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ÉPOQUE BARBARE : LES MÉROVINGIENS

Les invasions barbares qui, au v® siècle, portèrent les derniers coups à l’Empire romain, déjà bien affaibli par l’anarchie militaire, n’eurent pas dans le domaine des lettres et des arts des conséquences moins désastreuses. Les nouveaux maîtres du monde n’avaient le goût ni des unes ni des autres; les hautes classes, appauvries et décimées, durent songer à des besoins plus pressants ; les écoles se fermèrent; seuls les clercs, derniers héritiers de la culture antique, purent en sauver quelques épaves. Aussi beaucoup des détails que nous aurons à donner sur les manuscrits de l’époque mérovingienne pourraient vraisemblablement se remarquer dans les copies de l’antiquité, si nous avions un plus grand nombre de volumes écrits avant le v® siècle. Néanmoins, pour barbares qu’ils fussent, les Germains avaient des goûts particuliers, un art national bien éloigné des traditions gréco-romaines, et à la longue, l’influence de ces goûts se faisant sentir, cet art pénétra dans le domaine si spécial de la calligraphie. L’histoire des manuscrits de l’an 400 à l’an 750 est donc celle du mélange des deux arts, des deux civilisations; de cette union confuse d’une corruption extrême

et d’une barbarie enfantine sortira l’art carolingien.

Les clercs, avons-nous dit, en Gaule comme dans les autres provinces romaines, conservèrent pieusement ce précieux dépôt des lettres. Longtemps, en effet, seuls ou presque seuls, des Romains d’origine occupent les dignités épiscopales et beaucoup savent exercer une heureuse influence sur leurs grossiers conquérants. Mais l’Église séculière finit par être envahie elle-même par la barbarie. Au vu'" siècle, la civilisation courait les plus grands dangers; elle fut sauvée par les moines. Jamais ou presque jamais en Occident le monachisme ne montra pour les lettres et les arts le sot dédain des solitaires orientaux , et les occupations intellectuelles tinrent touj ours en Europe une grande place dans la vie régulière. Dès le IV® siècle, certains grands monastères de la Gaule sont des centres d’études ; tel Lérins, fondé par saint Honorât d’Arles et qui fournit d’évêques beaucoup d’églises du continent. Mais il manquait à l’institution une règle précise et claire, une discipline exacte. Saint Benoît, fondateur du Mont-Gassin, lui donna l’une et l’autre chose. Get esprit supérieur sut faire la part du corps et de l’esprit, établir une discipline sévère, sans tuer complètement l’initiative individuelle, associer au travail des mains le travail de l’esprit. La règle de Saint-Benoît (| 543) eut une fortune étonnante; elle marque le premier essor de la vie régulière en Europe ; elle est adoptée par la plupart des grands monastères plus anciens que le Mont-Gassin, et réglera pendant près de 1 300 ans la vie morale de millions d’êtres pensants.

Les monastères réformés ou fondés par les moines de saint Benoît devinrent donc, à dater du milieu du VI® siècle, des foyers de lumière; ce fut comme un fleuve bienfaisant qui inonda peu à peu l’Europe du sud au nord. D’autres missionnaires, partis du nord-ouest de l’Europe, travaillèrent non moins activement à l’œuvre commune. L’Irlande, restée inaccessible aux légions

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romaines, avait été évangélisée dès le siècle, et de ce mélange de civilisation romaine, apportée par les prédicateurs chrétiens, et de demi-civilisation celtique, naquit un art des plus originaux. A cet art prime-sautier et que nous aurons à caractériser plus loin vint se mêler Fart anglo-saxon. Convertie à la lin du vi*^ siècle par saint Augustin de Ganterhury, l’Angleterre saxonne voit bientôt fleurir la vie régulière : des monastères opulents s’élèvent dans l’île entière, juqu’aux derniers confins de la mer du Nord. La sauvage Calédonie est parcourue en tous sens par des apôtres du nouveau Dieu; des abbayes se fondent de toutes parts et cultivent les lettres sacrées. Au VIII® siècle les royaumes des îles sont autrement florissants que ceux du continent; l’Angleterre et l’Irlande évangélisent à leur tour les régions barbares du Bhin. des Alpes et du Jura. L’Irlandais saint Golomban fonde Luxeuil en Séquanaise, Bobbio dans la Haute-Italie; un peu plus tard, saint Boniface et ses disciples, préparant en Germanie le succès des armes de Pépin le Bref et de Charlemagne, instituent la plupart des évêchés entre le Bhin et l’Elbe; enfin, bientôt c’est à l’Angleterre et à FÉcosse que le grand empereur demandera les savants, les littérateurs qui feront revivre en France le culte des lettres et la sainteté de la vie monastique.

