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CLASSEMENT DES MANUSCRITS DU POÈME DE JEAN DE MEUN

Répartition des manuscrits en deux groupes

Une des fautes qui réunissent le plus grand nombre de mss. sous un même chef est une interpolation entre les v 8178-79. Le roi Salomon dit :

« Biaus filz, de povreté te garde

Touz les jourz que tu as a vivre. »

Et la cause rent en son livre :

« Car en ceste vie terrestre

Mieuz vient mourir que povres estre, (v. 8178) Et cil qui povres aparront

Leur propre frere les harront. »

Et pour la povreté douteuse, (v. 8179)

Il parle de la soufraiteuse,

Que nous apelons indigence,

Qui si ses ostes desayance

Qu’onc si despites ne vi genz

Con ceus que l’en veit indigenz. (8174-84)

Le « livre » de Salomon d'où Jean de Meun a tiré les v. 8174-78 est l'Ecclésiaste : Fili, in lempore vilae tuae ne indigeas; melius est enim mori quam indigere (XL, 29) ; les deux vers interpolés qui les suivent immédiatement sont extraits des Proverbes : Fratres hominis pauperis oderunt eum (XXX, 7); et cependant Jean de Meun ne cite qu'une source. D'ailleurs ce sont les expressions indigeas, indigere, de l'Ecclésiaste, que commentent les v. 8179-84: ceux-ci, placés après le passage des Proverbes, où l'expression pauperis seule est employée, perdent leur signification.

L'un des vers interpolés n’a huit syllabes que si l’on n'élide pas l’e de povre, c'est-à-dire si le mot se termine par une s; mais l's finale au nominatif masculin pluriel est encore rare dans le poème et ne se trouve qu à la rime; il eût été facile à l’auteur de compléter autrement que par cette s la mesure de son vers, et c'est, semble-til, ce que Jean de Meun aurait fait.

D'ailleurs, si les mss. qui n'ont pas les deux vers des Proverbes sont peu nombreux, en revanche, ce sont les meilleurs, et ils forment plusieurs groupes indépendants les uns des autres. Au Contraire, si les autres mss. ne se retrouvent plus tous réunis dans la suite par une même variante, c'est sans doute parce que la plupart font alterner différentes versions, mais les rapprochements que j'établirai entre les différents groupes qu'ils forment montreront que tous sont plus ou moins alliés les uns aux autres.

Donc, sous réserve de justifier plus tard par d’autres arguments cette appréciation, je considère comme ayant une faute commune, c'est-à-dire comme faisant partie d’une même famille, tous les manuscrits qui ajoutent, à la suite du v. 8178, deux vers extraits des Proverbes; et, d'après ce passage, je répartis provisoirement l'ensemble des mss. en deux groupes :

I, manuscrits qui n’ont pas l'interpolation : 4b, AG (— A); Ba, Bé, Be, Bt; Bu; Bu, By(=—B}; Ca; Ce(=C);Ev,.He; Mar, Ki, Lo, Coc, Jb et peut-être 7 (1).

Il, manuscrits qui ont reçu l'interpolation : tous ceux qui ne font pas partie du groupe I.

Bé, bien qu'ayant l'interpolation de IT entre les v. 8178-79, fait néanmoins partie de la famille B, de I, à laquelle je le restitue; Bo, B6, B6, intimement unis à Bé, seront étudiés à la suite de cette famille.

Le passage où se trouvent les deux vers ajoutés est omis dans Bi, Tow, Na; mais Bi fait partie de B, et Touw n’a aucune attache avec IT; Na suit le groupe AN de Il. Je range donc dès maintenant Bi et Tou dans le groupe I. Le fragment 27 accompagne Bi.

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