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Les noces de Cana.
[Grandes Heures de Jean de Berry.)
peintures du manuscrit, demandées à un artiste moins exigeant, mais moins habile, sont-elles de qualité bien inférieure, tantôt aussi le manuscrit est resté inachevé.
’ Ce dernier cas est celui du manuscrit de Chantilly, terminé longtemps après la mort de Jean de Berry, et d’un livre presque aussi célèbre, le Bréviaire du duc de Bedford. Ce volume, exécuté vers 1430, devait renfermer plus de 8 000 petits tableaux, mais l’ornementation d’un certain nombre de cahiers est restée incomplète. Outre quarantecinq grandes peintures, la plupart excellentes, chaque page porte quatre petits tableaux, disposés dans l’encadrement, lequel se compose de rinceaux délicats et très variés, et de cadres d’ornements du meilleur goût; ajoutons-y des initiales charmantes, offrant souvent des bustes et des figures parfaitement dessinées. Ce manuscrit luxueux est justement célèbre et beaucoup d’historiens de l’art, Waagen, de Laborde, et à leur suite Labarte, en ont attribué l’exécution aux Van Eyck, c’est-à-dire à Hubert, à Jean et à leur sœur Marguerite. On nous trouvera peut-être bien audacieux de contester cette opinion, mais elle nous semble aussi téméraire que la plupart des attributions du critique allemand. L’illustration de ce volume est riche, brillante et variée, mais en tout état de cause il y aurait injustice à attribuer auji illustres auteurs de VA gneau mystique la plupart des petits tableaux des marges, qui sont dessinés sans soin et coloriés sans goût. La thèse de Waagen ne pourrait être sérieusement discutée que pour les grandes peintures dont quelques-unes, l’Adoration des bergers, celle des Mages, la Trinité, l’Ascension, sont vraiment délicieuses. On alléguera les paysages très soignés qui servent de fond à quelques-unes de ces peintures, mais nous renverrons les contradicteurs à la Vierge du chancelier Bollin, conservée au Musée du Louvre, ils y verront comment Van Eyck savait interpréter la nature. Pour conclure, ce manuscrit nous paraît avoir été exécuté à Paris ou en Flandre, en tout cas par
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plusieurs artistes appartenant à l’école franco-flamande. Il est remarquable à tous égards, mais bien inférieur, à notre sens, au livre d’Heures de Chantilly.
La tendance réaliste, à laquelle les artistes du xiv® siècle cèdent de plus en plus, exclut par le fait tout symbolisme.
L’Annonciation. (Manuscrit de la Bibliothèque Mazarine.)
Reproduisant fidèlement la nature, ils ne peuvent plus avoir la prétention d’exprimer des idées mystiques ; leurs vierges, leurs saints, leurs martyrs sont des hommes et des femmes de leur temps. Toutefois certains artistes n’ont pas su résister à la tentation de donner à ces pein-
tures, dont nous goûtons surtout la scrupuleuse fidélité, un sens caclié. On a publié, des peintures accompagnant le Bréviaire de Belleville, une curieuse explication dont Fauteur anonyme justifie par des textes de la Bible la présence de telle ou telle figure dans un livre liturgique. Ainsi les douze apôtres peuvent être peints avec la phrase du Credo^ que la tradition attribuait à chacun d’eux, c’est le cas dans le Psautier de Beauneveu, et des douze apôtres on rapproche les douze prophètes qui en sont la figure et l’annonce. La Vierge représente la porte du Paradis ouverte par l’Incarnation. Après les figures isolées des apôtres vient la Pentecôte, qui les montre réunis et recevant le Saint-Esprit. Le Paradis terrestre et la Crucifixion se répondent; à Jésus sur la croix s’oppose Ève cueillant le fruit fatal. Les quatre évangélistes, avec leurs emblèmes et les instruments de la Passion, sont les quatre tabellions du Nouveau Testament. Le fleuve de sang qui jaillit du flanc du Christ se divise en sept ruisseaux, répondant aux sept sacrements, aux sept vertus et aux sept parties du Psautier. Aux vêpres, l’artiste place le Jugement dernier, allusion aux premiers versets chantés à cet office. On connaît quelques manuscrits dont les peintures se suivent dans l’ordre indiqué par cette curieuse notice, mais beaucoup aussi s’en écartent sensiblement et les artistes paraissent le plus souvent s’être affranchis de toute règle ; si quelques miniatures se suivent dans l’ordre consacré, le plus souvent la fantaisie individuelle a réglé leur succession et leur nombre.