On aurait donc tort de nier les immenses services rendus à la cause de la civilisation par l’institut monastique ; mais il ne faut point s’abuser sur le degré de culture de ces premiers religieux. Ils ont sauvé une partie des lettres antiques, mais sans discernement; combien est faible le nombre de manuscrits d’auteurs latins de la haute époque, comparé à celui de copies des pères de l’Église, de traités ascétiques, d’une lecture rebutante, et aujourd’hui justement oubliés! De plus les copistes de l’époque mérovingienne avaient plus de bonne volonté que de savoir; si un évêque tel que Grégoire de Tours s’excuse de la barbarie de son style, que dire de la

grammaire, de l’orthographe des copistes du vu®, du VIII® siècle? Mais c’était déjà beaucoup qu’au sein do la barbarie grandissante, au milieu des hommes de chair et de sang qui se disputaient l’autorité, il y eût au fond d’un cloître écarté quelques scribes obscurs appliqués à leur tâche, croyant faire œuvre pie, en transcrivant maladroitement des textes qu’ils entendaient à peine; sans doute leur zèle mal éclairé nous a fait perdre bien des monuments de l’antiquité; pour remédier à la pénurie du parchemin, ils ont en bien des cas substitué à de beaux discours de Cicéron, aux histoires de Tite- Live, d’insipides compositions, dont les meilleures ne sont que le dernier écho de l’antiquité expirante ; mais, ne l’oublions pas, sans eux nous n’aurions aucune de ces œuvres dont l’étude passionnée a plus tard guéri le monde moderne d’une longue anémie intellectuelle. Enfin, disons-le hautement, si grossiers qu’ils fussent, ces moines irlandais, gallo-romains et italiens, avaient une conception toute nouvelle de l’art. Leurs dessins sont souvent barbares et choquants, mais ils apportaient un élément neuf à l’Occident épuisé, et de ce mélange entre l’art antique corrompu et devenu insipide à force de banalité et l’art barbare plus vigoureux, sortira quelques siècles plus tard l’art roman.

L’étude des manuscrits à l’époque mérovingienne est donc un des seuls moyens qui nous restent d’étudier la lutte entre la civilisation et la barbarie. Nous allons successivement examiner les modifications subies durant cette période par l’écriture et par l’ornementation; en terminant, nous dirons quelques mots des écoles calligraphiques et des principaux centres littéraires d’Italie, d’Espagne, de Graule et de Grande-Bretagne,

L’antiquité connaissait certainement trois genres d’écriture : la capitale, l’onciale et la cursive. On a plus haut déterminé le caractère de ces trois genres; les copistes

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mérovingiens les ont tous employés et leur en ont ajouté un quatrième, la minuscule.

La capitale est encore usitée pour les manuscrits de grand luxe; cette écriture avait bien des défauts, elle était longue à tracer, et elle occupait énormément de place; c’étaient là de graves inconvénients à une époque d’appauvrissement général. On connaît toutefois quelques manuscrits du v® au vui® siècle tout entiers en capitales; tel le célèbre Prudence de la Bibliothèque nationale, que beaucoup de critiques croient antérieur à l’an 527. Ge volume est des plus remarquables ; les abréviations y sont rares et fort simples et les traits des lettres d’une élé gance achevée. Plus tard ce caractère capital s’alourdit: il est déjà moins net, moins élégant dans le fameux Êvan géliaire en lettres d’or sur pourpre de Saint-Germain-des- Prés, et dans l’Évangéliaire de Metz, que les meilleurs juges datent aujourd’hui de la fin du vi° siècle. Toutefois ces deux manuscrits sont encore écrits en une capitale très régulière, un peu massive, mais ayant en partie conservé les proportions antiques.

La capitale a encore servi longtemps pour les titres, les rubriques, et en plein moyen âge, les beaux volumes renferment ainsi des lignes entières écrites dans ce caractère; on la retrouve également en tête des diplômes royaux et des bulles de papes, mais ici l’écriture antique a été cruellement modifiée. Sans parler des changements qu’elle a subis en passant par les différentes écoles de copistes, elle affecte maintenant des formes bizarres; elle s’écrase et devient la capitale allongée des diplômes et la capitale rustique des manuscrits. A cette première cause de modification, ajoutons les lettres enclavées et conjointes; les copistes anciens connaissaient déjà ce procédé, mais ils y recouraient avec discrétion; les calligraphes du moyen âge l’ont employé à tout propos, arrivant ainsi à faire servir le même jambage à trois ou quatre lettres différentes, créant en un mot ces monogrammes

compliqués qui figurent au bas des actes royaux et impériaux.

