‹ Les manuscrits slaves de la Bibliothèque Impériale de ParisChapitre 5 sur 11 · Entretien de Moïse avec Pœmen (f · texte numérisé non relu

Entretien de Moïse avec Pœmen (f

14. Sur les pénitents du désert, extrait de l'Échelle spirituelle (f. 176).

15. De la pensée de la mort, par Siniéon de Mésopotamie (f. 189).

16. Sur le même sujet, par Théophile, patriarche d' Alexandrie (f. 179).

17. La Vie de notre saint père Siméoîi, instituteur et docteur, seigneur et autocrate des pays serbe et pornoriens.

Cette dernière pièce mérite, à plus d'un titre, une attention toute particulière. Pour en apprécier la valeur, il suffira de dire que M. Schafarik l'a jugée digne de figurer parmi ses Monuments de V ancienne littérature des slaves du midi, véritable trésor pour l'historien , le géographe et le philologue.

Cette vie du saint, telle que la donne le manuscrit, a été, dit le savant éditeur à qui nous devons tous ces détails , certainement connue dès la deuxième moitié du xiii° siècle. Dométien, moine du mont Athos et auteur d'une autre vie plus détaillée du même saint, lui a emprunté des passages entiers, et même des expressions; or Dométien écrivait en 1264. C'est encore dans cet écrit qu'un chroniqueur anonyme de la Serbie a pris les noms des villes conquises par Etienne Niémania. Enfin Péialchévitch semble en avoir eu sous les yeux soit une copie, soit des extraits, lorsqu'il composait son histoire de la Serbie. (Colocœ, 1755. )

L'auteur de cette vie, dont nous allons donner des fragments , est le kial Etienne , surnommé le premier (couronné (Pervo-Yientchanny), et (ils aîné de saint Siméon. Grand joiipan ou gospodar depuis 1 195, il fut couronné roi en l!2^2, de la main de rarclievêquc Méthode, avec une couronne que celui-ci venait d'obtenir, à sa demande, du pape Ilonoriuslll ^ et mourut six ans après (l'â^S). Ce fut un prince instruit et ami des lettres. Ses épîtres à Démétrius Chomatin , où il traite de questions liturgiques , prouvent qu'il était assez versé dans la littérature grecque. On conserve cette correspondance manuscrite à la bibliothèque de Munich ^

Un mot maintenant sur Siméon Niémania lui-même. Chef d'une dynastie célèbre, et placé au rang des saints, il apnaraît dans l'histoire de la Serbie entouré d'une double auréole. Son nom vit encore dans le souvenir du peuple, qui vénère en lui son fondateur et son patron. Aussi plus d'un écrivain s'est-il exercé à retracer sa vie vertueuse. Ses deux fils, Sabas et Etienne, furent les premiers à payer à sa mémoire ce tribut de leur piété filiale. Ils posèrent, pour ainsi dire, la première pierre du monument littéraire que d'autres après eux ont continué. L'écrit de saint Sabas se trouve aussi dans le précieux recueil de M. Schafarik. Nous le laissons de côté, en nous bornant au travail de son frère.

Après quelques considérations générales, le biographe couronné annonce qu'il va parler de la naissance, de la vie et

1 Vie de saint Siméon, par Doniéticn, p. 309, cil(5o par Schafarik dans ses Antiquités slaves, X. II, p. 254. Leipzig, 1844. Voyez aussi Farlali , lllyric. sacrum, t. VII, p. 33.

8 Areliii, Deitrœge, 2 vol. Munich, 1804, in-S».

DE LA LIBLIOTIIÈQUE IMPÉRIALE DE l'AllIS. 49

des vertus de Siméon , et aussitôt il aborde sou sujet de la mauière suivante *.

1. Naissance d'Etienne, son double baptême. — De grands troubles agitaient les contrées de la Serbie, de la Dioclétie et de la Travounia ■. Tikhoniil, poursuivi par ses frères ^ et pour se soustraire à leurs cabales , se retira à Dioclée, son pays natal. Là, dans un endroit nommé Rybnitsa*. Dieu et la très-sainte mère de Notre -Seigneur lui accordèrent cet enfant béni que la providence divine destinait à réunir un jour les portions dispersées de son patrimoine, à devenir le pasteur, le docteur, le restaurateur de son pays désolé ^

Comme il y avait dans ces contrées des prêtres latins, l'enfant fut baptisé suivant le rite latin. Plus tard , il reçut le baptême pour la seconde fois '' de la main de l'archevêque Léonce, dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, à Rassa'', capitale de la Serbie. Ses parents relevèrent dans la piété et la crainte de Dieu ; ils ne se doutaient pas qu'ils

1 Nous avons divisé le récit en numéros, qui ne sont pas les mômes dans lo manuscrit, et nous les avons fait précéder de très-courts sommaires.

2 Travounia, Tspêouvix de Porphyrogénète, aujourd'hui ïreliinie.

3 Us s'appelaient : Zavid , Srétomir et Pervoslav. Le père de Tikiiomil, Béla Ourosch, avait pour épouse Anne de la race franque, c'est-à-dire française d'origine.

* Situé sur le fleuve du môme nom (qui veut dire plein de poissons), non loin de Dioclée ou Zêta.

5 L'année de sa naissance est incertaine : saint Sabas la place en lll't.

6 Saint Sabas répète la même ciiose; il fait même remarquer Tinterventioa étrange du nombre deux dans plus d'une circonstance de la vie de son père. Quoi qu'il en soit des autres, celle de son baptême ne doit pas passer inaperçue. Pour nous, tout ceci peut s'expliquer par Pusage assez connu de suppléer les cérémonies prescrites par PÉglise catholique. Remarquons, à celte occasion, que depuis la séparation, PEglise orientale a varié touchant le baptême, et qu'elle enseigne autre chose à Pélersbourg, et autre chose à Constanlinople.

■^ Aujourd'hui Novy Pazar.

ni. 4

préparaient à la fois un prince à la terre et un compagnon aux anges du ciel.

2. Il prend possession de l'héritar/e paternel, et il bâtit plusieurs églises et monastères. — A peine devenu adolescent et possesseur de l'héritage paternel , situé sur les bords de la Toplitsa, de l'Ibar et de la Raschka, il se vit en butte à l'envie de ses propres frères. C'était lui tresser une triple coui'onne : car bannissant de son cœur toute pensée de ressentiment, et méprisant la rage de Satan , ce juste ne s'appliqua qu'à plaire à Dieu. Le bruit de ses vertus, de sa douceur et de son humilité parvint à l'oreille de l'empereur Manuel', qui, se trouvant alors dans le pays de Nisse (ou Nisch), désira avoir avec lui une entrevue. Etienne se présenta devant l'empereur grec, qui, admirant sa sagesse précoce, le combla d'honneurs et de présents, et lui donna en héritage perpétuel et inaliénable une portion de ses propres domaines nommés Gloubotchitsa.

