DES DONATIONS A DES CONCUBINES
Marcellus garde une servante scandaleuse. Il décède, et son héritier obtient du Juge un mandement provisoire, pour faire saisir quelques meubles du défunt, que la servante auroit emportez. On ne nie pas que, durant les dernières années de la vie du défunt, il n'auroit eu de fréquentes atteintes de goûte et de colique, et qu'il n'auroit en effet recommandé sa servante, qu'à cause des soins et des peines qu'elle auroit pris pour luy. Il conste aussi qu'entre autres choses elle auroit un petit diamant, qu'elle dit luy avoir esté laissé par son maistre, et qu'elle reftise de rendre sans estre payée de ses services. Cela peut faire naistre ces deux particulières questions: si l'on peut donner à une concubine ; s'il faut, pour ce qu'elle dit avoir receu par voye de salaire ou de donation, qu'elle en soit crue sur son serment II y a dans le Digeste un Titre de Concubinis. Le concubinage et le divorce étoyent alors fort communs. Donationes in concubinam collatas non posse revocari convenit L. 31, inprincip. D. de Donation. Affectionis gratiâ neque honestœ^ neque inhonestœ donationes sunt prohibitœ. Honestœ ergà benè merentes amicos vel necessarios: inhonestœ
SSNTENCBS £T QUESTIONS. 123
circd meretrices. L. 5, D. eod. * In concubinatu patest esse quœ obscuro hco nata est, vel quœstum carpare fecit L. 3, in princ. D. de cancubinis. Il n'y a rien de plus soumis et de plus officieux que ces malheureuses, dont la subsistance dépend de celuy qui les entretient L'humeur fière de quelques légitimes feniiSëft fidt trouyer les concubines plus commodes. Celles-là sont des maîtresses, celles-cy des esclaves. Mais l'amitié des premières est réelle, et celle des autres n'est ordinairement qu'un piège fatal. 8unt adulatiores, sed rapaciores. Milites meos, disoit un Empereur Romain, L. 2, C. de donat int. vir. et uwùr.y à focarus suis hâc ratiane f/actisque (idulationibus spoliari nolo. On a dit plaisamment, que les caresses d'une concubine ne sont que des feux d'artifices. Basnage rapporte une Ordonnance Koyale et des Arrests de Cour Souveraine, comme les donations seroyent généralement défendues, quand il s'agit de femmes et de personnes mal-honnestes, et Bérault en cite aussi divers arrests. D'autres distinguent ce qui est reçu d'avec ce qui ne Test pas. Quod meretrici datur repeti non potest h. 4, ^Z, D. de condict. ob. turp. eau. Ils prétendent que, comme il n'y a point d'action pour l'un, il n'y a point de répétition pour l'autre, et cette distinction est en effet la plus suivie. Il est vrai que la pureté du Christianisme ne soufire pas de telles habitudes ; mais ce ne seroyent que procès de répétition, ut vivitur. On voit même, à toute heure, en Angleterre, des legs
* In concubinatu poteit este eC aliéna liberta, tt igtnua; tt mazitni «a qu« obacuro loeo nata eit^ t«1 qusitum corpora facit.
t Fictif que.
12é SENTENCES ET QUESTIONS.
confirmez en faveur de concubines manifestes, qu'on appelle hùuse^keepers^ et qui sont à-peu-près comme celles que le Droit Romain appelle focarim, qtuB focum colunt^ cuUnarias. Si la maxime de ne point donner d'action ni de répétition en tel cas, doit estre receiie à l'égard des parties principales, il me semble que l'héritier du concubinaire pourroit du moins demander à la concubine qu'il trouveroit saisie prindpaiement de quelque précieux meuble, de quelle manière et pour quelle cause elle l'auroit entre ses mains, et qu'elle n'en doit pas estre crue sur son serment. Car dequoy ne jureroit pas et dequoy ne se saisiroit pas une créature qui s'abandonne 1 II a esté jugé par la C!our Royale, que si la servante n'avoit point de témoins comme son maistre luy auxoit donné, durant sa vie, le petit diamant dont j'ai parlé ci^dessus, elle le devoit rendre. Au reste, il y a quelque différence entre les concubines. Celle d'un honmie marié ou d'un homme qui en garde plusieurs, ne sont pas du rang de simples concubines, proptef' spem futuri ma* êritnonu. Il y a des concubines qui sont des femmes prostituées. Basnage dit qu'en Normandie on peut donner au bastard, &c., Vid. Godefcoy et le Joursial du Palais, et l'Art 426 de la coût, de Noarmandie. Solutat càm solutum est plus &vorable. Voyez Papon. Arr., liv. XX., Tit 3. N. 3.