‹ Les manuscrits du roman de la roseChapitre 122 sur 142 · RAR · texte numérisé non relu

RAR

In principio : Terra autem e = ( ES { creavit Deus == erat inanis Ses F SA >» Car celum et terram el vacua (T DS ee (Ab) ë In principio crea- Terra autem à Le vit Deus celum erat inanis S >.

et terram et vacuda à à ee, A

a In principio Terra autem ee os à AS a S creavit Deus erat 1nants = à à a: celum et terram et vacu«

(Jon)

Cette représentation des deux mains, bien que je la considère comme indispensable à l'intelligence du texte, et comme provenant du ms. original, constitue cependant par elle-même, à cause de sa rareté, une présomption de parenté entre les copies qui l'ont gardée.

A part les rencontres notées dans les pages précédentes, À n’est uni par aucune variante à un autre groupe.

Entre Ab et d'autres mss. que Ac, je n’ai pu relever que les variantes qui suivent, absolument insignifiantes : avec C, v. 5539 douz, pour dur; v. 13820 omission du mot peus : Heaumes, haberz,ne massue (Ab), Haub.ne hiaum. ne m. (Ca), Ne hi. aubers ne m. (Ce), pour Aiaumes, hauberz, peus ne r.; avec C, Eb, He, v. 5560 Dont, pour Tant; v. 13329 aides (Ca : grandes) mameles, pour lourdes m.; avec Bd, Eb, He, L, v. 17180 plus, pour pas: avec Eb, He, L, v. 15114 entre, pour encontre; avec Eb,

omission du mot {eus (1) dans le v. 19655 Quant leus regles leur controuva: avec He, L, v. 17996 les, pour le; avec Ja, v. 9058 Ainçois, pour À ceus; avec K, et plusieurs mss. de N'el de Z, LÉ 20787 bouzon, pour brandon; avec X, M, N, Y. 4858 d'améableté, pour de muableté; avec N, v. 19079 de tristece fumee rousst LÉ loussi), pour d. triste [.r.; avec L, N, v. 13476 louer, pour Jouer ; avec L, v. 14744 acoïinte, pour enceinte (Ac : entainte). Des variantes de Ac, plusieurs certifient sa parenté avec d'autres mss. que AD.

Dans Ac, les v. 6691-98, 8709-16 (2), 9199-200, 16131-32 ont été d'abord omis, puis ajoutés en marge, d'une écriture qui parait être celle du copiste, bien que l'encre de la première et de la troisième additions diffère un peu de celle du texte. Ac omet encore les v. 208923-24 (3). Or, la premiére de ces omissions se retrouve dans Ba, Bä, He (lacune dans Æb), la deuxième, la troisième et la quatrième dans 2, Eb, He (4), la cinquième dans Ca, Tow, Eb (5). Ces rencontres de Ac avec B, Eb, He ne peuvent être fortuites. Voici quelques autres variantes communes à AC et aux mêmes mss.: v. 4989 Neja (B, Eb, He) (6), pour Que ja; vx. 5659 domages (Ba, Eb, He), pour d'outrages; Y. 1657 Ne que (B, Eb), pour Et q.; v. 8224 primevoire (B, Eb) (1), pour primerole ; v. 8595 Es chesnes (Eb, He) (8), pour Des c.:; v. 8420 Des beaus (Ie) (9), pour De b.; v. 8152 S'onques

fame prise n'eüsse (B, Eb, He), pour S'onc [. espousee n'e.; V.…

11311 Recevoient (He) (10), pour Retenotent; v. 21690 La vote (Be, Eb), pour {. moie (11).

(1) Dans 45, (ex est ajouté au-dessus de la ligne, mais probablement pas par le copiste.

(2) Dans 4b, lés v. 8713-16 sont aussi écrits en marge par le copiste, qui les avait probablement oubliés, induit en erreur par la ressemblance des rimes aeure : labeure (8711-12) et aventure : creature (8715-16).

(3) Je néglige, parce que je n’y vois qu'une simple coïncidence, la rencontre de Ac avec Be dans l'omission des v. 21483-84.

(4) Dans Z, les v. 9199-200 sont placés à la suite de 9202.

(5) Et dans L. Lacune dans Ba.

(6) Aussi dans Z.

(7) He: primeroles.

(8) Aussi dans Z.

(9) Aussi dans ZL.

(10) Aussi dans Z.

(11) Je considère comme insignifiantes les rencontres suivantes de 4e avec B Où quelqu'un de ses représentants : v. 7561 devez (Ba), pour poez; v. 10238 getasse (B), pour ostasse ; v.10551 le fenira (Ba, B&), pour le fournira; v 141750 De Fuus Semblant face !Bä), pour #. de F,. S.; v. 15896 Qui toute (Ba), pour Ou t.; v. 20566 puisse estre departie (Be; corrigé dans Ac\, pour p. e. eure partie ; v. 20578 sage et maistre (Be), pour s m. (et a été gratté dans Ac).

J'ai noté celles des variantes précédemment citées qui se retrouvent dans Z; en voici quelques autres communes à Ac et à Z, et dont deux ou trois doivent être prises en considération : v. 4387 le cuira, pour le suira; v. 4118 l'escouvient, pour La couvient: v. 6276 Zeur meul (1), pour ?. vient ; v. 8016 set, pour jet; v. 8539 Ne vous pouez (2), pour V. n. p.: v. 13098 Se vous voulez ami eslire, pour S. ®. a. v. e.; V. 15573.et 15579 chascuns, pour Cacus; v. 19210 Ainz me repent dont je Le fis, pour Mout m. r. d. ome LUS

Ac a deux vers interpolés entre 10094-95, qui se retrouvent dans Ri, Ro, yv, Li, Lg, K, Ga, Maz (4), la faute suivante est également intéressante : v. 17045 Ztjoinz piez dedenz (5) a saülli (Ac), Etj. p. trés a. s. (M, N), Et toux jourz par d. s. (K), pour Et Jj. p. en Ethna s. Cette dernière faute a pu se produire indépendamment dans plusieurs mss., peu de copistes connaissant l'Ethna (ZL: Erna); mais la précédente est un indice certain de parenté entre tous les mss. qui la reproduisent.

Le copiste de Ac avait passé directement du v. 11299 au v. 11981 (f 76 b), omettant ainsi, non seulement le chapitre apocryphe des privilèges de Faux-Semblant, mais aussi les v. 11293-980. Cette lacune correspond si exactement à un chapitre facilement séparable du reste du texte qu'on doit la considérer comme intentionnelle. Plus tard, le même copiste a inséré, après le feuillet 76, au milieu d'un cahier, un nouveau cahier de huit feuillets, pour y transcrire le chapitre apocryphe des privilèges de Faux-Semblant et les v. 11223-982 (6).

(1) Aussi dans B&.

(2) Aussi dans B4.

(3) Ace et La ont aussi quelques fautes communes : v. 4816 cers sauvages, pour e. ramages ; v. 52617 m'orront, pour m'orreil; v. 8011 Par le despens, pour P.les d.; v. 14077 j'ai dit, pour je di; v. 16786 chaiere, pour chaeine; v. 16790 chaere (Ac), cheere (La), pour chaeine.

(4) Ils ne sont pas dans B4.

(5) 11 semble que le + de piez et tout le mot dedenz aient été écrits par le copiste sur un blanc qu'il avait laissé dans le vers. B@ : E. a jJ.p. d.s.

(6) Le v. 11982 est le 4e du feuillet 83 actuel, 7° feuillet du cahier supplémentaire ; le reste de ce feuillet et le huitième du même cahier n'avaient pas été utilisés. Dans la suite, encore au XI Ve siècle, on a biffé sur le f. 76 les v. 11981- 12088, qui ne se trouvaient pas à leur place. pour les reporter à la suite de l’addition du copiste; il n’est plus resté alors d'inutilisé que la dernière colonne du 7e feuillet et le huitième tout entier du cahier supplémentaire; on a supprimé ce dernier feuillet blanc, et son talon, qui devait êlre à l’origine entre les f. 83-84 actuels, a été placé par un relieur entre les f. 77-78.

Pour deux raisons, je suppose que le chapitre des privilèges n'existait pas dans le ms. que le copiste reproduisait : d'abord, S'ILS Y était trouvé, pourquoi ne l’aurait-on pas copié à sa place ? En second lieu, il n'est ni dans 4, ni dans B, Eb, He, ni dans Bw, ni dans Z (4). Tout porte donc à croire que le copiste l'a pris dans un autre ms. Mais on ne peut appliquer le même raisonnement aux v. 11223-980, parce qu'ils sont dans Ab, B, Eb, He, Bu, L, de même que, d'ailleurs, dans tous les autres mss. Je crois donc que les v. 11223-980 . existaient dans le ms. suivi par le copiste de Ac ; que ce copiste les avait d’abord volontairement omis ; qu'ayant ensuite trouvé dans un autre ms. le chapitre des privilèges, il l'y a pris, et qu'alors, se ravisant, il a repris également les v. 11223-980. Mais pourquoi avaitil d'abord omis ces vers ? Sans doute par suite d’une interprétation fausse ou exagérée de la note qui les précède dans Z%, ou, plus exactement, qui les précédait dans le prototype de Bu et Bu (voir p. 396 l'étude de Bu, Bu). Tout en supprimant les v. 11225-980, le copiste de Ac avait écrit devant le v. 11981 les mots Æ£f sequitur (2). Ces mots ne se comprennent que si on se reporte à la note de B#. Dans Bu, la note est placée entre les v. 11227-98 : dans By, elle est mieux à sa place, entre les v. 11222-93 : il en était de même dans le ms. apparenté à Bu-Bu qu'a connu le copiste de Ac.

Cependant, pour les v. 11223-980, Bu, Bü suivent le texte très altéré de B, tandis que Ac n'a aucune des fautes de B et suit plutôy Ab. C’est que le texte primitif des ancêtres de Bu-Bu était celui de Ab-Ac, duquel ils ont gardé la mention des mains corporelle et spirituelle, tout en le modifiant par l'addition des variantes de Z. C'est aussi à l'ancêtre commun de Ac et de Bu-Bù que remontent l'avertissement qui précède les v. 11223-980 et les autres variantes communes à Ac et à Bu signalées dans les notes des pages précédentes.

Le copiste de Ac a done connu au moins deux mss. du poème : un qui n’avait pas le chapitre des privilèges de Faux-Semblant, et un qui l'avait ; mais il est probable qu'il n’a vu le second que lorsqu'il avait déjà terminé la copie du premier (3), autrement on ne

(1) Il existe dans les mss. qui ont avec Ac deux vers interpolés entre 40094- 95 ; mais la version des privilèges n’est pas la même dans A+ que dans ces mss.

(2) Et seqwr Ci se volt lere Faus Semblant ne forment qu'une seule ligne.

(3) Une correction (v. 15776, el remplaçant de) est faite avec la couleur bleue des Icttrines. Mais précisément cette correction donne à Ace la leçon de Ab.

comprendrait guère pourquoi il a laissé en blanc les v. 14898 et 19307, qui ont été écrits, le premier certainement, le second très probablement plus tard, sur une ligne ménagée pour les recevoir. D'autre part, le ms. que Ac reproduit principalement réunissait déjà aux leçons de AD quelques variantes de Z, Eb, He, quelquesunes de Z et plusieurs autres encore. Toutes ces considérations amoindrissent considérablement l'autorité de Ac, et je ne l'utiliserai qu'avec beaucoup de réserve pour contrôler les leçons de Ab.

B'—= Ba; Bu, Be, bé, bi

Ba, Bâ, Be, Bi, Bt, Bu, Bù, By ont de nombreuses fautes communes, qui établissent entre eux une incontestable parenté. La plupart de ces variantes se retrouvent dans Bé, bien que ce ms. ait l'interpolation de IT entre les v. 8178-79 (1).

Ces mss. sont si diversement contaminés, les rapports qui existent entre eux sont tellement compliqués que, pour plus de clarté, dans l'étude qui suit, je considèrerai d'abord le groupe B, comme exclusivement composé de Ba, Bd, Be, Bé, Bi. Je montrerai ensuite par quels liens chacun des autres représentants du groupe se rattache à quelqu'un des cinq précédents. Mais, déjà dans l’étude d'ensemble de Ba, Ba, Be, Bé, Bi, je signalerai en notes les variantes que Bt et Bu, Bu auront en commun avec lui.

B est donc composé de Ba, Bä, Be, Bé, Bi. Je ne donnerai, pour l'instant, que quelques exemples des variantes communes à tout le groupe, puis de celles qui unissent spécialement entre eux plusieurs de ses représentants, à l'exclusion des autres. On trouvera de nouvelles variantes dans la discussion qui suivra sur la valeur de ces mss.

Fautes communes aux cinq mss. (2). Deux vers interpolés entre les v. 4228-29 : Car selonc ce qu'ele porroit Moul volentiers me secorroit (3); v. 7841-42 omis ; quatre vers interpolés entre les

(1) Bo, B6, B6, spécialement unis à Bë, seront examinés à la suite du groupe B.

(2) Toutes ces fautes existent dans BÂ, sauf les quatre dernières, v. 19711-12, 15715-76, 15779, 15803 ; toutes existent dans Bu, sauf celles des v. 104?5-26, 10769- 70, 15711-12, 15775-76; pour les v. 10422-23, 11790-91, 11903-4, des variantes intéressantes de Bu seront signalées en notes. Bû accompagne Bw de la variante 10048-49 à la variante 11903-4 inclusivement ; il a aussi les deux vers interpolés entre 4228-29 et la variante du v. 15803.

(3) Ces deux vers sont aussi dans J et K.

v. 1876-77 (1); v. 7893-94 intervertis : deux vers interpolés entre 10048-49 (2); quatre vers interpolés entre 10422-23 ; v. 10425-26 omis (3) ; v. 10769-70 intervertis ; deux vers interpolés entre 11254-

53: dix entre 11568-69 ; six entre 11678-79; quatre entre 11790- 91 (4); v. 11903-4 remplacés par seize autres vers (5) ; v. 12155 Sire ce respont Astenance, pour S. dit Contrainte A.; v. 1226 Bien pert, pour Sachiez ; v.12369-70 intervertis ; v. 12448 Mout volentiers: tout ce feisse, pour Dist la vieille, bien le f.; x. 124 Zlne vous puet mais encuser, pour Jamais ne les p.e.; v.12527 Les uis espoir ouverz laissast, pour Zu. entrouverz lil. ; v. 1571112 omis: v. 45775-76 omis ; v. 15779 Sa maisnie fist apeler, pour Lors f.s. mm. a. ; v. 15803 gielent, pour drecent.

Fautes communes à Z4a, Be, Bé, Bi, à l'exclusion de B4 (6). Vers 4246 Ja tu, ce croi, ses hons ne f. (Ba), Ja ses h. devenus ne [. (Be), Jamais, ce croi,ses h. ne [. (Bé), Jamais cerles ses h. ne f. (Bi), pour Onques s. h. esté n'eüsses; v. 4338 Ne nul si bel, pour Ne si hardi ; v. 1863-66 Le cuer avrez trisle et plourant (Bé, Bi: dolent) Si porrez huer (Be: crier) a morant, pour Lors avrez le Cueur plus dolent Qu'onques n'ot Chales pour Rolant Quant en Roncervaus mort recut Par Ganelon qui le deçul ; V. 19504 7ra, pour Ralast, etc.

(1) Dans Bi, deux entre 7875-76 et deux entre 1876-77. ,

(2) Lacune dans Ba, mais la présence de l'interpolation dans B4 prouve qu'elle existait chez l'ancêtre de Ba; elle se retrouve dans Bé, Bi, Bu.

(3) Bu et Bû ont les v. 10425-26, et c'est à leur suite qu'ils placent les vers interpolés dans B entre {0422-23 (de même dans Jo, Ju, Ro), d'où une série de quatre vers sur une même rime -we (les v. 10425-26 et les deux premiers de l'interpolation). En outre, Bà répète les v. 10422-23 à la suite de l'interpolation. Cette répétition me paraît imputable au réviseur, qui a juxtaposé la leçon commune et. celle de B. Le copiste d'un ancêtre de Bu (et de Jo), l'ayant remarquée, l'a supprimée.

(4) Les vers 11791-94 manquent dans Be et Bi, de sorte que les vers nouveaux les remplacert. Bu et Bû n'ont que les deux derniers des vers interpolés: ils les ont entre les v. 11794-95, c’est-à-dire, comme Be et Bi. immédiatement avant les v. 11795. Ils ont gardé les v. 11791-94 d'un ms. qui n'avait pas l'interpolation et à la suite ont transcrit les vers interpolés, qui, dans un texte semblable à celui de Be et Bi, tenaient la place des v. 11791-94.

(5) Dans Bi, les v. 11905-26 manquent. de sorte que les seize vers nouveaux y remplacent en réalité les v. 11903-26. Be a à la fois les v. 11903-4 et à leur suite les 16 vers de B. Dans Bu, Bû (et dans Jo, Ju), les v. 11903-26 existent et sont suivis des seize vers de B. lesquels, par conséquent, précèdent immédiatement le v. 11927 comme dans Bi. C'est donc la leçon de Bi qui a été ajoutée à la version commune dans Bu -Bû et Jo, Ju.

(6) Bt a toutes ces variantes, sauf la première; Bu a celles des v. 4246 (var. de Bé), 4338, 7863 (var, de Bé), mais pas celle du v. 12504: Bû n’en a aucune.

Fautes communes à Ba, Bd, Be, Bi, à l'exclusion dé Bé (1). Vers 5361-62 omis ; v. 10239-40 omis ; v. 11235 De bons morseuus et de bons vins, pour De trés b. m. et de vw. ; v. 11987-38 placés entre 1193233 : v. 11239-40 remplacés par six vers; v. 11249-50 placés entre l'interpolation qui suit le v. 11954 et le v. 11955 ; v. 119291-92 S'it dit par la bouche au profele La parole que j'ai retraile, pour Se Salemons dist de par lui La lelre que ci vous parlui ; v. 11579- 80 intervertis ; v. 11596 Les (Bj : Lor) confessions, pour L. secrez aus gens ; v. 11655 Le faisions, pour Le grevions ; v. 11665-66 omis; v. 11799 Baillerent, ce est chose, pour Fu baïlliez, c'est bien Ch. ; v. 11803-4 omis ; v. 12055-56 omis; v. 12057 Æt mout, pour Et ü (variante qui se rattache à l'omission des deux vers précédents).

Fautes communes à Za, B&, Be, Bé, à l'exclusion de B? (2). Vers 4157 Bien m'avroit Maufez esbahi, pour M. ma. b. enTA ; Y. 12452 fouz jourz, pour trestouz ; v. 19508 Zanterne, pour chandele. |

Fautes communes à B«, B&, Bé, Bi, à l'exclusion de Be (3). Entre les v. 4420-91, deux vers interpolés : Toule beste fuiroit ceste uevre Se n'iert deliz qui la recuevre. On peut supposer que Be à spontanément supprimé ces deux vers, qui reproduisent l'idée et en partie les termes des v. 4419-20. Vers 12103 doucement, pour wmblement ; ici encore, les deux adverbes étant à peu près synonymes, Be a pu de lui-même restituer par hasard la bonne leçon. Mais il ne saurait en être de même dans le cas suivant : Be a les v. 12529-30, omis dans Ba, B&, Be, Bi.

Fautes communes à 24, Be, Be, Bi, à l'exclusion de Pa. Tandis que Ba, Be omettent les v. 15805-10, Be les v. 15805-18, B; les v. 15803-26 (4), Ba n'omet que les vers 15809-10 ; c’est le seul exemple, à la fois certain et caractéristique, que je puisse citer dans Ba de la bonne leçon s'opposant à une faute commune aux quatre

(1) Bi n'a pas les variantes des v. 5361-62, 11235, 11291-2; il omet les v. 11237- 38 ; il a toutes les autres variantes; Bu a celles des v. 11235, 11237-28, 11239-40, 11249-50, 11579-80, 11596, 11659, 11799, 12055-56, 12057, mais pas les autres; Bû accompagne Bu de la variante 11235 à la variante 11799.

(2) Bi a les deux premières variantes, mais pas la troisième ; Bu les a toutes trois ; Bà n'en a aucune.

(3) Bt et Bu ont les deux premières variantes, mais pas la troisième.

‘4) Bt et Bu n'omettent rien,

autres mss. Toutefois si, comme j'essaierai de le montrer, Ba et Be, d'une part, sont très spécialement unis, et si, d'autre part, Ba se rattache plus particulièrement à Ba (Bé et Bi à Be). la présence de la bonne leçon dans Ba lorsque B& partagera la faute de l'un ou de deux des trois autres mss., surtout celle de Be, pourra donner lieu aux mêmes conclusions que si Ba s'opposait aux quatre mss. D'ailleurs, les exemples qui suivent de l'un de ces cas sont tous, sauf un(1),extraits de passages omis dans Bi, ettous de passages où Bé, lorsqu'il n’a pas la faute, a quitté la famille : Bä et Be ont une même faute qui ne se retrouve pas dans Ba aux v. 6531 seigneurs, pour graigneurs ; v. 6585 pileus, pour courteis, et v. 6586 courtois, pour piteus; v. 6782 ce cuil, pour ce semble; v. 8152 S’onques fame prise, pour S’onc fame espousee; v. 12735 forment, pour souvent; v. 12735 s'il li est bien, pour s'il e. si b. (2). À Bä et Be se joint Bé aux v. 10750 mere, pour dame ; v. 10949-50 omis (3). Il n'y a peut-être pas à tenir compte de trois cas, qui peuvent être attribués au hasard, où Bé et Bé ont une même faute facile à commettre, pendant que Ba, aussi bien que Be, a la bonne leçon : v. 7059-40 intervertis ; v. 9649 Chastel, fermetez et citez, pour Chastiaus fermerent et c.; v. 10747-48 omis (4). Bi fait défaut pour les deux premiers passages ; pour le 3%, il a la bonne leçon.

Il résulte des constatations précédentes que les cinq mss. ne descendent pas directement d’un unique ancêtre ; c'est-à-dire que plusieurs, sinon tous, doivent avoir des attaches avec d'autres familles. Ce n’est qu'avec ces restrictions, qui seront dans la suite plus amplement justifiées, qu'on peut les considérer comme les représentants d'un prototype B, et tenter d'établir entre eux et par rapport avec ce prototype des degrés relatifs de parenté. Des faits qui vont être exposés à ce propos, la conclusion la plus vraisemblable sera que Ba et Be sont les représentants les plus directs de l'ancêtre commun ; que B& descend d'un intermédiaire entre cet ancêtre et Ba, tandis que Bé et Bt procèdent d'intermédiaires entre le même ancêtre et Be ; conséquemment que, lorsque la leçon origi-

(4) Celui du v. 10750.

(2) Aucune des fautes précédentes de Bâ et Be ne se trouve dans Bu: Bta celles des v. 8752, 12733.

(3) B£ n'a aucune de ces deux variantes ; Bu et Bû ont la première, mais pas la seconde.