L’onciale, plus facile à tracer, a été aussi beaucoup plus employée que la capitale aux temps mérovingiens. Cette écriture s’est formée lentement; elle apparaît déjà dans des inscriptions du début du iv® siècle et elle est mentionnée par saint Jérôme, mais elle se développe surtout aux temps barbares; comme la capitale, elle est extrêmement difficile à dater. Tantôt, comme dans le célèbre' Psautier en pourpre dit de Saint-Cermain (à la Bibliothèque nationale), elle affecte des formes pures, régulières, elle s’étale largement; tantôt, au contraire, elle s’écrase, elle s’aplatit, les pleins s’alourdissent Toutefois le caractère même de cette écriture arrondie et massive répugnait aux innombrables ornements dont la fantaisie des scribes surchargeait les lettres capitales, et les manuscrits ou parties de manuscrits écrits en onciale ont été toujours plus simples que ceux écrits en capitales. L’usage de l’onciale se conservera longtemps; elle figure dans les titres de la plupart des manuscrits carolingiens, soit pure, soit mêlée à la capitale, et elle sera très longtemps employée pour les légendes des sceaux.

Les anciens connaissaient-ils une écriture plus expéditive que la capitale et l’onciale, plus élégante que la cursive? La question a été très discutée; mais aucun monument à notre connaissance ne permet de la trancher dans un sens ou dans l’autre. Quoi qu’il en soit, dès le VI® siècle paraît dans des notes marginales l’écriture dite minuscule; elle dérive de l’onciale, à laquelle on a enlevé une partie de ses jambages. Le passage de l’alphabet oncial à l’alphabet minuscule se marque bien, si on compare la petite onciale des notes marginales du Prudence avec l’écriture dite semi-onciale, c’est-à-dire mélangée d’onciale et de minuscule. La minuscule a servi à écrire des manuscrits entiers, tel le célèbre Grégoire de Tours de la Bibliothèque nationale, datant du

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Vil® siècle-^ et le non moins célèbre Lectionnaire de Luxeuil. Gette minuscule varie d’ailleurs d’école à école, de pays à pays, et le nombre de ces variétés est immense. Ce n’est guère qu’avec la renaissance carolingienne qu’elle se simplifiera en s’épurant, et cette minuscule Caroline, lentement transformée par les siècles, régnera dans l’Europe entière jusqu’à l’âge moderne.

La cursive romaine ne s’est pas moins transformée; impossible de définir ici tous les genres de cursive que l’antiquité avait connues. Beaucoup de paléographes ont confondu la cursive avec la minuscule ancienne, les deux écritures ayant en effet bien des points de contact, l’une et l’autre abondant en ligatures, mais la cursive a toujours conservé un caractère de hâte, de rapidité qui suffit à la faire reconnaître; ajoutons les difficultés de la lecture; la minuscule, si étrange que soit la forme de certaines lettres, se déchiffre généralement sans peine; la cursive au contraire, notamment dans les diplômes impériaux du iii® et du iv® siècle, dans les actes mérovingiens, et dans les chartes de Ravenne du vi® siècle, présente des difficultés inouïes qui n’ont été surmontées que de nos jours.

Toutes ces écritures antiques ont subi à l’époque mérovingienne de profondes modifications. Sous l’influence de quelles causes et comment, c’est ce qu’il importe d’examiner. Très anciennement les érudits ont créé des qualifications particulières pour certains alphabets; on a eu de la sorte des écritures lombardique, irlandaise, anglo-saxonne, germanique, française ou mérovingienne, enfin visigothique. A vrai dire ces termes ne sont pas tous bien choisis. Si l’écriture dite visigothique paraît en effet avoir été principalement usitée dans l’ancien domaine des Groths, en Espagne et dans le midi de la Gaule, l’écriture lombardique a été employée ailleurs qu’en Italie, domaine propre des Lombards et longtemps après la destruction de ce peuple. De même l’écrilure irlan-

daise et anglo-saxonne a été usitée un peu partout sur le continent. Il semble plus rationnel de rattacher toutes ces minuscules à la minuscule romaine. En effet les peuples barbares qui envahirent TEinpire romain n’avaient pas d’écriture nationale, et Ulphilas fut obligé d’emprunter à l’alphabet grec la majeure partie des caractères qu’il employa pour écrire sa traduction des livres saints en langue gothique. Gomment ces modifications se sontelles produites, dans quelle mesure le goût national de chaque école de copiste a-t-il contribué à transformer la minuscule primitive, tirée de l’onciale romaine, c’est ce qu’il serait difficile de marquer ici ; il faudrait avoir de nombreux fac-similés, étudier attentivement des manuscrits à provenance certaine, et cette étude, on peut le dire, est encore à peine commencée.

