Delisle, Rouleaux des morts, p. 3cjo
2. Prius traJitur (pellis) rasori, ut cum rasorio omnem supei- Jluitatem, pinguedinem, scrupulos et maculas tollat; deinde supervenit pumcx, ut quod rasorio au/erre non potuit pumice deleatur, scilicet pili et talia minuta. Pierre di Blois, cd. Schwari, II, 19.
Saint-Trond, prenaient une simple peau de mouton ei la rendaient à Tétat de missel enluminé et noté, sans le concours d''aucun auxiliaire * ; c'était aussi fort que le travail de certaines machines modernes, mais beaucoup plus long. Les monastères étaient, en effet, au moyen âge, les grandes usines oli se confectionnait le livre. Cluny, entre autres, avait une fabrique de parchemin tout à fait prospère au xii" siècle. Un des principaux offices, dans les couvents, était celui du pergameîiarius, chargé de préparer aux copistes les feuilles dont ils se servaient. Mais l'Université de Paris, aux beaux jours de sa puissance, fit aux établissements monastiques une concurrence redoutable et sécularisa en partie la fabrication du parchemin. Sa nombreuse population de maîtres et d'écoliers en consommait une telle quantité, qu'il fallut bientôt en produire sur place et réglementer cette production. De là l'importance que prirent dans la capitale l'industrie et le commerce delà parcheminerie, qui a laissé son nom à une de ses rues. Les parcheminiers jurés de Paris, au nombre de quatorze (réduits à quatre en 1488, par suite de la vulgarisation du papier), examinaient les peaux, les approuvaient ou les refusaient, et en surveillaient la préparation. Ils étaient astreints à un serment devant le recteur et lui payaient une rente de seize sols parisis sur chaque botte de parchemin apportée dans la ville. Le monopole, la spéculation, l'accaparement leur étaient interdits. Ils avaient aussi une surveillance sur la fameuse foire du Lendit, le grand marché au parchemin,
I. Graduale iinum propria manu formavit, piirgavit, piinxit, sulcavit, scripsit , illuminavit , musiceqiie notavit syllabatim. D'Achery, Spicilegium, II, 687.
LES Ih'STRUM ENTS D T, L'CClilTUUr. )i
OÙ tous les ans, le lendemain de la Saiiu-ikirnabé, se rendaient en procession, sur une tilc interminable, étudiants et professeurs, procureurs et marchands. Le recteur ouvrait les opérations par une bénédiction solennelle; les parcheminiers du roi, les membres de l'Université prélevaient d'abord leur part, et ce n^est qu'après eux que les débitants ordinaires étaient admis à s'approvisionner. Plus d'un procès surgit entre le recteur et l'abbaye de Saint-Denis, entre l'Université et les marchands, au sujet de ces privilèges, et plus d'une ibis les turbulents écoliers changèrent' en scènes de désordre la fèie du parchemin; si bien qu'elle finit par être interdite. Elle était tout à fait tombée en désuétude sous Louis XIV, qui cependant confirma, le 28 août i633, les droits de l'Université sur cette matière.
Le parchemin façonné au moyen âge se distingue du parchemin antique par des défauts et par des qualités. Il est moins égal, moins exempt de fibres et de rayures, moins bien battu ; il n'a pas toujours une teinte uniforme; il présente des fentes ou des trous grossièrement raccommodés. En revanche, il est plus fort, plus durable, et il est toujours d'une certaine épaisseur, tandis que dans celui des Romains la dénudation extrême du tissu allait parfois jusqu'à l'inconsistance et à la transparence; c'est pourquoi on l'interpolait, dans certains manuscrits, de parchemin plus fort, de même qu'on soutenait les feuilles de papyrus en les interpolant de parchemin ordinaire. Mais, à partir du xnr siècle, la fabrication accomplit, quant à lu finesse du grain, des progrès considérables, attestés par le vélin uni et velouté des livres d'heures de la noblesse.
il LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE.
Dans le nord de la France, on atteignit une blancheur et une perfection plus grandes que dans les provinces méridionales, en appliquant au besoin sur la peau un enduit minéral.