(4) Ni Bé, ni Bu, ni‘B@ n'ont aucune de ces fautes.

nale se trouve dans Bd, Bé ou Bi contre une faute commune à Ba et Be, ou dans Be contre Ba ou B& d’une part et Bé et Bi d'autre part, ou dans Ba contre Bd d'une part et Be, Bé ou Bt d'autre part, celui des mss. qui a la bonne leçon à dû l’emprunter à une autre famille. »

Fautes spéciales à Ba, Be (1). On a vu qu’à la fin de la 4"° partie du poème, Ba et Be tendaient à se rapprocher ; dès le début de la seconde partie, l'union êst accomplie: v. 4064 N'en seroie pas mieuz, pour Jenes. p.; v. 4065 En ce, pour En li; v. 4066-67 Qu'Amours me dist pour mieux (Be : moi) porter Mes maus (Be: Etm. m.), pour Qu'A.p.m.mes maus p. Me dist; v. 4150 Et quant dame Oiseuse onques crui, pour Elle conseil Raison ne c.; v. 4164 Ce puis je bien apercevoir, pour Si grant que nus nou pourreit creire, etc. Les fautes qui viennent d'être signalées sont toutes spéciales à ces deux mss. Il en existe assurément d’autres dans tout le cours du poème, mais on ne pourrait relever qu’une partie de celles qui ont existé, soit à cause des lacunes de chacun de ces mss., soit surtout parce que, parmi leurs variantes, il est impossible de savoir quelles sont celles qu’on retrouverait dans 35 s'il n'avait pas subi les coupures qui ont si considérablement réduit le texte du poème. Malgré cela, les fautes qu’on peut considérer comme sûrement spéciales à Ba et Be sont encore nombreuses : v. 10820 Car bien aperçoit un malice, pour Qu'el s'entremeist de tel vice ; v. 11814 biauté, pour clarté ; v. 12329 astenance, pour aparence, etc.

Groupement spécial Ba-BG. À part les trois fautes insignifiantes communes à B4 et Bé, qui ont été précédemment signalées, B4 n’est jamais uni par une même variante ni à Bé, ni à Bi, ni à ces deux mss. réunis, Contre Ba et Be ; avec Be seul ou réuni à Bé, il n'a en commun contre Ba que quelques fautes peu importantes, déjà mentionnées ; en revanche, il est fréquemment avec Ba et Be réunis, souvent aussi avec Ba seul. Le fait qu'il n’a pas toutes les fautes de Ba, Be induit à croire qu'il remonte à un ancêtre de ces deux mss. qui n'avait pas encore toutes ces fautes ; 1l faudrait alors admettre que Be, chaque fois qu'il a la bonne leçon contre lui et Ba, l'a reçue d’une autre famille, et que, chaque fois qu'il a la leçon de B

(1) Aucune de ces fautes spéciales à Ba et Be n'existe ni dans Bt ni dans Bu (ni dans Bd).

contre Ba et Bu, il l'a empruntée à un de ses congénères. Ce n'est pas impossible, d'autant moins que Be représente manifestement plusieurs leçons, entre autres deux leçons de B.

Ce rang assigné à Bd dans la généalogie de B expliquerait non seulement pourquoi il n'a pas toutes les variantes de Ba, Be, mais encore pourquoi, dans une variante commune aux trois mss., Ba et Be peuvent s'éloigner plus que Zä de la leçon primitive : la faute conservée par Bd aurait été aggravée par l'ancêtre de Ba, Be. Le cas n'est pas rare ; en voici quelques exemples: v. 5745 Defjent je donc les gens a boivre (Ba, Be), Ne d. je pas pour ce b. (Bd), pour Ne veuil je pas defendre a b. ; v. 1482 Maïs sans plus que barat n'isachent (Bd), M.s.p.q.0b.ne facent (Ba, Be), pour M. q.s. p. b.n'is.; v. 1488 Faites i par aucun aler (B&), Sif. a. la aler (Ba), S.f. la a. aler (Be), pour F. à p. a. paler; v. 1149 S'aucuns sages d'amours (Ba, Be : d'amer) parole, pour Et s'uns s. d'amours p.; v. 1151 S'i mostre semblant d'estre (Ba, Be : qu'il soit) sages, pour S'il li faits. d'e.s.; v. 1183-84 omis dans B4, 7781-84 omis dans Ba, Be.

Je crois cependant qu'on a aussi des chances de rester dans le vrai en se représentant les choses autrement; en supposant que, d'une part, quand B& ne reproduit pas les fautes de Ba-Be, c'est parce que son texte a reçu des corrections empruntées à une autre famille, ou parce que lui-même n’a adopté qu'une partie des leçons de B, et, d'autre part, que, s’il a tant de fautes en commun avec Ba, c'est qu’il est apparenté à ce ms. plus étroitement qu'aux autres de la même famille. Cependant il ne peut descendre de Ba, parce qu'il est probablement aussi âgé que lui, et parce que, même dans les pages où il ne semble pas réunir plusieurs leçons, dans celles, par exemple, où il reproduit constamment les fautes communes à Ba et Be,ils'en faut qu'il reproduise toutes celles qui sont spéciales à Ba. ILest donc tout naturel de le faire remonter à un intermédiaire entre Ba et l'ancêtre de Ba et Be, intermédiaire qui, outre les fautes communes à ces deux mss. aurait eu déjà une partie de celles qui sont spéciales à Ba.

Voici une liste de fautes spéciales à Ba et Ba (1) ; j'omets celles

(1) De ces fautes, Bi n'a que celles des v. 11949, 14600, 14628, qui sont insignifiantes; Bu a celles des v. 10496 (aussi dans Bü),12555, 12791, 12997, 13358, 13360 13512, 13828, 14313. 14592, 14709; il n'intervertit pas les v. 13487-88, mais sa variante du v. 18487 : Sel ne garde cest m. e., paraît être empruntée à la leçon de Ba -Bà. ï j

que j'ai quelque raison de croire corrigées dans Be: entre 4406-7 deux vers interpolés : D'engendrer à ou fils ou fille Car autrement trop s'i aville ; v. 5131 cele, pour autel; v. 8600 net, pour veut : V. 9688 mnaintenir, pour retenir; v. 10496 livre, pour met; v. 10889 resnables, pour lenables ; v. 1+841-42 omis; v. 11949 Se ct, pour Ets'i; entre 11951-52 deux vers interpolés : Touz ceus (Bä: À c.) qui entor aus m'acuellent Pour quoi ma compaignie vuellent ; v. 12004 Cuidiez que de mal, pour Que de mal faire; v. 192149 Mout près d'aus tout lor hernoïs, pour T. &. h. m. p. d'eus ; v. 19555 Et li dist: Biaus fiz, pour Biaus fiz, dist ele ; v. 12791 S'efforçast, pour Z vousist; v. 12864 biaus, pour douz; v. 12995- 96 omis; v. 12997 rule omis ; v. 13077-78 omis ; v. 13111 cent, pour nil; v. 13358 restreignent, pour repoignent; \. 13360 pesant, pour bele ; v. 13487-88 En droûl sen li lo el conseil El s'el ne garde cest conseil, pour Et sel ne creit cest mien conseil Que pour commun proufit conseil ;v A3519 chambres,pour garderobes: v. 15535-36 omis ; v. 13654 Devant qu'el liegne, pour S'el ne tient ainçois; v. 13153 El s'uns, pour Se ses ; v. 13813 Feigne, pour S'el veil; v. 13828 Car , pour Et qu'il; \. 13843-44 omis ; v. 14052 nus, pour l'en ; v. 14108 si refraint, pour refraine ; v. 14204 A incois dit, pour Ainz die ; V. 14954 Alendez jusques à demain, pour Si m'aît Dieu et saint Germain; \. 14313 Qu’aler dote, pour Qu'ele vieigne ; V. 143179 La la puet ses amis atendre, pour Car à la p. iluec a. ; x. 14458 meffait, pour las fail; v. 14493 Le test et m'espaule (B&), La teste «à m'e. (Ba), pour L'e. ou ma t.; V. 14556 Qui par le chastel sovent, pour Q. toux jourz p. le c.; v. 14592 pooÿr, pour garde ; V. 14600 que, pour for's ; v. 14621 De charoïine - d'art, pour De magique l'art; v. 14628 Je, pour Ainz ; v.14643-44 omis ; v. 14655-58 Si relorne il aucune foiz Et s'il retorne ceste foiz, pour Souvent d'emimi voie retourne El touz nous lempeste el bestourne Et s'el i vient par aventure Tant est vers mei crueuse et dure ; V. 14109 Mout est cis passages, pour C. p.e. m. etc. |

Groupement spécial Ze-Bé-Bi. Bé et Bi paraissent êlre à Be. ce que Bd està Ba; c'est en tous cas par la même branche que Be qu'ils se rattachent à la familie B.

Les fautes communes à Bé et à Ba seul sont insiguifiantes, et de plus, si on ne les considère pas comme telles, on pourra supposer

qu'elles ont été corrigées dans Be: v. 9387 Cuidiez, pour Pensez ; v. 12140 Conduire, pour Conclure ; v. 12141 À, pour En ; v. 13306 Dont au cuer avroit grant douleur, pour D. mout av. au c.d.(Bà manque). Pour tous ces exemples, le passage fait défaut dans B5. Au v. 12246, Bi est avec Bé (1) et Ba: Oster, pour Bouter.

Bi a tout au moins une faute en commun avec Ba et Bd qui ne peut être considérée comme fortuite, et qui ne se trouve ni dans Be ni dans Zé : les v. 11841-42 sont dans Ba et Bä omis et remplacés par quatre vers insérés entre 11844-45 : Et le gardent et garderont Tant qu'a ce (Ba, Bi: que ce) lens venu seront Qu'il se puissent si fortcrester Que nus nes puisse contresler. Dans Bi, ces quatre vers sont précédés de deux autres, qui remplacent évidemment les deux v. 11835-36 : Maïs n'osent mie ne ne vodrent Lor livre prirent et repodrent, et les six occupent la place des v. 11833-44 qui sont omis (2). Cette union de 2 avec Ba et Ba contre Be est en contradiction avec les exemples relativement nombreux qui montrent Bi uni à Be contre Ba; mais la contradiction disparaitra si l’on suppose que la variante de Ba et Bä remonte à l'ancêtre de la famille B, et qu'elle a été corrigée dans Be et Bé. On verra par la suite combien celte correction est probable.

Une interpolation de quatorze vers dans Ba entre les v. 7228-29 se retrouve dans Bé6, remplaçant les v. 7223-28, et en partie dans Bi, où ils suppléent à une longue lacune (3), mais pas dans B& ni Be. On verra que précisément pour ce passage Be a utilisé deux lecons différentes. Il en est évidemment de même pour Ba.

En regard des quelques variantes -qui n'unissent qu'en apparence Bé et Bià Ba contre Be, il est facile d'en citer un grand nombre, parmi lesquelles de très importantes, qui associent Zé et Bi à Be contre Ba.

(1) Biet Bu ont cette variante, mais pas les précédentes.

(2) Bu et Bû n'omettent aucun des vers de la leçon commune; ils ont en outre les six vers de Bi, placés entre les v.11834-35, c'est-à-dire qu'ils ont la leçon de Bi immédiatement suivie de la leçon commune. Le premier des six vers de Bi est une altération de celui qu'on lit dans Bu : Mais mostrer mie ne le (Bà : M. mo. meismes ne) vodrent.

(3) Voir ces vers p.372. Ils sont dans Bu entre 1222-23; c'est-à-dire que Bu a, comme dans le cas signalé à la note précédente, d'abord la leçon de Bé et de l'ancêtre de Bi, qui remplaçait les v. 7223-28 par les 14 vers nouveaux, puis à la . suite de ces 14 vers la leçon commune. Dans Bi cette interpolation est suivie d’une autre (voir p. 388).

Fautes communes à Be, Be (1).Vers 5338 un seul, pour un viez ; v. 0434 dist Raison, pour d. ele or; v. 5810 ne savras, pour ne pourras ; V. 6624 {enable, pour estable; v. 7809 avant, pour au meins; v. 8151 de (Bé: a) trés bone eure, pour (rés beneürez ; v. 8848 qu'ele vous, pour et tant v. ; v. 8871 treçoirs, pour treçons; v. 9184 ierent, pour rorent ; v. 9230 je, pour seus; v. 9354 Que, pour Æt ; v. 9369 durement, pour malement; v. 10691-98 remplacés par deux vers : Que ci ne vuet (2) pas sa main metre N'est nus (3) qui l'en face entremetre (Be), Qu'il ne v. ychi la rien mettre N'e. riens q. l'en sache e. (Bé); v. 1072 premiere, pour darrieres ; v. 11013-14 omis ; v. 11048 Quant, pour Et; v. 11652 rompons, pour copons ; V. 19340 grant, pour hauz (Bi change); v. 12505 Ou que ce soit comment qu'il, pour O. q.s.couvient il qu'’ele; v. 13015 je, pour ci; v. 13358 repoigne…. cuevre, pour repoignent…. cuevrent; v. 13361 bouche, pour gueule ; v. 13584 va, pour veut; v. 14494 amis, pour mariz; v. 14996 nus, pour pris; v. 14966 jamais jour, pour nul jour mais; 16595 Par le beneoitcors, pour P. L. beneüré. |

Fautes communes à Ze, Bi (4). Vers 11561-64 omis; v. 11597-98 Et il aussi trestout le croient (Bi :EÆE. i. a. lost renoioient) Que riens ou (Bi: dou) monde ni mescrotient, pour E. eus a. tout me revelent Q. r. 0. m. ne me celent; omission des v. 11599-640, 11657-60, 11699-700, 11703-4, 11709-19, 11717-46 ; v. 11827-98 s'esveillerent : sometllerent, pour s’esveilla : someilla ; v. 11983- 84 omis; v. 12018 garnissiez vos, pour Donc s'arment tuit; v. 12019-20 omis; dans Zi,les v.12025-26 sont remplacés par deux vers, qui dans Be sont interpolés entre 12026-27 : Cl qui le siege faire durent Par tout l'ostet(Bi:S'en partent el) quant parti furent() ;

(4) Bt n'a que les variantes des v. 8871, 12340, qui sont insignifiantes ; il a v. 6624 regnable et v. 14926 mes ; Bu a les variantes des v. 7809, 9193, 9230, 9354, 10691-98, 12340, 13358, 13361; Bü accompagne Bu de la variante 9184 à la variante 10691-98.

(2) Bu, Bû : Pour ce niv.

(3) Bu, Bû : N'’e. riens.

(4) De ces fautes, Bt a celles des v. 11983-84, 12018, 12019-20, 12026-27, 12083- 84, 12185 ; Bu, Bà n'ont que l’interpolation entre les v. 12026-27.

(5) Ce dernier vers n’a pas de sens dans Be; dans Bi,son sens est inadmissible ; la leçon première de l'interpolation est fournie par Bt et Bu (et Bû): Partent l'ost el q. La rime de ces deux vers est la reproduction de celle des v. 12019-20, qui sont omis dans Be, lii, mais pas dans Bu, ni dans Bü, qui réunissent ici deux leçons. Le second des vers interpolés est une répétition du v. 12026. La présence de ce vers en même temps que l'interpolation dans Be, B&, Bu (et Bù) s'explique probablement par la juxtaposition des deux leçons dans ces mss.

v. 19083-4 OÙ aussi (Be: Si ol si) come preus et sage Vestu les dras (Bi: la robe)a frere Sage, pour O. a. com por essaier V.L. d. frere Seier:; v. 12991 wne potence, pour par impotence ; v. 12161 desvoié, pour envoié; v. 12185 assez, pour adés ; v. 12379-80 omis.

Si Bé et Bi remontent à B par l'intermédiaire de la branche Be, ilest tout naturel que ces deux mss. et Ze aient des fautes communes : ilest très probable que des fautes de Be et Bé signalées cidessus un certain nombre se retrouveraient dans 27 sans les nombreuses lacunes de ce ms ; en voici du moins qu'il est encore possible de constater dans les trois mss. (1) : omission des v. 10783-816 dans Be, Bi, des v. 10811-16 dans Bé ; v. 1213-16 remplacés par deux autres vers: Bel Acueil de prison giler Qu'il soit renduz (Bi: Rendez le tost) sans respiter ; x. 12455-56 omis.

Enfin je signalerai encore les omissions communes à Be et à Bi (2) des v.12067-74, 12493-96, 12443-44,12479-80,192513-14, 12521- 24. Elles s'expliquent en supposant soit qu'elles aient été introduites chez un ancêtre commun à ces mss., descendant dun ancêtre de Be qui ne les avait pas, soit qu'elles aient-été corrigées dans Be, ce qui est le plus vraisemblable.

Il est donc certain que les cinq mss. Ba, Bä, Be, Bé, Bi font partie d'une même famille : il est en outre probable que Ba et Ba d'une part, Be, Bé, Bi d'autre part, forment deux groupes, ayant chacun un ancêtre commun moins ancien que l'ancêtre des cinq mss.

Mais cette famille n'est pas homogène, et de là précisément provient l'impossibilité d'établir avec certitude les rapports qui existent entre ses différents membres. Chacun des représentants de B est contaminé; c'est tout au moins cértain pour Bd, Be, Bé, Bi, et probable pour Ba.

Défaut d'unité de Be. Dans Be, entre les v. 3846-47 sont intercalés 36 vers, à savoir six qui appartiennent en propre à ce ms. :

Et laisse ta pensée fole

Et le faux dieu qui si t’afole, Amours, qui te fait en li croire, Te tolt ton sens et ta memoire

(1) Bi a-la variante des v. 12155-56; Bu, Bà n'en ont aucune. (2) Seule, celle des v. 12513-14 est dans Bu, aucune dans Bt,

Et de ton cuer les ieus avugle,

Si te fait on tenir pour bugle; un vers composé de la première moitié du v. 6901 et de la seconde moitié du v. 7191 de la leçon commune :

Dame, fis je — les metatores,

puis les v. 7192-214 des autres représentants de B, c'est-à-dire les v. 7192-214 de la bonne leçon avec les vers 7205-6 placés entre 1198-99, l'omission des v. 7201-4 et l'addition de deux v. après 7214:

Tous li pourfis que vos me dites

De vos amer soit vostre quites; enfin, huit vers placés dans la bouche de Raison et par lesquels elle prend congé de l’amant :

Or, biaus amis, ce dit Raison,

Puis que j'ai gasté ma saison

À toi enseignier et aprendre,

Je ne te vueill or plus deffendre

Que tu ta volenté ne faces,

Mais une chose vueill que saches (1),

Que se tu mon conseill creüsses,

Loial amour et bone eüsses.

Lés v. 7191-214 se retrouveront plus loin, avec quelques variantes, à leur place.

Cette interpolation est fort intéressante. Elle fournit la preuve que Be représente au moins deux versions différentes du poème : une rédaction abrégée, dont l'auteur, considérant comme étrangères au sujet du roman les longues digressions dont il est rempli, avait supprimé celle de Raison, réduisant à 36 vers les v. 5847-7228 de l'original, et une autre rédaction plus étendue. Pour le passage en question, les deux versions ont été, peut-être parinadvertance, transcrites l’une à la suite de l'autre.

Cette explication apparait si évidemment certaine qu'elle ne saurait être infirmée par les deux observations suivantes. La rédaction la plus étendue, qui dans Be est juxtaposée à la rédaction abrégée, présente elle-même des coupures; pour m'en tenir dans les limites des v. 5847-7298, il lui manque les vers 5891-92, 6223-96, 6631-740, 6155-60, 6927-98, 6937-42, 7009-10, 7081-82, 7133-36,

(1) j'aches : saches, rime normande ou picarde.

Univ. de Lille. Trav. et Mém. Droit-Lettres. Tome VII — 24

7133-80. Il n'est pas possible d'affirmer sites omissions existaient antérieurement à la fusion des deux versions ou si elles se sont produites depuis. Je crois non seulement qu'elles existaient déja, mais qu'elles avaient été plus nombreuses.

D'autre part, on a vu que les v. 7191-214, qui font partie des 36 vers interpolés, sont de la version B; les v. 5841-1228 en sont aussi; les deux mss. qui ont servi de source à Ze étaient donc de la même

famille ; pour inattendue que soit cette coincidence, elle n'a rien

d'extraordinaire. Du reste, la comparaison des deux transcriptions dans Be des v. 1191-214 prouve qu'elles proviennent bien de deux mss. différents, quoique de même famille. Dans la première, ainsi qu'on l'a vu, les v. 7205-6 suivent immédiatement 7198 ; les v. 7199- 200 viennent entre 7206-7 et les v. 7201-4 sont omis; 2 vers sont ajoutés à 1214. C’est la version qui se retrouve dans Ba, Bd, Bê (Bi manque). En outre le v. 7214 Ja n'iert mes cuers d'autre doez est remplacé par celui-ci : Æt m'en ostlés se vos poëés. Dans la seconde transcription, les v. 7199-200, au lieu d'être placés entre 1206-7, sont omis en même temps que 7201-4 ; le v. 7214 n'est pas moditié ; les deux vers interpolés entre 7214-15 sont omis.

Il y a d’autres indices de l’utilisation de deux versions dans Be. On a vu déjà qu'à des fautes communes aux quatre autres mss., fautes qui, par conséquent, doivent remonter à l'ancêtre de la

famille, Be oppose la bonne leçon. A ces cas on pourrait ajouter, en.

leur attribuant la même valeur, ceux où Be s'oppose à la fois à Ba d'une part, et d'autre part à Bé ou à Bt; celui notamment qui a déjà été mentionné, où dans Ba, Bd, Bi les vers 11841-42 sont remplacés par quatre autres vers insérés entre 11844-45.

Dans Be les v. 5483-86 sont placés, en dépit du sens, entre 5504- 5; l'explication la plus naturelle de ce désordre est que, ces vers ayant été ajoutés en marge, par un Correcteur, dans un ms. où ils manquaient, un copiste les a ensuite introduits dans le texte à la place qu'ils occupent dans Be. Un détail, sur lequel je reviendrai, permet même de supposer que ces vers déplacés manquaient à l’ancètre de toute la famille B, bien qu'ils se trouvent à leur place dans Bà, Bu.

Les v. 7161-62 dans Be sont placés entre les v. 7764-65 ; dans le groupe Z et dans des mss. qui en dépendent, ils sont entre les v. 1166-67. Existe-t-il une corrélation entre ces deux fautes? Rien

n'autorise à le supposer. Il n'y à aucune raison de croire que Be ait emprunté les vers qu'il place après le v. 7764 à un ms. qui les a après le v. 7766 plutôt qu'à un ms. qui les a après le v. 7762. Les deux fautes sont indépendantes l'une de l’autre et s'expliquent facilement. Les deux vers 7760 et 1762 commençant par les mêmes mots Et prent, deux copistes ont pu omettre involontairement les v. 7761- 62, puis les reprendre après les v. 7764 ou 7766, où ils s'intercalaient aisément, dès qu'ils se sont aperçus de leur erreur. Quelques autres variantes communes à Be et à Z sont insignifiantes et de même indépendantes : v. 100354 Dame plaisant, pour D. poissant ; v. 10072 Ma dame, pour Ha d.; v. 10409 foir, pour fuie; v. 19167 vous volons demander, pour v. venons d.; v. 12576 ma bele chiere, pour ma dame c. Dans l'examen des variantes de K, M, N, je noterai de nombreuses fautes communes à ces groupes età Be.