Le domaine de l’écriture visigothique a été l’Espagne entière et le sud de la Gaule, l’ancienne Septimanie. On a en France de bons types de cet alphabet; en premier lieu le célèbre Sacramentaire de Gellone, qu’on date du viiF siècle, quelques manuscrits venant de l’abbaye du Silos et un célèbre volume écrit en 951 et ayant appartenu à l’église du Puy. L’usage officiel et liturgique de cette écriture se prolongea dans les royaumes de Castille et de Léon jusqu’à la fin du xi® siècle; à cette date, des légats romains et les moines de l’ordre de Gluny la firent proscrire en même temps que la liturgie mozarabique. Elle se conserva d’ailleurs dans un certain nombre d’abbayes, et on en retrouve encore des traces dans des manuscrits du xiiF siècle. L’écriture qui lui fut substituée est qualifiée par les chroniqueurs de lettre française: c’était en effet la minuscule capétienne, analogue à celle qui régnait en Catalogne, cette province ayant toujours été soumise à l’influence du royaume de France depuis les conquêtes de Charlemagne et de Louis le Pieux.

L’écriture lombardique est peut-être née en Italie, mais on la retrouve en Gaule, notamment à Gorbie et à

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Soissons. Elle fut en usage dans la cliancellerie pontificale jusqu’au xii® siècle; pour les manuscrits, elle fut surtout employée au Mont-Gassin, à la Gava et dans quelques autres monastères du sud de l’Italie. Elle paraît y avoir été en faveur jusqu’au xiiV siècle, et nous a valu des monuments très remarquables à tous égards, comme calligraphie et comme ornementation.

Si l’expression lombardique paraît erronée de tout point, celle d’écriture anglo-saxonne ou irlandaise , est plus juste. G’est bien, semble-t-il, de ces deux grandes îles de la mer du Nord que ce genre particulier paraît avoir été transporté sur le continent par les colonies monastiques de Luxeuil, d’Epternach, de Bobbio. Rappelons encore les relations fréquentes entre les couvents et les églises du nord de la France : Gorbie, Saint-Yast, Gambrai, et l’Angleterre, centre d’études de premier ordre au vil® et au via® siècle. N’oublions pas encore les missions de saint Boniface et de ses disciples en Frise, en Saxe, en Souabe et en Tburinge. L’écriture anglo-saxonne régna presque seule en Angleterre jusqu’à l’invasion normande; l’écriture irlandaise, plus ou moins modifiée, s’est conservée jusqu’à nos jours; on en retrouve encore des traces dans des manuscrits du xviii® siècle. Mais plus encore au point de vue ornemental que pour la calligraphie, les scribes de ces deux îles ont exercé une influence prépondérante et contribué à la transformation de l’art romain dégénéré.

Quelques mots maintenant de l’exécution des manuscrits à l’époque mérovingienne. Seuls les manuscrits les plus anciens ne présentent qu’un seul caractère, sont écrits d’un bout à l’autre en capitales ou en onciales. La plupart des volumes en onciale renferment dans les titres, dans les souscriptions, au début des alinéas, de la capitale; l’onciale remplit le même rôle par rapport à la minuscule, mais parfois elle est elle-même mêlée de capitale. En général chaque manuscrit est l’œuvre d’un

copiste; ainsi le Psautier de Saint-Germain, le Saint- Hilaire de Tours, mais ce sont là de beaux volumes écrits à grands frais. Le Prudence est dû à deux copistes, ayant, il est vrai, la même main ou peu s’en faut. Parfois la diversité est plus forte ; ainsi un manuscrit d’Eugyppius, étudié par M. Delisle, renferme des parties en onciale, à côté de pages entières en minuscule ou en cursive. En effet, pour aller plus vite, le texte à copier était souvent distribué par cahiers à plusieurs copistes qui, suivant que la place manquait ou abondait à la fin du cahier qu’ils avaient à remplir, allongeaient ou serraient leur écriture, employaient plus ou moins d’abréviations et de ligatures. Le cas est assez fréquent au moyen âge.

Le texte, dans les manuscrits mérovingiens, est disposé soit à longues lignes, soit sur deux ou même trois colonnes. Gette dernière disposition est une marque d’ancienneté, tel le célèbre Pentateuque de Lyon; .on connaît même un manuscrit à quatre colonnes, mais le cas est exceptionnel. Plus il y a de colonnes, plus, semble-t-il, le souvenir du voliimen antique est proche. Les mots sont peu ou point séparés dans les textes en onciale et en capitale; le plus souvent il n’y a pas coupure de mots à la fin de la ligne; le copiste, soit en serrant l’écriture, soit en joignant deux ou plusieurs lettres, soit enfin en employant un signe abréviatif, s’est arrangé de manière à faire tenir le mot entier dans la ligne. Parfois encore un mot entier ou une partie de mot sont écrits en interligne; ce dernier procédé est antique : il était, au dire de Suétone, employé par Auguste.

La page entière est réglée très légèrement à la pointe sèche; elle est encadrée d’une double ligne, tracée delà même façon et formant une marge intérieure. Dans les manuscrits à grande écriture, le Prudence par exemple, chaque ligne est enfermée dans un double trait à la pointe sèche. Enfin, dans la plupart des manuscrits en

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onciale ou en capitale, pour marquer les paragraphes ou les versets de la Bible, on fait sortir la première lettre au lieu de la faire rentrer. G’est le contraire de ce que nous faisons aujourd’hui.

