‹ Les manuscrits et les miniaturesChapitre 12 sur 30 · XIV® ET XV® SIÈCLES : CHARLES V ET JEAN DE BERRY · texte numérisé non relu

XIV® ET XV® SIÈCLES : CHARLES V ET JEAN DE BERRY

Au XIV® siècle paraissent en France les premiers princes vraiment bibliophiles. Les derniers Capétiens de la branche directe possédaient déjà des librairies nombreuses pour le temps, mais qu’étaient ces petites collections, formées au hasard, comparées aux librairies du Louvre, de Jean de Berry, de Louis d’Orléans ou des ducs de Bourgogne? Dans ces dernières, réunies à grands frais et avec méthode, on n’a admis que des volumes de belle apparence ou offrant quelque intérêt. Tous ces princes sont dévots, mais ils aiment à lire leurs prières de chaque jour dans des livres illustrés par les premiers artistes du temps. Ils recherchent avec ardeur les meilleures copies de l’Écriture sainte et des Pères, mais ils ne montrent pas moins de goût pour les grands écrits de l’antiquité, et encouragent les clercs érudits qui mettent à la portée de tous les ouvrages d’Aristote ou de Tite-Live, en les traduisant en langue vulgaire. Non contents de protéger les peintres et les orfèvres de leur temps, ils recueillent pieusement les œuvres plus anciennes, les beaux manuscrits enluminés, les camées, les intailles, les vieilles pièces d’orfè-

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vrerie. Ce sont à la fois des lettrés délicats et de passionnés amateurs.

Gette protection éclairée que trouvent en France les savants et les artistes ne leur fait pas défaut dans les autres pays de FEurope occidentale; en Flandre, les derniers comtes de la maison de Dampierre et leurs successeurs, les Valois-Bourgogne, en Italie les Visconti et les Sforza, les Carrara et les Scala, les rois de Sicile de la maison d’Aragon, ceux de Naples de la maison d’Anjou, enfin les papes d’Avignon comme ceux de Rome prodiguent leurs encouragements à tous ceux qui s’occupent des choses de l’esprit. Ces goûts délicats sont partagés par les nobles de tous les pays d’Europe, par les bourgeois de Paris comme par ceux de Florence, de Bruges et de Cand, et cette fleur délicate des arts et des lettres arrive à s’épanouir au milieu des guerres les plus cruelles, des luttes civiles les plus atroces. Plusieurs écoles se développent et se constituent : française, flamande, rhénane, enfin italienne; cette dernière, plus robuste, rayonnera plus tard sur l’Europe entière. Au xiv*^ siècle, c’est la France qui paraît la plus avancée dans cette voie nouvelle, c’est d’elle que nous allons d’abord parler.

Le roi Jean, de funeste mémoire, rachetait en partie son incapacité politique par ses goûts littéraires. Sa mère, Jeanne de Bourgogne, avait encouragé les savants et les lettrés; à sa requête, Jean de Vignay avait traduit le Miroir historial de Vincent de Beauvais, les évangiles et les épîtres de l’année. Les livres recueillis par cette princesse trouvèrent plus tard asile dans la librairie du Louvre. Elle transmit ces goûts délicats à son fils; avant même de monter sur le trône, Jean possédait déjà quelques volumes richement illustrés. Devenu roi, il décide Pierre Bersuire à traduire les Décades de Tite-Live et fait commencer par maître Jean de Sy une version française de la Bible, travail considérable qui, interrompu par le désastre de Poitiers, devait plus tard être repris

par les écrivains de Louis et de Charles d’Orléans et rester toujours inachevé. Le roi Jean entretenait des copistes et des enlumineurs; on connaît deux de ces derniers, Jean de Montmartre et Jean Suzanne ; celui-ci recevait par jour 2 sous parisis de gages, et 100 sous par an pour ses robes. Certains volumes précieux suivaient le roi partout; à Poitiers, les Anglais trouvèrent dans les bagages du vaincu une belle Bible historiale que le comte de Salisbury racheta aux pillards, elle est aujourd’hui au Musée Britannique, et un magnifique exemplaire des Miracles de la Vierge, de Gautier de Coincy, qui, racheté par Charles V, fut plus tard donné par Charles VI à son oncle de Berry; il appartient aujourd’hui au séminaire de Soissons. Prisonnier des Anglais, le roi Jean se console en lisant et en achetant des livres; il fait relier des manuscrits par des ouvriers anglais, et commande le livre des Déduits de la chasse à Gace de la Bigne. Ses livres et ceux de sa femme. Bonne de Luxembourg, entreront bientôt à la librairie du Louvre.

Cette librairie ne fut pas la plus considérable de l’Europe au xiv'" siècle, comme on l’a trop souvent répété, — les collections de la Sorbonne et d’Avignon comptaient un bien plus grand nombre de volumes, — mais par contre elle fut la mieux composée, la plus soigneusement constituée. Charles V était fin lettré et grand clerc; par goût personnel il aimait les beaux manuscrits à peintures, élégamment écrits, et il recueillait volontiers les anciens livres, soit à titre de souvenirs de famille, soit pour la beauté de la main ou la richesse de l’illustration. Mais, plus sage que certains bibliophiles de nos jours, sans dédaigner la décoration extérieure, il préférait le contenu au contenant. Ce prince voulut, semble-t-il, former une bibliothèque encyclopédique et rassembler les principaux ouvrages tant du moyen âge que de l’antiquité. Mais beaucoup de ces ouvrages, écrits en latin, n’étaient pas accessibles à tous les lecteui’s ; Charles V,

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suivant l’exemple de sa grand’mère et de son père, fit traduire en français les traités les plus usuels. On connaît les noms de plusieurs des traducteurs employés par lui, et quelques-uns sont encore célèbres : tels Nicole Oresme, doyen du chapitre de Rouen, qui mit en français plusieurs ouvrages d’Aristote, et Raoul de Presles, traducteur de la Cité de Dieu. D’autres, moins connus, méritent cependant qu’on cite leur nom : Jean Oolein, traducteur d’une foule d’ouvrages dont l'Information^ des princes.^ le Rational de Guillaume Durand, les Collations de Gassien, les Chroniques de Guillaume, évêque de Burgos, et plusieurs ouvrages de Bernard Gui ; Jean Gorbichon, auteur d’une version du livre des Propriétés des choses, de Barthélemi de Glanville; Simon de Hesdin, qui le premier mit en français l’ouvrage de Valère-Maxime ; Denis Foulechat, traducteur du Polycraticon de Jean de Salisbury, etc.

Gharles V connaissait fort bien la langue latine ; en commandant ces traductions richement payées (Nicole Oresme toucha 200 francs d’or pour celle des Politiques et Économiques d’Aristote), ce prince voulait mettre à la portée de tous des ouvrages dont il connaissait la valeur et dont parfois il s’inspirait dans ses actes politiques. Il aimait les livres et les réunissait à grands frais, mais il n’était pas avare de ses trésors. Les notes mises à l’inventaire de la librairie du Louvre montrent avec quelle libéralité il prêtait ses manuscrits, et beaucoup d’emprunteurs peu scrupuleux ne rendirent jamais ceux qu’on leur avait communiqués. Souvent même c’était plus qu’un simple prêt, c’était un don; le collège de maître Gervais à Paris, les Dominicains de Troyes reçurent ainsi plus d’un manuscrit de valeur; d’autres furent offerts par le roi aux membres de la famille royale, à de nobles étrangers, à des officiers de sa maison, à des savants.