Rien d'étonnant qu'il fut chéri des tsars de la terre , puisqu'il était aimé par le tsar du ciel Notre- Seigneur Jésus- Christ; or, chacun le sait, tout réussit à quiconque aime Dieu de tout son cœur. Notro saint , de son côté, embrasé de l'amour divin , et brûlant du désir de plaire au Seigneur, s'appliqua avec diligence à ériger des temples à ses saints serviteurs. D'abord il éleva une église à la très-sainte Vierge à Toplitsa, ville située à l'embouchure du fleuve Koselnitsa. Il la dota de terres, et y joignit un couvent de femmes confié aux soins de son épouse Anne, dont les vertus rappellent la fenime forte de l'Écriture. Quelque temps après, ne pouvant contenir

1 C'est Manuel Comnène (1143 - 1180 ) , prince qui se montra toujours favorable à ruuiou des Églises.

l'ardeur de son amour pour Jésus-Christ, Etienne commence à bâtir l'église de Saint -Nicolas, évêqueet thaumaturge , à l'embouchure de la rivière Banska , non loin de celle de la sainte Vierge. Le voyant marcher pieds nus, pour accomplir la parole de Notre-Seigneur : « Celui qui s'exalte sera humilié, et celui qui s'iiumilie sera exalté ; » et occupé à bcâtir cette église au grand thaumaturge saint Nicolas, le prompt secours des malheureux , ses frères , poussés par le démon, entrèrent en grande colère, et ils lui dirent d'un ton injurieux : « Pourquoi fais -tu sans nous consulter des choses qui ne conviennent point à ton rang? » Lui, les regardant avec douceur et le sourire sur les lèvres : « Frères germains et bien-aimés, dit -il, ne vous irritez pas de ce que je fais pour le Seigneur ; si je fais le mal , ce mal ne retombera que sur moi ; si je fais le bien , le bien sera aussi pour moi seul ; priez plutôt le Seigneur notre Dieu d'agir envers chacun de nous selon sa grande libéralité et sa miséricorde infinie. » Et il acheva l'église commencée ; il y établit aussi une communauté de religieux pour qu'ils louassent le Seigneur Dieu jour et nuit.

5. // est persécuté par ses propres frères. — Cependant le serpent infernal vomit de nouveau sur lui le venin de sa rage envieuse: car les frères du saint, ayant à leur tête Zavid, leur aîné et alors seigneur de tout le pays serbe, mandèrent auprès d'eux l'homme de Dieu, le firent saisir, charger de fers et jeter dans une prison , comme autrefois Joseph avait été jeté par ses frères dans la citerne. Insensés, ils oubliaient que le malheur n'atteint point ceux qui mettent leur confiance en Dieu! Aussi, comme autrefois le chaste Joseph passa de la prison au palais et devint le

chef (le la maison de Pliaraon , ainsi ce nouveau Joseph lut relire par le bras du Ïout-Pnissant de la profondeur de sa prison et placé sur le trône de la Serbie. Un jour qu'il élail accablé de douleur, il adressa du Ibnd de sa prison la prière suivante à saint Georges : « Grand martyr de Jésus -Christ, invincible dans les combats, saint Georges, vous qui avez souffert tant de blessures et de tourments pour Jésus-Christ, et qui, attaché à la roue, le suppliâtes de vous en délivrer et de vous guérir ; au milieu des supplices, doux agneau du Christ, vous conjurâtes l'Agneau divin d'exaucer quiconque invoquerait votre nom. Et moi, qui ne suis qu'un pécheur indigne, comment oserai -je lever mes regards vers les montagnes célestes? comment mes lèvres impures invoqueraient-elles le juge terrible? Ayez donc pitié de moi, qui suis plein de passions et de misères, obtenez du Seigneur Jésus (|uc, selon la promesse qu'il vous a faite , je sois délivré par vos mérites de la douleur des liens de 1er, que je puisse vous servir désormais, jusqu'à mon dernier soupir, par la grâce de Jésus- Christ. » Sa prière fut exaucée , il recouvra sa liberté et se hàla de bâtir en l'honiieui' de son libérateur une nouvelle église, dont il confia le soin à des religieux, auxquels il donna une règle, en leur enjoignant de louer sans cesse le glorieux martyr, secours des malheureux. Saint Georges n'oublia pas son serviteur ; le fait suivant en est la preuve.

4. Guerre contre les Grecs et leurs alliés. Etienne en sort victorieux. — Les ennemis d'Italienne, résolus de le chasser du pays et de le perdre , cherchèrent un appui auprès de l'empereur grec. Déjà les troupes alliées , grecques, franques, turques et autres, franchissant les frontières de ses

Étals, paraissaient devant la ville de Pantin, lorsque, les yeux et les mains levés vers le ciel, Etienne invoqua du fond du cœur son patron : « Jugez , lui dit- il , ceux qui m'insultent , défendez - moi contre leurs attaques, prenez les armes et le bouclier, marchez contre mes persécuteurs, dites à mon âme : « Je suis ton salut ; » et saisissant le signe vivifiant de notre rédemption et une lance offerte par l'évêque , il marcha d'un pas intrépide contre les troupes alliées. Il y avait sur son passage, près de la ville de Zviétchan ^ une église de saint Georges ; il y envoya aussitôt un de ses prêtres , chargé d'y réciter les prières accoutumées et de célébrer la messe. Or, pendant que celui-ci se repose de ses fatigues , le glorieux martyr lui apparaît sous la forme d'un guerrier : « Qui es-tu? » lui demande le prêtre. « Je m'appelle Georges, je suis le martyr de Jésus - Christ. Je viens combattre les ennemis de ton maître. » Le lendemain de la vision, un grand combat eut lieu : l'ennemi fut vaincu, anéanti, et l'un des frères du saint, qui avait pris part à cette guerre sacrilège , périt dans les flots. De retour dans sa capitale, Etienne ne cessa plus de remercier Notre -Seigneur et sa sainte mère , le thaumaturge saint ÎNicolas et le grand martyr saint Georges.

5. Une hérésie se déclare dans son royaume. Convocation d\in concile. Zèle du prince pour exterminer la mauvaise doctrine. — Sur ces entrefaites, un de ses guerriers vient chez lui, et se mettant à ses genoux avec une grande humilité : a Seigneur, lui dit-il, quelque méchant serviteur que je sois, à la vue de votre piété envers Notre -Seigneur et

1 Sfentzanion ou Svetzanion des auteurs grecs, sur les confins de l'ancienne Bulgarie et de la Serbie,

ses saints, j'ai osé annoncer à Votre Puissance qu'une doctrine réprouvée, hérétique et maudite se propage dans vos domaines. » Aussitôt le saint fait venir son archevêque Euihyme, les higoumènes, les prêtres, le clergé et la noblesse, glands et petits, et il leur parle ainsi : « Pères et frères, considérez ce que je vais vous dire. Quoique je sois le dernier de mes frères, cependant Dieu et sa très-sainte mère, qui ne font pas acception de personnes, m'ont accordé le don de la foi dans la Trinité consubstantielle et indivisible ; ils m'ont préposé à la garde de mon troupeau , au milieu duquel l'ennemi rusé sème maintenant , vous le savez , la zizanie. Non, je ne souffrirai jamais qu'on propage dans mon royaume des blasphèmes contre le Saint-Esprit, et qu'à l'exemple de l'insensé Arius, on divise l'indivisible et consubstantielle Trinité ; qu'en la séparant ainsi, on déchire de nouveau la robe sacrée du Sauveur. Insensés ! ils ignorent qu'en suivant ses doctrines maudites, ils le suivront aussi au fond de l'abîme. »

