I. Tome II, p. I et suiv
c A RELIURE.
sculpture sur ivoire dans les plats de reliure du musée du Louvre, dont M. de Laborde a donné la notice à la suite de celle des émaux. Ceux du xui"^ siècle, représentant Jésus crucilié et Jésus bénissant les Apôtres, sont Toeuvre d'une main plus sûre encore. Au xiv", le dessin se complique; Tartiste semble manier la plus dure des matières comme si c'était une pâte molle. Les deux plaques du manuscrit grec contenant la vie de saint Denis TAréopagitc, conservé jadis dans le trésor de l'abbaye qui porte sou nom, comprennent, sous une série d'arceaux gothiques d'un dessin 'très exact, formant trois étages, des scènes d'une composition habile et d\ine grande finesse : d'un côté, l'Entrée du Christ à Jérusalem, le Jardin des Oliviers, la Flagellation, la Descente de croix, la Mise au tombeau ; de Pautre, la Trahison de Judas, le Calvaire, les Saintes femmes a^i sépulcre, l'Apparition de Jésus à Marie -Madeleine. Mais bientôt les ivoires sculptés commencent à devenir plus rares sur la couverture des livres et cèdent peu à peu la place aux étoffes de soie ou de velours rehaussées de pierreries; genre de décoration plus chatoyant pour l'œil et cependant bien moins artistique. Ils se réfugient sur les tablettes à écrire des princes ou des grandes dames, et ce ne sont plus des sujets sacrés qui décorent les feuillets extérieurs de ces dépositaires des pensées les plus intimes, ce sont des scènes de la vie privée ou même des scènes galantes : un jeune homme agenouillé devant une femme et lui présentant son C(cur, qu'elle s'empresse de percer d'une Hèche ; une conversation d'amoureux; un groupe de vieillards allant se rajeunir à la fontaine de Jouvence, et, de l'autre côté, un de ces
jj6 LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE.
vieillards ramenant une jeune fille par la main. C^est encore au musée du Louvre qu^on admire ces deux derniers pendants, sur un diptyque en réduction du temps de la Renaissance; les autres sujets, un peu plus anciens, se voient sur des tablettes appartenant à la Société archéologique de Namur, Ces petits carnets d'ivoire, enduits de cire comme les tablettes ordinaires, étaient portés par les dames dans un étui de cuir gaufré, pendu à la ceinture et décoré lui-même de dessins variés ou d''émaux. Leur fabrication occupait à Paris une corporation spéciale, car de tout temps la grande ville fut par excellence le pays des élégantes fantaisies.
Les reliures d'orfèvrerie apparaissent plus tôt que les reliures en ivoire; on a vu qu'elles faisaient déjà fureur dans l'antiquité chrétienne. Le plus beau présent que l'empereur Justinien put trouver à faire au pape Hormisdas fut un Evangile revêtu de plaques d'or et de pierres précieuses. En Occident, l'art de travailler les métaux et d'y enchâsser les pierreries était trop en honneur dans les temps mérovingiens pour qu'il n'ait pas été appliqué à la couverture des livres d'église; plus d'un texte en fait foi. Néanmoins, ici encore, les plus anciens monuments parvenus jusqu'à nous ne remontent qu'à Charlcmagne. La bibliothèque de Saint- Sernin de Toulouse se vantait autrefois de posséder des Heures attribuées à ce prince et ornées de bas-reliefs de métal, exécutés au repoussé; ce joyau rare, de la fin du viii"' siècle, n'est autre que le célèbre évangéliaire de Godescalc, cité plus haut et venu de là à Paris. On garde à Sienne un évangile grec de l'époque carlovingienne dont la reliure est décorée de nielles. Les Béné-
LA RF.LIURF,.
dictins mentionnent un travail plus étonnant, qui se voyait sur un autre cvangcliaire oHert au monastère de Saint-Maximin de Trêves par Ada , fille de Pépin le
ne. 105. JEUNE HOMME OFFRANT SON COEUR. XVI^SIÈCIE.
( Tablettes en ivoire, au musée du Louvre.)
Bref; c'était une grosse agate où se trouvaient gravées rimage de la donatrice, celle de son frère Charles et de trois autres personnes de leur famille*. Un troisième livre d'évangiles, celui de Charles le Chauve, con-