La librairie du Louvre occupait trois étages de l’une dés

tours de cette résidence royale, reconstruite par Raimond du Temple. Les murailles étaient lambrissées de bois dTrlande (on appelait ainsi au moyen âge les essences résineuses du nord), et la voûte revêtue de bois de cyprès. Les portes, solides et massives, avaient trois pouces d’épaisseur; des treillages, en fils d’archal, placés aux fenêtres, défendaient les livres des insectes et des oiseaux. Enfin des roues ou bibliothèques tournantes, des lutrins en bois précieux, des sièges permettaient aux visiteurs de consulter les volumes sur place. Ces volumes, au surplus, étaient pour la plupart de format maniable ; si certains ouvrages à peintures ont encore de grandes dimensions, beaucoup d’autres sont déjà de taille moins exagérée. On a par exemple deux copies différentes des traductions d’Aristote par Nicole Oresme : l’une, de grand format, en deux énormes volumes, l’autre commandée à Raoulet d’Orléans en 1376, de taille beaucoup plus exiguë et bien moins encombrante. Le fait vaut la peine d’être noté; seul il suffirait à prouver que pour Charles V les livres n’étaient pas un objet de vaine curiosité, qu’il aimait à les feuilleter et à les lire.

Un mot maintenant de la composition de la librairie du Louvre. En fait de théologie, peu de scolastiques ou de sermonnaires, mais par contre beaucoup de livres de dévotion et de liturgie et plusieurs copies de la Bible plus ou moins ornées. Le droit est assez mal représenté; à noter seulement quelques coutumiers, des traductions du Décret et des Décrétales, du Corpus juris et de divers commentateurs célèbres, Tancrède de Bologne, Guillaume Durand, etc. — La section des sciences et arts est plus importante ; on y remarque plusieurs grandes compilations encyclopédiques, le Timée de Platon, divers ouvrages d’Aristote, de Sénèque, de Boèce, de Jean de Salisbury, de Gilles de Rome, etc., nombre de traités de sciences exactes (géométrie et astronomie), de médecine, de sciences naturelles, d’astrologie et de divination.

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En fait d’histoire, beaucoup de textes français; des traductions des grandes compilations du moyen âge, de Josèphe, de la Légende dorée, de quelques vies de saints, deTite-Live, des chroniques en vers, les Vies desaintLouis par Joinville et par le confesseur de la reine Marguerite ; plusieurs ouvrages sur les croisades et quelques livres de voyages, dont un Marco Polo. La littérature était représentée par une foule de chansons de geste et de romans d’aventures, des chansons satiriques, les œuvres de Ruteheuf, de Watriquet, etc.

Tous ces livres, en somme, sont en langue latine ou française; aucun n’est en langue grecque. Charles V possédait d’autre part une riche collection de manuscrits hébraïques. Jusqu’en 1372, ces volumes, confisqués probablement sur les Juifs au xiii® siècle ou au début duxiv®, restèrent déposés au Trésor des chartes, à la Sainte-Chapelle; à cette date le roi les fit apporter au Louvre; les moins beaux furent prêtés aux juifs de Paris; le roi garda les meilleurs pour sa librairie, et en fit remettre quelques autres à son astronome, Thomas de Bologne, père de Christine de Pisan.

La librairie du Louvre, au temps de sa plus grande splendeur, comptait environ 1200 volumes, sans y comprendre ni les manuscrits existant dans différentes résidences royales : Vincennes, Beauté-sur-Marne, etc., ni les volumes liturgiques des chapelles du prince, dont beaucoup étaient de vrais joyaux. Bon nombre des manuscrits réunis par Charles V étaient plus anciens que lui, et avaient été exécutés pour différents princes et princesses de la famille royale; d’autres appartenaient déjà à ce souverain avant son avènement à la couronne; beaucoup enfin lui avaient été offerts par des seigneurs, des prélats ou des littérateurs du temps. Enfin les armoiries et les noms, relevés sur les volumes mêmes par les rédacteurs des anciens inventaires, prouvent que Charles V n’avait négligé aucune occasion d’accroître sa bibliothèque, soit

par achat, soit par confiscation; il fit par exemple porter au Louvre les livres du comte de Saint-Pol, tombé en disgrâce, ceux du médecin Jean deMarigny, exécuté en 1377, enfin ceux de Jacques de Rue, ministre de Charles le Mauvais, roi de Navarre.

Mais beaucoup des manuscrits du Louvre avaient une provenance plus légitime; quelques-uns avaient été acquis à prix d’argent (une Bible de Saint-Lucien de Beauvais par exemple et trois volumes de vies de saints, cédés par les Dominicains de Venise), beaucoup aussi avaient été exécutés aux frais du roi par divers copistes. On connaît les noms de plusieurs de ces écrivains; les deux plus célèbres sont Henri de Trévou et Raoulet d’Orléans. Au premier on doit plusieurs travaux considérables exécutés de 1373 à 1394; son écriture, ferme et élégante, est facilement reconnaissable. Plus élégante encore est celle de Raoul ou Raoulet d’Orléans. M. Delisle a noté treize volumes transcrits par ce copiste émérite, de 1367 à 1396, et ce ne sont probablement pas les seuls qu’il ait exécutés durant ces trente années. Parmi ces volumes on doit mentionner une Bible offerte à Charles Y par Jean Vaudetar (1372), aujourd’hui chez le baron de Westreenen; dans la souscription de ce manuscrit, qui compte plus de 2 300 colonnes, Raoulet déclare avoir déjà copié trois bibles et demie. Cet écrivain travaillait surtout pour des princes, Charles V et Louis d’Orléans, mais de simples particuliers réclamaient parfois ses services, par exemple un émailleur, Jean de Langres, qui lui commanda en 1372 une belle copie du de Consolatione de Boèce en français.

On a moins de renseignements sur les enlumineurs employés par Charles Y; on connaît un certain Jean le Noir et sa fille Bourget, qui quittèrent en 1358 l’hôtel de la comtesse de Bar pour entrer au service du dauphin, duc de Normandie. D’autre part Jean de Bruges, peintre du roi, a signé en 1372 une belle peinture, en tête de la

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Bil3le de Jean Yaudetar citée plus haut. Cette peinture, reproduite par Laharte, dans V Inventaire du mohilier de Charles F, représente ce prince, assis sous un dais fleurdelisé et recevant le volume que lui présente Jean Vaudetar, à genoux. Gomme fond, une tenture bleue aux armes de France; sur le sol, un tapis ou une mosaïque, noir, blanc et vert. Les personnages sont vêtus d’étoffe blanche, les chairs sont marquées en bistre avec légers rehauts de teinte rose. La facture de cette peinture est lourde, le dessin peu correct, mais on y sent un grand eflbrt pour rendre la nature, et le portrait du roi, avec son nez démesuré et ses grosses lèvres, paraît assez exact et est très vivant. On a d’autres portraits peints de Charles V ; parfois ce sont des œuvres insignifiantes et sans caractère, mais souvent aussi l’artiste a rendu avec bonheur les principaux traits de cette physionomie, un peu lourde, mais très accentuée.