Défaut d'unité de Bé. Dans Bé, entre les v. 6900-901 sont intercalés 31 vers (1), à savoir Les huit suivants :

Nule autre chose ne demant;

Ne me serf jamais autrement

Et lesse ta pensee fole

Et le fol dieu qui si L’afole (2) ; Amours, qui te fait en li croire, Te tolt ton sens et La memoire (3) Et de (4) ton euer les ieus avugle, Si te fais tenir pour avugle (5) ;

un vers formé de la première moitié du v. 6901 et de la seconde moitié du v. 7191 de la leçon commune :

Dame, fi je — bien mesta fores (6);

puis les vers 7192-214 de la leçon de B, c'est-à-dire avec les v. 7205- 6 placés entre 7198-99, l'omission des v. 7201-204 et l'addition après 1214 (7) des deux vers suivants:

(1) Même interpolation dans Bo, B0, B6.

(2) B6 : Et Amors q. ainsi l'a.

(3) Ce vers et le précédent sont omis dans B6. (4) BG: Qui de.

(5) Bo, B6 : Ette fet apeler a.

(6) Bo: D. dis li metaforez; Bo: D. fait lion melaphores; Bô: D. fes li Jen metaphores.

(7) 7213-14 sont omis dans Bo.

319 CLASSEMENT DES MANUSCRITS + Tous les pourfis (1) que vous me dites De vostre amour vous clain ge quittes (2).

Viennent ensuite les v. 7221-22 (3) et, immédiatement après, les v. 6901 et suivants, selon la leçon de Z. Les v. 7191-214 ne seront pas répétés à leur place, mais les v. 7221-22 le seront ; les v. 7181- 89 sont en effet remplacés par quatre vers nouveaux :

Ainsi l’ay de mon pere apris.

— Dame, dont tien ge (4) bien a pris.

Moult me (5) plaist la propre parole, Quant elle vient de celle escole (6):

après lesquels viennent immédiatement les v. 7221-22, ainsi modi- (és

Mais pour Dieu, laissiés moy penser

A la rose ou sont mi penser,

et suivis de quatorze vers, dont j'ai déjà parlé (p. 366) :

Tant l’aing que (7) se vous le (8) sçaviez Que se par forche en deviés

Ou mourir ou m’amour avoir,

Ne vous en flateray ja (9) voir,

Mout seroit cointe (10) vostre vie,

Je (11) n’aroye de vous envie,

Se vos vos (12) deviez acorer,

Braire, jemir, criier, plourer (13), Fondre en larmes pour faire (14) dieulz, Et fuissiez fille a .iiij. dieux,

Tant sceüssiez bien fleüter (15),

(1) B6 : Tout le profit.

(2) Bô, B6 : De vous amer soit vostre q.; Bo : De vous amer soient vos q.

(3) En réalité le v. 7222 seul, mais l'absence du v. 7221 résulte d'une étourderie du copiste, puisqu'il se trouve dans Bo, B6, B6.

(BG D d'Het q.:c.

(5) B6 : El me.

(6) B6 : Q. el vous v. de tel e.; Bo : Q. e. v. d' telle e.

(7) Ba, Bo omettent que.

(8) B6 omet Le.

(9) B6 : je.

(10) Ba, Bo, B6 : courte.

(11) Bo, B6 : Ja.

(12) Bo, B0 : Se vous d.; Ba : Se en 4.

(13) B6 : B. c. batre p.; Ba, Bo : B. ce. gemir p.

(14) B6 : L-et f.

15) Bi: T.me s. b. flaler; Bo: T.s. b. deputer.

Ne je n’en veul plus desputer (1), Mieulz vaurroye morir de mort (2), Si sen ge ja qu’elle m’amort (3),

L'origine de l’interpolation de Bé est évidente ; elle résulte d’une fusion maladroite de deux’leçons, dont l’une supprimait tout au moins les v. 6901-7192. Entre cette interpolation et celle qui se trouve dans Ze, entre les v. 6842-43, il existe une corrélation certaine : de part et d'autre, fusion des v. 6901-7191 ; des huit vers qui dans Bé précèdent le vers résultant de cette fusion, six se retrouvent à la même place dans Be. Les deux interpolations ont la même origine : la juxtaposition de deux versions différentes. Mais comment expliquer que de part et d'autre elles ne soient pas à la même place et ne comblent pas les mêmes vides? Est-ce Be qui a étendu la lacune en supprimant les v. 5847-6900 de Bé, ou est-ce Bé qui a restitué ces vers? Comment expliquer aussi la différence qui existe entre les deux mss. dans le nombre des vers interpolés ? Les deux premiers et les quatorze derniers vers de l'interpolation de Bé sont supprimés dans Be; les huit derniers de celle de Be ont disparu dans Bé. Rien n'autorise à donner la préférence à l’une des très nombreuses et très différentes réponses qu’on pourrait faire à ces questions.

Les v. 9201-2, omis dans Ba, Bd, Be (Bi manque), sont placés dans Bé entre 9198-99; le copiste qui les a introduits là les avait sans doute trouvés en marge du ms. qu'il avait à reproduire ; ils y avaient été rapportés d’après une autre copie.

Les deux altérations de Bé qui viennent d'être signalées se retrouvent dans Bo, Bô, B6 ; elles remontent nécessairement à l’ancêtre commun de ces quatre mss.Il en est de même de deux variantes empruntées à ZL : v. 7013 seürement, pour secreement; v. 10378 me trouveront, pour m'apercevront; et d'une interpolation de deux vers entre 9156-57, qui semble provenir de M, N (voir M-N). Bé remplace les deux vers 4301-2 de la leçon commune, qui est aussi celle de Z, par deux vers de 7; Bo, B6 aussi; B0 aurait sans doute fait de même s’il n'avait omis les v. 4301-4. Au contraire, un chapitre apocryphe sur Faux-Semblant, interpolé dans B6, comme

(4) Bô : Si n'eno.gep. d.; Bi: N.J.nev.; Bo :J.ne v. or p. escouter.

(2) B6 : M. v. avoir la m.; Bo : Mes v.

(3) Bo: Sisay j. j. que. me mort.

" dans certains mss. du groupe IT, entre les v. 11222-93, n'existe ni dans Bo, ni dans 26, ni dans B6. Dans Ba, BG, Be, Bi, les v.11903-4 sont remplacés par seize autres vers (1); Bé a les uns et les autres : cette maladroite juxtaposition de deux leçons n'existe pas dans Bo, B6, Bô. D'autres attestations d'emprunts qui ne remontent pas à l'ancêtre commün de B6, Bo, B6, B0 sont fournies par d’autres passages où B6 a la bonne leçon à la fois contre B, Bo, B6, B0 (2).

Pour les quatre derniers mille vers du poème, Bé suit surtout Z, mais pas régulièrement.

Défaut d'unité de Zü. L'arrangeur du texte de B&, moins maladroit que ceux de Be et de Bé, n’a pas laissé, comme ceux-ci, échapper des contradictions qui décèlent à première vue l’utilisation de deux versions. Cette contamination n'en est pas moins assurée. Il a déjà été prouvé que pour la première partie du poème le ms. était allié à deux familles. La preuve qu'il en est de même pour la seconde partie est fournie par les vers, déjà signalés, où 24 a la bonne leçon, tandis que les quatre autres mss. ont une faute commune provenant de l'ancêtre de la famille. À ces exemples, on peut ajouter ceux où B& a la bonne leçon à la fois contre Ba et Be d'une part, et d'autre part Bé ou Bi, et même, si l’une des places que j'ai proposées pour Bä dans la famiile est exacte (voir p. 364), ceux ou Ba n’a pas les fautes communes à Ba et Be. J'ai déjà cité un certain nombre de ces derniers; voici quelques-uns de ceux ou Ba, Be et Bé ont une même faute que n’a pas Bd (3) : v. 4170 Ne ferai plaintes ne clamors, pour Ne de lui p. ne c. (B& : De nului p.; Bi: N'ierl ja de mot faite c.) ; v. 4173, variante qui est la conséquence de la précédente : Plus n'en ferai, pour Ne ferai mais (Bi : Ne mesferai) ; v. 190 Zi dieus d'Amours point ne me faut, pour Ou dieu d'A. pas ne d. (Bi a la bonne leçon) ; v. 4236 ow nuire, pour et sofire (Bi a la bonne leçon); v. 4271 De ceste chartre, pour De la prison (Bi: Car trop malement en ampires) : v. 4300 Forsenerie raïsonable, pour C’est f. raisnable (Bi, avec Ce est fois et honours resnable, Se rapproche plutôt de la bonne leçon); v. 4418 Et ceste uevre espoir ne haïssent, pour Et que C.u. ne h. (Bi manque): (LAVO1rp 600 0-0 (2) Voir l'étude de Bo, B6, B6.

(3) Dans les exemples qui suivent, Bi et Bu ont les variantes des v. 4170,4271, 4418, 12466; B£ a changé le v. 4173 : À nul jour mais.

V. 5424 Puis je, pour Voire (Bi a la bonne leçon); v.12466 Jamais, . pour Sachiez (Bi manque), ete.

Non seulement le rang que doit occuper 24 dans la famille 2 prouve qu'il ne peut avoir la bonne leçon que pour l'avoir reçue d'un ms. étranger lorsque Ba et Be ont une faute commune ; mais parfois cette bonne leçon se présente chez B4 dans des conditions qui d’elles-mêmes trahissent l'emprunt: les v. 5785-88, qui manquent à Ba et à Be, manquent aussi dans B4 à leur propre place, mais on les y trouve entre les v. 5776-77. Sans doute un correcteur avait ajouté ces vers en marge d'un ancêtre de B4 et le copiste qui les a introduits dans le texte s’est trompé de place. Il faut probablement expliquer de même le déplacement des vers 5845-46, intercalés entre 5810-11, et celui des vers 11435-36, intercalés entre les v. 11496-97. Les premiers, il est vrai, existent bien à leur place dans Ba et Be, mais ils n'en ont pas moins pu manquer à un ancêtre de BG; d’ailleurs, pour leur attribuer dans BG une origine étrangère, un autre argument s'ajoute à celui qu'on peut tirer de leur déplacement: le v. 5846 n'ya pas la variante qu'il a dans Ba et Be : force, pour roue. Pour les v. 11435-36, tout contrôle manque, le passage étant omis dans Be et Bi, et le feuillet de Ba qui le contenait ayant disparu.

La combinaison de deux leçons dans B& se constate Jusque dans un même vers, en tous cas dans une même phrase. Une variante de Ba et Be consiste dans l’omission des v. 5793-94, la substitution aux v. 5795-96 de deux vers nouveaux, l’intercalation entre ces deux vers et le v. 5797 des deux vers 5807-8, enfin la modification des deux vers 5797-98. On a ainsi, entre les v. 5792 et 5799, au lieu des six vers de la leçon originale, les six vers suivants (1) :

Or te dirai que tu feras :

Par mon los dès or m'ameras.

Lors te verras si grant seigneur

Qu’onc n’oïs parler de greigneur,

Se tu veus metre en moi l’entente,

Voiz me ci virge et bele (Be : ci b. dame) et gente.

(1) Bu a à la fois les v.5793-94 de la leçon commune, et les six vers de Ba, Be, et de plus répète les v. 5807-8 à leur place originelle. Bt a les v. 5793-96, et 5797 de la leçon commune; entre 5796-97 il intercale deux vers de B : Or le dirai que tu feras Par mon los dés or m'ameras;il a le v. 5798 de B ; il réunit donc deux leçons. Mar a les v. 5793-94 de la version commune; aux v. 5795-98 il substitue lies v. 1-2, 5-6 de la leçon de B, et donne les v. 3-4 à leur véritable place, c’està-dire entre 5806-9.

Bû, tout en gardant les v. 5793-94 de la leçon commune, substitue aux vers 5795-98 les six vers de Ba, Be, mais modifie ainsi le dernier : Sui ge bele pucele et gente. La leçon originale pour ce dernier vers est: Sui je pas bele dame et gente? Le mot pucele de Bû, pour dame, peut correspondre au mot wirge de Ba; quoiqu'il en soit, Bd devrait avoir Voiz me ci avec Ba et Be, au lieu des mots S'uije, qu'il a dû prendre dans un ms. où ne se trouvait pas la variante des six vers (1).

Le v. 14300 Pour ensemble a leur bone tendre, correspondant au latin ad melam properale simul, est ainsi défiguré dans B4 : P. 1. boe e. rendre. Il est dans A1 et Li, deux mss. étrangers à la famille B : P. e. 1. boe rendre, et en marge de Z#, boe est traduit par sperma. Gette rencontre peut être fortuite.

Défaut d'unité de B;. Bi associe dans le poème de Guillaume de Lorris plusieurs versions ; c’est une première présomption qu'il en sera de même dans le poème de Jean de Meun; une autre présomption réside dans le fait que ce ms. contient, non pas à proprement parler une copie, mais un abrégé, on pourrait dire, en certains endroits, un remaniement de la 2° partie du roman; il est légitime de craindre que celui qui a pris la peine de transformer ainsi le poème n'ait pris aussi celle d'en comparer plusieurs copies. Ce ne sont là que des présomptions, mais elles sont justifiées par les exemples déjà cités où Bi oppose la bonne leçon à une faute commune à tous les autres mss. de la famille ; exemples auxquels on pourrait ajouter ceux où il a la bonne leçon contre Ba et Be réunis.

Défaut probable d'unité de Ba. Une des raisons de craindre que Ba n'ait subi, lui aussi, d'après d'autres mss., des corrections qui lui soient propres, est tirée des exemples où il a la bonne leçon contre des fautes communes à Bä et à Be, Bé ou Bi. Mais on a vu que ces cas sont peu nombreux, et peut-être sont-ils explicables autrement que par des corrections faites à Ba. Il arrive aussi que des variantes communes à Ba et à Be paraissent plus naturelles lorsqu'elles précèdent ou suivent les lacunes de Be, et l'on est alors

(1) On pourrait toutefois considérer la leçon de Bä comme une première étape de la variante de Ba, Be (cf. ci-dessus, p.364), mais pareille hypothèse serait bien peu vraisemblable.

tenté de croire que la lacune a pu être comblée dans Za. Tel est le cas des deux v.10699-700 :

Car onques cel vallet n’ama,

ù N'onques ami ne le clama, au lieu de d Tant a ce vallet en despit,

Et pour ce le blasme et despit,.

Ce changement, dont on n’aperçoit pas le motif dans Za, s’explique mieux dans Be et Bé(1), à la suite des deux vers que ces mss. ont substitués aux v. 10691-98 (voir ci-dessus, p. 367).

Ba a à la fois les v. 7223-98 et les 14 vers qui les remplacent dans Bé et Bi(Be et Bä sont ici hors de la famille) (2). Il semble bien qu'ici Ba ait juxtaposé deux leçons.

Défaut probable d'unité du prototype B. D'autre part, il existe des apparences très sérieuses que l'ancêtre de la famille B avait déjà contracté des emprunts à d'autres familles.

Les v. 5487-88 sont omis dans Ba, Bd, Be (3) (le passage manque dans Bi). Leur suppression ne peut que résulter d'un accident ou être la conséquence d'une coupure plus étendue; ils seraient dénués de sens et devraient être supprimés. si les quatre vers qui les précèdent et dont ils dépendent disparaissaient. Or, d’une part, l'omission semble avoir été voulue, puisqu'elle à été opérée par la fusion, apparemment réfléchie, des deux v. 5487-89 : Cerles ++ Amours vaut mieuz. Prouvez. D'autre part, les quatre v. 5483-86 sont précisément omis dans Be, ou, plus exactement, ils y sont placés plus loin, entre les v. 5504-5. Par cette double circonstance, on est autorisé à croire que la fusion des v. 5487-89 est consécutive à l’omission des v. 5483-86 ; que ces derniers devraient par conséquent manquer aux trois mss.; qu'ils leur ont été restitués, transcrits probablement en marge de leur ancêtre commun, d’où ils sont rentrés dans le texte, à leur propre place dans l'ancêtre de Ba, Bd, entre 5504-5 dans Be.

Dans Ba, BG, Be (passage omis dans Bi),les v. 7133-36 manquent à leur place; mais les deux premiers se retrouvent après le v. 7152 (4), où, dans Be, ils sont immédiatement suivis du v. 7181, les

(1) Et dans Bu, Bû.

(2) Voir page 366.

(3) Omis aussi dans Bt. Ils existent dans Bu. (4) De même dans Bt.

\ v. 1133-80 étant omis. Cette omission serait-elle un reste d’une lacune plus étendue, qui aurait été comblée en partie dans Be, totalement dans les deux autres mss.? Coïncidence curieuse, dans Bé(1), les v. 7133-36 sont bien à leur place : mais, là où les autres mss. ont reporté les v. 7133-34, c'est-à-dire après le v. 7152, Bé a placé deux autres vers (c-d) que l’on verra dans Bd et Be intercalés entre les v. i-11 d'une interpolation suivant le v. 6952, et qui manquent dans la même interpolation de Ba.

Ba et Bd omettent les v. 7201-4 et placentles vers 7199-200 entre les v. 7206-17 (Bi manque) (2). On a vu que dans ce chapitre Be et Bé juxtaposent deux versions; dans la première, suivant l'ordre où elles se succèdent dans les deux mss., la variante de Ba et Bü se retrouve exactement ; dans la 2% version, Bé supprime les vers qu'il a déjà donnés dans la première, mais Ze les reproduit, et cette bévue nous a permis précédemment de constater que sa seconde leçon, tout en différant de la première. était néanmoins de la même famille (voir ci-dessus, p.369). Cette seconde leçon, qui a moins de variantes que l'autre, paraît plus ancienne qu’elle ; or elle omet non seulement les v. 1201-4, mais aussi les v. 7199-200. L'omission dans ce cas est plus naturelle, car les six vers contiennent la même allusion, que l'abréviateur semble avoir voulu faire disparaître. Si les six vers ont été supprimés en même temps, il faut admettre que les v. 7199-200 ont été ensuite rétablis dans la version où ils sont placés entre 7206-207, et par conséquent conclure, non seulement que le prototype de Ba et Ba et de la première version de Be et de Bé avait déjà reçu des corrections, mais encore que la grande coupure de la 1° version de Be et de Bé a été faite sur cette version corrigée. Cependant, cette explication ne s'accorde guère avec la constatation suivante : dans la 2 version de Be, où les v. 7199-204 sont omis, la discussion sur l'emploi des termes propres, même obscènes, à laquelle ces vers faisaient allusion, a été conservée, tandis qu'elle est supprimée dans la 1re version de Be et Bé, qui précisément donne les v. 7199-9200. Dans mes tentatives pour éclaircir cet imbroglio, qu'on va voir se compliquer encore, les solutions auxquelles j'ai abouti comportent tant d'hypothèses que je crois inutile de les donner.

Dans Ba, Bd, Be (Bi manque)(3) les v. 13635-38 font défaut à

(1) Et aussi dans Bu.

(2) Cette variante n'existe ni dans Bt ni dans Bu. (3) B£ et Bu ont la bonne leçon.

leur place, mais dans Ba et Be ils sont placés entre les v. 13632-33, où ils coupent une phrase en deux tronçons; dans B4, on ne les retrouve pas. Faut-il supposer que, soit les v. 13633-34, soit les v. 15635-38 manquaient à l'un des ancêtres de ces mss., qu'ils lui ont été ensuite restitués, enfin que Ba les a rejetés parce qu'à la place où ils se trouvaient ils constituaient un non-sens ?

- Les passages d'où sont tirés les quatre exemples qui précèdent manquent dans B?, mais, pour les deux exemples qui suivent, ce ms. se joint à Ba, Bd, Be (1). Les v. 11237-38 sont intercalés entre 11232- 33, ainsi séparés de ceux qui en sont le développement (les v. 11239- 40 sont remplacés par 6 autres vers). Les v. 11249-50 sont placés, après le v. 11954, à la suite de deux vers interpolés : De folie m'entremetroie, Se enlita chien oing querroie. Dans Bé, ces deux vers suivent le v. 11254, mais les v.: 11249-50 sont à leur place.

Dans Ba et Be (Bi manque), les v. 1450910 sont placés entre les v. 14498-99 (2).

Enfin, dans Ba et Ba (Be et Bi manquent)(3},les v. 7175-76 sont placés entre 7170-71.

Comme complément à ces exemples de vers déplacés, je vais montrer, en deux tableaux synoptiques, quel désordre une même interpolation peut introduire dans les différentes copies de cette famille extraordinaire. Malheureusement, il manquera un ms. à chaque tableau, Bt ayant omis le premier passage et Ba ayant perdu le feuiliet qui contenait le second.

Les vers interpolés dans le 1°" cas sont les suivants :

1 Se veritez n’iert si luisanz (4)

Il Qu'’el fust contre vertu cuisanz (5), as Sans faille bien as (6) oï lire (7) :

IV Tout voir ne sont pas bon a dire.

v Mais qui vueut mauvaistié confondre,

vI Voir dire n’est mie (8) a repondre,

VIT Car veritez, quant (9) vous la dites

3) Bt, Bu ont la bonne leçon.

4) Bà, Bé, Bi, Bu : cuisans; Bo : cy L.; B0 : n'est si nuisans. 5) Bi, Bu, Bo, B5 : nuisans; Bà, B6 : luisansx.

(6) Bi, Bu: l'as ; Bo B6: l'ai

(7) Ba : as ou l.; Bà, Bo : dire ; Bt : les a dire.

(8) Be : Verilé n’; B : n'e. preuz a.

(9) Bâ : v. se v.

VIII Pour conoistre (1) les ypocrites,

IX Teuz veritez n’est pas a taire.

x Cele doit (2) l’en touz jourz retraire.

xI Mes peres plus (3) que nus les blasme XII Ne (4) ne het tant nul autre blasme (5).

Outre ce groupe, on trouve dans le même passage deux autres couples de vers ‘6) également ajoutés au texte de Jean de Meun :

a-b Ne ne tieng (7) autre chose a laide, Qui plaidier en voudra si plaide (8).

c-d Mais quant la verité doit nuire (9)

Contre vertu bon la fait fuire (10).

6951-52 6951-52 6951-52 6951-52 6951-54 6951-52 I-VI, IX-X, I-II . I-II I-II ITI-IV, I-Il, I-XII NIJ-VIII, XI-XII VII-XI e-d c-d (11) V-VI, IX-X, ITT-IV VII-VIII,XI-XII 6947-48 6947-48 NE PIXEX, ITI-XII VII-VIII 26 vers (12) XI-XII 6955-56 6955-56 6955-56 (13) | 6955-56 (14) 6953-54 6953-54 - 6953-56 a-b a-b a-b a-b 6957 6957 6957 6957 | 6957 6957

1) Bà : Est encontre 1.

2) Ba: Ainz la d.

3) Bé : Ne palles pl.

4) Bt: Il: Bu, Bo, B0-:" Nil.

