I. Dehaisnes, V Art chrétien en Flandre, p
Indépendamment du pinceau, il continue à se servir
FIO :0 0. UN ENLUMINEUR CHEZ LUI. XV l""' SIÈCLE.
(Tire de Schoppcr, De omn. iili 1er. arlibui.)
de la plume ; il lui faut encore un brunissoir, un cou-
teau bien tranchant, un compas, un pied de lièvre et une dent de loup, pour polir les surfaces, une pierreponce, des godets, des coquilles, des mortiers de porphyre, des alambics, des fourneaux, car il fabrique la plupart du temps ses couleurs lui-même. Il les essaye d'abord sur un morceau de parchemin ; l'usage de la palette ne lui est pas familier. Puis il prend le volume ou le feuillet qu'il a été chargé d'illustrer, pour y composer directement son sujet ; car il est très rare qu'il en jette l'idée première dans quelques croquis informes, comme on en trouve sur les marges des Morales de saint Grégoire le Grand transcrites au xni'' siècle à l'abbaye de Cuissy (bibliothèque de Laon). Le livre lui a été remis tout écrit. Le copiste a eu soin de laisser en blanc l'emplacement des lettrines et des miniatures, et dans certains cas, lorsqu'il s'est méfié de son intelligence, il lui a indiqué les initiales à dessiner au moyen de signes imperceptibles tracés sur l'extrême bord de la marge extérieure, destiné à être rogné par le relieur; on trouve même quelquefois, à cette place, depetites légendes décrivant les histoires à peindre: Hic pingatiir papa genuflexus. — Hic ponatiir una millier in habitu vidiiali. — Ad pennellum pingatur stola. Etc. Les premiers imprimeurs conserveront cette habitude de laisser une partie des pages vide, pour y placer après coup des sujets peints. Dans beaucoup de manuscrits, comme dans un certain nombre de livres imprimés, les espaces blancs ménagés ainsi de distance en distance n'ont pas été remplis; ce qui prouve bien que le travail de l'écrivain précédait celui de l'enlumineur, et il était dilHcile qu'il en fût autrement. Cependant on a quelques exemples
LES ENLUMINEURS ET LEURS PROCEDES. 30 j
de lettrines exécutées à Tavance et attendant encore le texte qui devait les accompagner. D'autres fois, la peinture commencée a été interrompue, et nous n'avons pas à le regretter, car rien n'est plus propre que ces sujets inachevés à nous faire toucher du doigt les procédés de Tartistc et la marche de son travail. Sa première opération consiste à tracer avec la plume, trempée dans une encre noire ou bistre, quelquefois rouge, les contours du dessin. Avant de saisir le pinceau, il se sert encore de cette même plume pour couvrir de hachures certains fonds et pour exécuter certains détails, comme les entrelacs. Puis il remplit l'intérieur de cette esquisse au moyen de teintes plates, sur lesquelles il revient après pour figurer les ombres et le modelé par des tons plus foncés. Les artistes byzantins commencent plus volontiers par revêtir toute la surface à peindre d'une teinte neutre ou verdâtre; ils y tracent ensuite l'esquisse de leur sujet avec le pinceau et se bornent, pour finir, à faire des relevés en clair et des ombres d'un ton plus fort. « Ce procédé, dit M. Bordier, devait être bien antique, car c'est celui de la peinture à fresque; mais il était funeste '. » En revanche, il était fort commode. Quelquefois aussi, les enlumineurs grecs dessinent leurs sujets au minium, et en recouvrent tout l'intérieur, sauf les chairs, de feuilles d'or appliq'uées, sur lesquelles ils figurent ensuite les détails par des traits noirs; système assez grossier, qui ne devait pas se généraliser. Ils sont plus heureux lorsqu'ils modèlent le corps du Christ en brun rouge avant de le revêtir de sa robe;