Les miniaturistes de Charles V sont en somme mal connus ; mais l’examen de quelques-uns des volumes de ce prince prouve qu’il employait surtout des peintres de l’école française. Le plus souvent, en tête du volume figure une grande peinture, religieuse ou profane, avec vignette élégante et cadre de couleur; au bas, deux lions ou deux anges, servant de tenants à l’écu de France. Le corps du volume est abondamment illustré de miniatures grandes ou petites dont les sujets sont empruntés au texte de l’ouvrage : saints et martyrs dans la Légende dorée, scènes de l’histoire romaine dans le Tite-Live de Bersuire, allégories politiques dans les œuvres d’Aristote. Dans l’exemplaire de la Politique possédé aujourd’hui par le comte de Wasiers, la peinture du livre V, par exemple, nous raconte l’histoire d’une conspiration; dans le premier tableau, le roi légitime est à table avec la reine : on vient l’avertir des trames qu’ourdissent ses sujets; plus loin ceux-ci s’entretiennent mystérieusement; c’est, dit la légende, Sédicion ou conspiration occulte.

Bientôt, le complot a réussi ; le roi légitime est en prison et discute avec un des révoltés ; cependant le démagogue, armé de toutes pièces, l’épée au poing, 'prêche an peuple contre le prince. On reviendra plus tard sur la valeur et le mode d’exécution de ces peintures ; beaucoup sont de simples grisailles ou camaïeux, et nombre de volumes, commandés par Charles V, renferment la fameuse bande tricolore, bleu, blanc et orange, dont on a fait longtemps la livrée de ce prince. On croit aujourd’hui que c’était . un ornement favori des enlumineurs parisiens; il paraît dans des manuscrits antérieurs à Charles V et se retrouve dans des volumes écrits après la mort de ce prince.

Le sort de cette librairie du Louvre formée avec tant d’amour fut en somme lamentable. Charles VI aimait les livres et le diligent bibliothécaire du défunt roi, Gilles Malet, fut par lui confirmé dans sa charge et la garda jusqu’en 1411. Dans l’inventaire dressé à cette dernière date, sont même notés 210 volumes, ajoutés depuis trente ans au fonds primitif. Mais dès lors les princes du sang, oncles, frère et cousins du roi, et la reine Isabeau pillaient à discrétion ce précieux dépôt et, une fois sortis, les volumes ne rentraient plus. Bien plus, le roi lui-même puisait dans la librairie les cadeaux destinés à des princes étrangers et à des serviteurs; en un mot, comme le trésor public, elle est mise au pillage durant le long règne de ce prince insensé. Une fois Charles YI mort, la situation s’empire encore; en 1424, on dresse l’inventaire et la prisée des 800 volumes subsistants; l’estimation monte à 2 300 livres, et le duc de Bedford, régent de France et d’Angleterre, prend possession du tout, l’année suivante, pour le prix de 800 livres. Transportés plus tard en Angleterre ou à Rouen, les débris de cette admirable collection seront définitivement dispersés après 1435, date de la mort du dernier possesseur. Des recherches prolongées ont permis à M. Delisle de retrouver environ 70 volumes ayant appar-

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tenu à Charles V ; les autres ou bien ont péri en Angleterre durant la guerre des Deux-Roses, ou gisent encore aujourd’hui ignorés dans des bibliothèques mal connues.

La collection formée par l’un des frères de Charles V, Jean de Berry (| 1416), n’eut pas un meilleur sort. Ce prince a laissé un assez mauvais renom ; avide et peu cou-

L’enlèvement des Sabines.

(Manuscrit de Charles V, à la bibliothèque Sainte-Geneviève.)

rageux, il fut toujours impopulaire. Sans tenter son apologie, on doit reconnaître que plus encore que Charles V, Louis d’Anjou ou Louis d’Orléans, il se montra le protecteur des lettres et des arts. Des princes de la maison de Valois, les uns aimaient surtout les livres, d’autres préféraient les objets d’art, les constructions pompeuses,

les fêtes brillantes, Jean de Berry fut plus éclectique, il aima tout ce qui était beau : livres, objets d’art de toute espèce, somptueux monuments, curiosités. Il est , resté le type le plus parfait du collectionneur ; quand on lit ses comptes ou les inventaires de son trésor, quand on feuillette ses manuscrits, on devine sans peine pourquoi il eut de grands besoins d’argent, pourquoi il mourut insolvable.

La librairie du duc de Berry, dont l’inventaire a été publié en dernier lieu par M. Delisle, n’était pas aussi considérable que celle de Charles V, mais elle était bien supérieure à cette dernière pour le choix des auteurs et la beauté des exemplaires. Beaucoup des livres qu’elle renfermait avaient été donnés au duc par des princes ou seigneurs du temps, ou bien lui avaient été offerts par ses familiers, qui connaissaient le meilleur moyen de capter ses bonnes grâces, mais beaucoup aussi avaient été commandés par lui aux meilleurs artistes du temps. En effet, au rapport de Christine de Pisan, Jean de Berry aimait à s’entourer de gens instruits et de clercs ; comme les princes italiens du xiv® et du xv® siècle, il retenait à sa cour de Bourges ou à son château de Bicêtre les artistes étrangers ; ses familiers, quand ils voyageaient à l’étranger, s’informaient des ouvriers experts en telle ou telle branche de l’art et cherchaient à les attirer en France pour le compte de leur maître. Les livres exécutés pour le duc Jean se reconnaissent à plusieurs marques; le plus souvent les encadrements portent les armes du prince : de France à la bordure engrêlée de gueules^ son chiffre : V et E entrelacés; sa devise : Le temps venra\ ses animaux symboliques: le cygne et l’ours. Sur ceux qui lui étaient offerts ou qu’il prenait dans la bibliothèque de son neveu, Charles VI, il mettait sa signature : Jehan^ ou confiait à son secrétaire, Jean Flamel, le soin d’écrire une note d’origine.

Tout ce luxe, dont s’entourait le noble prince, coûtait

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fort cher. De là une impopularité qui fut fatale aux collections du duc de Berry. Durant la révolte cahochienne, le palais de Bicêtre fut pillé et détruit par la plèbe parisienne, et en 1416 il fallut, pour solder les dettes du duc, vendre la bibliothèque à l’encan ; c’est ainsi que se dispersa la plus belle collection de manuscrits qu’on eût vue jusque-là. Le temps, il est vrai, l’a moins maltraitée que celle du Louvre. La plupart de ces volumes étaient tellement riches, si bien écrits et si brillamment illustrés qu’ils ont été soigneusement recueillis par les plus grands princes du temps; aujourd’hui encore beaucoup font l’ornement des plus belles bibliothèques publiques ou privées de l’Europe.