Des procédés de la peinture au xiv® siècle nous ne dirons presque rien. En France, en Italie, en Flandre, on a renoncé à la teinte plate, et on emploie le dégradé, qui permet de rendre mieux le modelé des corps et les plis des vêtements. Une fois esquissées sur le vélin, à la plume ou au crayon, les figures sont reprises au pinceau, au moyen duquel on indique les ombres et les lumières. Il y a loin de ces peintures déjà savantes aux coloriages du
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xiii® siècle, où les ombres, les plis des vêtements étaient marqués par de lourds traits de plume. Enfin les artistes de cette époque affectionnent le camaïeu et la grisaille, où les figures sont dessinées à la plume et ombrées, avec rehauts de bistre; afin d’égayer cet ensemble un peu terne, les peintres emploient for pour les ornements d’orfèvrerie, le bleu ou le rouge pour certains détails de costumes, le rose pour les chairs. En général, les fonds sont exécutés après les figures; toutefois dans certains manuscrits ita’^ liens, celui de l’ordre du Saint-Esprit notamment, l’artiste paraît avoir commencé par établir un fond uniforme, sur lequel il a ensuite disposé ses personnages; les peintures ainsi exécutées sont moins solides, plus lourdes et d’aspect disgracieux.
Pour terminer, quelques mots de la reliure. Connaissant les goûts luxueux des grands amateurs du xiv® siècle, on devine d’avance que pour couvrir ces beaux volumes richement illustrés, ils n’ont épargné aucune dépense. L’inventaire du duc de Berry décrit longuement les couvertures des livres appartenant à ce prince. Beaucoup étaient revêtus de velours de couleur, tantôt uni, tantôt ouvré; la couleur favorite était le vermeil, c’est-à-dire le cramoisi; plus rarement on trouve le velours noir ou violet. En fait d’étofies, on trouve encore le drap d’or et le drap de damas bleu; les plats sont doublés à l’intérieur de tiercelet ou de soie de couleur. La soie de couleur, azurée, ouvrée- de feuillages ouverte, sert également pour le dehors. Enfin les ais de quelques volumes sont couverts d’argent ou d’or, ouvrez à images de haute taille^ représentant la Crucifixion, le Couronnement de la Vierge, etc. Pour les reliures plus ordinaires, on trouve le cuir empraint^ c’est-à-dire gaufré, rouge, vermeil, blanc. Presque toujours l’étoffe ou le cuir sont appliqués sur une planche de chêne ou d’autre bc?s qualifiée d’azs. Souvent on y ajoute des clous d’argent ou de cuivre, formant étoile; l’inventaire les appelle des bouloois. Sur la
reliure d’une Bible, on trouvait même d’un côté un cadran d’argent doré avec les signes du zodiaque, de l’autre un astrolabe.
Les fermoirs sont parfois simples, en laiton et en forme de crochets, mais plus souvent ils sont en argent doré et émaillé, aux armes du possesseur ancien ou actuel, ou encore en argent niellé. Parfois ces reliures portent le titre du livre ou les emblèmes de Berry, un ours, un cygne, ou encore une Notre-Dame émaillée.
Pour couvrir les reliures dépourvues de boulons et par conséquent exposées aux frottements, on leur donne des chemises de toile, de drap, de velours, de satin, de drap d’or. Toute reliure luxueuse est également garnie de pipes et de signeaulx. La pipe est une tige de métal placée au haut du volume et servant de support aux rubans qui remplacent nos signets. Ges pipes sont souvent de métal précieux, or ou argent, émaillées des armes du prince et garnies de perles et de rubis ; enfin les signets sont de soie de couleur.
On possède peu de belles reliures du xiv® siècle. En voici pourtant une couvrant le livre des quatre évangiles de la Sainte-Chapelle dit V Apocalice'^ ce manuscrit, écrit au XI® siècle en Allemagne, fut donné à cette église en 1379 par Charles V. Sur un fond composé de losangés avec semis de fleurs de lis, on a ciselé en taille d’épargne les symboles des évangélistes, et saint Jean assis et écrivant; au-dessus est un ange tenant une banderole sur laquelle sont écrits les premiers mots du quatrième évangile. Le tout est disposé sous une arcade soutenue par des colonnes. La reliure date certainement du XIV® siècle, mais l’artiste a copié assez exactement une des peintures du manuscrit; de là le style un peu archaïque des figures.
Dans une autre reliure couvrant un évangéliaire de Metz, on s’est contenté au xiv® siècle de refaire la partie d’orfèvrerie, en conservant l’ivoire du centre, lequel
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représente une Crucifixion. Les reliures d’orfèvrerie sont encore souvent accompagnées de pierres précieuses et de morceaux de cristal de roche, soit taillés, soit en cabochons.
Les volumes moins précieux sont, au xiv® siècle comme plus anciennement, couverts en cuir fauve ou en peau blanche. Parfois on y ajoute quelques boulons de laiton et très souvent , dès lors, le plat antérieur porte le titre du volume, écrit sur une languette de parchemin placée sous une plaque de corne transparente encadrée de cuivre. Cet usage persistera jusqu’à la fin du xv® siècle, les manuscrits étant toujours posés à plat sur les tablettes et présentant aux yeux une de leurs faces et non leur dos. Les cuirs gaufrés et richement ornés ne deviendront communs qu’aux approches de la Renaissance.