On agitait encore la question , lorsque la fille d'un seigneur orthodoxe, mariée à un de ces sectaires , se présente, se jette à ses pieds, lui raconte les abominations de la secte, dont elle avait été le témoin involontaire, et le conjure d'y mettre un terme. « En vérité, ajouta -t -elle, ils rendent un culte à Satan déchu de sa gloire première, d Etienne la produit au milieu du concile, et , après avoir pris l'avis de l'assemblée, il envoie contre eux des soldats. Comme autrefois le prophète Éiie, enflammé d'un saint zèle pour la maison du Seigneur, il poursuivit ces hérétiques, et punit les uns par le feu, les autres par divers tourments, ceux-ci par l'exil , ceux-là par la privation des biens en faveur des

DE LA BIBLIOTHÈQUE IMPÉRIALE DE TARIS. 5a

pauvres. Le chef de la secte ( Tesbite) eut la langue coupée, et fut condamné à un exil perpétuel ; ses ouvrages furent livrés aux flanuiies. Ainsi fut comprimée la doctrine blasphématoire contre l'indivisibihté des trois personnes divines \

6. Nouvelle guerre conlrc les Grecs. — L'empereur grec voulant s'emparer de quelques contrées de la Serbie , Etienne lui déclara la guerre, dont il sortit victorieux. D'abord il marcha avec le roi de Hongrie, Riza, son allié, contre Sriedets ^ qui fut détruit de fond en comble ; puis il alla seul assiéger Pernik^, qu'il prit et rasa jusqu'au sol. Les villes de Stob\ Zemlian, Velboujde, Jitomitsk , ScopP, Lechsk, Gradets % Prizrène, Nisse, Ravini, Kozel, subirent le même sort ; il n'en resta pas pierre sur pierre.

Les provinces de Nisse, de Prizrène, Liplian, Morava et Vrani furent incorporées à la Serbie. En outre, Etienne

1 L'hérésie en question n'est autre que le bogomilisme. On en connaît les extravagantes doctrines touchant la très-sainte Trinité, et le culte des démons, et surtout de Satanaïl. C'est à ce dernier que je rapporte le passage cité plus haut. De l'autre côté, nous savons que la secte des bogomiles était à cette époque très-répandue dans la Bosnie , grâce surtout à la protection du Ban \mmèmc, Kouline, à\ya\. le zèle impie gagna à la secte près de dix mille adeptes, parmi lesquels on comptait même l'évèque de Bosnie, Daniel. Voulcan, second fils d'Étionne et prince de la Datmatie et Diociétie , en écrivit au pape Innocent III (en 1199), qu'il conjurait d'agir auprès du roi de Hongrie, alors souverain de la Bosnie. Innocent 111 envoya en effet à ce prince des légats, qui présidèrent un concile tenu probablement à Dioclée dans la même année. Mais ce concile est différent de celui dont parle notre auteur, car il n'y est fait aucune mention de Thérésie bogomile , et le nom d'Euthyme ne se trouve point parmi ceux des évêques qui en oui signé les décrets. D'ailleurs , Etienne Niémania n'était plus, depuis 1193, qu'un simple moine, et il se trouvait alors à Vatopède, au mont Athos, où (en 1197) il passa de Sloudénitsa. (Voyez Zygab. Karr. debogomilis, éd. Giessler. Gottingae, 1842. — Farlatl, lllyr. sacr,, t. VII, p. 27 et suiv.)

^ Sardica des anciens, maintenant Sophia.

3 Pernk, aujourd'hui Péfritsch, près de Philippopolis.

* Schtip, près des sources du fleuve Stvoxuna.

^ Ou Scopij ville considérable de la Macédoine, sur le Vardar,

® Probablement le même avec Hissar d'aujourd'hui.

56 LES 3JANISCRITS SLAVES

reprit aux Grecs la Dioclélio et la Dalmatie, héritage de ses pères, et renversa toutes les villes qu'ils y avaient bâties, à savoir : Dan, Sardonique, Drivaste, Rosaf, Scadra, Svatch, Letsin et Bari; excepté Cataro, où il transporta sa cour et qu'il fortifia ^

7. Etienne promet à Dieu de quitter le monde. — Comblé de gloire et de puissance, Etienne rentra en lui-même : la pensée du jugement dernier se présenta à lui ; il se rappela la parabole du riche qui amasse des biens et qui remplit ses greniers, oubliant que son âme peut à chaque instant lui être redemandée par le Créateur. Aussitôt, prenant pour témoin la sainte vierge Marie, il fit vœu à Notre- Seigneur de lui consacrer le reste de sa vie, de quitter son épouse, et d'élever à la très -pure et immaculée " mère de grâce une église, où il accomplirait le vœu qu'il venait de prononcer.

Il se disposa à ce grand acte par des bonnes œuvres. D'abord, il fit construire le fluneux monastère de Stoudénitsa. En même temps de nombreuses et abondantes aumônes furent envoyées dans toutes les parties du monde catholique : la grande église de Jérusalem et celle de Saint-Pierre et Saint- PauP à Rome, Notre-Dame de Byzancc, l'église de Salonique, et bien d'autres eurent part à ses pieuses libéralités ; le saint roi joignit à ces largesses d'ardentes prières , dans lesquelles il demandait sans cesse à Dieu et à ses saints la faveur insigne de travailler à son propre salut, loin des

* Saint Sabas dit que Niémania conquit de plus les villes suivanles: Patkowo Khwostno, Podrima, Kostrcls, Drkowina, Silniça, T.ab, Ricky, Ousciika, Pomovava, Zagrinta, Liewatcli, Dielilsa, etc. (Sciiafarik,, Vie de saint Siméon, par sailli Sabas. et Antiq. slaves, t. II, p. 270. éd. de Leipzig. 184 'i.)

2 IIocuBptnoyio.

3 Celle circonstance mérite d'ûtrc remarquée.

splendeurs du trône, et de suivre le Sauveur dans la voie étroite des conseils évangéliqiies. Tout en répandant ainsi son àme devant Dieu, il pressait l'achèvement du temple qu'il avait fait vœu de construire, et qui lui rappelail la Jérusalem céleste à laquelle il aspirait si ardemment. Ainsi un aigle, affranchi des liens qui le retenaient attaché à la terre, prend son essor rapide vers les hauteurs inaccessibles.