On ne connaît pas les noms de tous les artistes employés par Jean de Berry; en fait d’enlumineurs, trois sont mentionnés par l’inventaire de la librairie : André Beauneveu, auteur d’une partie du Psautier de la Bibliothèque nationale, dont on reparlera tout à l’heure; Pol de Limbourg et Jacquemart de Hesdin, auxquels on a attribué avec quelque vraisemblance une partie des Grandes Heures (lat. 919 de la Bibliothèque nationale) et du livre d’heures de Chantilly. Ges artistes, le nom l’indique pour deux d’entre eux, se rattachent à l’école flamande, mais deux manuscrits offerts à Jean de Berry par son trésorier général, Martin Gouge, et par l’évêque de Gbalon, appartiennent certainement à l’école italienne. Nous voulons parler des deux admirables Térence de la Bibliothèque nationale et de l’Arsenal. L’écriture de ces deux volumes est française, les anciens inventaires l’appellent lettre de forme^ mais les peintures qui les accompagnent, dues peut-être à la même main, sont certainement italiennes. L’artiste sait déjà créer des types; les personnages de Térence, tels qu’il les représente, sont des élégants, des bourgeois, des paysans, des dames nobles du XIV® siècle, mais dans chaque pièce, chacun des personnages conserve dans toutes les peintures, le costume.

la physionomie, le caractère qu’il a reçus une première fois; bien plus, le miniaturiste s’est fait expliquer le sujet des comédies et a traduit avec assez de bonheur , les principales situations exposées par le poète latin. Il y aurait encore bien des remarques à faire sur les anciens inventaires du duc de Berry, elles viendront plus loin, quand il sera question de l’illustration et de la reliure des volumes au xiv*^ siècle.

Les autres princes de la maison de France, Louis d’Anjou, Louis d’Orléans et Charles VI, fils de Charles V, enfin Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, aimèrent tous plus ou moins les livres. Louis d’Orléans fut le premier créateur de la librairie de Blois, noyau primitif de notre Bibliothèque nationale; Philippe le Hardi rassembla beaucoup de volumes, son fils et surtout son petitfils devaient en accroître fort le nombre, enfin les goûts délicats de la famille d’Anjou sont bien connus; cette branche de la maison de France ne devait-elle pas produire plus tard le célèbre roi Bené?

Au surplus, les princes français ne sont pas les seuls en Europe à aimer les lettres et les arts. En Angleterre, Édouard HI, l’infortuné Bichard H, Henri IV, le duc de Bedford protègent et encouragent les peintres et les écrivains. En Italie, se fondent ces petites principautés qui, si fatales à l’avenir du pays, devaient rendre des services signalés à la civilisation. L’Allemagne et l’Espagne restent un peu en retard, déchirées qu’elles sont par les guerres civiles et l’anarchie; toutefois, en Allemagne naît et se développe l’école de Cologne, dont l’influence s'exercera sur les miniaturistes, et en Espagne, si l’art national reste languissant, on recherche les œuvres venant de France, de Flandre et d’Italie. Enfin les chefs nominaux de la chrétienté, les papes, se font dès lors gloire de protéger les bonnes lettres.

Boniface VIH avait, à la fin du xiiU siècle, formé une remarquable collection de manuscrits d’histoire, de droit

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et de théologie; elle fut pillée à Anagni en 1303, et les débris, déposés à Assise, en ont entièrement disparu. Les papes d’Avignon s’évertuèrent à réparer cette perte, et parvinrent à composer une librairie de premier ordre, qui sous le pontificat d’Urbain V comptait plus de 2 000 volumes. La composition de la librairie d’Avignon convenait au caractère sacré des fondateurs; c’était avant tout une bibliothèque ecclésiastique; on y trouvait surtout des ouvrages de théologie, de droit et de sciences; la littérature latine y tenait peu de place, et les ouvrages frivoles en langues vulgaires y faisaient entièrement défaut. Aussi ne saurait-on mettre cette volumineuse collection de pair avec les librairies de Charles V et du duc de Berry; elle n’en était pas moins de premier ordre, et les débris qui en subsistent encore aujourd’hui rendent chaque jour des services aux érudits. Ces débris sont à la Bibliothèque nationale ; emportée par Benoît XIII dans sa retraite de Peniscola, la librairie d’Avignon y resla jusqu’en 1429; elle fut remise alors aux commissaires du pape de Rome, en même temps que les archives du saint-siège; ces dernières furent portées à Rome, mais les livres restèrent aux mains du cardinal de Foix, qui en dota quelque vingt ans plus tard le collège de ce nom à Toulouse. C’est là que Colbert trouva et acquit pour un prix dérisoire environ 320 volumes, dernier reste de l’ancienne bibliothèque pontificale.

Ces goûts élevés sont partagés par le haut clergé, la noblesse et la bourgeoisie riche. Beaucoup des prélats, dotés d’opulents bénéfices par les papes ou les rois, sont des pasteurs plus ou moins diligents, mais la plupart s’occupent autant de littérature que d’intrigues politiques. Si nombre de capitaines et de chefs de guerre sont des gens grossiers et ignorants, beaucoup aussi ne dédaignent pas les choses de l’esprit et lisent volontiers des chroniques françaises, des poésies d’amour, des traités de dévotion et surtout des romans de chevalerie et d’aventures. Enfin

magistrats, avocats en parlement, praticiens, riches marchands, presque tous aiment à lire les livres profanes et sacrés, rivalisent de luxe avec les princes et emploient ’ les meilleurs miniaturistes pour leurs manuscrits comme les meilleurs sculpteurs pour leurs tombeaux.

Le Philohiblon de Richard de Bury, évêque de Durham, chancelier d’Angleterre au temps d’Édouard III, est un curieux monument de ces préoccupations littéraires. L’ouvrage, écrit en latin, est d’un style affecté, mais l’auteur s’y montre ami passionné des livres et ennemi également passionné des ignorants et des mauvais clercs. Pour lui les livres sont des êtres vivants, qui souffrent quand on les maltraite, quand un écolier négligent, malpropre ou indiscret, les tache avec ses doigts, les remplit de tleurs ou de fétus de paille ou charge leurs marges d’annotations impertinentes. Pour le savant évêque, tous ceux qui négligent et méprisent les livres sont des ennemis personnels; il faut en éloigner les femmes qui leur préfèrent les objets de toilette, les enfants dont les doigts humides saliraient les précieuses enluminures. Il raconte, non sans naïveté, comment il se faisait offrir des livres par les plaideurs; c’était à ses yeux le meilleur moyen de sauver de précieux manuscrits de la crasse et de la poussière où ils gisaient dans les couvents en décadence. Les moines, en effet, bénédictins et mendiants, sont devenus les grands ennemis de la science; Richard de Bury ne tarit pas en invectives contre les représentants dégénérés des vieux instituts de Saint-Benoît, de Saint-François et de Saint- Dominique; aux livres écrits avec tant d’amour par leurs pieux prédécesseurs, ceux d’aujourd’hui, dit-il, préfèrent de grossiers plaisirs; ils passent leur temps dans la bonne chère et dans des plaisirs encore plus répréhensibles; attachés à leurs intérêts temporels, ils négligentle soin de leur âme et la culture de leur esprit.