Chose étonnante, ce produit si universellement répandu, si peu coûteux à façonner en apparence, demeura toujoursd^un prix élevé, et,à certaines époques, devint inabordable. Cest là, sans aucun doute, la raison d'être des palimpsestes. Il ne faut pas croire que Pusage déplorable d'effacer sur le parchemin des textes anciens pour leur substituer des écrits plus récents et d'une valeur souvent beaucoup moindre soit venu du mépris ou de rindifférence des âges chrétiens pour la littérature païenne. Les Romains, nous venons de le voir, usaient déjà de ce procédé par économie, aussi bien sur le papyrus que sur le vélin. Trébatius, un ami de Cicéron, ne s'en faisait pas scrupule, et, trait de mœurs plus caractéristique, le grand écrivain lui-même le félicitait de son industrieuse parcimonie ^ Leurs contemporains grattaient l'écriture avec la pierre ponce ou l'effaçaient avec l'éponge. On en fit autant plus tard, surtout à partir du ix* siècle, et dans certains monastères isolés ou la matière première manquait, comme à Bobbio et à Grotta-Ferrata, d'oli sont venus nos principaux palimpsestes.
Mais «voir là avec Michelet, dit M. Reinach, une Saint-Barthélémy des chefs-a'œuvre de l'antiquité faite au profit de la littérature de l'Eglise, c'est déclamer ; car l'on trouve aussi des textes classiques récrits par-
I Cicéron, Adfamil., VII, i8.
LES INSTKUMENTS DE L'ECRITURE jj
dessus des textes ecclésiastiques grattés ' ». Fort heureusement, d'ailleurs, ces grattages ont été faits, en général, avec assez de maladresse pour permettre aux savants modernes de faire revivre entre les lignes, ou même sous- les lignes du second texte, à Taide d'un réactif chimique, les caractères du premier, et de les déchiffrer. C'est ce tour de force paléographique qui a rendu immortel le nom du cardinal Angelo Mai et de ses émules ; c'est à sa réussite qu'on doit la restitution de la République de Cicéron et d'une partie de ses Discours,
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Fie. 4. EXEMPLE DE PALIMPSESTE. IV^ SIÈCLE.
(Tiré de la Rcpublique Je Ciciron, ms. du Vatican, reproduit par Wattenbach, Excmpla cod. lai., n» 17.)
des Institiitcs de Gains, de la correspondance de Fronton avec son élève Marc-Aurèle, et d'un bon nombre de fragments d'Euripide, de Plante, de Tite-Live, de Strabon, etc.
La nécessité d'économiser le parchemin fit recourir encore à d'autres stratagèmes, qui parfois ne causent pas moins de tourment aux paléographes. La multiplicité des abréviations dans les manuscrits du moyen âge,
I. Rcinach, Manuel de philologie classique, p. 42. Cf. Monc, De libris palimpsestis; Delis'c, le Cabinet des manuscrits, III,
218, 225, etc.
LEi MANUSCRITS. »
Phabitude de citer les auteurs sans reproduire leur texte, en renvoyant simplement à Touvrage par une indication aussi sommaire que possible, la finesse exagérée de certaines écritures, sans parler des tours de force comme en exécutait cet habile calligraphe qui, au. dire de Pline, avait fait tenir V Iliade dans une coquille de noix, phénomène dont le savant Huet entreprit un jour de démontrer la possibilité, tout cela provient de la même cause. Les troubles de Pépoque barbare occasionnèrent notamment des disettes terribles, comme pour le papyrus. Encore au vin* siècle, la cherté du parchemin était telle, qu''un moine de Saint-Gall était obligé, pour écrire un livre, de se procurer successivement chaque feuillet, en Tachetant à grand^peine et, pour ainsi dire, en le mendiant. Eh 1120, un autre religieux, un Anglais celui-là, chargé de faire une copie de la Bible, ne put venir à bout de recueillir dans toute PAngleterre la quantité nécessaire. Un peu plus tard. Gui, comte de Nevers, ayant offert à un couvent de chartreux des vases d'argent, les religieux le remercièrent et lui demandèrent en place, comme un présent de haute valeur, une provision de parchemin". Le roi Charles V dépensait cinquante francs (qui vauiiraieni vingt fois plus aujourd'hui) pour le vélin d'une Bible. En 1467, le duc de Bourgogne payait le parchemin employé par un de ses écrivains, Yvonnet le jeune, à raison de seize sols le cahier. Une quarantaine d'années après, le cardinal d'Amboise ne dépensait plus que dix sols par cahier pour le magnifique exemplaire de la