8. Vocation religieuse de saint Sabas. — L'exemple de tant de vertus décida la vocation du plus jeune de ses enfants. C'était Rastko, plus connu sous le nom de Sabas. Il désirait depuis longtemps consacrer dans la solitude sa vie tout entière au service du Seigneur. Un jour donc, après s'être donné à lui sans réserve dans une ardente prière, il prend son crucifix , et quitte à l'insu de tout le monde le toit paternel. Ses parents désolés le font chercher pai-lout. Enfin on le trouve au mont Âlhos, dans le couvent de Vatopède, déjà revêtu de la forme angélique \

De retour au palais, les envoyés racontent au prince ce qu'ils ont vu ; celui-ci, après les avoir congédiés, quitte son trône, et les mains levées vers le ciel : « Je vous rends grâce , s'écrie-t-il , ô Dieu de miséricorde , vous qui aimez les âmes, je vous rends grâce de m'avoir montré aujourd'hui le chemin assuré du salut éternel. 0 mon âme, lève-toi et marche dans les sentiers de la pénitence : le Seigneur t'invite par la bouche des enfants et des petits, ne tarde point ; ne regarde plus en arrière comme la femme de Loth ; souvienstoi de ta promesse ; le temps est venu , déjà la cognée est à la racine de l'arbre; la moisson blanchit, l'époux est à la porte ; hâte- toi de peur d'y frapper inutilement ; obéis à la

' C'est ainsi qu'on appelle dans l'Église orienlale l'habit religieux.

voix (lu Christ qui te dit : « Venez à moi, vous tous qui souf- « frez et qui êtes fatigués, et je vous soulagerai : mon joug « est doux et mon fardeau léger. »

9. Etienne renonce au monde. Anne suit son exemple. — Sa prière achevée, le roi fait appeler son épouse, ses enfants, l'archevêque Callinique et les seigneurs du pays; il leur communique sa résolution de quitter le trône , et désigne pour son héritier Etienne, son fils aîné'. Après avoir appelé sur lui et sur tous les hénédictions les plus abondantes du ciel, il s'approche de l'archevêque, et il reçoit de sa main V habit angélique avec le nom de Siméon. Son épouse Anne suivit son exemple , et prit le nom d'Anastasie '. Siméon se retira dans son couvent chéri de Stoudénitsa , où il rivalisa dans la pratique de la perfection évangélique avec les autres religieux. Il fit part de son bonheur à son fils bien-aimé. Sabas en tressaillit de joie et l'invita à venir le rejoindre à Yatopcde. Siméon y consentit, et dès lors, entre le père et l'enfant, joie, prières, veilles, chants, tout était en commun : ce fut un spectacle vraiment attendrissant que de voir ce vieillard couronné rivaliser de vertu et de ferveur avec son propre fils, donnant ainsi un exemple éclatant de mépris pour les grandeui's de ce monde.

10. Fondation du, monastère de Khilandar. — Quelque temps après, il trouva au centre même de la sainte montagne un lieu désert appelé Khilandar, qui lui parut trèspropre à la construction d'une église nouvelle. Il pria donc son fils Etienne, kral de toute la Serbie, de lui envoyer ce

1 C'est l'auteur de ce récit.

2 L'usage veut que le nom de relipfion commence par la même lettre. Ainsi Anne devient Anastasie; Slépliau (Etienne), Siméon; Constantin, Cyrille, et ainsi du reste. Les exceptions à cette règle sont rares.

qu'il fallait pour élever ce temple qu'il voulait dédier à Dieu , sous le vocable de VEntrée de la Sainle Vierge au temple\ ce Ainsi, lui mandait-il par l'abbé iMéthode, notre mémoire sera perpétuée dans cette contrée, et on priera pour moi, pour vous, pour vos enfants et vos petits -enfants , de génération en génération, et vous aurez l'honneur d'en être le fondateur comme vous l'avez été de Stoudénitsa. Faites donc promptement ce que je vous demande et recevez ma bénédiction. » Après la lecture delà lettre, le kral, attendri jusqu'aux larmes, se prosterna la face contre terre, rendit sràce au Seigneur avec une touchante effusion de cœur, combla 3Iéthode de présents et alloua à Rhilandar une rente annuelle jusqu'à l'achèvement du couvent , et de plus une partie de ses propres terres. Enfin, il chargea Méthode de saluer son père , de lui dire qu'il était trop honoré d'être associé à la fondation du monastère ; qu'il n'était que son serviteur indigne, prêt à lui donner tout ce qu'il possédait : « Qu'il prenne, ajouta-t-il, môme ce corps de terre, qu'après Dieu je tiens de lui; il n'a qu'à commander, il sera obéi en tout. »

11. Culte des saintes reliques. — Méthode fit bientôt un nouveau voyage en Serbie ; cette fois, Siméon le chargea de porter à son fils, avec sa bénédiction paternelle , une croix que lui-même avait toujours portée au cou dans la paix aussi bien que dans les combats. Grande fut la joie du kral à la nouvelle de l'arrivée de Métliode. Impatient de posséder le souvenir sacré du Sauveur et de son père, il alla processionnellement à la rencontre de l'higoumène, et adora avec la piété la plus ardente le signe béni de la rédemption,

1 Les Grecs appellent ainsi la fête de la Présentation.

60 LES MAXUSCïïITS SLAVES

qui s'avanrnlt vers l'Eglise, nu milieu des clianls sacrés, semblable au soleil qui répand dans sa marche majestueuse les douces clartés de ses rayons. Un endroit fut préparé pour recevoir la relique vénérée ; une messe en l'honneur de la sainte croix fut célébrée en présence du peuple, que ce spectacle avait profondément ému. Cette journée fut consacrée tout entière aux fêtes et aux réjouissances. Méthode, chargé de dons et d'honneurs , reprit la route de Vatopède , en bénissant Notre -Seigneur Jésus- Christ et sa très -sainte mère.

12. Derniers moments de Siméon. — Siméon et Sabas avançaient d'un pas rapide dans les sentiers de la perfection, donnant l'exemple de toutes les vertus , et laissant derrière eux les plus fervents de leurs frères. Leurs corps, il est vrai, tenaient encore à la terre; mais leurs âmes ne quittaient plus le ciel. Ce n'étaient pas des hommes : c'étaient des anges terrestres , ou des hommes angéliques. Ainsi s'écoula leur vie, jusqu'à ce que Dieu daignât enfin inviter Siméon au banquet éternel, et lui remettre la couronne immortelle à la place d'une couronne périssable. Atteint de sa dernière maladie, il appela son fils, et baigné de larmes, il lui adressa ces touchantes paroles : « Mon bien -aimé, voici riieure de mon passage qui approche. Yoici Jésus -Christ, invisiblement présent, qui m'appelle. Allez chercher la mère de mon Seigneur Jésus , afin que, selon ma promesse , je remette entre ses mains mon Ame. Appelez le prieur et les frères. Voici venir les serviteurs de Dieu et les troupes célestes; j'entends leurs chants : hâtez-vous, mon filsbicn-aimé ! » On apporta l'image de la Vierge ; on disposa devant elle une natte sur laquelle le bienheureux étendit ses membres défaillants.

DE LA LIBLIOTHÈQUE IMPÉUIALE LE l'AlUS. 61

Les moines, plongés dans une douleur profonde, lui faisaient des adieux fraternels , et le priaient de se souvenir d'eux dans l'éternel royaume. Alors cet homme vénérable se soulevant un peu : « Pourquoi, dit-il, êtes-vous plongés dans la douleur ? Récitez les prières des agonisants. » A ces mots, un bruit semblable à un tremblement de terre se fit entendre ; il fut suivi du cantique angélique : Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix aux hommes de bonne volonté! C'est ainsi que , parmi les chants des esprits célestes , le bienheureux rendit son âme au Seigneur, le sourire sur les lèvres, le visage resplendissant d'une beauté indicible '.