Ces reproches passionnés semblent malheureusement avoir été mérités. Le xiv® siècle est une époque de déca-

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dence générale pour les études ecclésiastiques. Cette décadence a déjà frappé au xiii® siècle les anciennes abbayes bénédictines; cent ans plus tard elle atteint les ordres mendiants, et les universités elles-mêmes n’y échappent pas; l’enseignement languit, devient de plus en plus routinier et aride, la vie commence à se retirer de ces grands corps jadis si florissants. Toutefois il ne faudrait pas trop généraliser. Les anciennes abbayes sont en pleine décadence, les études ont faibli dans les universités, mais, d’une part, beaucoup de maisons renommées échappent à la règle générale, conservent pieusement leurs collections littéraires, et, d’autre part, si le niveau général des études dans les grands centres d’instruction a baissé, beaucoup de bons esprits savent travailler isolément et s’élever au-dessus du médiocre.

En un mot, au xiv® siècle, l’effort individuel triomphe déjà de la routine et de l’esprit d’imitation. Ce mouvement remarquable n’est pas moins sensible dans l’art que dans la science. Au xiii® siècle, les peintures des manuscrits, malgré un effort pour rendre la nature, sont encore des plus banales, et reproduisent des types reçus, figures insignifiantes, attitudes convenues, etc. Au XIV®, le progrès est grand et se marque surtout vers 1350; les manuscrits exécutés pour le roi Jean sont encore ornés à la mode du temps de saint Louis; le dessin est meilleur, l’ornementation plus riche, mais les procédés sont restés à peu près les mêmes. Trente ans plus tard, les artistes ont fait des progrès étonnants, et on ne saurait comparer aux miniatures du bréviaire de Belleville, si fines qu’elles soient, les admirables peintures d’André Beauneveu ou de Pol de Limbourg.

Les livres de luxe sont toujours composés de feuillets de parchemin et affectent toujours la forme de codex le rouleau sert encore pour certains documents administratifs : enquêtes, comptes, etc., mais rarement pour des manuscrits proprement dits. On connaît pourtant quel

ques rôles renfermant soit des recueils de prières, avec petits dessins, soit des tableaux chronologiques et des traités de sciences. La bibliothèque de Sens possède un rouleau liturgique de ce genre, et celle de l’Arsenal à Paris conserve des tableaux théologiques et chronologiques transcrits sur une longue bande de parchemin et illustrés de grossiers dessins. Beaucoup de manuscrits du XI v‘" siècle sont sur papier encarté de parchemin, mais cette matière, jugée peu durable, n’est jamais employée pour les ouvrages de luxe, richement illustrés ; à vrai dire ce papier solide, mais rugueux et inégal, ne se prêtait guère à la gouache ; on s’en sert pour les ouvrages scolaires, les cahiers" de classes, les recueils d’un usage journalier. Il en sera de même jusqu’au xvii*^ siècle. Le parchemin, généralement bien préparé, ^arde presque toujours sa couleur naturelle. Les inventaires mentionnent parfois du parchemin azuré \ faut-il y voir de la peau teinte en bleu, ou cette épithète vient-elle de la réglure de couleur bleuâtre? On ne saurait rien décider à cet égard. Notons toutefois à titre exceptionnel l’emploi de parchemin teint en noir, sur lequel An a écrit en lettres d’argent ; le Louvre possède un feuillet provenant d’un office des morts, écrit de la sorte sur parchemin mortuaire. A mesure qu’on approche du xv® siècle, le parchemin des ouvrages de luxe devient plus blanc et plus égal, et dans les livres du duc de Berry, on n’a admis que des feuillets absolument irréprochables : la réglure dans ces mêmes manuscrits est souvent indiquée par des traits de couleur à l’encre bleue ou rougeâtre; l’usage sera constant au siècle suivant.

Les deux écoles d’écriture, dont nous avons constaté l’existence au xiii® siècle, continuent à fleurir; d’une part l’ancienne minuscule française, qui dégénère de plus en plus en gothique, et l’écriture du midi de l’Europe ou boulonnaise. Si la gothique affecte parfois des formes trop maniérées et trop aiguës, si les ornements

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accessoires s’y multiplient d’une façon inquiétante, les bons copistes conservent dans cet excès une certaine mesure, et parfois ils savent, notamment dans les chartes, créer avec de simples traits de plume de véritables chefs-d’œuvre de grâce et d’élégance. Il y a loin au surplus de cette gothique soignée à l’affreuse écriture cursive ou diplomatique qu’emploient les scribes administratifs; dès le XIV® siècle, la lecture de certains docu-

Chevaliers se rendant au tournoi.

(D’après une miniature d’environ 1320.)

ments devient difficile, et cent ans plus tard ces mêmes documents seront parfois indéchiffrables : traits à peine formés, abréviations multiples et arbitraires, tout se réunira pour fatiguer et arrêter l’œil. L’écriture boulonnaise, en apparence plus nette, n’est pas en réalité d’une lecture plus aisée; les lettres s’y pressent, s’y enchevêtrent, les abréviations sont souvent mal placées et trop uniformes. En un mot, la plupart des copistes méritent

les reproches que Pétrarque leur adresse quelque part.

En même temps, les manuscrits deviennent moins corrects : les textes en langue vulgaire, que les copistes comprennent à peu près, sont encore passables. Mais pour ceux en latin, il n’en va plus de même. Les scribes sont ignorants; pressés d’ailleurs d’achever leur tâche, ils ne se donnent pas la peine de comprendre le sens exact des abréviations qu’ils reproduisent. Ce désordre ira en augmentant jusqu’au milieu du xv“ siècle. De plus, non seulement les copistes transcrivent mal le latin, mais beaucoup ne traitent pas mieux les textes français. Tel ce Breton, Raoul Tainguy, qui exerçait la profession d’écrivain à Paris sous le règne de Charles VI; c’était un zélé partisan de la faction d’Orléans, un ennemi acharné du populaire, enfin un Breton hretonnant. Copie-t-il Froissart, il interpole audacieusement le texte; éloges des Bretons cités par le choniqueur, listes de noms de chevaliers originaires de sa province, injures pour les manants qui osent secouer le joug de la noblesse, il se permet toute sorte d’additions qui, fort amusantes à relever, diminuent grandement la valeur des copies exécutées par lui. Étant données les habitudes de ce scribe infidèle, on a pu se demander s’il n’avait pas eu l’audace de mettre sous le nom d’Eustache Deschamps des pièces de son cru. Le cas serait d’autant plus grave que des œuvres du célèbre poète, nous ne possédons plus que la copie exécutée par ce même Tainguy.