5) Bê : N'on ne doit demener autre ame.

6) Dans Bé (et Bo, Bô), le second couple, c-d, se trouve ailleurs, entre les v. 7192-53.

(7) Be : Je n.t.; 5ê : tint (8) Bé : Q. env. p. s'en p.

(OBS MI EE quid ne (10) Bâ, Bé, Ge, G6 : %. bien f. a F.

(11) Dans Bé, Bo, B6, B6, les v. c-d sont entre 7152-53, où Ba, Bû, Be ont intercalé les v. 7133-34.

(12) Je suppose que ces 26 vers, dont j'ainégligé de prendre copie, sont ceux qui se trouvent dans Ba, B& entre 6916-17, dans Bu entre 6920-21.

(13) Omis dans Be.

(14) Ges deux vers sont ainsi modifiés dans tous ces mss.: Et (Bo, B6 : Ne) je CHARS ne pechie Ne hé rien tant (Be, Bo, B6 : t. r.) comme (Be : com tel) pechié.

POÈME DE JEAN DE MEUN 98 l

Les vers interpolés dans le second cas sont au nombre de six seulement :

I Les diz Saint Augustin cerchiez, Il Entre ses esceriz (1) reverchiez Ur Le livre des uevres (2) des moines ; IV La verrez que nules (3) essoines v Ne doit querre li ons parfaiz VI Ne par parole ne par faiz.

Be, Bi Bé, Bi Bé Bu, Bü, rw v. 11316 11316 11316 11316 11317-26 I-VI I-VI I-VI I-VI 11321-22 11321-22 11321-22 11321-22 11317-20 (4) 11317-20 (4) 11317-20 (4) 11323-26 11323-26 11327 11327 11327 11327 (11323-26 omis) (rien omis) (11317-20 omis) (11317-20 en double)

Des fautes communes à Z et à C, qui seront discutées plus loin, sans fournir plus que les précédents témoignages une preuve décisive que B manquait déjà d'unité, contribuent cependant avec eux à le rendre très suspect.

En présence des cas fréquents de vers déplacés dans les mss. de B, on se demande si tous ces mss. n'ont pas été l’objet de remaniements ; la même question se pose devant certaines interpolations des mêmes mss., mais surtout devant les lacunes très nombreuses et souvent très importantes de plusieurs d’entre eux.

De l'étude qui va suivre des mss. de 2 au point de vue des omissions, j'ai dû exclure Bé, parce qu'il s’est visiblement attaché à compléter l’un par l’autre ses originaux. Mais j'ai eu l’occasion déjà de montrer qu'il a connu une version de B fortement abrégée.

Les omissions qui sont communes à Ba, Bd, Be, Bi ne portent le plus souvent que sur de petits groupes de deux vers, rarement de

(1) Bé: Etens. e.; Bi: E.lese.

(2) Bi, Bi : de l'u.

(3) Bi : L. 0. vos q. nus.

(4) Les v. 11317 et 11320 sont ainsi modifiés : Qu'il ne doie, pour Poissanx ons doit, et S'il n'a propre dont p. (Bi, Bâ, Bi, Bu), Se il n'a d. il p. (Be), pour S'il n'a dont il se p.

six ; elles ne sont pas extraordinairement nombreuses, une soixantaine environ; elles pourraient être, pour la plupart, accidentelles ; on en trouve d'analogues, en plus ou moins grand nombre, dans les mss. des autres familles.

Outre les omissions communes à tous les mss. et qui remontent sûrement à leur ancêtre, chacun d'eux en à naturellement qui lui sont propres. Celles qui sont spéciales à Ba sont rares, courtes et ne présentent rien d’intéressant. Celles de Z4& n'offrent pas plus d'intérêt. L'une d’elles est très étendue, comprenant les v. 14975-15347; mais elle ne peut être que le résultat d'un accident, car il n'existe aucun rapport de sens entre les deux vers qu'elle rapproche : le v. 15348 termine une phrase dont le début manque; il se trouve privé de rime et la ligne suivante a été laissée en blanc pour qu'on puisse y placer un vers rimant avec lui. 11 manquait sans doute un cahier dans le ms. suivi par le copiste ; la lacune (571 vers) remplirait en effet un cahier de 8 feuillets à deux colonnes de 33 ou 36 vers chacune. L'omission des v. 17130-53, qui prive de sens le passage et de rimes les v. 17129 et 17154, est de même certainement accidentelle. Les lacunes de Ze et celles de 22 méritent au contraire un examen spécial.

Le poème de Jean de Meun, qui, dans la présente édition, comprend environ 17000 vers, n’en a guère plus de 3600 dans 22. Les suppressions dans Be sont beaucoup moins importantes, mais nombreuses encore. Les passages, très souvent de deux vers, mais parfois beaucoup plus étendus, qui manquent dans ce ms. et qui existent dans Pa et B&, sont au nombre de plus de 150 ; beaucoup de ces lacunes coïncident avec des coupures plus vastes de Bi; d'autres se retrouvent exactement dans ce ms.; d'où l'on peut conclure que la plupart existaient déjà dans un ancêtre commun à Be et à Bt. Une quinzaine d'omissions spéciales à Be, presque toutes de deux vers seulement (une de 4 et deux de 6), n'infirment en rien cette hypothèse. Mais en constatant qu'aux omissions parfois très étendues, certainement volontaires, qui se trouvaient déjà dans l'original commun aux deux mss., Pi en ajoute beaucoup d’autres, du même caractère, on est amené de prime abord à admettre, soit que Be représente un abrégé de B, et Bi un abrégé de Be; soit que Bi représente une version directement abrégée sur B, et qu'une partie de ses coupures ont été

rétablies dans Be à l'aide d'un autre ms. qui serait encore de la famille B. Chacun des termes de ce dilemme suppose une coïncidence également curieuse ; les rédactions abrégées du poème étant extrêmement rares, on sera surpris d'en voir deux réunies dans de telles conditions; il n'est pas moins étonnant que l’auteur de Be se soit précisément servi de deux copies d'une même famille dont les représentants ne sont pas très nombreux. Ces coïncidences ne constituent cependant pas une objection sérieuse. En fait, on a vu que deux versions de la famille Z ont bien été utilisées pour l’établissement du texte de Be; on verra d'autre part que très probablement Bi a augmenté l'étendue et le nombre des lacunes qu'il trouvait déjà dans son original.

L'omission que l'auteur de Be a voulu réparer en substituant une version à une autre correspond à une lacune de Bi; mais l'omission de 2; et celle de la 1°° version de Be, quoique visiblement inspirées par le même motif, n’ont cependant pas la même étendue, et l’une n'a pu procéder directement de l’autre, du moins sans l'intermédiaire d'une tierce version, chacun des mss. ayant, dans le passage abrégé, des vers qui manquent à l’autre, sans compter que leurs vers de raccord ne sont pas les mêmes. D'autre part, à l'endroit où Be a juxtaposé deux leçons, Bé en a fait autant, et la coupure de sa 1"° version, tout en ayant des rapports certains avec celle de Bé, en diffère encore considérablement (voir ci-dessus, p. 373). Il est done évident qu'il ne suflirait pas d'adopter l’un des termes du dilemme posé plus haut pour résoudre complètement le problème. En fait, il est certain que, dans un cas au moins, Be a cherché à réparer une omission de son original, il n’en reste pas moins possible que 25 ait élargi les coupures du sien. Mais si Be s'est efforcé de combler les omissions d’une version à l'aide d'une autre version, pourquoi ne les a-t-il pas comblées toutes? du moins pourquoi en a-t-il tant laissé? La réponse à cette objection parait très simple : les deux versions que nous avons pu retrouver à la base du texte de Be avaient toutes deux des lacunes, et l’arrangeur n'a pu combler que celles qui ne se trouvaient pas à la fois dans ses deux originaux. Si, en effet, la 2 version de Be n'avait pas la grande lacune qu'elle a été appelée à réparer, elle en avait d’autres, car évidemment toutes celles qui se trouvent dans le ms. entre les v. 5847 et 7298 lui appartiennent.

Si Bi ne peut pas descendre directement de la 1° version de Be, il y a de même des empêchements à le considérer comme un dérivé direct de Be; mais ces empêchements ne sont pas nombreux; ce sont des fautes de Be auxquelles Bi oppose la bonne leçon, et quelques variantes de la famille B qui se trouvent dans Bÿ et pas dans Be. On peut fort bien imaginer ces variantes et l'absence de ces fautes chez un ancêtre de Be, dont descendrait Bt. D'autre part, il est certain que B2 a utilisé plusieurs leçons. Dans ces conditions, il devient possible de considérer les lacunes de Bi comme dérivées de celles de Be, et la vraisemblance accentue son caractère de ‘probabilité lorsqu'on compare certaines de ces lacunes dans les deux mss. En voici quelques exemples.

Le v. 10508, Puis que Tibullus m'est failliz, qui prévoit les suivants, tout au moins ceux qui se rapportent à la mort de Tibulle, est remplacé dans Bi par celui-ci : Or convient qu'il soit assailliz, et les v. 10509-674 sont omis. Dans Be, le v. 10508 n’a pas été modifié, et l'omission ne commence qu’au v. 10521; en outre le v. 10520 est relié au v. 10675 par les deux suivants : Tant perdismes bon consillier, Qui me puet fors vous consillier (1), qu'ont inspirés deux vers du passage supprimé : Por ce m'en vueil ci conseillier, Car tuit estes mi conseillier. L'auteur de Bi, supprimant le passage relatif à Tibulle, a dû aussi supprimer les deux vers de raccord et modifier le v. 10508.

Dans Bi les v. 10689-718 manquent, c'est-à-dire tout le passage relatif à Richesse; dans Be le passage existe, mais les vers 10691- 98 sont condensés en deux vers : Que ci ne vuet pas sa main metre. N'est nus qui l'en face entremetre (2). La coupure dans Bi, d'après Be aussi bien que d’après tout autre ms., était très facile ; si, au contaire, Be avait voulu combler la lacune de B4 à l’aide d’un autre ms., pourquoi ne l’aurait-il pas fait tout simplement, au lieu de modifier les v. 10691-98 ?

Be et Bi omettent les v. 10891-916 ; mais les v. 10889-90 peuvent difficilement se passer du v.10891 : dans Z, ils sont également sup-

(1) Bu et B@ ont à la fois les v. 10509-674, et à leur suite les deux vers qui dans Be remplacent les v. 10521-674. Il en est de même dans Jo et Ju, qui cependant ont modifié le premier des deux vers de Be pour l'adapter à sa nouvelle situation : Tant par estes bon conseillier.

(2) Voir ci-dessus, p. 367.

primés; et en outre, peut-être à cause du futur voudroiz rimant avec droiz,les v. 11817-18 sont remplacés dans 24 par deux autres : Or aut si com aler vourra (1), Car ja autrement n'en sera. En tous cas, si la lacune de B: était antérieure à celle de Ze, l'auteur de ce dernier manuscrit ne se serait pas contenté d'en restituer les deux premiers vers et d'en corriger les deux qui la suivent.

Les v. 20956-61 sont omis dans Be, le v. 20955 rimant avec le v. 20962 ; à cette omission Bi a ajouté celle des v. 20952-55, et, pour la rime, a dû remplacer le v. 20951, Tant iertl de contenance simple, par celui-ci, qui ne signifie rien : Pour sembler de gentil lignage.

La même impression, que les lacures de Bi procèdent de celles de Be, ressort également de la comparaison des deux mss., qu'on trouvera plus loin, relativement aux lacunes des v. 21085-96 et 21101-2, et à une interpolation qui en est la conséquence, entre les v. 21082-83.

Mais l'hypothèse que B2 a multiplié et allongé les lacunes de Be n’en exclut pas une autre, qui expliquerait parfaitement l'existence dans une même famille de ces multiples rédactions abrégées dans un même esprit, quoique différemment (les deux rédactions qu’on retrouve dans Be, celle qui a laissé des traces dans Bé, celle même de Bi et d'autres peut-êlre que je ne connais pas) : j'inclinerais done volontiers à croire, sans préjudice des remaniements que ces rédactions ont pu subir ultérieurement, qu’elles sortent toutes du même atelier, ou d'un même original dont les corrections, additions ou suppressions étaient indiquées en marge.

Pour les lecteurs que les conclusions précédentes laisseraient sceptiques, je me crois obligé de discuter iei une question que je me suis posée après la premiére lecture des textes de Ze et de Bi, et que d’ailleurs ces conclusions ne suppriment qu'en partie.

Les omissions de Be et de B2 portent généralement sur des développements plutôt nuisibles à la marche de l'action, sur des digressions, sur ce que l’on pourrait appeler des hors-d'œuvre, si l’on estime que Jean de Meun devait se maintenir dans le plan conçu

(1) La rime du remanieur était bonne; il avait écrit : s. c. il vos plera, leçon de Bu, Bû, qui ont ces deux vers placés après le v. 10888, et suivis des v. 10889- 918 de la leçon commune. La a les deux vers tels qu'ils sont dans Bi, mais placés entre 10888-89 (10827-886 étant reportés entre 10948-49) ; il a en même temps 11817-18 à leur place. É

Univ. de Lille. Trav. et Mem. Droit-Lettres. ToME VII. — 95.

par G. de Lorris. Ces omissions ont pour effet de ramener le poème à ce que son premier auteur voulait qu’il fût exclusivement : un traité d'amour en action. Ainsi allégé, sa composition gagne singulièrement en unité, en simplicité, et se conforme mieux aux lois de l'esthétique classique (1). A la lecture de ces textes abrégés, un esprit non prévenu remarquerait difficilement des suppressions et pourrait ne pas imaginer une rédaction plus étendue. D'où cette question : les textes de Bi et de Be ne représentent-ils pas des versions primitives, auxquelles l’auteur aurait ensuite, par des additions successives, donné les dimensions que le poème a dans les autres mss. ?

Je discuterai cette hypothèse en l’appliquant successivement à Bi et à Be.

Omissions de B7. Les principales omissions de Z5, sans tenir compte, sauf exceptions, de celles qui ne portent que sur quelques vers, sont les suivantes : v. 4205-24, 4263-66, 4281-88, 4343-50, 4311-644 (remplacés par deux vers), 4653-58, 4663-78, 4681-84, 4689-746, 4769-5370, 5405-20, 5435-6900 (remplacés par 40 vers), 6903-12, 6927-7298 (réduits à 4 vers) (2), 7609-7183, 7119-90, 8236-10043, 10089-110, 10341-92, 10509-674, 10689-718, 10783- 816, 10821-86, 10889-918 (remplacés par 2 vers), 10943-11168, 11993-26, 11392-406, 11409-10, 11495-96, 11599-640, 11717-86, 11849-94, 11953-68, 12541-14752, 14765-15107 (remplacés par 4 vers), 15153-302, 15563-92, 15745-64 (remplacés par 4 vers), 15805-9%6, 15829-20710 (remplacés par 4 vers), 21347-590, 21597-641, 21644-732.

En examinant, d’une part, si les vers qui semblent tenir la place de certaines omissions peuvent être de Jean de Meun; d'autre part, si dans le texte le plus court on ne constate pas des inconséquences résultant de coupures faites sur le texte le plus étendu, je réunirai deux séries de preuves attestant que Bi ne représente qu'un résumé du texte fourni par les autres mss.

Les vers qui suppléent à certaines lacunes sont les suivants :

1° A la place des v. 4371-644 de la leçon commune :

(1) En réalité, l’intention de Jean de Meun n'a pas été de continuer l'œuvre de Guillaume de Lorris, mais de profiter de la vogue dont elle jouissait pour vulgariser des idées et des connaissances que des traités didactiques auraient plus difficilement et moins largement répandues.

(2) Ces vers n'ont sans doute pas été écrits pour remplacer les vers omis; les deux premiers se trouvent dans les mss. de B qui n'ont pas cette omission.

Si croi qu'a grant tort me blasmez Dont Amours est par moi amez,

20 À la place des v. 5435-6900, quarante vers, dont quatre seulement appartiennent en propre à Bi, les autres se retrouvant, avec ou sans variantes, dans la lecon commune. Ce groupe de 40 vers se décompose ainsi :

Ja voler ne t’en convendra, Mais voloir, et chaseun voudra (1),

v. 5811-12, 5802, 5801, 5797-800, Lors ameras et si garras Ne jamais nul leu ne charras (2), V. 2129-34, 5741-46, 5749-69, 5843-44.

3° A la place des v. 10508-674 :

Or convient qu’il soit assailliz.

4° A la place des v. 10889-918 :

Or aut si com aler pourra, Car ja autrement n’en sera (3).

»0 A la place des v. 14765-15107 :

Mais il n'iert pas de tel sanblant Si liez d'assez comme devent, Un po, ce croi, troublez estoit, Paours ausiment s’aparçoit.

6° A la place des v. 15829-20710 :

Et prie que consoil i meste :

« Volez que je m'en éntremeste, Biau filx ? — Oil, ma mere chiere. »

Venus l’otroie a bele chiere.

Les leçons de 27 et Bu permettent de rétablir dans la plupart des cas les rimes trop pauvres de B1 ; mais il n’en est pas de même pour le e groupe, que je n'ai pas retrouvé dans d’autres mss. et auquel il me semble difiicile de donner la rime qu'eût exigée Jean de Meun.

(1) Bt a ces deux vers, avec vendra au lieu de voudra, et les fait suivre, comme Bi, des v. 5811-12, tous quatre placés entre 5434-35. Bt répète les v. 5811- 12 à leur place et intercale entre 5812-13 deux vers : Lors ameras el si garras Ne jamais nullui ne garras.

(2) Voir la note précédente.

(3)' Voir page 385, n. 1.

Les vers féminins du 6° groupe ne présentent rien de particulier dans leur technique, mais leur sèche concision prouve suffisamment qu'ils ne sont pas de Jean de Meun.

Je crois donc que ces deux derniers groupes ne peuvent être de l’auteur du poème, mais sont d'un abréviateur qui les a fabriqués pour servir de ponts entre les deux rives des fossés qu'il creusait lui-même. Et à l’auteur de ces deux lacunes on pourrait attribuer les autres. Cependant 27, qui a connu un texte semblable à celui de Bi, auquel il a emprunté les vers de raccord que j'ai cités, ny trouvait pas toutes les lacunes de 35; du moins, c’est ce que semble indiquer la particularité suivante :

De 42 vers qui se trouvent interpolés dans 27 entre 7228-29, B a les quatorze premiers à la même place (1), etles vingt-six qui suivent entre 6916-17 (2), mais ne connaît pas les deux derniers : Car je ne vous en croïrai pas Or avez gasté vostre pas ? Bi a bien les vingtsix vers de 2 entre 6916-17, mais il supprime les v. 6921-24 et 6927- 1228, et donne. immédiatement avant 7229, quatre vers : Tant me saussiez bien flater Ne je ne voil plus disputer Ne je ne vous en crotrai pas Or avez gaslez lous vos pas. Les deux premiers de ces vers sont les 11e et 12% des quatorze qui sont dans B entre 1228-29, avec une faute, later, qui fausse la rime, pour fleüter ; cette faute se retrouve dans B£; les deux derniers vers de Bi sont, avec de légères variantes, ceux qui terminent l'interpolation dans 25, et qui, comme dans Bi, y précèdent immédiatement le v. 7229. Je suppose qu'un ancêtre de Bi avait intégralement les deux interpolations de B, rapprochées l’une de l’autre par la suppression des v. 6921-24 et 6927-1298, ce qui a pu faciliter la réunion de ces deux interpolations dans 7, et qu'il avait en outre les deux vers spécialement communs à Biet Bt (3).

Un examen attentif des lacunes de Bi confirme absolument ces conclusions relativement à leurs origines.

Par suite de la lacune des v. 4203-94, les quatre premiers vers du passage où Jean de Meun annonce l'apparition de Raison se

(1) Dans Bu entre les v. 1222-23; Bà ne les a pas.

(2) Dans Bu entre 6920-21, dans B@ entre 6916-17.

(3) Je ne puis pas ici invoquer le témoignage de Be, qui est dans B le plus proche parent de Bi: il est en cet endroit très abrégé et réduit à 36 les v.5647-

trouvent supprimés : or cette apparition est empruntée soit à Boèce, soit à Alain de Lille, et le texte correspondant aux quatre vers omis se trouve chez ces auteurs. L'’omission des v. 4689-746 supprime les deux derniers vers d'une définition de l'amitié; cette définition est empruntée à Gicéron et les deux vers omis traduisent les trois derniers mots du texte latin e{ caritate consensio. Les v. 1119-90, omis, sont traduits de {Art d'Aimer d'Ovide, et font suite à d’autres vers traduits du même poème sur le même thème : prévenances de l'amant pour sa dame. Il est bien évident que dans ces trois cas les mots omis par B4 avaient été traduits en même temps que le reste du texte, et que si Jean de Meun les avait laissés de côté dans une première édition de son poème, l'idée ne lui serait pas venue de les introduire dans une seconde édition.

Après avoir entendu la définition de l'amour que lui a donnée Raison, en traduisant Alain de Lille (v. 4293-8358), l'amant fait une réponse (v. 4361 et suiv.) qui a évidemment pour but de réclamer des définitions plus claires, que Raison s’empresse en effet de donner. Ces définitions sont omises (lacune des v. 4371-644) dans Bi.

Au v. 4680, Bi, aussi bien que les autres mss., annonce que Amours sontde pluseurs manieres; et cependant, de ces manières, il n'en connaît plus qu'une par la suite; 1l a donc supprimé les passages qui, dans la leçon commune, se rapportent aux autres espèces d'amour.

Par suite de la lacune des v. 10509-674 dans Bi, des v. 10521-674 dans Be, le discours adressé par Amour à ses barons n’a plus que 18 vers dans un ms. et 38 dans l’autre, tandis qu'il en à 154 dans la version commune. Dans les trois leçons, il est annoncé comme une ‘’«brieve parole», mais, étant donné l'idée que Jean de Meun se faisait de la «brieveté » en littérature, cette expression peut tout aussi bien s'appliquer au discours le plus long qu'aux deux autres, Par contre, le vers suivant, qui, dans toutes les versions, vient après le discours, s'applique beaucoup mieux à la rédaction la plus longue : Quant il ot sa raison fente .. (v. 10681).

Les deux vers qui font suite immédiatement dans B5 à la lacune des v. 12541-14759 sont, sauf pour un mot, identiques aux vers correspondants des autres mss. : Sws (pour Quant) cele porte que j'ài dite Vi ainsi prise et desconfite. C'est une allusion au v. 14781 : Jluec vi sa porte quassee. Ge dernier vers n’existant pas dans Bÿ, on peut

310 CLASSEMENT DES MANUSCGRITS

reporter l’allusion au v. 12371, quoique probablement oublié : Sans defense la porte quassent; mais il n’est plus dit où l'amant à vu cette porte cassée, détail exprimé dans les autres mss. Par la même omission se trouve subitement ét complètement supprimé le rôle de la vieille, si longuement préparé. Ce qui a été dit d'elle précédemment devient à peu près inutile. En outre, on ne voit pas comment sans elle l'amant peut pénétrer dans l'enceinte où Bel-Accueil est enfermé.

