Dict. du mobilier, II, 94 et suiv
pétue, sans s'en douter, cette vieille tradition lorsqu'il se fabrique des encriers en papier. Tantôt il était placé à ., côté de récrivain dans une boîte spéciale ou dans ïescriptouère ; tantôt il était piqué sur le bras de son fauteuil, sur sa table ou sur son pupitre. Ce dernier meuble [scriptionale] atteignait, quand il n'était pas destiné à être mis sur les genoux, des proportions considérables: il était monté sur pieds, muni de crémaillères, de tablettes, de charnières, et d'une décoration plus ou moins élégante suivant l'époque et le propriétaire ^
Quant à l'encre elle-même, sa composition a beaucoup varié. Uatramentiim des Romains n'était qu'un composé de noir de fumée, de gomme et d'eau, ce qui facilitait singulièrement le rôle de l'éponge sur les palimpsestes. Pline savait cependant qu'une légère addition de vinaigre donnait à ce liquide plus de ténacité. L'encre de sèche ou sepia était également connue de ses contemporains, ainsi qu'une certaine encre indienne offrant une grande analogie avec l'encre de Chine, qui était elle-même un produit à base de sèche, suivant la conjecture de M. Chevreul. Au xi'' siècle, d'après une recette du moine Théophile, on écrivait avec un mélange d'eau, de vin et de noir obtenu avec le bois d'épine. Dans le suivant, on commença à employer le sulfate de fer et la noix de galle : il en résulta une encre mordante [încaiistiun) se rapprochant beaucoup de la nôtre. Dans un certain nombre de manusc its, cette encre a souffert de l'action du temps : elle a pris, pour le malheur des yeux chargés de les déchiffrer, une teinte rousse ou
I. Viollet-le-Duc a reproduit plusieurs de ces pupitres dans son Dictioyinaire du mobilier, I, 238 et suiv.
blanchâtre'. Cette altération se remarque surtout dans
FIG. 6. CLERC ECRIVANT. X V l '^ SIÈCLE.
(D'après un manuscrit de Laon, reproduit dans l'ouvrage d'E. Fleury, if<^ partie, pi. 21.)
les écritures des xv et xvf siècles. Mais, en revanche,
I. Voici une autre recette du xu'' siècle, indiquée par le P. Cahier {op. cit., p. 87) :
ViireoU quaria, mtdlaque sil uiicia giniima, Integra lil gaiLe, superaddas octa faleim.
on est frappé du brillant et de Pétat de conservation du liquide dont se sont servis, au milieu du moyen âge, une multitude de scribes. Somme toute, il faut admirer ces hommes de labeur d'avoir, avec des éléments aussi imparfaits, légué à la postérité tant de chefs-d'œuvre calligraphiques : « patience et longueur de temps ;> ont accompli par eux des tours de force à peine compréhensibles pour leurs successeurs.
Des encres de couleur et des encres métalliques ont été usitées pour embellir les manuscrits : nous en parlerons dans les chapitres consacrés à leur décoration.