Les copistes du xiv® siècle sont donc moins diligents que leurs prédécesseurs. Par contre leurs confrères, les enlumineurs, ont plus de savoir-faire et un goût plus pur que ceux des temps plus anciens. L’ornement consiste toujours en lettres ornées, à dessins ou à peintures, en vignettes marginales, enfin en peintures de grandes dimensions. La lettre historiée prend de jour en jour plus d’importance; autrefois elle était de dimensions exiguës et renfermait un petit tableau, aujourd’hui

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ce sont de vraies peintures, occupant une étendue notable du feuillet. Dans certains cas, Fenlumineur revient aux traditions anciennes, les différentes parties de la lettre initiale sont formées de personnages élégamment dessinés et coloriés; dans une charte de Charles V, la première lettre, un K, sera composée ainsi que suit : le roi debout, le bras levé, remet une croix à un personnage agenouillé devant lui. Ailleurs, la première lettre du contrat de mariage de Jean de Berry et de la comtesse^ de Boulogne (1389), un A, représente les deux conjoints se donnant la main ; auprès d’eux sont leurs armes peintes.

Souvent aussi l’initiale se compose uniquement de rinceaux de couleur, et l’effet en est alors bien supérieur à celui des vieilles lettres torneures. En voici un type très courant au xiv® siècle : fond d’or encadré de filets de couleurs claires, sur lequel serpentent des rinceaux de vigne, bleus, roses et blancs. Le tout est fort élégant et convient aussi bien aux manuscrits de grand luxe qu’aux volumes plus ordinaires; ces lettres se retrouvent dans des manuscrits courants de théologie et dans le fameux bréviaire de Bedford. Enfin on emploie encore, en France et en Allemagne, la lettre polychrome sans or; en Allemagne, le jaune et le vert dominent, en France le bleu et le rouge. En Italie, on préfère la lettre initiale à larges feuilles de couleurs éclatantes : pourpre, bleu intense, rouge clair; à chaque lettre est associé un ornement marginal du même genre, formant rinceau. Cette lettre sera d’un grand usage dans les pays du sud de l’Europe jusqu’au XVI® siècle. Souvent aussi, dans ces larges volutes, on loge des bustes, tantôt imités de la nature, tantôt grotesques. Ces médaillons sont parfois imités de l’art antique; ce sont alors, comme à l’époque carolingienne, des copies fidèles de monnaies, de camées ou d’intailles. Bien exécutées, ces lettres sont d’un bel effet, et peuvent soutenir la comparaison avec les meilleures initiales de l’école française.

En France, on trouve également des lettres en grisaille, c’est-à-dire à la plume, avec quelques rehauts de couleurs claires. Telles sont les initiales qui ornent une fort belle Bible bistoriale écrite par Raoulet d’Orléans pour Charles V et aujourd’hui à la bibliothèque de l’Arsenal. La plupart sont composées de personnages fantastiques ou grotesques, dont le corps forme la panse ou la haste de la lettre; cette opposition de teintes grises plus ou moins foncées produit un excellent effet, qu’accentuent encore de légères taches de couleurs plus brillantes, posées çà et là avec discrétion.

Le dessin en grisaille est aussi employé pour l’ornementation des marges. Mais ici il se combine avec des éléments très variés. En général, dans les manuscrits luxueux, chaque grande initiale du texte sert d’appui à un ornement posé dans la marge. De plus, parfois à chaque page, plus souvent au premier feuillet du manuscrit, ou en tête de chaque livre de l’ouvrage, on trouve de larges bandes d’ornements composées de rinceaux et de fleurs, or, bleu, rouge et vert. Ici c’est une vigne qui court capricieusement sur le vélin; dans les rinceaux se perchent des oiseaux aux couleurs éclatantes, nichent des animaux fantastiques ou réels, des êtres monstrueux, sorte de centaures ou d’hydres. Ailleurs ce sera toute une floraison aux tons éclatants, des hampes élancées, portant des rameaux chargés de fruits et de fleurs. Les artistes qui ont imaginé ce ravissant décor en ont varié encore l’effet à l’infini, en mêlant à cette végétation, réelle de forme, fantastique de teinte, les armoiries, le chiffre, l’emblème ou la devise du premier possesseur du manuscrit. Parfois encore ces rameaux supportent des médaillons, renfermant des bustes ou des sujets traités avec finesse, des anges jouant de la musique, portant des palmes, etc. G’est surtout pour accompagner les grandes compositions, qui ouvrent les manuscrits somptueux, que les décorateurs déploient toute leur ingéniosité; la

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partie inférieure du feuillet, toujours la plus ornée, reçoit soit des ornements végétaux plus abondants, soit des scènes complètes empruntées à l’histoire antique (telle la légende de Gacus, dont nous donnons ici un fragment), à l’histoire sacrée ou encore à la comédie animale, dont le poème du Renard est l’expression la plus complète. C’est surtout ici qu’ils emploient la grisaille, pour le dessin soit des tenants de l’écu qui occupe le milieu de l’écu, soit des personnages imaginaires semés sur le vélim . La peinture, au xiv® siècle, est de plus en plus réaliste. Le mouvement qui, dès le xiii® siècle, entraînait les

Légende de Gacus.

artistes vers l’étude de la nature, est devenu irrésistible, et les miniaturistes, connus ou inconnus, appartiennent tous à la grande école qui a produit les admirables sculptures de Dijon. Sans doute les simples praticiens se montrent encore inhabiles à rendre la physionomie humaine, ils ne savent pas en noter exactement les traits et l’expression , et leur goût pour la réalité se marque surtout dans la reproduction servile des costumes et des objets usuels qu’ils ont sous les yeux. Mais qu’on ait affaire à de vrais artistes tels que le célèbre André Beauneveu, et aussitôt tout change. Le nu est encore traité avec une certaine maladresse, mais l’artiste sait déjà

rendre avec une énergie peu commune les traits de ses personnages, choisir ses types, les varier, donner Fillusion de la vie, rendre le mouvement des draperies et indiquer les ombres et les lumières. A cet égard, le xiv® siècle marque un progrès immense sur les temps plus anciens.

C’est alors en effet que le portrait paraît. Tout le monde connaît celui du roi Jean ; mais cette œuvre dure et maladroite est bien inférieure à quelques miniatures représentant des princes de la maison de Valois. Grâce à elles, on connaît exactement la physionomie de Charles V : figure pleine, menton en galoche, nez démesuré. Une belle peinture d’André Beauneveu (Heures de Bruxelles) fait revivre avec une intensité extraordinaire le célèbre Jean de Berry : joues glabres, lèvres saillantes et serrées, gros nez, front et tempes dénudés; la figure n’est pas belle et l’artiste n’a point flatté son modèle, mais elle est vivante et certainement exacte. C’est déjà l’œuvre d’un peintre. Plus heureux que les grands hommes des temps anciens du moyen âge, dont nous avons peine à nous représenter la figure, ceux du xiv® siècle ont donc trouvé des artistes capables de retracer leurs traits. Mieux que la célèbre fresque de Pavie, un dessin anonyme dans un manuscrit contemporain nous a conservé la physionomie de Pétrarque.