15. Translation du corps de Siméon à Stoudénitsa. Miracles opérés à son tombeau. — Etienne, accablé de fatigues et de souffrances, mais plein de confiance dans la protection de son père vénéré, pria son frère de transporter ses restes mortels à Stoudénitsa '. Sabas accéda à sa demande ; il lui fit même savoir qu'il présiderait en personne à cette solennité. Le kral vint à sa rencontre accompagné de tout le clergé. Le corps fut déposé dans un tombeau destiné à le recevoir, et Dieu, pour glorifier sans doute son serviteur, lui accorda la vertu de répandre une huile odoriférante et d'opérer des miracles. Ainsi un jour, pendant que les religieux, l'higoumène Denis à leur tête, récitaient l'office de minuit, un possédé, qui errait dans les montagnes, entra dans l'église, comme attiré par l'odeur des vertus de Siméon, il embrassa la châsse , et supplia le saint de le délivrer du mauvais esprit dont il était tourmenté. Tous les assistants, unissant leurs prières aux supplications de cet infortuné ,

1 D'après saint Sabas, sa mort eut lieu en 1-200. - Ce fut aussi une des deruières voioatés du défuut.

s'écrièrent : Saint Siméon, ayez pitié de lui. Sur-le-cliamp le possédé fut guéri. Une autre fois, un homme qui rampait plutôt qu'il ne marchait, fut apporté par saint Sahas devant la châsse, et aussitôt il recouvra l'usage de ses jambes.

C'est encore à l'intercession du saint que le pieux auteur attribue ses succès dans les combats, ses triomphes sur ses adversaires , les faits suivants, qu'il va nous raconter luimême avec cette simplicité de foi si rare de nos jours, mais qui n'ôte rien , cependant , à l'intérêt historique de son récit.

14. Guerres contre les Bulgares et les Grecs. Ingratitude de Stréza, prince bulgare. — Les Serbes jouissaient d'une paix profonde , lorsque le roi bulgare Boril \ ce prince si connu par sa cruauté et sa perfidie, s'avisa de la troubler. Méditant la conquête de la Serbie , Boril allait fondre avec toutes ses forces réunies sur l'héritage du saint; il marchait, en compagnie de l'empereur de Constantinople , Henri Philandre % sur la ville de Nissa, semblable à un lion ([ui se rue sur sa proie. Alors n'ayant d'autre aide que saint Siméon, Etienne eut recours à sa prompte et puissante intercession. Soudain des cris confus interrompent le silence de la nuit , les ennemis se dispersent de tous côtés ; dans leur fuite, ils s'entretuent les uns les autres. C'est l'apparition du saint qui cause cette terreur et cette défaite inopinée. Ce même roi Boril avait un frère nommé Stréza.

» Boril ou Borylas succéda à Joannice en 1207, et régna jusqu'en 1215.

2 L'auteur serbe l'appelle (Ippnci) Hiéris. C'est le frère de Baudouin I^r, et son successeur, élu eu 120G, et mort en 1216. Le surnom de Pliilandre, que lui donne Etienne, rappelle la charité et la justice de Baudouin, tant louée même par les Grecs.

LE LA lilDLlOTHKOUE l.yrÉRlALE DE PAUIS. 63

Pour échapper aux persécutions injustes du roi, Stréza vint chercher un abri auprès d'Etienne. Le kral l'accueilht avec une grande amitié; il alla même jusqu'à le défendre contre son frère les armes à la main^ et força celui-ci de céder à Stréza la moitié de la Bulgarie avec Prosek, sa capitale \ Tous ces bienfaits d'Etienne ne furent payés que par une noire ingratitude ; il devint l'objet de cabales indignes de la part de son protégé. D'abord il pria saint Sabas d'essayer de ramener Stréza à de meilleurs sentiments ; mais ce prince ingrat resta insensible. Alors il eut recours à ses armes habituelles, à la protection de son père. Sa prière fut si efficace, que le malheureux mourut subitement, en présence de la foule, comme frappé par le serviteur de Dieu '.

15. Nouvelle guerre contre le prince de Dralch, et contre les Hongrois alliés aux Grecs. — Voici un autre trait non moins merveilleux. Michel, prince de Dratch ^ et de la partie marilime de la grande île, située en face de la Dioclétie et de la Dalmatie, profitant de l'absence d'Etienne, fit irruption dans ses domaines, et s'empara de Scodra\ Le kral lui parla le langage de l'Évangile; il l'exhorta à rendre le bien injustement acquis; ensuite il confia toute l'afïaire au bienheureux, auquel il avait habituellement recours. Bientôt saint Georges, cédant aux prières de Siméon, vient à son

1 Prosiakos ou Prosakos des anciens, silué sur le fleuve Yardar.

2 Cet événement, dit Kestimable auteur de la Turquie d'Europe ^ t. III, p. 473, eut lieu de 1209 à 1210; et il Tinterprèle à sa manière. Selon lui, «c'est saint Sabas qui aurait été Tassassin de Stréza, et ce n'est que par un abus des plus remarquables de la superstition, que le meurtre aurait été attribué à un fantôme. » Nous regrettons sincèrement de lrou\er de pareilles appréciations dans un ouvrage d'ailleurs si sérieux et si recommandable.

3 Dyrrhachium, Durazzo.

* .\u confluent de la Boiana et Drimtsa, et qu'il ne faut pas confondre avec ScardQna, ou Scradin, silué à l'embouchure du fleuve Kerka.

(ii LES MANUSCRITS SLAVES

aide. Un jour que riiigoumène Joannice élail en prière, et que l'église était remplie de fidèles , le saint martyr lui apparaît et lui dit : « Lève- toi, va annoncer mes grandeurs : je viens, par ordre de Dieu , ôter la vie au prince de Dratcli. » A la même lieure^ Michel fut frappé, dans son lit, par un de ses serviteurs, et trouva ainsi une mort pleine d'ignominie.

Cependant le démon, cet ennemi acharné de toute union, ce lion qui rôde partout cherchant une proie à dévorer, suscita contre Etienne le roi de Hongrie André et l'empereur orec Henri Philandre.

Il leur inspira le projet de le dépouiller de ses possessions pour se les partager. Les voilà donc qui s'avancent contre Etienne, l'un venant du Nord, l'autre de l'Orient, et se dirigeant sur Nissa, où ils devaient se réunir. En même temps, ils l'invitèrent à s'y rendre, comme pour une entrevue. C'était dantle temps pascal. « Me voyant dans un danger imminent, dit le kral, j'eus recours à Siinéon ; je me rendis auprès de sa châsse et je le conjurai de confondre mes ennemis et de les dissiper comme le vent dissipe la poussière. Aussitôt l'esprit de Dieu visita le sanctuaire , l'église tout entière se remplit d'une suave odeur ; l'image nmrale du saint distilla une huile miraculeuse , et il s'en répandit par toute l'église une si grande abondance, (jue les hommes préposés à la garde des reliques avaient de la peine à la recueillir. Encouragé par une marque si visible de la protection céleste, j'allai demander la bénédiction de Sabas. Celui-ci me l'accorda ; il m'anima au combat , et il me prédit des succès inattendus. » Sabas parlait encore, lorsque les envoyés du roi André vinrent prier Etienne de se rendre à Ravni.