Presque toujours ces anciens manuscrits ont une ornementation très sobre. Le. Prudence ne renferme absolument que des titres en rouge. Même sobriété dans les plus anciens volumes en onciale. Notons seulement des feuilles de lierre servant de ponctuation, encadrant le titre courant ou les numéros de quaternion, placés au verso du dernier feuillet de chaque cahier, des torsades en rouge ou en noir, occupant la fin des lignes restées blanches, séparant les livres et les chapitres, etc. Parfois l’ornementation est plus somptueuse, le copiste a employé le vélin pourpré, l’encre d’or et d’argent. Citons seulement le Psautier de Saint-Grermain, l’Évangéliaire de Paris, etc.

Presque toujours ces manuscrits portent trace de corrections anciennes; une fois le texte transcrit, le possesseur même ou un grammairien expert le relisait avec soin, ajoutait les lettres oubliées, corrigeait les bourdons, mettait des notes explicatives. Les lettres à supprimer sont soit soulignées, soit marquées d’un point; dans le Prudence, les mots fautifs sont barrés et la bonne leçon est placée en interlignes. En général, plus un manuscrit est soigné d’écriture, moins il est correct. Saint Jérôme se plaint déjà quelque part des recherches de luxe qui nuisent à la bonté du texte, et déclare qu’il préférerait des copies moins somptueuses, mais plus exactes.

C’était généralement au correcteur qu’incombait le soin de mettre les signes de ponctuation : points, virgules, signes de toute espèce. Les points sont tantôt ronds, tantôt carrés; quelquefois on en varie la couleur. Virgules et points servent également de signes abréviatifs, et ont gardé cette valeur jusqu’à la fin du moyen âge.

' En effet, de tout temps on a eu recours à des abréviations pour diminuer le travail du copiste. Les lapicides païens et chrétiens employaient divers systèmes; tantôt ils unissaient deux lettres, leur donnant un jambage commun, tantôt ils employaient pour la lettre à abréger un caractère plus petit; le plus souvent ils recouraient aux sigles. On appelle ainsi, du latin singulæ (sousentendu litteræ)^ des lettres isolées qui expriment un mot entier; ainsi F. voudra dire filius^ ou tel autre cas de ce mot; G., consul^ etc. Ges sigles, d’interprétation souvent difficile, ont été employés durant tout le moyen âge; mais plus tard on les a réservés pour les noms propres des dignitaires ecclésiastiques ou laïques, pour les citations d’auteurs, les formules de droit, etc. A ces sigles ajoutons les abréviations par suspension : non. ~ nonæ. nonarum^ etc.; par contraction : Dns. = dominus] eps = episcopus. Un signe avertit en principe le lecteur de l’existence de l’abréviation; dans les manuscrits anciens, les principaux de ces signes sont la barre surmontant le mot abrégé ou le point placé à la suite; ainsi q. voudra dire que (enclitique) ; qq.. — quogue^ etc. Ajoutons-y quelques signes consacrés, dont l’origine est parfois obscure; citons seulement le c cursif renversé, qui dans les écritures de la fin du moyen âge devient un 9; avant les mots, il représente la syllabe co/, com-, et autres semblables; à la fin de ces mêmes mots, il signifie us.

Dans les manuscrits de l’époque mérovingienne, les abréviations sont rares; elles se multiplient du x® siècle au xvi®, et le déchiffrement des anciennes écritures en devient d’autant plus difficile. En général les manuscrits, sauf les cahiers de cours, les livres classiques, etc., en renferment moins que les chartes. Dans les manuscrits anciens on procède surtout par lettres conjointes ou monogrammatiques et par lettres enclavées. Ainsi, dans le Psautier de Saint-Germain, les rares abréviations

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portent sur des mots tels que Dominus^ Deus^ Spirilus^ qui reviennent si fréquemment dans le texte sacré. Ailleurs ces abréviations figurent à la fin des lignes pour ne point rejeter une partie du mot à la ligne suivante.

Ges détails techniques et un peu secs étaient nécessaires pour donner au lecteur un aperçu de Taspect extérieur des manuscrits mérovingiens. La lecture n’en est pas difficile, quand il s’agit de manuscrits en onciale ou en capitale; la seule difficulté provient de la non-séparation des mots, on est obligé d’épeler chaque lettre. Plus difficiles sont la minuscule et surtout la cursive, avec leurs ligatures et leurs formes bizarres de lettres.

Il nous faut maintenant parler de l’ornementation. A cet égard l’examen le moins prolongé de ces vénérables monuments fait reconnaître immédiatement, à côté des produits de l’art romain dégénéré, une école particulière qui, dans le choix des formes ornementales et des couleurs, n’obéit pas aux règles esthétiques que la Grèce et Rome avaient connues.

