‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 113 sur 144 · I. Revue archéologique, VII, SSy · texte numérisé non relu

I. Revue archéologique, VII, SSy

tion. Un seul monument sort de Tordinaire : c'est le fameux évangéliaire dit Texte du sacre, sur lequel nos rois prêtaient autrefois un serment solennel, le jour de leur couronnement. Exécuté vers iBpS dans un couvent de Bohème, par ordre de l'empereur Charles IV, et arrivé jusqu'à Reims après toute sorte de vicissitudes, ce précieux manuscrit est encore plus intéressant par sa reliure d'orfèvrerie et par les souvenirs historiques qu'il éveille en foule que par sa décoration intérieure. Celle-ci, en effet, est relativement simple; elle se compose de lettres et de rubriques en vermillon et d'un petit nombre de vignettes qui semblent tenir le milieu entre le style byzantin et le nôtre. L'édition de MM. Louis Paris et Silvestre en peut donner l'idée.

Le goût des beaux livres s'est étendu jusqu'aux contrées les plus lointaines de l'Orient. Les Arabes d'Asie, d'Afrique, d'Espagne, tout en respectant la défense laite par leur Prophète de représenter le visage humain, ont embelli par la plume et le pinceau beaucoup d'exemplaires du Coran; ils ont déployé dans le domaine restreint de l'ornement une imagination merveilleuse. Les Persans, appartenant à la secte schiite, qui ne reconnaît pas la même règle, ont orné de vraies miniatures quelques-uns de leurs gracieux poèmes; ils y ont prodigué les figures fines, les fleurs, les oiseaux, les arabesques, les couleurs chatoyantes. Ils ont connu, eux aussi, une sorte de symbolisme, ce qui ne les a pas empêchés d'aimer et de peindre la nature champêtre : tel de leurs sujets, une conversation entre un poète et une bergère, au bord d'une fontaine, est une fraîche et naïve pastorale; il rappelle les vignettes persanes faites pour

les schahs de la dynastie Séfienne et pour les souverains Timourides des Indes. Notre Cabinet des estampes possède encore d''autres spécimens de cet art si varié, le recueil des Dames et seigneurs de la Perse et celui des Portraits des rois mongols, rapporté par le Vénitien Manuel. Les Indiens eux-mêmes, ainsi que les peuples de TAsie Mineure, ont encadré leurs livres sacrés dans de lourds portiques dorés, accompagnés de fantastiques éléphants et de ces ornements bleus et rouges qui font la base des dessins dits de Smyrne. Les Chinois, les Japonais ont semé jusqu^à nos jours, sur le papier ou la soie de leurs mystérieux grimoires, ces figurines bizarres que leurs éventails, leurs étoffes ont popularisées chez nous. Il n"'est pas Jusqu'aux monuments écrits de la vieille race mexicaine, retrouvés au fond du Yucatan ou du Guatemala, qui ne soient décorés de peintures. Il faudrait un volume spécial pour décrire les mille productions de ces écoles exotiques, si différentes des nôtres, et la description serait un peu monotone. Tant il est vrai que, sous toutes les latitudes et dans tous les temps, Thomme a éprouvé le besoin de rendre sensibles aux yeux les chefs-d'œuvre de la pensée et de les revêtir de la beauté extérieure, comme si les livres avaient ainsi que lui une âme et un corps, et que réiégance de Tun dût nécessairement répondre aux mérites de l'autre.

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