L'entrevue des deux princes fui des plus amicales. Etienne fut comblé des présents les plus variés et les plus riches, et on fit en son honneur des réjouissances qui durèrent douze jours. Quant à l'empereur grec, il n'en fut que plus irrité, et quoique abandonné par André , il persista dans le dessein d'enlever à Etienne une portion de la Serbie. Mais, trouvant toutes les issues fermées, il fut obligé de quitter Nissa et de s'en retourner ignominieusement dans son empire, fort heureux , grâce à la médiation du roi André , d'y arriver sain et sauf.

16. Éloge du saint. — Mais qui pourrait, dirons-nous en terminant, avec le kral Etienne , qui pourrait énumérer tous les prodiges opérés par le bienheureux? C'est vouloir compter les étoiles du firmament, ou les grains de sable de la mer. Quand on y réfléchit, l'esprit se trouble et s'effraie. Quelle langue racontera tes merveilles, ô vieillard incomparable? Quelle bouche pourra dire dignement tes louanges? Quel esprit comprendra tes grandeurs, tes sueurs, tes veilles, tes pénitences , tes larmes ? Que dirai -je donc, moi serviteur inutile? T'appellerai-je apôtre? car tu as été l'apôtre de la patrie; tu l'as retirée de l'abîme de l'impiété, en lui procurant la grâce du baptême ; tu l'as régénérée par la vertu puissante de l'Esprit- Saint. Tu l'as arrachée aux séductions de l'hérésie, en lui apprenant à louer un seul Dieu en trois personnes. Te nommerai-je martyr? Compterai-je les souffrances que tu as supportées par amour pour Jésus -Christ, en combattant jusqu'à la mort le tyran infernal, en brisant ses liens et ses filets, en exténuant ton corps par la mortification, et en l'arrosant de tes larmes? Te comparerai- je aux docteurs de ta patrie? Mais tu les a m. o

66 LES .MANUrfCUlTS SLAVES

surpassés ; tu as redressé leur doctrine ; tu as consommé ce qu'ils ont commencé, tu as répandu dans le monde entier les lumières les plus pures de la vraie foi. Te mettrai -je au nombre des héros? car tu as protégé le monde du signe de la croix, étendard de ton divin capitaine; et, triomphant de la corruption des méchants, tu as fait tomber avec la faucille de la foi les épines de l'erreur. Te donnerai-je le nom de prophète? car malgré l'oracle divin qui a prononcé que nul nest prophète dans son pays , tu es le protecteur du tien ; tu y répands une huile abondante qui guérit les infirmes et chasse les démons , devenu ainsi une source de salut pour quiconque a recours à la vertu cachée de ton corps. Te nommerai-je anachorète? N'as-tu pas fait fleurir le désert ; n'y as-tu pas cueilli des couronnes qui ne se flétrissent point ; n'y as-tu pas, flambeau vivant^ répandu au loin l'éclat de tes miracles? Mais, ô mon très-vénéré maître , mon cœur gémit, ne sachant par où commencer tes louanges ; mes lèvres hésitent à te chanter. Je sens l'impuissance de mon esprit. Toutefois, je l'oserai, puisque je suis ton serviteur. Salut donc, ô bon pasteur du troupeau parlant de Jésus - Christ ! Salut, héros au visage resplendissant, qui, armé de la croix victorieuse, as mis en fuite les loups ravissants prêts à dévorer les brebis! Salut, docteur de la nouvelle loi, toi qui as planté dans nos esprits les enseignements sublimes de l'apôtre des nations ! Salut , guide assuré des vieillards, avocat des veuves, nourricier des orphelins ! Salut, maître et soutien de la jeunesse; salut, secours dans les dangers, vainqueur des ennemis î Salut, échelle qui conduit à la demeure céleste, aux pâturages invisibles ! Salut, ornement des prélats, et leur couronne immortelle! Salut, coopérateur des

DE LA PlIîLlOTHÈijUE IJirÉlîIALE DE TAUIS. 67

apôtres dans l'enseignement de la loi! Salut, compagnon glorieux des martyrs! Salut, œil vigilant des solitaires, leur maître et leur règle vivante ! Salut, modèle des anachorètes et des religieux! Salut, réformateur des pécheurs! Salut, port assuré des naufragés ! Salut , toi qui brises les liens du péché! Salut, guide du ciel, pont qui mène aux rivages de la vie éternelle ! Salut, source inépuisable du salut, paradis admirable et toujours florissant! Salut, fleur de la foi plantée au parterre céleste ! Salut , rempart spirituel de la patrie ! Salut, tige féconde, chargée des fruits delà joie véritable! Salut, grappe mûrie et pleine d'un suc délicieux qui triomphe de l'ivresse du péché! Réjouis- toi, ô maître vénéré; encore une fois, réjouis-toi auprès du trône du Seigneur ! Mais en même temps, souviens-toi, homme vénérable, de ton serviteur indigne Etienne ; ne m'oublie pas dans ma misère ; rappelle- toi que je suis plongé dans la fange des iniquités; bénis-moi de ta sainte main, moi qui ai encore pour partage cette vie mensongère. Sois mon guide , apprendsmoi à marcher sur tes traces, quelque indigne, quelque misérable et inutile serviteur que je sois ; et prie le Seigneur qu'il daigne m'accorder cette grâce et me faire goûter la joie promise à ceux qui l'aiment. »

Nous respectons ces épanchements d'un cœur fdial, et nous nous abstenons de tout commentaire. Ajoutons seulement que Dieu exauça la prière du fils : à l'exemple de son père, il prit, à la fin de ses jours, l'habit religieux, sous le nom de Siméon.

Les deux derniers feuillets du manuscrit contiennent le récit d'une discussion entre un juif et un chrétien, ou la Découverte des douze vendredis, faite jmr Éleuthère, Ce

68 LES MANCSCRITS SLAVES

récit singulier, d'une écriture difiicile à décliiffrer, a été ajouté postérieurement'. Le voici d'après notre manière de lire :

« Il y avait dans une contrée de l'Occident , appelée LaureC!)^, une ville remplie de juifs, qui étaient en dispute continuelle avec les chrétiens. Pour en finir, on eut recours à une conférence publique. C'était sous l'empereur Carmin^. On choisit de part et d'autre deux philosophes, et l'on convint que les juifs , en cas de défaite , recevraient le baptême des chrétiens. La proposition est acceptée : les chrétiens choisissent Éleuthère ; les juifs lui opposent un nommé kentarishis.

« A la troisième réunion , où ce dernier parut accompagné de son fds Maleck, lorsqu'on descendit dans les profondeurs des grands livres. Dieu, qui voit et connaît tout, vint en aide à Éleuthère. « Je vois, s'écria le juif irrité, « je vois que je suis vaincu ; ta religion est la véritable , je « l'avoue; mais la nôtre n'en est pas moins sainte, parce fl qu'elle a été révélée à Moïse sur la montagne. La vôtre « nous enseigne que le Christ, prédit par nos propliètes et c( annoncé par vos apôtres, est né de la Vierge Marie; cette « doctrine -là est vraie, je ne le nie pas, et tu la connais Cl bien ; toutefois tu ignores l'enseignement salutaire tou- « chant les vendredis. » Et à ces mots, il s'enfuit. S'adressant alors au fds de Kcntarisius: a Sais-tu, dit Éleuthère, a ces choses dont ton père vient de parler. » Maleck répondit affirmativement. « Nos ancêtres, dit -il, avaient pris un

1 M. Stroïef le passe sous silence.

* Ne serail-ce pas Ulyrie?