La première école est la plus sobre. Beaucoup de beaux manuscrits de l’époque mérovingienne sont fort simples; quelques lettres de couleur, des feuilles de lierre ou d’autres arbres, des capitales dans les manuscrits en onciale, tels sont les seuls ornements qu’on y rencontre. Notons encore parfois des lignes en vermillon, ayant l’aspect de cordes, de tresses. Ajoutons enfin l’emploi du parchemin pourpré, de l’encre d’or ou d’argent. Le calligraphe a pu à lui tout seul exécuter ces ornements peu compliqués; on ne réclamait de lui qu’un texte correct, écrit avec élégance dans un caractère de grande dimension. Tous ces ornements devaient exister dans les manuscrits antiques.

Prenons par exemple le beau Prudence de la Bibliothèque nationale ; le texte entier est en capitales élégantes et régulières; les petits vers du poète chrétien s’étalent majestueusement au milieu d’une large page

blanche. A chaque poésie, titre en rubriques; on a également transcrit en lettres rouges la première ligne des pièces importantes. Le vélin est fin, réglé avec soin; récriture a un aspect lapidaire. Même apparence dans le Saint-Hilaire en onciale; mais ici l’écriture n’a plus la haute élégance de celle du Prudence, les caractères sont plus pressés, moins réguliers; l’onciale, comme la capitale, perd de sa fermeté, de sa beauté à mesure qu’on avance dans l’ère mérovingienne.

Veut-on un manuscrit plus luxueux? Voici le Psautier de Saint-Germain, vénérable manuscrit que les meilleurs juges attribuent au vi® siècle. Sur vélin pourpré de teinte foncée, le copiste a écrit le texte en lettres onciales d’argent; les caractères sont de grande dimension (plus de 8 millimètres), extrêm.ement réguliers, et renfermés entre deux lignes parallèles. Le premier mot de chaque verset empiète sur la marge, enfin les titres des psaumes sont en caractères d’or et la même encre a servi à exprimer les mots Heus, Dommus, Spiritus^ chaque fois qu’ils se sont rencontrés. Peu d’abréviations, quelques lettres liées en petit nombre. En un mot ce volume, à l’époque où l’argent était encore brillant, devait offrir une somptueuse apparence. Même richesse dans l’Évangéliaire de la bibliothèque de Vienne, étudié par M. Belsheim, mais ce second manuscrit date du vu® siècle, l’onciale en est plus lourde, de moins belles proportions; le copiste ne craint plus de couper les mots à la fin des lignes, enfin la teinte de pourpre est moins riche.

On a également des manuscrits à peintures de l’école antique, datant de l’époque mérovingienne. Le plus célèbre est le Pentateuque de Tours, que M. Delisle vient de rendre à la France. Ge précieux volume date vraisemblablement du vi® ou du vu® siècle. Les peintures qui l’ornent, au nombre de dix-neuf, ne brillent ni par l’heureux choix des couleurs, ni par la correction du dessin; mais dans ces pages grossièrement exécutées, on

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ne trouve aucune trace d’influence étrangère, c’est l’œuvre d’un artiste de l’école romaine dégénérée. Les procédés sont les mêmes que dans le Virgile du Vatican. Autour de chaque scène figure un petit listel rouge. Les fonds sont d’une seule couleur, rouge, bleu, vert, et les sujets y sont tracés par superposition de couches. Les costumes sont antiques, les scènes traitées à la romaine; dans la peinture représentant le festin oftert par Joseph à ses frères, les convives sont sur des lits. Chaque planche représente plusieurs scènes differentes. L’artiste ne connaît d’ailleurs ni la perspective, ni le modelé; il a donné aux extrémités de ses personnages ces dimensions monstrueuses qu’on retrouve sur les ivoires de la décadence ; les têtes sont barbares, sans expression. Citons encore le frontispice, sorte de fronton antique garni de rideaux de couleur. Ce manuscrit, en un mot, est un exemple très curieux de ce que savaient faire les artistes gaulois de l’extrême décadence, du v® au vu® siècle: on y voit combien ils avaient perdu de leur habileté. Fort heureusement des éléments nouveaux, empruntés à l’art barbare, allaient vivifier cet art corrompu, lui rendre une nouvelle existence; de même que du latin populaire, mélangé de quelques centaines de mots germaniques, le français naîtra au ix® siècle, de même de l’art antique en pleine décadence, combiné à l’art anglo-saxon et irlandais, sortira quelques siècles plus tard l’art roman.