Par contre, le nu est moins bien traité ; soit négligence, soit préjugé, les peintres miniaturistes ne devaient pas étudier le modèle; de là de choquantes incorrections dans les proportions du corps, dans les attaches des membres; il est vrai qu’ils n’ont pas eu souvent occasion de figurer des personnages sans aucun vêtement. Même incorrection dans le rendu du paysage, mais c’est là un défaut commun à tous les artistes du temps ; les règles de la perspective sont encore presque entièrement inconnues, on ignore l’art de poser les plans, et l’artiste donne sans scrupule la même taille à un homme et à un chêne.

L’incorrection, il est vrai, n’est pas toujours très cho-

Figure du Psautier de Jean de Berry. (École d’André Beauneveu.)

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qualité; néanmoins elle est parfois si forte, qu’aux fonds de paysage nous préférons soit les simples fonds d’or ou de couleur, diaprés, échiquetés ou moirés, soit encore les fonds d’architecture : intérieur de chambre, cour de palais, nef d’église, etc. Les bâtiments sont, il est vrai, représentés de façon assez gauche, les lignes ne fuient point, et le manque de proportion est sensible à chaque instant; mais les figures du premier plan se détachent si gracieusement sur ces fonds de couleurs claires, qu’on oublie de remarquer des fautes grossières, qui choqueraient aujourd’hui dans un dessin d’écolier. A vrai dire, a-t-on le droit d’être bien sévère pour ces modestes miniaturistes? N’a-t-il pas fallu attendre la fin du XV® siècle, pour trouver des peintres sachant faire circuler Pair dans leurs compositions et marquer exactement la succession des différents plans?

Dès la fin du xiv®, les écoles de peinture destinées à briller au siècle suivant sont constituées et elles exercent les unes sur les autres une influence féconde, d’où sortira ce qu’on a nommé la Renaissance. Ges écoles sont au nombre de quatre principales : française, italienne, allemande et flamande. L’école française a été la première constituée, et elle est encore dans tout son éclat vers 1350: c’est à Paris qu’on vient acheter les beaux manuscrits, qu’on fait exécuter les volumes de prix; Anglais, Italiens, Flamands s’accordent pour louer sans réserve les miniaturistes parisiens; les beaux livres de prières exécutés vers cette époque sortent presque tous de leurs ateliers. Beaucoup de délicatesse dans le choix et l’agencement des couleurs, une grande inexpérience pour le dessin, telle est la caractéristique de cette école, que le patriote le plus exalté ne saurait préférer aux écoles italienne ou flamande. Disciples de Giotto et de l’école de Sienne, les peintres italiens se distinguent de bonne heure par une certaine recherche de l’idéal ; ils tombent souvent dans la banalité, mais s’inspirant plus directement de l’antique, ils ont plus

de science que leurs rivaux et dessinent d’une manière plus correcte. Par contre leur coloris est inférieur à celui des peintres du nord ; il est lourd et leurs meilleures œuvres sont encore des grisailles avec rehauts de bistre et de vert. De l’école allemande il serait difficile de faire l’éloge; les érudits d’outre-Rhin s’efforcent vainement de lui rattacher les grands peintres de l’école flamande; les miniaturistes allemands restent hiératiques et convenus, et leurs œuvres sont encore d’un dessin incorrect et prouvent peu d’expérience dans l’art d’employer et de combiner les couleurs.

Autrement grande, autrement féconde est l’école flamande. G’est dans les bassins de l’Escaut et de la Meuse que les tendances réalistes du nouvel art se montrent le plus fortement. Les peintres de ces pays n’ayant point pour se guider les monuments antiques qui abondaient en Italie, se tournent vers l’observation de la nature; ils regardent autour d’eux et de là une multitude d’œuvres, parfois un peu vulgaires, mais fortes et saines, dont les auteurs sont les dignes ancêtres de Van Eyck. Cette supériorité est reconnue par les contemporains, et l’influence des artistes de Flandre et de Hainaut s’exerce de plus en plus grande en France et en Allemagne durant deux siècles. Elle pénètre même dans le nord de l’Italie et en Espagne, et c’est à cette influence heureuse que beaucoup d’historiens attribuent en partie le merveilleux essor de l’art lombard, vénitien et ferrarais, au xv® siècle. En France, cette influence est prépondérante dès le milieu du xiv® siècle; les manuscrits exécutés pour le roi Jean sont encore dus à des Français; dès le règne de Charles V, quelques artistes du nord travaillent à Paris ; tel Jean de Bruges, peintre du roi, auteur de la miniature de la Bible de Jean Vaudetar citée plus haut. Si Jean de Berry fait venir des artistes de toute espèce d’Italie, s’il reçoit avec plaisir en cadeau des manuscrits, œuvres d’artistes italiens, c’est à des peintres des Pays-Bas, à André Beauneveu, à Pol

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de Limbourg, à Jacquemart de Hesdin qu’il confie le soin d’illustrer les plus belles de ses Heures.

De ces trois artistes, un seul est réellement célèbre, c’est le premier. André Beauneveu était de Valenciennes; il n’a longtemps été connu que par un passage fort curieux deFroissart, dans lequel ce chroniqueur mentionne le séjour du sculpteur, son compatriote, à Mehun-sur- Yèvre, chez le duc de Berry. Des textes publiés par MM. Delisle et l’abbé Deshaines mentionnent quelquesuns des travaux de ce grand artiste, émule du célèbre Sluter, de l’auteur du Puits de Moïse. On sait qu’il fut chargé par Charles V d’exécuter les tombeaux de Philippe VI et de Jean le Bon à Saint-Denis, et celui du prince lui-même et de sa femme, Jeanne de Bourbon. Ges statues existent encore aujourd’hui, et leur faire justifie le renom de l’auteur. Beauneveu était aussi peintre; il avait travaillé à Valenciennes et pour Louis de Male, comte de Flandre. En 1390, il était au service du duc de Berry et surveillait à Meh un-sur- Yèvre les travaux du splendide palais de ce prince, qui le chargea probablement vers le même temps d’illustrer en partie deux manuscrits. L’un, aujourd’hui conservé à Bruxelles, renferme deux peintures de Beauneveu; d’une part la Vierge allaitant l’Enfant Jésus, de l’autre le duc de Berry à genoux, assisté de saint André et de saint Jean. L’autre, aujourd’hui, à la Bibliothèque nationale, est un magnifique psautier richement illustré; un ancien inventaire dit que les premières peintures de ce volume sont de la main de maître André Beauneveu, et il est aisé de reconnaître le point où cesse l’œuvre de ce grand artiste. Vierges et saints, apôtres ou confesseurs, sont bien de la même main; exécutées en grisaille sur fond diapré, ces figures offrent tous les caractères de l’école flamande, et rappellent les meilleures productions des sculpteurs du temps. L’auteur a copié fidèlement la nature, ses types sont plus accentués que nobles, mais le tout ne présente rien de banal, et le des-

sin encore incorrect, principalement pour les extrémités, ne manque ni de force, ni de grâce. Ge sont des œuvres vigoureuses et saines.

