‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 115 sur 144 · Delisle, op. cit., III, 3oi · texte numérisé non relu

Delisle, op. cit., III, 3oi

dcstie de Tartisan ou de rinfériorité de sa condition, deviennent avec le temps un peu plus fréquentes. Quand les miniatures sont transforme'es en tableaux de maîtres, ceux-ci tracent volontiers leur nom au bas, surtout dans Tccole italienne, et quelques-uns vont même jusqu''à rinscrireen lettres d'or ; mais c'est toujours Texception. Les comptes, les devis, les documents de tout genre et les témoignages d'admiration des contemporains nous ont révélé d'autres personnalités remarquables; ils ont fourni au marquis de Laborde et à M. Léopold Delisle les éléments d'une longue nomenclature, qui peut être d'un grand secours pour l'histoire détaillée delà miniature*. Malgré tous les efforts de la science, la proportion des ignorés demeurera toujours très forte, en raison de la quantité innombrable de nos manuscrits illustrés.

La physionomie de l'enlumineur n'est pas entourée d'une lumière bien vive non plus. Il apparaît moins souvent dans ses propres ouvrages que le simple scribe. Dans la phase hiératique, comme il est ordinairement confondu avec le calligraphe, on peut surprendre sur la figure de celui-ci quelques traits relatifs au côté artistique de sa profession. Il se représente parfois au travail avec les attributs et les instruments du peintre ; son image est alors celle d'un homme épris de son métier et profondément appliqué. « Je n'ai jamais pu voir sur le vélin des manuscrits, dit l'historien de VArt chrétien en Flandre, la figurine qui représente l'enlumineur sans y arrêter quelque temps mes regards et ma pensée. Le

I. Les Ducs de Bourgo^j^ne et le Cabinet des manuscrits, in fine.

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visage du moine est calme et sérieux; une légère couronne de cheveux entoure sa tête rasée; il est enveloppé par une robe de bure aux plis lourds et symétriques; assis sur un escabeau en bois sculpté, il incline la tête vers Je lourd pupitre qui porte un livre orné d'enluminures encore inachevées, et sa main, à Paide de la

plume ou du brunissoir, place Por, Pargent et les couleurs brillantes. Cependant, autour de lui, dans les enrou- ~"^^:^^' lements capricieux du feuillage et des arabesques, s'agitent les démons, les sirènes et les dragons ailés^. » Chez les artistes laïques, le décor change; mais l'expression du visage et les accessoires restent les mêmes. L'enlumineur du xv" ou du xvi" siècle est un travailleur indépendant. Il exerce son métier chez lui, sur une table à tiroir posée devant une large fenêtre, qui ne lui marchande pas la lumière. Sur cette table, un pupitre ou petit chevalet supporte le vélin sur lequel erre son pinceau. Il est assis sur un tabouret à trois pieds. Autour de lui, quelques holes, des vases, des images appendues aux murs. Son installation, son mobilier, son costume ont une apparence assez confortable; on sent que c'est un artisan « arrivé «.

l'enlumineur SIGER.

XIl'' SI È CL E.

(D'après un nis. de Douai,

reproduit par Dehaisnes, op. cit..

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