copiés entre le vn° et le xr° siècle.

Avant le 1® septembre 1375, date à laquelle Raoul de Praelles termina la première traduction française, tous les exemplaires étaient en latin; la version du maitre des requêtes de Charles V donna lieu à d'élégantes et riches copies dont la plupart sont arrivées complètes jusqu'à nous.

Par la suite, le célèbre ouvrage fut traduit dans d’autres langues : italienne, anglaise, allemande, catalane, espagnole et grecque.

C’est dans les bibliothèques de Paris et de France que l’on trouve le plus d’exemplaires de la Cité de Dieu. Viennent ensuite l'Italie, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, l'Espagne, la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas, la Russie, le Portugal et le Danemark.

Au cours des recherches que nous avons faites, nous avons dû dépouiller des livres de comptes et des inventaires anciens dans lesquels nous avons trouvé signalés des manuscrits de la Cité de Dieu que nous n'avons pu identifier avec les exemplaires existant aujourd’hui dans les différentes bibliothèques, notamment ceux qui ont fait partie des librairies du roi Charles V et de Jean, duc de Berry. La plupart d’entre eux ont du périr depuis longtemps. D'autres ont passé en vente à certaines époques et ont

disparu sans laisser de trace. D’autres enfin ont pu échapper à nos investigations, ou ont passé dans nos bibliothèques sans que leur signalement primitif puisse permettre de les reconnaître. Nous avons pensé qu'il pourrait être utile de mentionner ces exemplaires et nous en avons dressé une liste supplémentaire qu’on trouvera placée après la Bibliographie proprement dite, avec indication des sources où nous les avons trouvés relevés.

Il nous reste à parler du manuscrit original de saint Augustin.

On sait que le saint évêque préchait quelquefois en langue punique pour se mieux faire entendre de ses ouailles; mais il correspondait en latin avec les fidèles et ses œuvres furent écrites dans cette langue. C’est ainsi que fut composé le De Civitate Dei.

Au sujet de cette copie écrite de la main de l’évêque d’Hippone, nous devons rapporter la légende suivante’. En 1612, le chérif Muley Zeidan, devant les progrès du marabout Abou Mahalli, se retira dans le sud du Maroc et achemina vers le port de Saffi les deux cents femmes de son harem, sa garde-robe et son trésor. Ce fut la Notre-Dame-de-la-Garde, de Marseille, qui emporta cette fortune, y compris « septante- « troys fardous ou balles grandes de livres mahométans ». Ils constituaient la précieuse bibliothèque du chérif, qui lui venait de son père, un des sultans les plus lettrés du Maroc.

En route pour Sainte-Croix-du-Cap-Ghir, un Français de Marseille, Philippe, dit Castellane, à qui appartenait le navire, se laissa cheoir, dans les parages de Salé, entre les mains de Luis Fajardo, commandant la croisière espagnole, qui surveillait les côtes du Maroc, alors en guerre avec l'Espagne. « La cargaison fut confisquée, le mobilier « envoyé à Madrid et les quatre mille manuscrits du chérif déposés à l'Escorial?. » Une légende populaire voulait que parmi ces livres se trouvassent les ouvrages autographes de saint Augustin. Quelques années plus tard, au mois d’août 1631, Renaudot, dans la Gazette de France, se faisant l'écho de ce bruit fabuleux, parlait de la perte du manuscrit original des œuvres de l’évêque d’'Hippone”.

Des négociations ouvertes à la suite de ces événements entre l'Espagne et le Maroc trainèrent en longueur pendant tout le xvn° siècle. Le Grand Inquisiteur, consulté au sujet des volumes, était presque d'avis de les faire brüler, ou du moins, si on n’en arrivait pas à cette extrémité, de les placer à l'Escorial dans une pièce où ces livres exécrables n’eussent aucun contact avec les livres de saint Augustin et de saint Thomas. C’est ce qui eut lieu. Toutefois, en 1690, la cour de Madrid, faisant droit à des demandes régulièrement réitérées, consentit à en rétrocéder quelques-uns à Moulaï Ismaël.

Mais la légende resta ancrée dans les esprits. Plus tard, en effet, en 1733, d’après le consul de Cadix, Partyet, très au courant des choses du Maroc, on affirmait encore que cette collection contenait les manuscrits originaux des œuvres de saint Augustin, écrits par ce Père et richement reliés. Les Barbaresques appelaient le saint évêque Sidi-

1. Cf. Pauz Masson, Histoire des établissements et du commerce francais dans l'Afrique barbaresque, Paris, Hachette, 1903, p. 72, note; Cu. pe La Ronciène, La Question marocaine d'antan, article remarquablement documenté paru dans le n° de septembre 1907 du Correspondant; Cowre Hexny oe Castries, Autour d'une bibliothèque marocaine, article paru dans le Journal des Débats du 20 octobre 1907, et Sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845, 1°° série, tom. II.

Page 1