De même après la lacune des v. 14763-15107, «le tornoiement, qui commença trop asprement », est raconté sans avoir été ni annoncé ni préparé. Par suite des suppressions précédentes, on ignore que l’armée du dieu d'Amour a pénétré dans la place, et, d'autre part, que les portiers de la tour font de l'opposition à l'amant.

La comparaison exposée plus haut de la lacune des v. 20956-61 dans Be avec celle des v. 20952-61 dans B5; celle d'autres lacunes des deux mêmes mss., qui sera donnée plus loin, révèlent dans le texte de Bi d’autres inconséquences, dont quelques-unes à elles seules suffi aient à prouver que, loin de représenter l’édition primitive du poème, il n’est qu'un remaniement d'un texte déjà fort altéré, remaniement d'ailleurs très ancien, puisqu'il existait dans le ms. dont provient le fragment Bi, qui paraît être de la fin du XIII: siècle.

Omissions de Be. Il n’y a aucune raison d'accorder plus de considération aux omissions de Be.

Remarquons d'abord que dans la plus abrégée des versions qui ont servi de base à ce ms., parmi les vers qui forment soudure entre les deux bords d'une lacune, se trouve une rime de la région normanno-picarde, faches : saches (voir p. 369, n. 1).

Plusieurs des autres lacunes présentent nettement le caractère d’un abrégé.

Celle des v. 10341-99, qui se retrouve également dans Bi, a été opérée par la fusion de la première moitié du v. 10341,

Et fis mon lais, bien n’en souvient, avec la seconde du v. 10393,

A bon port et jel te pardon, fusion dont est sorti ce vers :

Mon lais fis. Et jel te pardon (1).

(1) Be : jel repardon.

Or, le système d'abréviation qui consiste à fondre le vers qui ouvre une lacune avec celui qui la clôt est d’un usage courant ; ila été précisément employé par l’auteur picard ou normand de la coupure qui vient d'être rappelée (voir p. 369) ; un autre exemple en a été signalé précédemment (p.377). Intercaler au contraire une interpolation entre les deux moitiés d'un même vers est un procédé compliqué et tout-à-fait insolite.

La même observation s'applique à l’'omission des v.20956-61 ; ici, ce ne sont pas deux moitiés de vers qu'on a réunies en un tout, mais deux vers qui ont été rapprochés pour rimer ensemble. Le procédé est le même.

Avec les v. 10679-80 disparaït le nom d'Amour, auquel se rapportait, dans le v. 10681, le pronom 7, qui, par suite de cette suppression, devient obscur.

L'omission des v. 12079-80 retranche l'écharpe de l'équipement d’Abstinance ; cependant, au v. 12077, ce personnage porte le bourdon des pèlerins, et les deux objets vont de pair. Après la suppression des v. 21067-68, le pronom /a du v. 21669 se rapporte au mot pensée du v. 21066, au lieu du mot ymage du v. 21068 omis, et c'est un non-sens. À la vérité, dans les trois cas qui précèdent, on peut considérer l'omission, qui ne porte que sur deux vers, comme purement accidentelle. Ils méritaient pourtant d'être signalés, d’autant plus qu'ils sont communs à Beetà Bi.

À Be et à Bi manquent les v. 11599-640 ; les v. 11599-636, qui forment une parenthèse, empruntée à Guillaume de Saint-Amour, et plutôt mal introduite, pouvaient être omis sans inconvénient ; mais non pas les v. 11637-40, qui sont une transition, sinon nécessaire, au moins très utile, pour amener les v. 11641 et suivants. En outre, les deux vers qui précèdent immédiatement la lacune ont été modifiés dans Be et Bi :

Et il aussi trestout le croient (Be a. tost renoioient), Que rien dou (Bi ou) monde n’i mescroient,

au lieu de Et il aussi tout me revelent,

Que rien-dou monde ne me celent (v. 11597-98).

Si, comme cela paraît vraisemblable, cette modification est du même auteur que l'omission, celle-ci ne peut être de Jean de

Meun, car les deux vers modifiés, dénués de sens, ne sont pas de lui. L'omission des v. 15313-16 dans les deux mss. a privé de sens le v. 45312, qu'il a fallu remplacer par un vers de remplissage : Et que tout a (Bi: par) terre n'estende, pour Et que cil veincuz ne se rende. L'omission des v. 21085-96 et 21101-108 supprime totalement l'invocation à Vénus et le serment fait par Pygmalion de rompre avec Chasteté. La prière de Pygmalion, réduite à six vers, ne s'adresse plus qu'aux dieux en général (v. 21083-84, 21097-100). Or, c'est dans un temple de Vénus, à l’occasion d'une fête de cette déesse, que Pygmalion adresse sa requête. C’est Vénus qui l'exauce, très heureuse de voir que le jeune homme Chasteé laissoit

Et d2 li servir s’apressoit,

Com ons de bone repentance,

Prez de faire sa penitence,

Touz nuz entre les braz s’amie (v.21111-15).

L'invocation à Vénus et le serment de ne plus vivre chastement sont dans Ovide, à qui Jean de Meun a emprunté tout l'épisode. Il est donc évident que les vers omis devaient se trouver dans la première rédaction de cet épisode. Leur omission, d'autre part, ne peut être accidentelle, d'autant moins qu'elle est en corrélation certaine avec une interpolation, entre les vers 21082-83 (1), de 6 vers dans Be, de 4 dans Bi, interpolation dont les deux derniers vers, supprimés par Bi, apparaissent dans Be comme une absurdité à qui connait la légende de Pygmalion, et Jean de Meun la connaissait bien :

Car maintes foiz les ot (2) serviz,

Li valez au soutief cerviz (3),

Qui mout (4) iert bons ouvriers et sages,

Fait leur avoit maintes ymages (5),

Et avoit trestout son eé Usé en droite chasteé (6).

(1) Bu a à la fois cette interpolation, et les v. 21085-96, 21101-108.

(REBeRM GES:

(3) Be : de soulieus servis.

(4) Be : Car m.

(5) Bi: L. a. f. mains biaus y.

(6) Ces six vers se trouvent dans Mar avec les variantes suivantes : v. 1-2 intervertis, V. 4 mains beaux servaiges, v. 6 Vescu e. d. ce. Ils sont aussi dans Za avec Vescu au v. 6.

Il est évident que ces six vers ont été introduits dans l'original commun de Be et Bi en même temps que la suppression des v. 21085-96 et 22101-108, et qu'ensuite Bi a supprimé les deux derniers.

La réduction, dans les deux mss., des v. 21187-96 à deux vers (1): Cimaras (Be : Et Marrus)-en fu conceus, Li rois qui puis fu deceus, est une faute de toute évidence. Dans Be, le vers qui suit cette lacune est ainsi modifié : Qwe {el chose avenir detst, au lieu de Lez le roi, senz que mot seust. Ge vers et le suivant, devenus obscurs, ont été ensuite omis par Bi.

L'omission dans les deux mss. des v. 21299-304 est également une faute évidente, puisque le v. 21305 suppose les v. 21303-4.

Une preuve encore, d'un autre ordre, que ces omissions ne sont pas de l’auteur du poème, c'est qu'elles se trouvent dans les mss. d'une famille qui est caractérisée par de nombreuses autres fautes. Supposer que toutes ces autres fautes soient postérieures aux omissions, c'est-à-dire que tous les mss. de la famille B, y compris Ba et Ba, dérivent d'un même prototype, qui, aux omissions originell es aurait ajouté toutes les fautes qui caractérisent le groupe, est impossible, car beaucoup de ces fautes ont précisément disparu dans les lacunes de Be et surtout de Bi. Quelques-unes, qui n'ont disparu que partiellement, fournissent un témoignage encore plus décisif de leur antériorité, telle l'interpolation placée entre les v. 1228-29, dont il n’est resté que deux vers dans B4.

De toutes les discussions qui précèdent, il résulte que tous les mss. de Z, sauf peut-être Ba, ont subi des remaniements individuels, qui leur enlèvent toute autorité ; que Ba lui-même est très suspect; que, par conséquent, on ne peut attribuer de la valeur aux lecons de ces mss. que si, d'une part, la comparaison de ces mss. assure qu'elles remontent bien à leur ancêtre commun, et si, d'autre part, elles sont appuyées par les leçons d'une autre famille (2).

Bÿ La version du ms. dont provient le fragment Bÿ était celle de B,

comme le prouvent les variantes suivantes communes aux deux mss. : v. 12512 Que ja chandoïle n'i quesist (Bi: veist), pour

(4) Dans Bu et dans Mar, ces deux vers tiennent lieu seulement des v. 21187- 90; ils sont donc suivis du v. 21191 et le sens est satisfaisant.

(2) On verra plus loin une interpolation commune à B et à C, Eb, He, qui paraît avoir été empruntée par B à l’un de ces groupes ou à leur ancêtre.

Mais que la lune n'i luisisl; omission des v. 12513-14, 12521-24, 19899-30 ; v. 15501 assordie (Bi), assorde (Bi), pour estourdie ; omission des v. 15502, 15504. Les v. 12537-15496 sont réduits à 240 dans Bi; or, ce chiffre correspond exactement à 12 pages de 20 lignes chacune, c'est-à-dire aux 6 feuillets qui devaient se trouver intercalés entre les deux parties du fragment B%.

Bf est, dans la famille B, plus spécialement uni à Bi; il a de ce ms. des variantes qui ne se retrouvent pas chez les autres représentants de la famille. J'en ai cité plusieurs dans l'étude de B (p. 387, n. 1, p. 388) ; on en trouvera d'autres plus loin; je noterai ici seulement la suivante : les v. 7871-74 dans Bi sont remplacés par ceux-Ci : Par mon chief je vcouroie bien Dès qu'il ne vous vuelent nul bien Maïs que si sagement eust Este fait que nus nel seust ; ces quatre vers, avec quelques variantes aux deux premiers : Æ£si le &. je b. Puis qu'il ne vuelent vostre b., se retrouvent dans Bé, non pas à la place de 7871-74, mais à leur suite (1). La juxtaposition de deux leçons est ici évidente; j'en ai noté d'autres exemples déjà en étudiant 3. Ces juxtapositions expliquent pourquoi la plupart des omissions de B ou de B2 seul ont disparu dans Bÿ, tandis qu'il reproduit la plupart de leurs autres variantes; c'est ainsi que Z7 a les vers suivants qui manquaient à l'ancêtre de Be-Bi: v. 5361-62, 10783-816, 11323-26, 11561-64, 11599-600, 11637-38, 11699-700, 11703-4, 11709-12, 11717-46, 11833-34; 4 vers entre 11844-45; v. 12066-74, 12379-80, 12413-16 (réduits à deux vers dans B), 12425-26, 12479-80, 12521-24, 19529-30, 15775-76 ; il à cependant omis avec B les v. 11665-66, 12455-56 (2).

Le cas peut se présenter aussi, bien entendu, mais il est rare, où à des variantes de B autres que des omissions B7 oppose la bonne leçon: v. 4246, 10825, 11935, 11291-99, 11827-28, 12091, 15119, etc.

Bi n’a de B que les variantes qui se trouvaient chez un ancêtre de Bi; quelques exceptions apparentes disparaissent devant un examen attentif : le v. 4157 est dans B, y compris Be, Bien m'avroit maufez esbahi, pour M. m'a. b. envaï; Bt a connu la lecon de 2,

(1) On trouvera plus bas d'autres variantes spéciales à Bi et Bt. (2) Les v.112317-38, déplacés dans B, sont omis dans Bé.

puisqu'il l'a combinée avec une autre : B. m'a: m. envay ; cependant, Bi a la leçon des groupes de IT : Maufé m'avroient envahi, mais cette leçon n'était pas celle de l'ancêtre de Be-Bi, comme l'atteste l'accord de Be avec B. Dans le tableau que j'ai donné (p. 581) des variantes de B entre les v. 11316-27, B£ parait suivre Bû (Ba fait ici défaut), plutôt que Be-Bi, mais c'est parce qu'il a comblé, comme il l’a fait en maints autres endroits, une lacune de Be-Bi, en empruntant les v. 11323-26 à la leçon commune. La même explication rend compte du cas suivant : B tout entier remplace au v. 11596 Zes secrez as genz par Les confessions, et ajoute deux vers entre 11596-97 : Ou par paroles bien ouvertes (Bi: couver- Les) Ou par autres (Bt: aucuns) signes couvertes (Bi : ouvertes); en outre Be-Bi modifient les v. 11597-98 (1), puis suppriment les v. 11599-640 ; B7 a les deux vers interpolés dans tout B, mais il ne change pas les v. 11597-98, ni ne supprime les v. 11599-640 ; je crois que le ms. de B suivi par B7 avait bien ici, comme dans les cas précédemment signalés, les variantes de Be-Bi, mais des quatre vers qui y tenaient la place des v. 11597-640, le compilateur n’a emprunté que les deux premiers, les deux autres ne différant que par la rime des v. 11597-98 de la leçon commune, et d’ailleurs n'ayant pas de sens (2).

Ce n’est pas une autre version seulement qui se trouve combinée dans B7 avec celle de B ; plusieurs groupes y sont représentés ; je né donnerai que quelques exemples de ces emprunts : variante de J : v. 4301-9 (3; ; variantes de J, Æ : v. 5441-42 omis; v. 8711 a fin (Bô), enfin (TJ, K), pour enclins ; variantes de Z, dont la plupart, mais pas toutes, se retrouvent dans M: v. 8256, 8654, 10066, 11311, 11936, 14003-4 (omis), 14134, 14169-74, 14960, 14316, 14452, 14667, 14994, 15015-16, 15043, 15462, 15488, 15554, 15573, 15579, 16018, 16156, 16493, 16750, 16761-62 (omis), 16858, 17018, 17308, 17818 ; variante de M,N : v.15804 Æt engins de maintes manieres Grans caillous de plaisans pierres Qui valoient miex que pierres, pour Granz chaillous de pesanz prieres ; variantes de ÆX : v. 17346, 17382, 17412, 17538 Qui si est toujours terminee (Bi), Qui ainsi

(1) Voir ci-dessus, p. 391.

(2) L'auteur de Ju a procédé de même.

(3) Voir, plus loin, l'étude de J. Dans Bu, ces deux vers sont ajoutés à la leçon commune.

soit determinee (K), pour À ënsi otroi je destinee; variantes de K, M:4 vers entre 15764-65 ; v. 16484, 17345, 17386.

Bu, Bu

Ces deux mss. sont unis l'un à l’autre, entre les v. 8015 et 12030 environ, par des traits spéciaux dont je citerai quelquesuns seulement; on en trouvera de plus importants dans la comparaison de ces mss. avec d’autres : v. 8015 Non neis a pot que veslir., pour Ne que chaucier ne q. v.; v. 8053 Que se ses oùlz bien i (Bi), Etquis.ieus b. i (Bu), pour Que linx se s. 1. 1; omission des vers 8189-90 ; v. 8654 «toit, pour saveil; v. 9330 Etlisse chate a maqueresse (Bu : quate m.), pour Maquerele et charaieresse ; \. 9563- 614 omis; v. 9918 Qui par vertuz font granz aumosnes, pour Q. seur ©. fondent leur bones ; v. 10160 espesses lees.{l), pour espes semees; V. 10168 Jaunes, pour Joues ; v. 10565 Thopinel, pour Chopinel; v. 10934 Et noz anemis, pour Æt que ja nul n'en; \. 11081-82 placés après 11064; v. 11079-80 intervertis ; recommandation de ne pas lire à tout le monde les v. 11223-980. Ce conseil est placé dans Bu entre les v. 11222-93 (2) :

Ce qui s’en suit trespasseroiz a lire Devant genz de religion et Mesmement devant ordres Mendiens ; car il sunt sotif et Artilieus, si vous porroient

Tot grever ou nuire ; :

Et devant genz du sicle, que l’en les Porroit mestre en erreur,

Et trespasseroiz juques a ce chapistre Ou il commance ainsi :

Faus Semblant dit Amours a moi.

Dans Bu, l'avis est placé entre les v. 11227-98 :

Istud sequitur.

Ubi vides voluerem cornutam,

Transeas te lotum,

Karissime amice ; propter nefandissimos Peccatores terre, ministros

Parisienses Antichristi, usque ad locum illum :

(1) Aussi dans Jo.

(2) C'est à tort que Méon, qui l'a reproduit d'après ce ms., sans le désigner, dit que les vers visés sont omis.

Faus Semblant dist Amors di moi,

Ubi similiter invenies volucrem similem ; Nec confideas in aliquem, quia nec

In fratre quolibet confidendum est (1).

Un avis semblable précède dans x, comme dans Bu, le v. 11993 :

Isto loco, scilicet : Ci se vielt

taire Faus Semblant, etc.,

usque ad locum illum : Faus

Semblant, dist Amours, di moy,

elc., ubi tu invenies hoc signum (2),

quidquid interim continetur,

nulli communices ; quicquid

vere (sic) precedit et sequitur, potes quibus volueris communicare secure.

Les derniers mots «quicquid vero precedit... potes quibus volueris communicare secure » ne sont évidemment pas à leur place à la suite du chapitre interpolé, le plus dangereux de tous. Lorsque la recommandation a été introduite pour la première fois dans un manuscrit, on n'a pu la placer immédiatement devant le v. 11293 que si le chapitre interpolé ne s’y trouvait pas ; si ce chapitre existait, c'est devant lui que l'avis a dû être inséré. Bu, ou l’un de ses ancêtres, a supprimé le chapitre interpolé (cf. Ac, p. 358), et l’avertissement de ce fait s'est trouvé devant le vers 11293; : ou l'un de ses ancêtres, en reprenant le chapitre apocryphe, a eu le tort de le placer avant cet avertissement.

Entre les v. 11480-81, Bu et Bu reproduisent, sans aucun dessin, les mentions des mains corporelle et spirituelle (3).

Après le v. 12030, les rencontres de Bu avec Bu sont plüs rares, et peut-être fortuites : v. 13202 s'est pointe, pour l’apointe ; v. 14255 En court, pour En teil (4).

Toutes les variantes communes à Bu et à Bu qui viennent d'être notées, sauf celle du v. 10934, correspondent à des passages qui

(4) Le signe annoncé dans Bû (volucrem cornulam) ne se trouve ni au début, ni à la fin du passage visé; cette note est donc reproduite d'après un ms. antérieur. La disposition de ces notes, introduites dans les colonnes du texte sous forme de vers, attirait moins les yeux de ceux qu'on craignait. L'avis de Bà a été connu du copiste de Ac (voir ci-dessus, p. 358).

(2) Aucun signe dans le manuscrit.

(3) Voir p. 354, n. 2.

(4) Jo, Jl : En four.

ù manquent dans Bi; les passages correspondant à celles des v. 10160, 10168, 10365 manquent aussi dans Ze. Il est donc impossible de dire sile texte de 5, à qui Zu et Bù sont apparentés, n'avait pas, avant de subir des coupures, un certain nombre de ces variantes.

Dans l'étude de 2, j'ai noté des variantes de cette famille adoptées par Bu et Bü et mêlées aux leçons d’une autre version; tantôt un texte est substitué à un autre, tantôt deux textes d'origine différente sont juxtaposés. Entre les v. 8015-12030, les relations de Bu et celles de Zù avec B sont naturellement les mêmes. Des exemples de juxtaposition de deux leçons, dont celle de 3, dans Bu-Bü sont signalées p. 360, n. 3, 4, 5, p. 366, n. 2, p. 367, n. 5, p. 381 (tableau), p. 384, n. 1, p. 385, n. 1. J'en mentionnerai encore un; dans Be-Bi, les v. 10141-92930 sont remplacés par deux vers : Car Se le Chemin voulez sivre, De lout bien vous verrez delivre, qui relient habilement le v. 10140 au v. 10931; Bu et Bu ont à la fois les v. 10141-230 et les deux vers de Be-Bi, qu'ils ont intercalés entre les v. 10232-33, au milieu d'une phrase qu'ils coupent. Un de leurs ancêtres, qui avait les v. 10141-930, a reçu en marge les deux vers de Be-Bi; ensuite, un scribe les a incorporés au texte sans leur donner exactement la place qui leur était primitivement assignée (1).

Le texte de B, utilisé par l’arrangeur de Bu-Bu, est celui que représentent surtout Bi, Be. Dans les additions empruntées à ce texte, Bu, Bù introduisent des variantes qui leur sont communes et qui, par conséquent, remontent à leur ancêtre.

Hors des pages où Bw et Bu sont unis, chacun de ces mss. a encore des leçons de B. Dans B%, elles Sont nombreuses ; parmi celles que j'ai relevées en étudiant 2, je signalerai surtout celles qui juxtaposent deux leçons (voir p. 366, n. 3, p. 375, n. 1, p. 399, n. 1, p. 595, n. 8). C'est toujours le texte représenté par Be, Bi, Bê qu'utilise le correcteur, mais, comme chacun de ces trois mss. a altéré le texte de , il en résulte que Bu peut avoir des variantes de l’un quelconque de ces mss. pendant que les deux autres ont la bonne leçon. Il arrive même que Bw a des variantes qui ne se retrouvent plus dans aucun de ces mss., mais que leur présence dans Ba prouve être de 2, par exemple, la substitution aux v. 14979- 82 des deux vers suivants: En prison par Dieu me melez Vos

(1) Jo et Ju ont la même leçon que Bu-Bà.

aniaus au moins me prestez ; deux vers interpolés entre 14410-11, six entre 15004-5, six entre 15008-9, deux entre 15068-69, etc.

Bu aussi a, hors de son union avec Bu, des lecons de Z; mais elles sont beaucoup moins nombreuses que dans Bx et n'y sont pas venues par la même voie. Zù est avec B, à l'exclusion de Bu, aux v. 4599 (avec X, Ri, etc.) ; v. 4884 verriez, pour verreient (avec À); v. 15194 (avec J, X, Ri). Deux vers interpolés dans B, ÆX entre 5382-83 (1) se trouvent à la même place dans Bu; ils sont dans Bu entre les v. 5378-79, où probablement ils n'ont été introduits qu'après coup par un correcteur. Au contraire, 26 vers interpolés dans 2, J, X, Rt entre 6916-17 se retrouvent à la même place dans Bw et entre 6920-21 dans Bu. La variante des v. 1645-46 (voir l'étude de 7) montre clairement comment Bux et Bu, suivant des voies différentes, ont pu se rencontrer par l'intermédiaire d'une leçon de B.

Voici un exemple dans Bu, indépendant de Bu, de la juxtaposition d'une leçon de B à la leçon commune, identique à ceux qu'on a déjà vus dans Bu, Bu réunis et dans Bu seul : Bi remplace les vers 15745-50 par quatre vers nouveaux et supprime les vers 15751- 64; Bu donne les vers 15745-64 de la version commune et les fait suivre (À) des quatre vers qui en tiennent la place dans B1 :

Car li (3) senglers si le-frapa (4)

Que a (5) ses granz denz le hapa (6)

Adonis (7) a la clere face

Qu'il (8) demoura morz en la place.

De sorte que la mort d’Adonis est racontée deux fois, à quatorze vers d'intervalle.