A Jacquemart de Odin ou de Hesdin on doit attribuer dix-huit peintures du manuscrit de Bruxelles, et peutêtre une partie des Grandes Heures de Berry, à la Bibliothèque nationale. Ge sont des peintures faciles et élégantes soigneusement exécutées, mais bien inférieures aux peintures de Beauneveu ; c’est plutôt, comme le dit M. Deshaines, « Tœuvre d’un habile praticien ».

Énumérer tous les enlumineurs cités par les textes serait bien inutile, rien ne permettant d’attribuer à ces artistes inconnus telle ou telle œuvre existante. Voici pourtant une curieuse peinture italienne, œuvre de Simone de Sienne. Elle forme le frontispice d’un Virgile, conservé aujourd’hui à la Bibliothèque Ambrosienne, et a été publiée dans la Gazette archéologique (année 1887) ; l’artiste, ami de Pétrarque, a cherché à copier l’antique : ses efforts sont restés sans doute bien infructueux, mais il y a là une tendance visible qui mérite d’être notée. Mêmes tendances dans les peintures anonymes accompagnant deux copies du De Virisillustribus de Pétrarque, conservées à la Bibliothèque nationale. Ges peintures représentent la Gloire sur un char, planant dans l’air et distribuant des couronnes aux grands hommes de l’antiquité groupés au-dessous d’elle. Les costumes sont ceux de l’Italie au xiv® siècle, les physionomies sont fines et variées, le dessin suffisamment correct, et dans l’une comme dans l’autre composition on reconnaît la main d’un artiste excellent. Ges grisailles avec leurs rehauts de bistre, d’or et de couleurs claires, sont dignes de l’école de Sienne; antérieures toutes deux à l’an 1380, elles font oublier les hideuses peintures d’un autre manuscrit italien bien célèbre, les Statuts de l’ordre du Saint-Esprit, manuscrit daté de l’an 1354 et exécuté probablement dans le royaume de Naples. Voilà un manuscrit bien

XIV® ET XV® SIÈCLES, vanté, jugé digne d’une reproduction intégrale; on aurait peine à trouver en France vers le même temps peintures plus lourdes, plus disgracieuses, et, disons le mot, plus barbares.

On a dit plus haut que la plupart des manuscrits de Charles V et de Jean de Berry étaient de dimensions moyennes ; il ne faudrait pas trop généraliser cette remarque. Le goût des grands exemplaires de luxe (souvent à 3 colonnes d’écriture), très répandu en France dans la première moitié du xiv® siècle, se perpétua toujours. On peut citer un Miroir historial, exécuté pour le roi Jean (auj . à l’Arsenal) , le grand Tite-Live de Charles V (à la Sainte-Ceneviève), une Bible moralisée (Biblioth. nationale), renfermant plusieurs milliers de peintures soit en grisaille, soit coloriées, dont quelques-unes datent seulement du xv® siècle, enfin une copie des Métamorphoses d'Ovide, moralisées par Chrestien Legouais. La plupart de ces grands volumes sont forcément d’exécution très inégale; pour aller plus vite, on employait à la fois plusieurs artistes, n’ayant pas tous du talent. La mode de ces volumes de taille démesurée reparaîtra au XV® siècle.

Pour les livres d’un usage journalier, ceux de dévotion par exemple, les amateurs préfèrent des dimensions moins exagérées. Ce sont des Heures, — la composition en est désormais fixée, — des bréviaires, des psautiers. Jean de Berry paraît avoir eu pour ces livres de dévotion une véritable passion. On a dressé la liste des manuscrits de ce genre commandés par lui, et quelques-uns comptent parmi les plus beaux monuments de l’art, de 1380 à 1416. En premier lieu il possédait le fameux Bréviaire de Belleville, exécuté probablement pour Jeanne de Clisson, mère du connétable, avant 1340; c’est un excellent spécimen de l’art français vers ce temps. Jean de Berry le tenait d’Henri IV d’Angleterre; il avait été envoyé à Bichard II par Charles YI; quelques-

unes des miniatures qui Tornent sont, croit-on, de Jean Pucelle, de Mahiet et d’Ancelet, artistes connus d’ailleurs et qui travaillaient en 1327. Le duc de Berry possédait encore le Bréviaire de Charles V ; les Heures dites de Savoie, aujourd’hui à la Bibliothèque royale de Turin ; les Belles Heures appartenant à M. A. de Rothschild ; un psautier latin-français, avec peintures d’André Beauneveu; les Belles Grandes Heures- î ce manuscrit, aujourd’hui mutilé, renfermait des peintures attribuées à Jacquemart de Odin ou de Hesdin par les anciens inventaires. Citons encore les Très Belles Heures^ que M. Delisle reconnaît dans le manuscrit latin 18 014 de la Bibliothèque nationale, jadis attribué à Louis II d’Anjou ; les Belles Heures très bien et richement illustrées (à M. E. de Rothschild), les Très Belles Heures de Bruxelles, illustrées par André Beauneveu et Jacquemart de Hesdin ; enfin les Très riches Heures^ ou Heures de Chantilly. Ces dernières étaient encore inachevées à la mort de Jean de Berry, et les quelques cahiers exécutés furent prisés 500 livres, somme relativement énorme ; elles furent plus tard terminées par différents artistes, mais la partie primitive, due à Pol de Limbourg et à ses frères, artistes aux gages du duc dès 1410, l’emporte beaucoup en perfection sur les peintures ajoutées plus tard. Nous donnons une des planches du calendrier, dont le fond est occupé par le château de Vincennes; on aurait peine à trouver meilleur spécimen de l’art franco-flamand au XV® siècle.

Tous ces livres d’heures de grand luxe sont conçus sur un plan uniforme ; les peintures sont plus ou moins nombreuses, plus ou moins soignées, plus ou moins grandes suivant la fortune du premier possesseur; en voici en tout cas l’économie. Au calendrier, tableaux symboliques représentant les signes du zodiaque et les occupations de chaque mois. Hans les Heures de Chantilly, l’artiste a donné comme fond à ses peintures des vues des principales

Une chasse au bois de Vincennes.

(Miniature des Très riches Heures de Chantilly.)

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résidences royales; ailleurs ce seront les scènes rustiques ou familières. Viennent ensuite des miniatures représentant les évangélistes, puis racontant Thistoire évangélique : Annonciation, Nativité de Jésus, Adoration des bergers, Circoncision, Adoration des mages, enfin la Passion ; le nombre de ces peintures peut varier à Tinfini, et chaque événement, petit ou grand, de cette même histoire évangélique, peut faire Tobjet d’une planche séparée. Viennent ensuite une peinture consacrée à David, en' tête des psaumes de lapénitence,une autre représentant une messe funèbre, enfin des miniatures moins importantes d’ordinaire, où sont figurés divers saints choisis au gré de celui qui a commandé le livre. Dans tel livre d’heures ordinaire, on comptera une dizaine de peintures ; ailleurs, dans les Heures de M. E. de Rothschild, par exemple, 172; ce volume renferme notamment les légendes en images de sainte Catherine, de saint Jérôme, des saints Paul et Antoine, ermites, ajoutées au volume par le caprice du premier possesseur.

L’exécution de pareils volumes devait, on le devine, demander de longues années: aussi, tantôt les dernières

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