Les Germains qui détruisirent l’empire d’Occident au v® siècle avaient, comme toute race humaine, des goûts propres, un art particulier. Cet art était l’art du Nord, qui a régné un peu partout dans l’Europe septentrionale, de l’Irlande aux pays slaves. On l’a qualifié de mérovingien ; mais cette appellation paraît bien étroite, car on en a retrouvé des spécimens en Danemark, en Suède, en Angleterre, dans les pays, en un mot, où jamais ne s’exerça l’autorité des descendants de Mérovée. Il semble plus probable que nous nous trouvons en présence d’un

art, oriental d’origine, propre à toutes les peuplades de la race aryenne, n’ayant point comme les Grecs et les Romains subi l’influence des civilisations sémitiques de la Méditerranée orientale. On retrouve dans les manuscrits de l’époque mérovingienne quelques-uns des éléments décoratifs remarqués sur les boucles franques et Scandinaves : dessins contournés, figures d’animaux monstrueux, bandelettes, tresses de dessin irrégulier et accompagnées d’ornements en forme de tête de clou, etc.

Get art s’est développé et épuré du vi® au viii® siècle en Irlande et dans la Grande-Bretagne ; de là il est passé sur le continent. Mais si l’on doit faire aux moines des monastères fondés par saint Golomban et ses successeurs, à Alcuin et à ses compagnons, une grande part dans la renaissance carolingienne, il semble impossible d’attribuer à leur seule influence certains caractères communs à nombre de manuscrits de Gaule, d’Italie et d’Espagne. En effet, beaucoup de volumes exécutés dans ces‘ trois pays et présentant à d’autres égards les caractères généraux de la librairie antique renferment également des particularités ornementales tout à fait étrangères au goût des anciens Romains.

Voici, par exemple, un recueil d’homélies venant de Fleury-sur-Loire ; l’écriture est une belle onciale du viF ou du viiF siècle, d’apparence antique, un peu lourde déjà et indiquant la décadence. Mais les initiales sont d’un art tout particulier. En tête du volume figure une sorte de bandeau vertical, sur fond rouge, avec bandelettes formant losanges et ornées de trèfles à quatre feuilles. Les initiales sont formées de poissons; la bande décrite plus haut constitue la baste d’un grand P, dont la panse est figurée par un oiseau contourné, le bec et la queue touchant la baste. Les premières lignes du texte sont écrites en capitales contournées, conjointes et enclavées. — Un autre manuscrit, où figurent fréquemment des feuilles de lierre, signe d’antiquité, renferme

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également des lettres en forme de poissons et d’oiseaux. — Un manuscrit en écriture lombardique offre toute une page ornée de la manière suivante : une arcade dont les pieds-droits reposent sur deux animaux monstrueux,

Le Déluge; peinture du Penlateuque de Tours.

peut-être deux chiens; à l’intérieur de l’arcade, une croix avec pendeloques rappelant les fameuses croix du trésor de Gruarrazar. Au-dessus, un phénix, symbole de l’immortalité. Sur l’arcade, des monstres bizarres s’enlevant en

couleurs éclatantes sur le fond jauni du vélin. Le titre est composé de capitales de grandes dimensions, fleuronnées, de forme carrée et mêlées de rustique, avec entrelacs et bandelettes; à l’angle, un cerf monstrueux. Les initiales de certains mots sont recouvertes de vert et

MMlCETSir

entourées d’un grènetis rouge; les nombres, exprimés en lettre^ romaines, sont couverts d’une teinte jaune. L’écriture est d’ailleurs une minuscule lombardique bien caractérisée. On retrouve déjà dans ce curieux volume des traces de l’influence irlandaise; ainsi les lignes du titre se détachent en clair sui des fonds de couleurs variées.

On pourrait multiplier les exemples. Les figures ci-jointes feront mieux qu’aucune description comprendre le caractère de cet art singulier. Mais plus riches, plus curieux à tous égards sont les manuscrits écrits dans les îles du Nord. On en connaît beaucoup de très importants, et Westwood, dans sa Palæographia sacra pictoria et dans son recueil de fac-similés, en a fourni des exemples nombreux. On fera bien également de consulter l’album de la Paleographical society et le

initiales mérovingiennes.

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recueil de fac-similés publié par Tadministration du musée Britannique.

Étudions successivement, dans ces peintures irlandaises et anglo-saxonnes, le dessin ornemental, les couleurs et la figure humaine. Le dessin ornemental est de beaucoup la partie la plus remarquable.