Ce ne sont pas seulement des fautes de B qu'on peut relever

(1) Cités dans les variantes de X.

(2) De même dans Bi, He, Maz, J, K, N, Ye.

(3) Bi : El 1. — Car est la leçon de l’interpolateur, comme le prouve le vers correspondant de la bonne leçon : Car li senglers se revencha; de même aux deux vers suivants, la leçon de Brest moins bonne que celle de /, X, N.

(4) K : l'atrapa; Nu et ÿe : le hapa.

6) Æ, Jo : Qui a; N : Et a.

(6) J1 : d. sih. ; Jo : l'atrapa; Bi : lecoupa; Nu: l'agrapa; ye: le frapa; Bû:O sa g. d. si le h. Les deux premiers vers sont dans He : Mais lamors trop lost l'alrapa Car li senglers si forl frapa.

(1) Maz: Adonyn; Bi : Oudouins; He: Abdoyn.

(8) Jo : Qui d.; K : Si d.

dans Zu-Bu réunis; en voici qui proviennent d'autres familles : les vers 8205-6, omis dans Æ et Jo, sont placés dans Zw-Bù entre 8202-53, et les v. 8203-4 sont ainsi modifiés : Zi plusor vous aïment et croient Qui de riens ne vous forferoient, pour ZL. p. ©. en moquereient Q. d. r. n. v. secourretent (1); ce déplacement des v. 8205-6, qui manquent dans des mss. apparentés à Bu-Bu, autorise à présumer qu'ils ont été rapportés ultérieurement ; v. 8936 delices (avec X, M, N), pour devices ; v. 9181 mouvanz (avec X, L, M, N), pour volanz ; les v. 11987-88, omis dans Z, sont placés dans Bu-Bu entre 11984-85. Dans l'étude de J, on trouvera des exemples caractéristiques de fautes communes à J, Æ et à Bu-Bu. Les avertissements qui précèdent les v. 11223-980, les citations latines placées entre les v. 11480-8! marquent entre Bu-Bu et Ac des rapports dont il a été parlé dans l'étude de ce dernier ms.

Lorsque Bu et Bu sont séparés, on relève de même dans chacun d'eux différentes leçons autres que celles de Z. C’est ainsi que Bu fait suivre les v. 4801-92 de la leçon commune des deux vers correspondants de J (2).

Bu a de nombreuses fautes qui se retrouvent dans Æ et ses congénères M, N, souvent aussi dans J. Il en a déjà avant d'être réuni à Bu (v. 4098, 4108, 4156, 4157, 4166, 4170), il'en aura encore après l'avoir quitté, et jusqu'à la fin du poème.

Il arrive aussi à Bu d’avoir des fautes communes à Zu et à X (ou Æ, J) : v. 15573 et 15579 chascun (Bu, Ac, K, L, M, N), pour Cacus'; v.15714 Renarz (Bù, J, K, M, N), Gorpis (Bu), pour Rengiers; V. 20539-40 omis (B%, Æ) ; 52 vers interpolés entre 20810-11 (Bü, K, M, N), etc. Dans ces cas encore, c'est par des voies différentes, au moins le plus souvent, que Bu et Bu aboutissent au même point.

By

Ce ms. a de très nombreuses variantes de 2, plus spécialement de Bu, qui fait généralement partie de B; ces variantes sont soit dans le texte même, soit ajoutées en marge par le copiste. On verra que Celui-ci avait à sa disposition au moins deux mss. de différentes familles, copiant tantôt l’un, tantôt l'autre, mais emprun-

(1) Le passage est omis dans Bi.

(2) Voir l'étude de J. Il est à noter qu'ici la leçon de J est aussi celle de B4, et que Ju réunit les deux versions exactement comme Bu.

tant toujours des leçons à celui qu'il ne suivait pas immédiatement. By à aussi des leçons de B qui ne se retrouvent pas dans Zu; iln'en résulte pourtant pas nécessairement que le copiste ait connu en même temps Bx et un autre ms. de B; il a pu avoir un ms. parent de Bu, possédant des leçons de 2 que Bu n'a pas gardées.

L'interpolation de 6 vers que des mss. de Z, à l'exclusion de Bu, ont entre les v. 45045, a été transcrite, en marge de By, par le copiste ; il en est de même des interpolations que Bu, avec B, donne entre les v. 4414-15, 4490-21, etc. La preuve que le ms. d’où ces additions sont tirées était déjà entre les mains du scribe avant qu'il eût terminé sa copie est fournie par les nombreuses leçons de même origine qui sont entrées dans le corps du texte ; par exemple, par des interpolations entre les v. 6952-53, 7222-93, 10048-49, 10830-31, 11678-79, etc., qui existent aussi dans Zu et dans B.

Nombreuses sont les variantes assurant que le ms. de B connu du copiste était spécialement apparenté à Bw : les 26 vers interpolés dans B entre les v. 6916-17 se trouvent dans By, comme dans Bu, entre 6920-21 ; les 16 vers intercalés dans 2 entre 11803-4 sont dans By comme dans Bu entre 11826-27, etc. Les passages où j'ai signalé dans Bu la juxtaposition de deux leçons différentes se retrouvent tels dans By.

Ce ne sont pas seulement des interpolations que By doit à Bu, mais aussi de simples variantes de mots et même des omissions : v. 8133-34 pleins d'angoisse Qui loutes choses par art froisse, pour tout poissant T. c. p. a. froissant ; N. 9655 pour leur grant force, pour par quelque f., etc. Avec Bu, le copiste de By omet les v. 7495-96, 9563-614, 10513-39, etc., puis, d'après un autre ms., ajoute le premier couple en marge, les deux autres groupes sur des fragments de parchemin intercalés dans le volume. Les lacunes de ce genre, correspondant à celles de Zw,sont très nombreuses ; lorsqu'elles ne portent que sur quelques vers, et c'est le cas le plus fréquent, c'est en marge qu'elles sont remplies. Il en est une particulièrement intéressante, celle des vers 12055-56, que le copiste a comblée, non pas en marge, mais au bas de la colonne (après le v. 12081); c'est une preuve que la correction à été faite avant que cette colonne fût complètement écrite, par conséquent, que le copiste avait bien simultanément plusieurs modèles.

Dans les derniers cas qui viennent d'être signalés, le copiste sui-

Univ. de Lille, Trav. et Mém. Droit-Lettres. Tome VII — 26

" vait un ms. du groupe Zu, qu'il corrigeait à l'aide d'un autre ms. ;

ailleurs, c'estce dernier ms. qu'il suit, en ie corrigeant avec un texte du groupe Bu; c'est ainsi que du v. 12571 au v. 16009, By à la plupart des fautes de Z, mais pas toutes; les unes ont pu être corrigées avant d’être transcrites, de sorte qu'il n’en reste aucune trace; dans

d'autres cas, la correction a été faite après coup, et par conséquent est encore visible ; les v. 14003-4 manquent dans Z; ils manquent aussi à leur place dans Zy, mais le copiste les a transcrits en marge;

les v. 14169-73 sont réduits à un seul dans Z, dans Z (y compris

Bu), au contraire, deux vers sont ajoutés entre 14#172-73 ; le copiste

de By avait d'abord écrit le vers unique de Z, ensuite il l'a gratté et remplacé par le v. 14169 de B, et a mis en marge les v. 14170-75 de

B, y compris les deux vers interpolés. Les deux v. 15015-16 Quwe/ servise vous À faciez Bien savons que vous ne traciez sont de la

leçon de B, mais remplacent deux vers effacés, qui étaient évidem-

ment ceux de Z; les mots {rives du v. 15635, z ot du v. 16769, por-

cions du v. 16904, remplacent des mots grattés, qui ne pouvaient

être que termes, ot si, parlies, de Z. Très souvent, tout en gardant

la leçon de Z, le copiste y ajoute en marge les interpolations de Bu.

Les fautes de Z restent donc encore très nombreuses, surtout entre

les v. 12571-16009, sans compter celles du même groupe qui existent

dans Bu.

B remplace les v. 5793-98 par six autres vers (voir p. 375), dont deux ne sont autres que les v. 5807-8 ; on a vu (p.375, n. 1) avec quelle maladresse les deux versions sont réunies dans Bu; By a, lui aussi, jJuxtaposé les deux leçons, mais plus intelligemment : il a gardé les v. 5793-96 de la version commune et les a fait suivre des deux premiers vers de B : Or te dirai que tu feras Par mon (os dès or m'ameras ; pour les v. 5797-98 il a adopté la version de 2: Se tu vues metre en moi l'entente Voi me ci vierge bele et gente; mais entre ces deux couples il a supprimé les deux v. 5807-8, qui se‘ retrouveront à leur place primitive.

Le chapitre apocryphe des privilèges de Faux-Semblant n'est ni dans Z, ni dans B, ni dans Bu (1). Il manque également dans 2y, mais une note au bas du feuillet dit : Ci faut li privileges des freres, qui esl à la Jin dou livre escris. Gette note peut n'être

(1) Il n’est pas certain qu'un ancêtre de Bu ne l'ait pas eu. Cf. la note insérée dans ce ms. entre les v. 11222-93.

pas du copiste, bien qu'elle lui soit contemporaine, mais c’est bien le copiste qui a transerit le chapitre à la fin du volume (1).

By à aussi, surtout au début, des variantes de Æ (2) qui ne se retrouvent ni dans Bu ni dans ZL : v. 4098, 4137-38 (omis ; ajoutés en marge de By par le copiste), 5250, 6459-62 (omis), etc. Néanmoins ce n'est pas à Æ qu'il doit le chapitre sur Faux-Semblant.

Il ressort amplement de ce qui vient d'être dit que By ne peut être d'aucune utilité pour la restitution du texte.

Bo, B6, BÔ

Bê ayant été rattaché à B, il convient d'examiner immédiatement à la suite de ce groupe B6, B6, B0, qui sont apparentés de très près à Be et qui, avec lui, sont souvent alliés à B.

Bo, B6, BÔ ont les variantes précédemment signalées dans B et Bêé aux v. #157(3), #170, deux vers interpolés entre 4228-99, v. 4946 (4), 4271, 4338, deux vers entre 4414-15, v. 4418, deux vers entre 4420-21, dix vers entre 6946-57, v. 7039-46 intervertis, 7841- 42 omis, 7863-66 modifiés, quatre vers entre 7876-77, v. 1893-94 intervertis, v. 8848, 9649, deux vers entre 10048-49, quatre entre 10492-93, v. 104925-26 omis, six vers entre 10518-19, v. 10691-98 réduits à deux, v. 10699-700 changés, v. 10769-70 intervertis, quarante vers entre 10830-31, v. 12246, v. 12369-70 intervertis.

Tous trois ont cependant la bonne leçon contre ZB et Bé aux v. 4185 (5), 4936, 5338, 5434, 5810, et surtout après le v. 11566: aucun d’eux n’a les interpolations de 2, Bé entre les v. 11868-69, 11678-79, 11790-91, 11903-4, ni les variantes des v. 19340, 18015,13306, 13358, 14494.

Chacun des trois mss. peut être, sans les deux autres, avec B et Bêé : B6 seul est avec B et Bé aux v. 10750, 10820; 30 seul aux v.

(1) Voyez p. 430.

(2) Sans compter l'interpolation de 52 vers entre les v. 20810-11, qui existe aussi dans Bu.

(3) Mais Bo, BÔ, B6, de même que B4, ont envañ de la leçon originale au lieu de esbahi de B et Bé.

(4) Avec Jamais, qui se trouve aussi dans Bé et Bi, au lieu de Ja tu des autres représentants de B.

(5) A la vérité, Bô change complètement ce vers : Mauveslié c

envest vis feroie, pour Ne ferai mais (B, Bê: Plus n'en ferai) car lort avreie.

4190, 6624, 7199-200 (placés entre 7206-7), 7201-2 (omis), 8751, 10496 (1),10722,10747-48 (omis), deux vers interpolés entre11254-55, v. 14996. 26, aux environs du v. 11000, abandonne définitivement le groupe, 26 le quitte momentanément après le v. 12370, de sorte qu'alors Bo se trouve souvent sans ses deux congénères avec Bel Bé : v. 1241316, 12493-26 (omis), 12448, 12459, 12455-56 (omis), 12474, 19479-80 (omis), 12504, 12505, 12508, 12513-14 (omis), 12521- 24 (omis), 12827, 12529-80 (omis), 13584, 14458. Aux v. 15711-12 (omis), 13774-76 (omis), 15719, 15803, 15805-6 (omis) (2), Bô est de nouveau avec Bo et B, Bé.

Déjà avant que B6 eût quitté Bé, Bo et B6 ont pu se trouver sans lui avec Bé et B : v. 1809, 10949-50 (omis), 11013-14 (omis), 11048.

D'autre part Bo, B6, B6, réunis ou isolément, peuvent avoir des variantes de Z, pendant que Bé a la bonne leçon : c'est ainsi que tous trois ont, sans Zé, l'interpolation de B entre les v. 1390-93 ; de même Bo, BÔ, sans Bé, sont avec B aux v. 5487-88 (omis), 6581 ; Bo, B6 au v. 12057, et encore à l'extrême fin du poème : six vers entre 21082-83, deux entre 21754-55 ; Bo seul aux v. 4300, 12055-56 (omis); B6 seul aux v. 5361-62 (omis), 6585, 6586, 10239-40, 13654.

Beaucoup plus nombreuses sont les variantes communes à Bo, B6, B et à Bé, qui ne se retrouvent pas dans Be. J'ai signalé en notes, dans l’étude de B, l'interpolation placée entre les v. 6900-901 (p. 371, n. 1), le rejet des v. 7133-34 après le v. 7152 (p. 380, n. 41); il. serait inutile d'en donner d’autres exemples.

Bo, B6ô, BÔ participent donc à la plupart des alliances de Bé avec différents groupes (3). Pourtant, aucun d'eux n’a, avec Bé, le chapitre interpolé des privilèges de Faux-Semblant : c'est Bé seul qui à ici quitté le groupe.

B6 semble avoir quitté Bé et Bo après le v. 12370, mais il se retrouve déjà avec eux v.15844-45 (omis), v. 13924 12 escommurent (Bo, B6), li esco murent (Bé), pour li con esmurent, v. 15015-16, etc. Dans l'intervalle, B6 a omis les v. 13495-744.

. () Ici BÔ a une variante qui lui est spéciale : tourne, pour met (B, Bé, B : livre).

(2) Dans B6, les v. 15805-80 sont copiés à la suite du v. 45820, d’une écriture différente de celle du reste du ms. La première écriture reprend après le v. 15880, avec le v. 15877, de sorte que les v. 15877-80 sont répétés avec des variantes.

.(3) B6, ayant omis les v.4301-4, n'a pas la variante des v. 4301-2, commune à Bé, Bo, Bo et J.

B6 est encore avec Bé, mais peut-être par hasard, au v. 41087 : escaloigne (1), pour coulel troine ; mais on a vu qu'auparavant déjà il pouvait avoir la bonne leçon contre 3, Bé et Bo, B6; dans la suite, il n'aura plus qu’exceptionnellement les fautes de Z, dans des rencontres où probablement il est amené par d'autres intermédiaires que Bé et Bo, B6.

Au v. 9503-4, B6 est avec N. Depuis le v. 11057 jusqu'au v. 19562, où il est entré décidément dans le groupe Z, il est difficile de le rattacher à aucune famille, parce qu'il a généralement la bonne leçon ou des variantes qui lui sont personnelles: on à vu cependant que, même alors, il présentait encore quelques fautes de B; ilen à aussi quelques-unes, mais peu caractéristiques, de Z : v. 11999 de nulli, pour d'ome nul; v. 16009 {reuvent, pour {reuve ; v. 16761-62 omis. Du v. 19562 au v. 21080, il a à peu près toutes les fautes de Z, par exemple, v.19569, 19611, 19630, 19919, 19945, 19965, 19994, 20013, 20183, 20198, 20214, 20215-16, 20430, 20467, 20520, 20525, 20660, 20823-24, 20905, 20938, 20971, 21080; il n'a cependant pas celles des v. 20242, 20249 ; et en revanche, aux v. 19935, 20607-8, 20613, il a les variantes de X. Après le v. 21080, il cesse d'être avec Z; entre les v. 21116-17, il reproduit les v. 21109- 19, mais avec, au premier, la variante de Be, Bi; v. 21249 il remplace par nule par d'aucune avec K ; il intercale entre les v. 2752-53 deux vers avec X, Be et d'autres mss. altérés.

Dans le poème de Guillaume de Lorris, Bi, B?, Bu, Bo, B6, Bo formaient un même groupe G ; on vient de voir qu'ils se rencontrent souvent aussi dans le poème de Jean de Meun. Les éléments dont leur texte est composé dans la première partie sont peut-être les mêmes qui se retrouvent dans la seconde, mais combinés dans des proportions différentes ; à eux s’est joint Bu. y, qui était (sous le nom de G#%) plus spécialement uni à Bw (appelé Gu), s'en est séparé ; il n’a cependant pas perdu tout contact avec son ancien groupe; il se retrouve notamment avec Bo, B6 aux v. 4301-2, 9156-57, 15015-16.

L'accord intime qu'on a constaté pour la première partie du roman entre Ca et Ce se maintient pour la seconde partie jusqu'au

(1) Aussi dans Ca, Tou.

v. 19360 environ, puis entre les v. 42680 et 14492. J'en citerai seulement quelques preuves : v. 4060 Desesperer je (Ca), Desesperrai je (Ce), pour Desespoir las je; v. 4070 Qu'ele, pour S’e.; v. 4076 De quoi, pour Dont el; v. M103 maistire, pour maltire; v. #06 En cui louz mes pensers, pour Qu'en trestouz m. p.; v. 4143 quant je le cruch, pour et et me crult ; v. M188 Tant que je puisse deservir, pour Se je vueil son gré d.; v. 4189 ne soient. pour sereient; v. 4216 À lui me voeil rendre confès, pour Senz repentir me [az c.; v. 4240 l'autre jour, pour bien le j.; entre 4258-59 deux vers interpolés : C’Amors porte le gonfanon Car plus ne me dist de son non, etc. Gette union dure jusqu'au v. 12360 environ : v. 12299 Et bien souvent, pour Et cis.; v. 19314 N'ami jamais, pour J. à. ; v. 19320 puet, pour poëst; v. 19340 es, pour Zi; v. 19341 sont, pour seil ; v. 19346 plus grant pec, pour plus pitié; v. 12358 De ce, pour Et ce. Mais bientôt après le v. 12360 Ce quitte Ca pour s'unir à Be.

Déjà les v. 5685-88 sont omis dans Z (1) et les v. 5685-90 dans Ce; mais une simple omission, même de quatre vers, est en général peu significative, et dans ce premier rapprochement, tout-à-fait isolé, on peut ne voir qu'une coïncidence fortuite (2). Au contraire, à partir du v. 19365, il n’est pas douteux que Ce fasse partie de la famille B, plus spécialement uni à Be. Voici quelques témoignages de ce groupement de Ce avec B : v. 19363 Car bien vrais repentans ja îiert, pour C. verais r.ja (Ca: en) t.; v. 12369-70 intervertis ; v. 12379 Dormans et ivres, pour I. et d.; v. 19392 Après, pour Contre ; v. 19393 Si l'assaillirent trestuit, pour St l’assaillent tantost tuit ; v. 12402 Ja ne vous veñons nous pas prendre, pour Nous ne venons pas pour vous p.; V. 12405 ofrons, pour ofrir, etc. Dans les exemples suivants, les fautes sont spéciales à Ce, Be, à l'exclusion de Ba : v. 1213-16 réduits à deux vers : Bel Acueïil de prison giler Qu'il soit renduz senz respiter (3); v. 12450 Male Bouche li fel (Be : bel) flateres, pour M. B. li fleütierres;v.12455-56 omis ; V. 12482 4 n'i face rien, pour Ne r. n'if.; v. 12490 ci (Ce : i) venismes, pour empreismes ; V. 12499 Ainçois prent souvent.

(1) Pour plus de simplicité, dans les lignes qui suivent, je prends uniquement Ba et Be comme représentants de B.

(2) Tou a supprimé les mêmes quatre vers.

(83) Je m'abstiens, lorsque ces variantes se retrouvent dans des succédanés de Be, de l'indiquer.

pour Ainz p. bien ou teit; v. 19500 Zarris, pour erbiz; v. 12504 Vous rez une eure, pour U. e. alissiez, etc. Gette situation de Ce vis-à-vis de BZ et de Be dure pendant 300 vers environ ; au v. 12675, Ce a encore avec Be seul atendre, pour aprendre; entre les V. 12676-77 il intercale avec Ze deux vers : Onc ne veistes si joli, Plus renvoisié ne plus poli; le v. 19677 est le dernier où se manifeste cette première union : Les fleurs en olent, pour Dont L. f. 0. Ce revient ensuite à Ca et reste avec lui jusqu'au v. 14492 environ (1) : v. 12713 s’ete demande, pour s'et le me d.; v. 19718 El se demande bien espondre, pour Ow quelque mençonge respondre, ete. Au v. 14495, Ca. et Ce ont encore en commun S? vaut, pour Si vont. D'autre part, Ce n’a pas encore les fautes de 3 aux V. 14454, 14466, 14490 ; mais entre 14498-99 il intercale, avec lui, les v. 14509-10. Depuis lors, jusqu’à la fin, Ce se retrouve avec B et plus particulièrement avec Be dans les mêmes rapports où nous l'avons déjà vu précédemment. Mais il est de plus en plus altéré par des grattages et des surcharges, au point qu'il finit par devenir difficilement utilisable. D'ailleurs, à partir du v. 20788, la copie est d'une seconde main, moins ancienne que la première.

En résimé Ce est avec Ca pour les v. 1-19360, 19680-14499 environ (2); pour les autres, il est avec 2, plus spécialement avec Be (3).

Si Ce quitte à certains moments sa famille pour entrer dans une autre, Ca, de son côté, en fait autant. Il n'a pas la conclusion apocryphe qui est ajoutée à la première partie dans Ce. L’ancêtre des deux mss. l’avait-il? ou est-ce Ce qui l’a empruntée à un autre ms. ? Les deux hypothèses sont également soutenables.

Min, qui a des attaches avec C, et plus spécialement, si je ne me trompe, avec Ca, a laissé en blanc la place du v. 9498 ; ce même vers est remplacé dans C'e par une banalité de copiste : El de che point ne le faigne, pour Si con la lei les acompaigne. Si cette coïncidence n’est pas fortuite, l'ancêtre commun de Ce et de Min, par conséquent aussi de Ca, avait une lacune d'un vers, que Ca

(1) Cependant Ce est avec Be au v. 13447 Tant en engloutent et entonent (Be), T. eny. lant en e. (Ce), pour Et {. a gran gors en e., et au v. 13521 conneüe (Be), counule (Ce), pour cowvoiliee.

(2) Ce, avec K, L, donne au v. 9175 felon, pour fol et.

