‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 117 sur 144 · I . Bordier, op. cit., p · texte numérisé non relu

I . Bordier, op. cit., p

selon robservation de M. Labarte, c'est exactement ce qu'a fait le peintre David dans son esquisse du Serment du Jeu de paume. Cliez les Occidentaux, par exemple, le contour au trait noir finit par devenir assez léger pour être à peine visible, et la teinte plate de Paquarelle est peu à peu remplacée par la gouache, qui apparaît dans certains manuscrits au xir siècle. Dès lors, les rehauts, les empâtements donnent au coloris de nos miniatures tout le relief, toute la vivacité delà peinture à Fhuile, bien que les couleurs ne soient délayées qu'à Teau de gomme ou au blanc d'œut.

Un nouveau procédé s'introduit peu de temps après pour rendre la lumière: c'est la hachure d'or appliquée sur les champs coloriés. Les beaux livres d'heures du XIV siècle étincellent déjà des feux jetés par ces rayons de soleil artificiels. « Le pinceau dépose partout l'or en larges traits ou en fines hachures, pour simuler la lumière qui se Joue sur les plis des vêtements, sur les plumes de l'oiseau, sur les feuillages des arbres, sur les ondulations des eaux, sur les plans divers du paysage. Du ciel il tombe en rayons autour des apôtres et simule une gloire. Ce travail des hachures d'or sur les vêtements de couleurs diverses produit des effets tout nouveaux et complètement inattendus. Les tons se modifient jusqu'à lutter, pour l'éclat et la variété, avec les plumages opulents des oiseaux les plus favorisés de la nature, les paons, les faisans, les colibris. Les brocarts d'or, les plus splendides étoffes de* Lyon ne chatoient pas plus ardemment. Parfois, au contraire, le fond est d'or et la hachure de couleur. La nature et la vérité sont offensées, c'est vrai; les nuances sont menteuses; mais que ce

mensonge est charmant et vite pardonné' ! » Ajoutons que ce mélange de Tor aux couleurs a cependant pour but de rendre des effets de lumière naturels, et que jamais il n^arrive à la dureté ni à Tinvraisemblance des fonds uniformément dorés de Técole byzantine. On a un exemple surprenant de la puissance du reflet métallique dans la scène du Jardin des Oliviers, telle que Ta traitée le peintre des Heures de la reine Anne : les lanternes portées par Judas et ses cotnpagnons paraissent réellement allumées, tant la flainme de For est vive; c'est un effet réaliste visiblement cherché et trouvé. Ou Texcés commence, où la « ficelle » apparaît, c'est lorsque Tenlumineur, voulant produire untrompe- Tœil plus violent, promène la pointe sèche sur les ors, de manière à y graver en creux ses hachures, ou, mieux encore, sillonne avec elle Tenvers du champ, sous le parchemin, afin de produire à Tendroit des saillies et des reliefs dorés. Ce curieux procédé, dont la critique a eu d'abord quelque peine à se rendre compte, est heureusement assez rare.

Pour appliquer ainsi Tor en simples traits, on le réduisait à l'état d'encre ou de couleur liquide, et on rétendait, soit avec la plume, soit avec le pinceau. Les filets tracés à la plume sont généralement plus brillants et plus épais, parce que cet instrument déposait sur son chemin une plus grande quantité de matière colorante. L'encre d'or, fabriquée de plusieurs manières décrites en détail dans les traités spéciaux, et déjà connue, du reste, chez les Grecs et les Romains, ne se posait

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