' C'est-à-dire Car in.

<t chrétien instruit pour apôtre , et ayant trouvé sur lui un « écrit dans lequel étaient marqués tous les vendredis de « l'année , ils le mirent cruellement à mort ; ils s'emparè- « rent de son écrit et le jetèrent au feu, après l'avoir lu. » Là-dessus il se mit à le réciter d'un bout à l'autre. Tout à coup le père rentre ; il apprend que son fils vient de révéler aux chrétiens la mystérieuse doctrine ; transporté de colère, il le frappe d'un couteau dans la poitrine, et se donne la mort à lui-même.

ce Cependant Éleuthère consigna dans un écrit ce que Maleck venait de lui apprendre, et le communiqua aux chrétiens. Cet écrit contenait ce qui suit :

« 1° Vendredi de mars , jour oii Adam fut exilé du paradis pour avoir désobéi au Seigneur.

« 2** Vendredi avant l'Annonciation , Caïn tua son frère Abel , à la troisième heure. Ce fut le premier mort d'entre les hommes.

« 5*' Vendredi avant Pâques , crucifiement de Notre- Seigneur, à la neuvième heure.

« 4" Vendredi avant l'Ascension, ruine de Sodome et Gomorrhe, et des autres villes, à la première heure.

« 5" Vendredi avant la Pentecôte , l'invasion des Agariens, qui dévastèrent les villes, et se disséminèrent dans les îles. Ces gens montaient des chameaux, et buvaient le sang des boucs.

« 6° Vendredi du mois de juin, prise de Jérusalem, à deux heures, du temps du prophète Jérémie.

« 7" Vendredi qui précède la fête de saint Pierre, l'Egypte est frappée de fléaux , l'eau est changée en sang, à la cinquième heure.

<r 8" Vendredi avant l'Assomption , invasion des Ismaélites, et lenr règne de soixante ans.

a 9° Vendredi qui précède le jour où saint Jean-Baptiste fut décapité, à cinq heures...

a 10° Vendredi avant l'Exaltation de la Croix, Moïse sépare les eaux de la mer Rouge, qui engloutit ses ennemis, à quatre heures.

« 11° Vendredi avant la fête de saint André, le prophète Élie se sanctifia et disparut dans un nuage de feu , pour ne reparaître qu'au second avènement du Christ.

« 12° Vendredi qui suit la Nativité du Christ, massacre des Innocents, fait par ordre d'Hérode.

« Ces douze vendredis , conclut le manuscrit , doivent être observés par quiconque veut éviter les tourments éternels, et trouver miséricorde devant Dieu. »

Je suis porté à croire que ce récit est identique avec celui qui se rencontre dans d'autres manuscrits' , et qui est intitulé : Légende des douze Vendredis que tout chrétien doit vénérer.

Vol. in-12, parvo, de 195 feuillets, vélin, xiye siècle, initiales coloriées et historiées.

C'est un manuscrit glagolitique , véritable vade-mecum sacerdotal" ; il contient un bréviaire , un missel , un rituel ,

1 Tel est, par exemple, le manuscrit qui appartient à M. Vouk KaraJjitcb, et que malheureusement le célèbre chansonnier serbe n'a pas fait entrer dans ses Exemples de la langue serbo-slave (Vienne, 1856 ), à cause de la difficulté que présente la lecture du texte. Le récit en question s'y trouve au nombre de douze légende? , plus étranges les unes que les autres.

2 Strolef le passe sous silence. Le connaissait - il? je ne saurais le dire; ce qui est certain, c'est qu'à l'époque où il visitait les bibliothèques de Paris et de Reims ( c'est -à - dire en 1837 ), les manuscrits glagolitiques étaient

c'est-à-dire tout ce dont un missionnaire a besoin pour exercer les fonctions sacerdotales. Inutile de dire que ce n'est qu'une traduction littérale de l'original latin , comme le sont tous les livres liturgiques des Illyriens et des Dalmates catholiques. La garde porte qu'il y a un manuscrit pareil dans la bibliothèque Lobkoviz , à Prague. C'est inexact. Pendant mon court séjour à Prague , j'ai pu, grâce à l'aimable obligeance de M. Hanka, voir à mon aise ce charmant manuscrit; il ne contient que le Psautier, écrit en 15o9, à Ségnia , par un nommé Ivan-Jakan. M. Schafarik, à qui j'ai communiqué un calque fort imparfait du manuscrit de Paris, est de l'opinion que l'un et l'autre sont à peu près contemporains. Les données chronologiques que nous fournit notre |3/£"«anw??i montrent que l'illustre paléographe a deviné juste, et en tout cas, elles ne permettent pas de sortir de la première moitié du xiv^ siècle. En effet , il y est question de la Fête-Dieu, de celle des onze mille vierges martyres et des Cinq Plaies de Notre-Seigneur. Or, la fête du Saint-Sacrement, instituée en 1264 par le pape Urbain IV, fut confirmée en 1521 sous Clément V. Celle de sainte Ursule et de ses compagnes ne fut introduite qu'en 15o0. Enfin, supposant que la fête des Cinq Plaies du Sauveur soit contemporaine de celle de la Lance et des Clous, dont l'institution est attribuée à Innocent YI (en 15o4), nous touchons presque à lage du manuscrit de Prague. Toutefois, remarquons-le bien, ces dates ne se rapportent qu'à l'institution canonique , et n'empêchent point

encore pour lui lettre close, comme il l'avoue ingénument lui-même. Il ne s'y Cit niis que plus tard. (Voyez sa Deicri[ition des monurn. de la littérat., etc., p. 23.)

que ces fêtes ne fussent déjà en usage dans certaines Églises bien auparavant. Ajoutons que le manuscrit ne contient pas de données plus récentes ; que, loin de là , on est étonné de ne pas y trouver , par exemple , la fête des Stigmates de saint François, concédée au plus tard en 1557 , bien que le manuscrit ait été fait à l'usage d'un frère mineur.

Ce dernier point n'a pas besoin de beaucoup de preuves : le calendrier placé en tête du bréviaire nous en fournit une bien suffisante. En effet, sans parler de la fête du Patriarche de cet ordre religieux, on y trouve, entre autres, celles de la translation de son corps (en 1250), de sainte Claire, de sainte Elisabeth de Hongrie, et enfin de saint Antoine de Padoue (canonisé en 1252)'. Tous ces saints se retrouvent encore dans les htanies. Nous savons d'ailleurs que la Bosnie figurait au nombre des provinces de l'Ordre dès 1260; que l'existence de cette province, comme vicariat, est certaine de l'aveu de tous, au moins à partir de 1540, et enfin, qu'indépendamment même de ces deux faits, les frères mineurs avaient ouvert en Bosnie une mission dès le commencement du xiif siècle ^ Or, la province de Bosnie embrassait alors, outre la Bosnie proprement dite , la Carniole , la Slavonie , la Serbie , la Moldo-Valachio, la Hongrie et bien d'autres pays; elle était si vaste , que plus tard on fut obligé de la scinder

1 Ot pa.u' Ma.iiiyb Opaib — On peut comparer ce calendrier avec celui qui se trouve dans un missel latin (suppl. latin, n° 7) du xive siècle, fait aussi pour les frères mineurs. — M. Delisle en parle dans ses Notes sur la Bille de la sainte chapelle de Bourges. (Voyez Bibl. de l'École des Chartes, i'sévie, t. II, p. 154.)