(3) Au v. 15554, il a la variante de L, M, N.

n'a pu combler qu'en s'aidant d'un autre ms. Quelques pages plus loin, on peut constater, cette fois avec certitude, un emprunt important fait par Ca à une autre famille, celui du chapitre apocryphe sur Faux-Semblant, intercalé entre les v. 11222-23 (1). Ce ne l'a pas; comme son copiste n'avait aucune raison de le supprimer s’il l'avait trouvé dans son original, il est clair que c’est Ca qui l'a introduit dans son texte en l'empruntant à un tiers. D'ailleurs, Min ignore cette interpolation.

C'est sans doute par hasard que l'interversion des v. 12399-400 est commune à Ba et à Ca.

Lorsque Ca est séparé de €, il semble avoir gardé les relations que C avait antérieurement avec £b, He, B, relations dont on trouvera plus loin des attestations. Ca est avec £b, Ie: v.14516 Qu'il (aussi dans Be, Ce), pour Ci; v. 18003 enseller (aussi dans Be), pour alteler ; v. 18572 la majeste (aussi dans Be, Ce) (2), pour l’almageste ; V. 18609 dient, pour die. Avec Eb : v. 15320 Bendee, pour Bordee; v. 15329 en bruiere (aussi dans Be, Ce), pour en Biere; v. 15431 lachiee (Ca), cachiee (Eb), pour chargiee ; x. 15469 huse, pour ruse (He : muse); v. 15810 En La, pour Par la ; v. 19175 cercle, pour siecle; v. 19834 de felonie vanteresses, pour Des felonies vencheresses ; v. 20099 set, pour peut. Avec Ie : v. 19619 Zi maus (He : mais) Male Bouche ja dis, pour Feu(3) M. B. de jadis: v. 14545 consaudront, pour assaudront ; v. 14578 Que pis disoit, pour Qu'il d. plus; v. 14713 œrvÿ saus ou vint, pour æ livres 0. v.; v. 14714 Car adont, pour C. moul bien; v. 14716 Aw mains se donner ne peuisse, pour Neis se rendre n. p.; V. 14778 Si grant honneur que le (4), pour Tant d'o. q. vous le ; v. 14811 a ses paroles, pour a noz p. ; v. 15229 de moln'en mentirai (5), pour de riens n’e. m.; v. 15590 voz armes, pour ces &.; v. 15661 et 15767 Cütrion, pour Citheron; v. 15663 Cütrions (Ca), Chilrions (He), pour Citherons; v. 15677 Abdonis (Ca), Abduins (He), v. 157131 Abdonis (Ca). Abdoins fe}, v. 15748 Abdonis (Ca), Abduin (He), pour Adonis; v. 15734

) Moir p.430.

) Et dans Z.

3) Eb: Fel.

) Aussi dans Bâ.

5) Aussi dans Ba.

Otrotoit tout, pour T. 0.; v. 15808 verges petices, pour v. pleices ; v. 15848 je les confondisse, pour toux 1. c ; v. 15966 pechiés, pour pieces ; v. 15981 D'espines, pour D’espices ; v. 16084 D'atchemie, pour 4/chemie; v. 16089 sont mises (aussi dans Bd), pour soumises ; v. 16093 autres (Ca), autre (He), pour ent'eus ; v. 16125 fant, pour donc ; v. 16453 Ne sai, pour Si s.: v. 16597 resplendissant, pour refroidissant; v. 16598 adès, pour ici; v. 16964 pais, pour parz; V. 11850 defroter, pour defriper; v. 11934 cercines, pour crelines ; V. 17955 soterel, pour satirel ; v. 18034 Buchayn (Ca), Buchayn {ITe), pour Huchaën ; v. 18334 Et lant de, pour E. d. t.; V. 18357 Ci qui, pour Ou q. ; v. 18436 carnieres, pour chalieres ; v. 18528 esquient (Ca), eskievent (He), pour estuient; v. 18550 keurent, pour euvrent; v. 18774 pooil, pour vouloil; v. 18782 bourdôn, pour baston ; Y 18887 quant à est nices, pour s’il estoit n.; V. 19334 Tant que mes estieus (ILe : hostieus) retenront, pour T. com mes oustiz recevront; v. 19803 Zarrenesse, pour /a revesche ; v. 20675 si fort, pour s. haut; v. 20793 encloste (Ca), encoste (He), pour reposte ; v. 21701 je Zi euc mout en couvent, pour j. 4. mis m. e. c. Avec B : v. 15912 Ne les puet ensemble haper (Ca, Ba, Bd), Maïs nes p. e. agraper (Be, Ce), pour Nes p. e. conceper.

Les variantes communes à Ca et à äes groupes de II sont nombreuses, surtout vers la fin du poème. Il a de Z les variantes des v. 12571-72 (intervertis), 14003-4 (omis), 16018, 17397, 20183, 20450, 20467, 20823-24 (1), qui seront données plus loin dans la liste des fautes de L, et celles des v. 20537, 20548, 20660, 20661, 207692, 20770, 21248, 21249, qu'on trouvera au bas du texte de mon édition. En même temps, à partir du v. 49459, il est étroitement allié à X (et à ses congénères M, N);: il en est de même d’un certain nombre de mss. de Z (2); c'est sans doute à un de ces mss. qu'il doit à la fois ses lecons de Z et celles de Æ.

Lorsque Ca est avec Let X, Min continue à l'accompagner dans les mêmes conditions qu'il le faisait pendant le groupement Ce-Ca.

Mais C était-il lui-même homogène ? Je considère comme fortuite sa rencontre avec Z, M dans l'interversion des rimes des v. 4213-14,

(4) Aussi dans Ac, Tou, Eb.

(2) Voir Lq, Lu, LEm2.

] ains que je muire : pour lui deduire, au lieu de p. L. d. : 4. q.j.

m; d’ailleurs, C a au v. 4213 une variante que n'ont pas Z, M: Toutes voies, pour Et toutes veis. Dans C, les v. 5191-92 sont placés, en dépit du sens, entre les v. 5196-97. Est-ce le même copiste qui les a oubliés à leur place et qui les a ensuite repris, ou bien ont-ils été restitués à C par un correcteur d'après une autre copie ? Les deux hypothèses sont également plausibles. Les mêmes vers manquent dans le groupe N; mais, comme ils forment une parenthèse facile à supprimer, on peut considérer cette coïncidence entre les deux groupes comme un effet du hasard, d'autant plus qu'elle est isolée ; il n'y a en effet aucune signification à attacher à une autre faute spéciale aux mêmes mss.: v. 5984 S5 savoureuse el merveilleuse (C), Si savourees, si merveilleuses (N), pour Si savourees, si mieleuses.

Eb, He

ITe dans la seconde partie du roman, comme dans la première,

a inséré des additions de Gui de Mori: 150 vers entre les v.

4544-45, 132 substitués aux v. 4703-14, 310 entre 5588-89, 26 entre 11132-33, 112 substitués à 11159-62, 420 entre 11524-%5, 172 entre 14546-47 ; mais 1l semble qu'il ne lui ait pas emprunté d'autres leçons. On peut donc faire abstraction de ces additions.

Ed et Je ont de nombreuses fautes communes, dont je donnerai ici seulement quelques exemples ; on en trouvera d'autres dans la comparaison de ces deux mss. avec B et C. v. 4173 Ne me plaindrai, pour Ne ferai mais; v. 4303 Sauveté, pour Caribdis ; v. 4691 par l’une, pour p. nule ; v. 5615 ouir les propres, pour 0. en D. ; v. 815 apere, pour compere ; V. 1480 leur. leur, pour {eus eus; v. 1497 glouton (He), larron (Eb), pour amant ; v. 1602 ouvrés, pour usez; V. 1888 Puis je, pour Peut l'en: v. 8192 Joiaus eldentiers, pour D. e.j.; v. 8394 es tygres (He), asligres (Eb), pour es liges ; v. 8582 avancier, pour essaucier; v. 902 Toutes sont, pour S.{.; v. 9199-200 omis (1); v. 9237 donnés, pour prenez : v. 10496 livre, pour met; v. 10993 Comment ceans ies, pour Puis que c. lies ; v. 11085. en romans, pour en rompant, etc.

Voici quelques variantes communes à Æb, le et à L; j'en nolerai plusieurs autres lorsque je comparerai £b, He à Bet à C :

(1) Aussi dans Ac, Be; déplacés dans L, M, N.

Eb-He-L : v. 6980 voi ore apertement, pour vois o.apercevant v. 40144 De fain, pour Dont f.: v. 10249-50 omis ;: v. 10936 Et (1), pour Mais ; v. 11754 l’orra (2), pour l’orreit; v. 12700 Or, pour Ou; v. 12733 se remire, pour Le r.; v. 17863 divers, pour devins. — Eb-L: v. 6992 De mot, pour Ne m.: v. 1108 les veez courroucier, pour {. sentez courrouciez; v. 9218 {otu (3), pour tenu; v. 11992 de nului, pour ‘d'ome nul. — He-L: v. 10565 Clopinel, pour Chopinel (Kb : Copinel); v. MSB1L Recevoient (4), pour Releneïent ; v. 11793 Le chief, pour La clef (5).

Eb se rencontre avec À au v. 4432 /oe assez plus, pour L. et veul p.

Deux interpolations de ZZe compliquent encore sa situation. Avec B d’une part, et d'autre part J, À, Rÿ et quelques mss., il ajoute 26 vers entre 6916-17, et des variantes dans cette édition le séparent de Ba,Ba (Be fait défaut), pour l'unir à Bi, Bu, J, K, Ri. Avec J,K,N et d'autres mss., il fait suivre le v. 15764 de quatre vers provenant de 31 (voir p. 399, n.2). Il ne présente cependant pas d’autres traits communs avec les mss. ayant ces deux interpolations.

A partir du v. 18243, Je fait dans le texte de nombreuses coupures, les plus courtes de deux vers, la plus longue de 740; il supprime ainsi 2446 vers dans cette dernière partie du poème. Ces coupures ne coïncident que partiellement, et par hasard, avec celles de Bi.

Relations entre 2, C, Eb, He

Dans C, £b, He entre les v. 4304-5, dans Ba (et B&) entre 4302-3, dans Be à la place de 4303-4, on lit les six vers suivants, qui ne remontent certainement pas à l’original :

C’est descordance qui s'acorde, Acordance qui se descorde, C’est sapience sanz science,

(1) Aussi dans Bä.

(2) Aussi dans Bu.

(3) Aussi dans Ce.

(4) Aussi dans Ac, Bd. “:

(5) Je noterai encore quelques variantes spéciales à Eb, La : v. 11584 coinles, pour riches: v. 12217 wueil, pour os ; v. 12928 n'ont cure (aussi dans Ba), pour no. garde; v. 13006 con fourmez, pour enfourmesz ; v. 13586 envair (aussi dans Ce), pour assaillir; v. 11160 de traïson, pour d'ocision ; v. 20659 sou olivelé, pour s. l'olivete ; à He, La : v. 10262 se peinenl, pour s'esforcent.

412 CLASSEMENT DES MANUSCRITS ‘ C’est science sanz sapience, C’est sens que nus ne puet savoir, C’est possessions sanz avoir.

Le passage où se trouve cette interpolation est traduit du De Planctu Naturae et les six vers ajoutés n’ont pas leur équivalent dans le texte latin, dont ils interrompent la traduction littérale (1). La divergence entre Ba et Be relativement à la place de l'interpolation peut être interprétée de différentes manières : ou les six vers nouveaux ont été introduits par un ancêtre de Be, soil comme dans Za entre les v. 3402-3, soit comme dans C, Eb, He entre 4304-5, après quoi, dans une copie suivante, 4303-4 auraient disparu ; ou ils ont remplacé directement dans Ze les deux v. 4303-4 ; ou cette substitution existait déjà dans B, et l'ancêtre de Ba-Bü aurait repris les v. 4303-4 dans un ms. d’une autre famille. La question se complique encore de ce que les v. 4305-6 sont intervertis dans Be el C seuls. Les mss. apparentés à B ne fournissent aucun renseignement: Bi et B& ont la leçon commune ; Bé, Bo, B6, Bf aussi, mais substituent deux autres vers aux v. 4301-2 ; Bu place ces deux vers entre 4302-3 ; B6 omet les v. 4301-4; By a les 6 vers de 2, C,Eb,He,mais ajoutés en marge par le copiste, pour être lus entre 4304-5 (2). Le plus simple est peut-être de supposer que l’interpolation ne remonte pas à un ancêtre commun à 2, C, Eb, He; que l'ancêtre de Be, Ba l'avait reçue en marge, empruntée à l’un des autres groupes, etque les intentions du réviseur ont été diversement interprétées par l'auteur de Ba-Bd, et par celui de Be. Mais l'explication la plus simple n'est pas toujours la meilleure.

IL existe quelques autres fautes communes à B et à C, Æb, He ; mais elles sont peu nombreuses et beaucoup sont insignifiantes. Les voici :

(4) On se tromperait en cherchant la source de ces vers dans le passage suivant du De Planctu :

Instabilis ludus, stabilis delusio, robur Infirmum, firmum mobile, firma movens,

Insipiens ratio, demens prudentia, tristis Prosperitas. .

Ces distiques sont traduits un peu plus bas, à leur propre place : C'est li gieus qui n’est pas estables Prosperitez triste et jolie (v. 4317-24).

(2) Maz a aussi les 6 vers entre 43045; dans Tou, trois des six se retrouvent parmi d'autres à la place de 4303-4.

B-C-Eb-He : v. 10300 forment, pour griement ; v. 13542 Que fail avra faire failiz (Be, B&, He), Qu'ele a. fait faire [. (C, Eb), pour Q. faire a. fait si f. (A) ; v. 13600 aide mout (Eb : bien) a nature, pour aide m.n.; v. 14516 Qu'il, pour Cü; v. 18572 La majeste (2), pour l’'atmageste. — Be-C-Eb-Ie : v. 4990 (3) acroistre, pour aquerre ; v. 9639 Powr ce, pour Que ce; v. 10318 (4) set bien, pour s. {out ; v.13550 ne louche, pour n'aprouche.— B-Ca-Eb-He : v. 1384 mal, pour blasme ; v. 8327 Qu'il, pour C'onc ; v. 10054 (5) plaisant, pour poissant. — Be-Ce-Eb-H : v. 1833 A vous n'afierl (Be, Ce, He), N'a v. n’a.(Eb), pour Ne ®. a. (6). — B-C-Eb : v. 5716 les gens, pour li ome ; v. 12018 s'armerent, pour s'arment tuil. — Be-C-Eb: \. 5:38 seul, pour viez ; v. 1519-90 intervertis ; v. 7618 en enchierissent, pour leur enCh.; \. 8849 Pour moi, pour P. quoi; v. 8932 or, pour les.— B-C-He : v. 4933 le meillor, pour te meien (1) : v. 4316 Pechiés de pardon entechiés (8), pour D. pa. pe.e.; v. 1318 Aucune, pour Qu'a.; v. 8178 Mieuz vaut (Ba, Ca: V. m.), pour M. vient; V. 9250 hurte (9), pour herce ; v. 19262 vous, pour me ; v. 13993 au temps Helene, pour avant H. — B-Ca-He : v. 5536 vivoit (10), pour regne ot. — Ba-C-ITe : V. 9166 pere celestre, pour biaus rois €. — Be-C-He : v. 8146 en mon (Ca : ou mien) cuer viveriez, pour ou mien revivriez; v. 11075 Leur, pour Les. — B-C : v. 4198 face (11), pour Laisse ; v. 4288 fouir S'en veuille, pour f. Le v.; v. 5211 Si court (Ca: com, Ce : cois) sous piez les lient(Ba Ba) C), SNC-te 1 snp.\(Be), pour SOUz ps: CLS N. 6843 ou soit a faire, pour 0. chose a f.; v. 8509 pelez, pour parez; v. 15001 pourrez, pour pourront. — Be-C : v. 5496 dedens (Ba, Bû, He : des deus), pour d'andeus; v. 8103 par dehors monstrent, - pour d. demonstrent; v. 8989 Et si seust, pour Sewst neis; v.

(1) Ba a la bonne leçon, mais B4 est avec Be. 2) Aussi dans Ca, L.

3) Lacune dans Ba. 4) Lacune dans Pa.

5) Lacune dans Ba; la variante est aussi dans Z. 6) Ca a la bonne leçon.

?) Aussi dans partie de L et dans X, M, N.

8) Aussi dans Tou, M.

(9) Aussi dans Tou, L.

10) Changement introduit dans différents mss. par des copistes qui ne connaissaient pas l'imparfait en -ot.

(41) Aussi dans X, M, N.

10736 sorent, pour sol; v. 11548 trestouz les pluméent, pour Touz vis L. p. — B-Ca : v. 5361-62 omis (1); v. 5582 bones gens, pour povres g.:;v. 6817 Si n’est, pour N' n'e. — B-Ce : V. 5685-88 omis dans 2, v. 5685-90 omis dans Ce. — B-Eb-He : v. 8318 se sel, pour se peut; v. 8353-54 omis (2); v. 8517 pensans (Be, Eb), pesans (Ba, He) (3), pour presenz ; v. 8108 À (He: Par) conscience bone et ferme, pour Qui redit par sentence f.; v. 8109-16 omis (4): v. 8741 Ses, pour Les; v. 8752 S'onques [ame prise n'eüsse (5), pour S’onc f. espousee n'e.; v.8831 Certes, pour Ceste ; v. 9199-200 omis (6); -v. 9551 l'abaesse, pour La deesse; v. 19881 Et quant (T), pour Que q.— Be-Eb-He : V. 1498 amant, pour larron : v. 9565 se corurent, pour s’escourserent; v. 15995 la premiere, pour L. commune ; v. 16404 remuer, pour revirer. — Ba-Eb-He : N. 5316 Tant soit (Eb omet soit) haut homme debonnaire (Ba, Eb), T. s. haus hom ne d. (He), pour T.s. as omes d.: v. 5659 domages (8), pour d'outrages; v. 11911 en so’, pour en foi. — Bä-Eb-He : V. 4144 par li mes biens ne crut, pour p. L. b. n. me C. — B-Eb : \. 5463-64 omis; v. 8052 quatre vins, pour q. cenz ; v. 11579-80 intervertis ; v. 15362 as lu, pour us ore. — Ba-Bü-Eb : v: 1181-84 omis ; v. 10604 (9) Que nus n'i savra (Eb:sache) que repondre, pour Q. riens ne s'i porra r.; v. 12004 Cuidiez que de mal, pour Que d. m. faire; v. 14920 Trestouz, pour Tantost. — Ba-Eb : \. 16576 n'acure d'angles, pour ne quiert pas a.(vers changé dans Be, Ce).— Bà-Eb : v.10135 lessez { Bd), lassés (Eb}),pour alez ; v. 10139 chanve, pour chaume (10): v. 15968 (11) enserre, pour enterre ; V. 16178 porroient, pour se porroît.-— Be-Eb : v. 1809 avant, pour au meins ; V. 12014 S'agenouille et si l'en, pour Si s’a. et l'en; v. 12947 Meïsmes cele quit pense, pour Meismement C. q. p.:

(1) En se reportant au texte, on verra combien cette faute était facile à commettre. ; (2) Bourdon occasionné par le mot jadis, en tête des v. 8353 et 8355. (3) Cette variante évite la rime -ans : -enx. (4) Aussi dans Ac.

(5) Aussi dans Ac.

(6) Écrits en marge de 4e.

(7) Aussi dans Z.

(5) Aussi dans Ac.

(9) Lacune dans Be.

(10) C, He :esteule.

(11) Lacune dans Ba.

V. 14589 mot semble, pour leur $. ; v. 14736 Li vallet, pour Li vassal; v. 15249 & leur plaist, pour & Li p. ; v. 19942 l'estoire sainte, pour l'estroile sente (1). --B-He : v. 5469 Honnissent, pour. Ou nuisent ; v. 1314 bone renommee, pour male r.; v. 9465 quant se sont entrespousé, pour q° sont puis e.: v. 9471 Li demande, pour ? commande ; V. 13290 desrouz, pour {ouz rouz.— Be-ITe : v. 5909 (2) s'en esbahist, pour s'en esjouist ; v. 12405 offrons, pour ofrir. — Ba-Bü-He : v. 6691-98 omis (3); 26 vers interpolés entre 6916-17 (4). — Bd-He : v. 11363-70 omis (5).

Des variantes qui viennent d'être signalées, celles qui sont spéciales à Z, C ne méritent pas d'être prises en considération ; mais parmi celles qui unissent Z à Eb, He, seuls ou accompagnés de C, il en est qui ne peuvent s'expliquer sans qu'on admette entre ces groupes quelque relation semblable à celle qu’on a constatée à propos de l'interpolation placée entre les v. 4304-5.

Voici les variantes communes à C, £Eb, He, à l'exclusion de B ; elles semblent dénoncer une parenté plus directe entre C et Ze. qu'entre Cet Æb. On se rappellera cependant que la continuation anonyme existe dans Ce et Eb, et pas dans Xe:

C-Eb-He : V. 6644 !t vrais rois (C, Eb), li rois (He), pour. { verais (6) ; v. 11304 Dou pain pour voir (Eb), D. p. espoir (Ca, He), D. p. pour Dieu (Ce). pour De plein pouer ; v. 11602 Marci(C, He), Marc chi (Eb), pour Mact(T) ; v. 11861 vueil (8), pour veut ; v. 12079 pensee (9), pour fumee; v.16131-32 omis ‘10).— Ce-Eb-He : v. 4951 renvoiasses, pour renoiasses ; v. 10678 le chastel, pour leur c.; v. ALMA ouvrer, pour ourer. — Ca-Eb-He : v. 10498 fait chi tenir, pour bee a t.; v. 10577 nuits hons (Ca, Eb), h. n. (He), pour pas }. -C-He : v. 4832 cendaus, pour buriaus ; v. 525% Povres el las (He: les) maleiürés, pour Peeureus et m.;v. 5656 Le vaut envoier, pour . fiste.; v. 5674 as plaintes, pour as plaintis ; v. 5697 Certes

(4) Lacune dans Ba; corrigé dans Ce.

2) Lacune dans Æb.

(3) Aussi dans Ac. Lacune dans Eb.

4) Au sujet de cette interpolation, voir ci-dessus, p, 411 et p. 380, n, 12. (5) Lacune dans Ba.

6) Tous ces mss. sont picards, et la rime os : ais répugnait à leurs copistes. (7) La forme Maci (lat. Mathaeum) était étrangère aux copistes picards. 8) Aussi dans B&.

Aussi dans T'ou.

