LE$ MANUSCRITS
Tacite parle même quelque part d''un e'rudit de son temps qui en faisait collection. Naturellement ce goût ruineux engendrait comme aujourd'hui des faussaires, et la crédulité publique était telle, qu'on ne craignait pas de mettre en vente sur le marché d'Athènes une Odyssée tout entière de la main d'Homère *! Il eût fallu d'abord prouver que l'écriture grecque était en usage du temps de l'immortel poète, ensuite qu'il avait l'habitude de rédiger ses chants héroïques, et non de les confier à la mémoire de ses auditeurs ; mais les fabricants d'autographes ne se sont jamais embarrassés de si peu. Au moyen âge, s'il arrive journellement aux auteurs d'écrire, dans les deux sens du mot, la totalité de leurs livres, cet exemplaire primitif ne porte pas plus que les autres leur signature, si ce n'est par exception, et les éléments de comparaison nous manquent pour établir l'identité de leur écriture. On attribue à la plume de saint Willibrode, qui vivait au viii" siècle, quelques lignes ajoutées à un martyrologe contemporain; mais cette opinion repose sur une simple induction. On connaît d'une manière plus positive et l'on conserve à la Bibliothèque nationale l'original autographe de la chronique d'Ordéric Vital (c'est, du moins, l'avis des critiques les plus compétents), et celui d'un poème sur le martyre de saint Cyr par Gontier de Saint-Amand, reconnaissable aux corrections et aux surcharges dont il est criblé "-. Les manuscrits sur lesquels nous possédons des indications de ce genre deviennent moins rares à mesure qu'on se rapproche des
I. Libanius, cité par M. Egger, Hist. du livre, p. 38. 2 Delisle, op. cit., I, 3ii; III, 200, 2S7.
temps modernes. A partir du règne de saint Louis, cpoquc ou réloquence delà chaire prend une extension rapide et considérable, un bon nombre de sermons, ou plutôt de canevas de sermons, sont transcrits par les prédicateurs mêmes, tandis que d'autres sont rapportés par leurs auditeurs; mais, ici encore, la marque authentique, la signature fait défaut. Pour trouver une mine
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PIC. 27. AUrOGRAI-HK d'okDERIC VITAL. IIJ6-J7.
(Tiré Ju manuscrit original de sa clironique, Bibl. iiat., Lu. 10913.")
d'autographes aussi riche que sûre, il faut Taller chercher dans les chartes et les lettres missives. Les premières contiennent, dès l'époque mérovingienne, une grande variété de seings manuels et de souscriptions royales. Les secondes, dont Tusage se vulgarise avec celui du papier et de l'écriture, au xm siècle, ouvrent véritablement le règne de Tautographe, qui ne fera que s'étendre par la suite, pour la plus grande joie des collectionneurs.