11 est toujours tracé à la plume, et la finesse, la sûreté des enroulements dénotent une légèreté de main surprenante. G’est surtout dans les grandes planches qui accompagnent les volumes luxueux qu’on en trouve de beaux exemples. Ges dessins, malgré leur fantaisie, ont des proportions géométriques; chaque planche d’entrelacs, par exemple, sera divisée en un certain nombre de parallélogrammes ou de carrés, où dominera une couleur particulière. L’élément principal est la tresse ou la bandelette de couleur variée, repliée plusieurs fois sur elle-même et terminée souvent par des têtes d’animaux : oiseaux bizarres, serpents, poissons, etc. Dans ces entrelacs sont figurés des animaux qui se dévorent, des canards par exemple ou des pélicans tenant dans leurs becs des poissons, ailleurs des poissons qui se mangent, etc. mérovin-

Ailleurs encore les colonnes qui sou- gienne, tiennent les arcades, sous lesquelles sont disposés les canons évangéliques d’Eusèbe, sont bien des colonnes antiques, mais le dessinateur les a chargées de dessins en couleur, damiers ou rosaces; les arcs supérieurs, qui se coupent, se recourbent et se terminent en têtes de monstres. En un mot, c’est une combinaison savante du dessin géométrique et du dessin

fantaisiste. Les éléments ornementaux sont parfois empruntés à l’art antique, ainsi on y retrouve la grecque, mais au lieu de former des angles droits, les différentes lignes de ces grecques sont à angles alternativement obtus et aigus, de manière à produire une alternance qui ne manque pas d’agrément.

Cet amour de la variété se remarque encore dans la forme des lettres capitales. Non seulement on trouve des lettres en forme de poissons ou d’oiseaux, des E, par exemple, formés de trois poissons allongés, mais encore les capitales affectent les formes les plus bizarres ; les G seront carrés; les S auront les formes du Z capital grec; par la liaison des lettres, les dessinateurs obtiendront encore des effets bizarres et inattendus.

Cette recherche de la bizarrerie s’accuse encore plus dans le choix des couleurs. Avec un goût parfait, une sûreté d’œil étonnante, les peintres anglo-saxons recherchent les couleurs les plus opposées, les plus brillantes et savent les marier harmonieusement. Ici un faisceau de bandelettes rouges et jaunes se relève sur un fond de couleur noire ou pourpre ; ailleurs, les bandelettes seront laissées en blanc et garnies seulement d’une chaîne continue de points d’un rouge vif. Les lettres capitales, de forme bizarre, se détacheront en pourpre sur un fond d’or mat, en clair sur un fond pourpre ou vert cru. Dans la disposition des différents cadres secondaires des pages ornées que nous indiquons plus haut, il y aura alternance régulière, accord rythmique pour ainsi dire. La page, par exemple, sera divisée en quatre cantons par une croix d’ornement; chacun de ces cantons sera divisé à son tour en quatre parties secondaires, subdivisées elles-mêmes en une infinité de petits damiers alternant et se répondant deux à deux.

Tous ces dessins sont exécutés à la plume et au compas; on aperçoit encore, dans le manuscrit d’Epternach, les traces des lignes tracées à la pointe sèche pour obtenir

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une symétrie parfaite entre les différentes parties. Une fois tracés à la plume, les dessins ont été remplis de couleurs au pinceau en teintes plates, avec une sûreté de main extraordinaire. L’elîet d’ensemble est curieux et rappelle ces magnifiques cadres dont les copistes arabes et persans ont enrichi leurs somptueux manuscrits.

La figure humaine joue un grand rôle dans ces peintures, mais c’est là évidemment le côté faible de l’art anglo-saxon. La plupart des figures tracées par eux sofît monstrueuses. Tels dans l’Évangéliaire d’Epternach les symboles des évangélistes ; saint Mathieu est figuré par un homme; mais l’artiste ne connaissait évidemment aucune des règles du modelé et de la perspective; dans son désir de rendre la nature telle qu’elle est, il a tracé jusqu’à l’intérieur des narines, qu’un homme vu de face ne peut montrer, et le nez remonte jusqu’à la hauteur des yeux, lesquels sont d’ailleurs mal placés; aucune science dans l’étude des attaches et des articulations. Ges personnages sont en bois, et telle des peintures reproduite par Westwood rappelle en laid les pires magots de l’Extrêmeorient.

Plus remarquables à tous égards sont les symboles des autres évangélistes dans ce même manuscrit d’Epternach. L’aigle de saint Jean possède, il est vrai, un bec de perroquet, mais le travail du corps est curieux; les plumes sont figurées par une série d’écailles ornées chacune d’un point rouge. Le bœuf ou plutôt le veau (viiulus) de saint Luc est également remarquable ; il a comme une vague tournure égyptienne; enfin le lion de saint Marc, tout incorrect qu’il soit, ne manque pas d’une certaine allure. D’ailleurs tous les manuscrits de l’école anglo-saxonne ne sont pas aussi barbares. Dans ceux qui datent du vin® et du ix® siècle, les figures humaines sont beaucoup mieux traitées; le Psautier d’Utrecht par exemple présente dans les innombrables dessins dont sont chargées les marges des scènes bien

composées ou traitées avec esprit; elles rappellent les curieuses illustrations de la Psychomachie de Prudence.

Peut-on dans tous ces dessins trouver trace de symbolisme ? à vrai dire il paraît difficile de répondre à cette

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