(10) Omis aussi dans 4e,

dame bien, pour D. c. b.; v. 5702 estatufree. pour esbaulevree ; v. 5989 brouchon (Ca), brochon (Ce). brocon (Ie), pour bourjon ; v. 5960 floureltes (C), flories (He), pour flesties ; v. 6085 con puist soufrir, pour puissent ofrir (passage qui a embarrassé les copistes) ; v. 6091 Les durs, pour Des d.; v. 6634 franches, pour fresches ; v. 6889 onques ne crut, pour onc ne cremut ; V. T4Tl li bouleeur, pour maint b.; v. 1536 En vostre, pour Par ©.; v. 1614 abroiant, pour aspreiant; v. 1181 Coussin (Ca, He), coussins (Ce), pour quarrel ; v. T184 seoir, pour choeir ; v. 1856 Je li, pour aëinz li; v. 8009 Et tant fui, pour Tant con fui ; v. 8506 foles, pour putains ; NV. 8561 Creophastum (Ca), Creophastus (Ce), Creophatus (He), pour Theofrastus ; v. 8659 as cans se baillent, pour par eus 8. b.; v. 10139 d’esteule (1), pour de cChaume ; v.10341 mes lais, pour mon L.; v. 11066 maintieigne, pour contieigne ; v. 11217 embrachier, pour embacler ; v. 11539 Faus monnoter et (Ca omet et) termineeur, pour Faussonier et termeteeur ; v. 11571 pers, pour bers; v. 12116 elle venoit d'autre gré, pour el v. d'a. degré ; v. 13118 la la tendra, pour lors la t.:; v. 13151-52 seduire : a refuire (Ce, He), sa duile : a refuite (Ca), pour sa druige : a refuige ; v. 1324 de Troie, pour de terre ; v. 13294 de femme toute morte, pour de quelque f. m.; v. 13466 Brtsoient, pour Brisant : v. 13552 qu’ait le pié si delivre (Ca, He), qu'elle ail p. si d. (Ce), pour que si Le p. d.; v. 14159 d'es corgie (Ca, He), de corgie (Ce), pour de cuir rouge ; v. 14315 l’uevre empr'endre (2), pour l'erre e. ; v. 14406 Cicide (Ca), Cicile (He), chertes (Ce), pour Circé. — Ca-He: v. 6392 T'ont tout en Caleur (3), pour T'o. lon athanor.— Ca-Eb:v.6359 el es hautesses, pour es granz h.; v. 1878 vostre, pour cest ; v. 8396 Lait tempesté, pour l'air L.; v. 8407-8 en leur latin : chascun matin, pour c.m.:e.l.1.; . 81789 ensi (Ca), issi (Eb), pour à si; v. 10641 mes, pour n0z ; V. 14365 jalous, pour vülains.— Ce-Eb : v. 4275 à entendist, pour en apreist.

Tou L'auteur du texte conservé par Tow a fait subir au poème de (1) Bâ, Eb : de chanve.

(2) L: l'uevre prendre.

(3) Ce a une autre faute.

Jean de Meur des remaniements beaucoup plus considérables qu'à celui de Guillaume de Lorris ; en outre, la seconde partie du ms. a perdu 15 ou 16 feuillets ; pour ces deux raisons, pour la première surtout, Ce ms. ne peut concourir que dans une mesure extrêmement restreinte à la reconstitution du texte original. C'est d'autant plns à regretter que Gui de Mori avait à sa disposition, selon toute vraisemblance, une bonne version ; la date où il écrivait (1290) autorise à le supposer et les vers de Tow qui ne sont pas du remanieur confirment cette hypothèse. |

Les vers 8115-91 ayant été modifiés, 1l est impossible d'affirmer que le ms. connu de Gui n'avait pas les deux vers interpolés par Il entre 8178-19; mais on peut inférer qu'il ne les contenait pas du fait qu'on retrouve dans Tow un certain nombre de fautes de I, mais très peu de I.

Tou remplace les v. 4303-4 par les suivants :

C’est descordance ki s’acorde,

C’est pités sans misericorde,

C’est sens ke nus ne poet savoir,

C'est possessions sans avoir,

C’est paine ki trop est joieuse,

C’est felonnie la piteuse,

C’est cartre ki prison souhage,

C’est servirs a poi d'avantage.

Un signe, en marge du ms., prévient que le 2° et le & vers sont de Gui ; le 5°, le 6° et le 7° ne sont autres que les v. 4317-18 et 4329 de la leçon commune, omis à leur propre place ; le 1°, le 3° et le 4e proviennent d'une interpolation de 6 vers, commune à B, C, Eb, He (voir p. #12, n. 2). J'ai déjà noté une rencontre de Tow avec B, C, He (et L) au v. 9950 (p. 413, n. 9); avec C, Eb, He au v. 12079 (p. #5, n. 9); avec Ca, Eb (et.L) aux v. 20893-24 omis (p. 409, n. 1); il est encore avec ZZe au v. 20785 Venus s’est adont escourcie, pour Lors s'e. V. haut secourciee (1).

Tou est avec B aux v. 5328 munimens (Tou), manemens (B), pour tenemens ; NV. 64173 Qu'il dit, pour Et d.; v. 8244 fame pour dieu ; V. 12466 Jamais, pour Sachiez ; v. 13771-80 omis ; avec Be seul au v. 13525 Aut as festes (Tou), Voit as f[. (Be), pour A geus a f. ; v. 15389-90 intervertis ; avec Ba seul au v. 7890 fondre, pour rompre.

(1) escourcie est aussi dans Eb, C'a, Ce.

Univ de Lille. Trav. et Mem. Droit-Lettres. Tome VIT. — 27.

Une rencontre de Tow avec Ca se présente dans des conditions qui prouvent qu'elle est due au hasard : v. 11057 une escaloïgne, pour un coultel troine (1). Les autres représentants de C (Ce et Min) ont un coup de roigne ; d'autre part, l’auteur du texte de Tow avertit, par un signe conventionnel, qu'il a changé la rime de ce vers.

Mar

Mar suit d’abord N jusqu’au v. 5670 environ ; il a encore de ce groupe les deux vers interpolés entre 5648-49. Ensuite, il fait partie de I.

Il a quelques variantes caractéristiques de B. D'abord aux v.5793- 98 il fond habilement la leçon commune avec celle de Z (voir p. 375, n.1). Cette variante n'existe ni dans Bé, ni dans Bi; au contraire les suivantes sont spéciales à Mar et Be, à moins d'indication contraire : v. 15344 Au villain droit par mi la pance (Mar, Bé), À. v. tout d. en L. p. (Ba, Bi, Bu) (2), D. a. v. p. m. L. p. (Be), pour Et contre le vilain la lance ; v. 18462 Qui mout fu belle (Bé : boine) et bien, pour Belle et bien faite ; v. 15472 preuz, pour forz ; v. 15491-94 omis (avec Be, Bé, Bi); v. 15563-92 omis (avec Be, Bé, Bi), v. 15636 À x jours ou a xx entiers (Mar), À xx j. ou à xxx e. (Bé), pour Entre x j.et æij e.; v. 15645-46 avec Bé, Ba (voir l'étude de J) ; v.15667 et 15670 omis ; v. 15669 À fait son principal concire, pour Fist la s. p. maneir ; v. 15711-12 omis (avec B) ; v. 15772 fist soy (Mar), dist soy (Bé), pour ce dist ; v. 15715-76 omis (avec B) ; v. 15779 Sa mesnie fist apeler, pour. Lors f.S. m. &. ; v.15803 gietent (avec B), pour drecent ; v.A5804 Cül leur en regiettent arriere (avec Be, Bé, Bi), pour Granz chaïillous de pesanz prieres; V. 15805-18 omis (Be omet 15808-10, Ba 15809-10, Bi 15805-26) ; v.15821-26 omis; v. 15839-76 omis ; v. 15877 En l'ost ont fait, pour Lors font en l'o.; v. 15961 Rasin, Costentin, Davienne (Bé : de Vienne), pour Rasi, C.,Avicenne; v.16011-12 intervertis; v. 16132 Sus la desiree tainture, pour Pour blanche ou pour rouge t. ; v. 16200 et 16203 Gensius (Mar), Gentius (Bé), pour Zeusis ; v. 16244 N'est ne (B : pas) si belle ne, pour N'e. si vermeille n.; v. 16263-64 intervertis ; v. 16400 Si l'acote aplaine, pour Si l'ap. et l’ac.; v. 16404 remuer (avec Be, Bé), pour revirer. Cette union

(1) Be : un rain de troine. Cf. p. 419.

(2) Lacune dans Bà.

momentanée de Mar avec Bé peut expliquer quelques autres variantes qui leur sont communes, par exemple celle du v. 11057 une eschaloigne (1), pour un coutel troine. Gependant, la rencontre dans ce cas et d’autres analogues peut être fortuite.

Vers la fin du poème, Mara de nouveau des leçons de Z, et cette fois c'est de Bi qu'il se rapproche le plus : v. 20955-61 remplacés par un vers nouveau : Pour sembler de gentil lignaige (voir p. 385) ; 6 vers interpolés entre 21082-83 (voir p. 399, n. 6); omission des v. 21087-92 dans Mar, des v. 21085-96 dans Ze, Bi; v. 21114 Pour alegier (avec Be, Bi), pour Prest de faire en; v. 2115-16 omis (avec Be, Bi); Be, Bi remplacent les v. 21193-28 par les deux vers 21131-39, ainsi modifiés : Zi vallez et plus l'esgardoitl Et plus et plus lousjours ardoil (Be: El t. j. p. et p. à.), Mar a les v. 21193-98 de la bonne leçan, suivis des deux vers de Be, Bi, et donne encore à leur place les v. 21131-39, ce que ne font ni Be ni Bi (2) ; v. 21185-$6 La bele Paphos (Be : Paujfos, Mar : Phamos) en fu nee, Par quibele fu si nommee (Bi), Dont fu l’isle (3) Pasmos nommee(Mar), Quide beauté fu renommee (Be), pour De Paphus dont ditrenomee Que l’isle en fu Paphos nomee; v.21187-J0réduits à deux (voir p.393, n. 1) ; deux vers interpolés entre 21962-63 : N'est riens (Be, Bi : nus) qui le feu rescousist Se bien rescourre le voulsist; deux vers entre 21270-71: Tantsoitne bon(Be,Bi:s.bone) ne couvenable Tout ont commande au deable. Ges variantes ne sont pas dans Bé, de sorte que Mar semble être venu à B au moins par trois intermédiaires différents ; cette constatation n’est cependant pas absolument certaine, à cause du manque d'unité des représentants de B. Hors des passages, relativement peu étendus, où Mar suit B, il reste encore parmi les groupes de I ; il a en effet très souvent la bonne leçon à la fois contre B et contre les différents groupes de IT. mais souvent aussi sa leçon à été modifiée par des emprunts faits à différentes familles, de sorte qu'elle ne peut fournir aucun renseignement sûr lorsque le choix entre deux leçons est embarrassant. Voici des preuves des emprunts faits par les ancêtres de Mar à des groupes autres que B. Une interpolation de deux vers,

1) Aussi dans Ca, Tou. Cf. p. 418.

2) Bi omet en outre les v. 21133-34, dénués de sens après le déplacement des v. 21131-32.

(3) L’isle paraît avoir été récrit par le copiste sur belle.

qui se trouve dans M,N et d'autres groupes entre 9156-7 (voir M,N), est placée dans Mar entre 9158-59; c'est apparemment une addition transcrite après coup en marge d'un ancêtre dé Mar (1). Entre les v. 9894-95 sont intercalés les’ v. 21435-538, disposés dans l’ordre suivant : 21451-538, 21435-50. Cette interpolation ne provient pas d’une erreur involontaire, par exemple d’une transposition de feuillets; elle s'adapte trop exactement au cours du récit

les vers précédents indiquent les moyens de tromper une jeune

amie ; les vers rapportés recommandent de s'y prendre autrement avec une femme d'expérience ; d’ailleurs, le rejet des v. 21435-50 à la suite du v. 21538 ne Ss'expliquerait pas par une interversion des feuillets ; il répond au contraire à un plan préconçu. Cette interpolation est donc l'œuvre d’un arrangeur. D'autre part, les v. 21455-538 se retrouveront à leur place, en bon ordre, mais avec des variantes qui prouvent que les deux copies proviennent de deux exemplaires différents. :

Mar a le chapitre interpolé sur Faux-Semblant d'après la même version que Ca, AC, J1, LR.

Il omet à leur place les v. 19209-10, puis les donne entre 19216- 47, mais avec la variante de ZL : Ains me repens dont je le fis, pour Mout m. 7. dont ome f.; or, jamais le ms.ne suit ZL; donc les deux vers ont été omis par un ancêtre de Mar, puis rapportés en marge d’après un ms. de Z, et enfin incorporés au texte.

Des variantes de détail, provenant des différents groupes de Il, se trouvent isolées parmi des leçons de I; plusieurs peuvent être attribuées au hasard, mais les autres représentent certainement des emprunts : v. 1006 Tousjours (K, L, M, N), pour Tencier ; v. 1013 Se autrement (Ja), pour Secreement ; V. 1029-30 intervertis (XÆ, Ja, Jo) ; v. 1034 ceste (X, L, M, N), pour faire ; v. 8204 aideroient (A), pour secourreient; v. 8313-14 force : enforce (K), pour fourme: enfourme ; V. 8527 Qu'onc (L), pour Qu'il; v. 8936 delices (K, M, N), pour devices ; v. 9726 voie (X, L, N), pour aie ; v. 10144 De fain(K, L, N), pour Dont Fains ; V. 11011 vueü (K, L, M, N), pour vais, etc. Il en est ainsi jusqu'à la fin du poème.

(1) Dans Mar lui-même les deux vers ont été de nouveau ajoutés en marge

par un correcteur (écriture contemporaine de celle du ms.), qui n'a pas remarqué

.qu'ils existaient dans son texte deux lignes plus loin; cette nouvelle addition provient de N, et a la variante {elles pour putes du ms. Nb

Le copiste du ms. a laissé quelques lignes et l'emplacement de quelques mots en blane : c’est une preuve qu'il n'avait pas plusieurs modèles à sa disposition et que les altérations qui viennent d’être signalées dans le texte remontent à ses prédécesseurs.

Ki

Le texte de ÆXŸ est très bon entre les v. 5449 et 8824 (il omet cependant les v. 6771-72 et 6927-7204) ; malgré qu'il se rencontre avec Æe au v. 6566 (preaus, pour putiaus) et avec Ba, Be au v. 8395 (El es Chesnes creus se boutoient, pour Des c. c. s. reboutoient), il n'a pas les autres variantes de ces groupes ni celles de C. Il a aussi la bonne leçon contre les mss. de IT entre les v. 13339 et 14458. Mais il est avec Æ depuis le début du poème jusqu'au v. 3442, du v. 8824 au v. 13339 et du v. 14458 à la fin du poème. Même dans les parties où il suit À, il peut lui arriver, mais c'est très rare, d'opposer la bonne leçon aux variantes de ce groupe.

Lo

Lo suit le plus souvent Z (du groupe Il); ilen reproduit les fautes dans la proportion de 7 sur 8 : il ne les a pas aux v. 4627, 4855, 5010, 5179, 7034, 8053, 8118, 8256, 8645, 8634-55, 9792, 9897, 14003-4, 14134, 14169-73, 14316, 15015-16, 15447, 16184 (1),16761-69, 19945, 19952, 20183, 20198, 21080.

Il a quelques fautes de ÆX (aussi dell) : v. 8313-14; v. 8501-2 intervertis ; v.15963-64 N'i a cit qui tant puisse courre Qui de mort les puisse rescourre, pour Et ceus q.ne pueent lt. c. Nes repuet riens de mort r.; v. 17318, 17333, 17345, 17346, 17349 ; de Æ, M, N: v. 189929, 18936 ; de X,M,N, Be: interpolation de 52 vers entre 20810-11 ; de À, B : interpolation de deux vers entre 21754-55.

Mais ce rapprochement avec X ne peut expliquer toutes les corrections faites par Lo à Z, puisque celles-ci portent souvent sur des fautes communes à Z et à X.

La rencontre de Zo avec Be en même temps qu'avec Æ dans deux interpolations qui viennent d'être citées, rencontre qui s’est déjà produite, peut-être fortuitement, dans omission des v.12455-56 (Be, Bé, Bi), ne suffit pas davantage à expliquer toujours la présence

(1) Les v. 15449-696 ont disparu.

de Zo dans I, car, aux v. 14169-74, Lo est avec I sans avoir les

variantes de B.

ILest inutile d’insister sur la diversité des leçons de ce ms., dont

on ne peut tirer aucun parti. :

Coc

Le texte de Coc est extrêmement complexe ; il serait très long d'entrer dans le détail de ses variations ; je resterai dans les grandes lignes. |

4°. Jusqu'au v. 8715 environ. C’est dans cette partie du poème que se trouvent les deux vers d’après lesquels Coc a été rattaché au groupe I, et cependant on va le voir presque exclusivement dans le groupe JE. I a pour les v. 4301-2 une leçon qui existe dans différents mss., mais surtout dans des mss. apparentés à B et dans J; comme J, il accompagne souvent ÆX, mais, d’une part, il n'a pas toutes les variantes de Æ qui se retrouvent chez les autres représentants de 7, et d'autre part, en certains passages, par exemple du v. 4156 au v. 4950, il a presque toutes les fautes de X, le plus souvent en l'absence de J. Ces alternances ressemblent beaucoup, pendant les 600 premiers vers, sans être toutefois exactement les mêmes, à celles de Urb. Coc reproduit, entre les v. 4420-21, deux vers de B (aussi dans Urb), et quelques autres variantes de la même famille ; c'est peut-être à B qu'il doit de faire partie de I.

2%. Du v. 8715 environ au v. 44000 inclusivement, Coc suit assez fidèlement Z.

3°. Du v. 14000 environ à la fin du poème, le texte de Z a servi de base à celui de Coc. Au v. 14134 Coc n'est plus avec Z; dès le v. 14169, il est sûrement avec B ; mais il substitue de temps à autre aux leçons de B celles de Z, et quelquefois aussi celles de X, M ou N. Le poème se termine avec les 24 derniers vers spéciaux à N.

JD

Jb, bien qu'il n'ait pas les deux vers de Il entre 8178-79, fait cependant partie du groupe J jusqu'au v. 11170, ou environ ; il y est étroitement uni à Ja, abstraction faite des très nombreuses fautes individuelles de ce dernier : on relèverait difficilement dans Ja une vingtaine de variantes de J qui ne se retrouveraient pas dans 7b.

Du v. 11170 environ au v. 18880 environ, puis du v. 49960 environ

à la fin du poème, il fait partie de Z, avec cependant un certain nombre de corrections. Entre les v. 18880 et le v. 19960, il oppose la bonne leçon aux variantes de IT (Gf. Zm?).

s "Jl

Le copiste de J7 avait d'abord omis, puis a transcrit en marge, les deux vers interpolés entre 8178-79 ; cette particularité me porte à croire qu'il suivait en ce passage un ms. de I, mais qu'il a connu aussi un ms. de IT, auquel il a emprunté les deux vers ajoutés.

Le chapitre apocryphe des privilèges de Faux-Semblant, placé dans de très nombreux mss. de II entre les v. 11222-93, existe dans Jt entre les vers 11006-7 ; il ne se trouve à la même place, qui ne lui convient pas, que dans Zæ ; il a les mêmes variantes dans ces deux copies. Que /7 l'ait emprunté à Zæ, ou à un ms. qui le donnait à sa véritable place, il n'en est pas moins l'indice d’un mélange de deux leçons.

En général, J/ suit le groupe J (de Il) et c'est dans ce groupe qu'il sera classé.

Contribution de I à la reconstitution du texte

Mar étant laissé de côté, comme dépourvu de toute valeur, le groupe I comprend À, B,.C, Eb, He, Tou. La famille À est absolument indépendante des autres, et de plus elle n'offre que de très rares variantes individuelles ; c'est elle qui a le plus fidèlement conservé le texte original. Elle est représentée par deux membres : Ab, qui est une copie excellente, contemporaine du poète, et très probablement écrite dans sa patrie ; Ac, qui a reçu d’autres groupes quelques contaminations, mais qui néanmoins corrige la plupart des fautes de 4, ou appuie ses leçons dans les cas douteux. Le concours de Ab et de Ac permet de reconstituer leur prototype À, très proche de l'original.

Les fautes communes à B, C, Eb, He, que j'ai précédemment signalées, autorisent à considérer comme étant de même origine d’autres variantes qui sont communes à ces familles, et dont le caractère parait moins évidemment fautif. Il est en tous cas certain qu'une leçon de À ne saurait être infirmée par le seul fait qu'une ‘econ différente serait fournie à la fois par B, C, Eb, He; au con-

taire, une leçon commune à À et à l'un de ces groupes contre res autres peut être a priori considérée comme bonne.

Si les représentants de B sont nombreux, ils sont en général, même les meilleurs, très peu sûrs. C'est Za, l'un des moins anciens, qui est le plus homogène ; malheureusement, il a subi d'importantes mutilations dans tout le cours du poème, et son texte s'arrête au v. 16798. Bd ne peut qu'en partie corriger les fautes individuelles de Ba et combler ses lacunes. Be représente une autre branche de B, mais son texte est très hétérogène. Néanmoins, la confrontation de Be avec Ba et Bà permet de reconstituer assez approximativement un très ancien B ; pour cette restitution, le concours des autres représentants de B serait, sauf en des cas exceptionnels, aussi inutile qu'encombrant.

C'est au moins aussi ancien que Z;ilest en tous cas du XIII: siècle et, par conséquent, contemporain de Jean de Meun; ses deux représentants, Ca et Ce, permettent de le reconstituer très exactement jusqu'au v. 19376, puis du v. 12686 au v. 14492 (1). A partir de là, C n'existe plus : Ca n'offre plus qu'un secours peu utile ; Ce s'allie à Be, il peut alors, bien que très altéré, aider jusqu'au v. 20788, où il s'arrête, à retrouver le texte de Ze, que de nombreuses surcharges ont rendu presque inutilisable, mais il ne supplée pas à la disparition de Ba, parce que Be et Ce ne représentent qu'une branche de B, tandis que Ba et Be en représentaient deux.

Ed représente assez fidèlement une ancienne famille ; Ze est un autre descendant du même ancêtre, mais 1l a fait quelques emprunts à des tiers, et en outre beaucoup de ses vers ont été adaptés au dialecte et au goût d'un correcteur picard. L'accord entre £b et Xe permet cependant de retrouver dans la plupart des cas la lecon de leur prototype. Des relations certaines existent entre 2, C et £b, He, mais il est difficile d'en déterminer la nature ; peut-être C procèdet-il du même ancêtre que £b, He, ou plutôt d'un intermédiaire entre cet ancêtre et Ze ; quant aux rapports de B avec ces groupes, ils pourraient bien n'être que ceux d'un emprunteur.

Tow à pour base directe un texte antérieur à 1290 ; mais j'ai signalé entre lui et B, C, &b, He quelques traits d'union certains, qui amoindrissent son importance individuelle pour la reconstitution

(1) Dans quelques cas douteux, on peut consulter avec utilité Min, manuscrit : qui combine la leçon de C avec celle d'un groupe de II.

du texte original. C’est là son moindre défaut: il a perdu de nombreux feuillets et, pis encore, son texte a été en beaucoup d'endroits modifié par Gui de Mori. Malgré cela, comme le remanieur a pris soin d'indiquer les passages qu'il a retouchés, le témoignage de Tou peut être souvent invoqué.

Je donnerai donc au bas des pages de mon édition les variantes de Ab, Ac, Ba, Bü, Be, Ca, Ce, Eb, He, et occasionnellement celles de Tou.

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