^ Voyez le Rapport sur une mission en Bosnie, accomplie en 1855, par M. Massieu de Clerval, dans les Archives des Missions scientifiques et littéraires. (T. V, 1" caliier, p. 18 et 19.)

DE LA rtlBLlOTHÈQUE IMPERIALE DE PARIS. 73

en deux, sous le nom de Bosnie Argentée et de Bosnie Croate \

Ainsi le manuscrit aura été écrit dans quelque résidence de cette province ; et une inscription assez récente atteste qu'il a été entre les mains d'un ragusain. Au reste, il a tous les caractères des manuscrits assez nombreux de la rédaction qu'on appelle khrobate ou khorvate, et il peut servir de modèle du genre.

Les ouvrages de cette espèce ont une grande valeur au point de vue liturgique, surtout à cause des textes de la Bible et des saints Pères qu'ils contiennent. Nous allons indiquer rapidement ce que ce précieux manuscrit renferme de plus important.

Nous l'avons dit, c'est tout à la fois un bréviaire, un missel et un rituel. Dans l'intérieur de la reliure, on trouve une table du cycle pascal. Les six premiers feuillets contiennent un calendrier où nous ne remarquons pour le moment que les saints propres aux églises slaves , saint Métbode , archevêque de la Moravie ( 6 avril ) ; saint Adalbert , évêque de Prague, et saint Venceslas (28 septembre) ^

Le bréviaire est la partie la plus considérable et la plus

1 Greiderer, Germania Franciscana, t. T, 1. II, § G.

* Au bas du troisième feuillet, verso, on lit la formule suivante contre les morsures des serpents : Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit^. Amen. Cousu ■{ Cousu f Cousu f . Je vous adjure, 6 serpents, par le Dieu vivant, de nCobéir à moi, serviteur de Dieu (suit le nom... ), comme la cire obéit au feu, et le feu à la cire. Amen. (Ulina -J- mma -j- uiuia ■\. 3aK.innaio Bact, sMue, EoroMt atuBHMb, ja 6y,îTe noKopuI; Mnt pa(5y ôoïKiio (nMcpeKb), Kai;o e noKopanb bockl ornio, araabBOCKy. AMenL.) — Les peuples slaves sont versés dans la magie, et trèsenclins à la superstition. Ils ont des formules de ce genre pour tous les cas possibles ; on en rencontre assez souvent dans les manuscrits. Yostokof en cite plus d'une dans sa Description du Muse'e Roumianfsof. Quant à celles qui ont pour objet les serpents, qu'on consulte les Skazania rousskago naroda de M. Sakharof, I. II, p. 21 et 40, 3e édit. 1841.

importante du volume. Il commence par les matines et laudes du dimanche; après le psaume cxvi (Laudate Dominum omnes génies), qui est le troisième des vêpres du lundi, vient le psaume cxvii® (Confiiemini Domino, quoniam bonus) suivi des petites heures. Dans le symbole de saint Athanase, le copiste ayant oublié le verset oii il est question de la procession du Saint-Esprit , l'a mis au bas de la page. Ce passage est ainsi conçu : V Esprit-Saint est du Père et du Fils; il n*est ni créé , ni fait , ni engendré, mais procédant *. Ce n'est qu'après les vêpres du samedi que les laudes de lundi reprennent leur cours. Elles se terminent par l'hymne ambrosienne Te Deinn , suivie de l'antienne Te decet lujmnus, du Gloria, du Benedicite, du Magnificat, du Nunc dimitlis; puis vient le propre des saints, précédé delà messe des anges et de celle de la très - sainte Trinité , et suivi de l'office des morts, qui clôt cette partie du volume.

Le missel qui vient après s'ouvre par la préparation et l'ordinaire de la messe. Ce qu'il a de particulier, c'est la conclusion : l'Évangile de saint Jean ne s'y trouve pas, bien entendu ; et tout finit avec la prière : Placeat tibi sancta Trinitas , après laquelle le prêtre quitte l'autel en récitant le cantique des trois enfants : Benedicite omnia opéra; celui de saint Siméon : Nunc dimitlis ; et les trois oraisons suivantes : Deus qui tribus pueris, Da qua^sunius, et Deus a quo sancta desideria. Après les différentes messes, il y a un grand nombre d'oraisons par lesquelles se termine le missel.

La troisième partie contient le rituel romain , commençant par les cérémonies du baptême.

1 L'Église russe se sert du même symbole, eu retiaucliant, bien entendu, le Filioque.

La langue de ce plenarium se ressent singulièrement (le l'influence latine : on dirait un italien essayant de rendre de son mieux le texte latin en langue slave.

Un mot l'embarrasse ; il conserve l'expression latine en la façonnant à la slave. C'est ainsi que les petites heures s'appellent chez lui : prima, tertsa, scheksla, noua; et qu'il a pu faire les mots suivants : omilia, lectia, capiioul, misk, calesch (calix), oratsia, oblata, profatia , kiméiere, octaba, vikhilia, doupleks, etc. , etc.. C'est de là encore que viennent les initiales latines qu'on voit par-ci par-là, et dont le style accuse le xiv*^ siècle : circonstance à ajouter à ce que nous avons dit plus haut touchant l'âge de ce manuscrit. Les latinismes abondent dans les termes techniques; et, sans aucun doute, le texte de l'Écriture sainte etdes saints Pères en a dû admettre plusieurs. Il serait à désirer que l'on publiât au moins la partie biblique du manuscrite Une version du \i\^ siècle ne peut manquer de jeter un nouveau jour sur la question si importante et si peu étudiée du texte primitif de la Bible slave. Ce serait aussi répondre au vœu des hommes les plus capables d'apprécier une pareille publication. Enfin ce serait mettre le manuscrit à l'abri des injures du temps , qui a laissé ses traces dévastrices sur plus d'une page.

En attendant, nous donnons un calque bien inférieur sans doute à celui de M. Silvestre. (Voyez Paîéogr. universelle, t. IV.)

C'est ici que vient se placer V Abécédaire bulgare dont il

* Je n'en connais d'imprimé que le commencement du psaume LSVlil, dans les Monuments de la littérature glagolitique de M. Schafarik.

a été question dans l'introduclion. Nous ne dirons que quelques mots pour en préciser davantage l'époque. Làdessus les opinions varient. Les auteurs du Nouveau traité de diplomatique le font remonter au i\^ ou au x'' siècle, c'est-à-dire aux premières origines de l'alphabet slave'. Dobrowski, au contraire, fidèle à sa théorie antiglagolitique, lui accordait à peine l'honneur d'être du \nf siècle ^ L'opinion la mieux appuyée et la plus accréditée de nos jours le place au xi" ou au xii" siècle au plus tard ^ Au fond , cette question est la même que celle de l'origine des lettres glagolitiques.

Remarquons, en finissant, que V Abécédaire n'a pas toutes les lettres, et que, selon la remarque de M. Schafarik^ il semble être inséré dans le manuscrit latin comme par accident.

Page 1