‹ Les Marbres du Calcaire Carbonifère en Bas-BoulonnaisChapitre 105 sur 211 · C. — Interprétation et classification · texte numérisé non relu

C. — Interprétation et classification

Ce n’est pas sans mal et sans de multiples observations que j’ai pu mettre au point les détails de texture que je viens d’exposer et qui m'ont été fournis par quelques individus rencontrés dans des calcaires grenus à grain fin du Calcaire carbonifère du Boulonnais.

136. Je me fais d’autant moins de scrupule de changer le nom de Calcisphaera en celui de Granulosphaera que l’auteur lui-même n’attribuait à ce nom aucune valeur spécifique ou générique quelconque ; il n’avait en vue, ce faisant, que des « provisional names » qu’il employait pour un motif de pure commodité :

« Hence I venture to follow the plan adopted in the case of the Foraminifera, in which latter the purport of the names, generic as well as specific, is understood to have no referencé to real genetic distinctions». cf. WILLIAMSON W. C. — On the organization of the fossil plants of the Coal-Measures (Part x). — Phil. Trans. roy. Soc., London, 1880, p. 521.

Pour vaincre les difficultés d'observation, M. CAYEUX s’est adressé à des milieux conservateurs et dans l’espèce à des accidents siliceux «toujours plus sapropéliens que leurs roches-mères ». Un échantillon du calcaire noir de Maredsous lui a fourni de ces organismes une préparation colorée par la nature elle-même :

« Deë Calcisphères ont leurs cavités remplies d’une matière brune,

d'aspect amorphe et d’origine sapropélienne. De chaque cavité partent

de nombreux canalicules, rayonnants, rectilignes, équidistants, traversant toute l’enveloppe et débouchant à la surface ; ces canalicules, in- Jectés de matière brune, ressortent avec une admirable netteté. En examinant les Calcisphères envahies par la matière brune, on a l'impression de se trouver en présence d’une préparation histologique dont tous les détails ressortent dans la perfection, grâce à l’emploi de colorants. En conséquence, les Calcisphères typiques étaient originellement perforées, et leur structure première a été effacée par la fossilisation » 197.

Tous ces détails concordent avec ceux que j’ai personnellement observés et brièvement décrits plus haut (cas n° 3).

1. — De nombreux pétrographes se sont intéressés à ces petits organismes de nature énigmatique. Tous en font des Protozoaïires (WETHE- RED, 1888 ; M. T. A. JONES, 1921) qu'ils rattachent à des groupes bien définis, Radiolaires (JUDD, 1877 ; MAC LEAN, 1912) et Foraminifères (WILLIAMSON, 1880, p. 524 ou qu’ils apparentent à ces mêmes groupes (SHRUBSOLE, 1878). |

Bien que plusieurs d’entre eux, WILLIAMSON (1880), WETHERED (1888) et M. CHAPMAN (1921) aient suggéré l'hypothèse d’une origine végétale, M. MILON, le premier, oriente nettement vers le règne végétal et vers les Algues calcaires #8, Je ne m’attarderai pas à discuter sa position car les formes sur lesquelles repose son option sont des formes épineuses et réticulées qui n’ont guère de parenté avec les Granulosphaera.

M. CAYEUX, dans une note récente, rattache les Granulosphères aux Algues siphonées, après les avoir résolument écartées des Radiolaires et des Foraminifères.

2, — La première hypothèse en date est celle de JUDD qui inclinait à en faire des Radiolaires, hypothèse battue en brèche deux ans plus tard par WILLIAMSON (1880). Ce dernier objectait surtout l’absence

137. CAYEUX L, — C. R. Ac. Sc., 1929, t. 188, p. 596. 138. MILON Y. — Recherches... — 1928, p. 31.

de squelette treillissé comme aussi ce fait que la sphère centrale est dépourvue de vase calcaire et comblée par de la calcite hyaline, cette calcite provenant d’une solution «qui, de toute évidence, a filtré à travers la paroi poreuse de la sphère » 1%,

Malgré l’ingénieuse explication de M. MAC LEAN (1912) qui fait des Granulosphères des Radiolaires adaptés aux eaux saumâtres, leur mode de fossilisation reste une objection d’une particulière gravité. Comment admettre la transformation minéralogique du test des Granulosphaera et le remplacement de la silice originelle par de la calcite secondaire lorsque, comme le fait remarquer justement M. CHAP-

MAN 1, d’autres organismes dans la même roche ont gardé leur squelette siliceux.

M. CAYEUX, tout récemment (1929), objectait à son tour le défaut d’ornementation, l’épaisseur du test et le mode de fossilisation « qui en fait des organismes partout et toujours calcaires » 141,

Ce dernier argument, sans avoir une valeur absolue, n’en est pas moins d’un très grand poids ; il acquiert une force exceptionnelle si on le double de celui mis en valeur par M. CHAPMAN. Il n’est pas inouï que la calcite recristallise en tout petits cristaux et je l’ai personnellement observé, maïs jamais ces cristaux ne présentent une semblable homogénéité de grain. Au surplus, il ne faut pas oublier que ce mode de fossilisation est exceptionnel ; il est dès lors inconcevable que des

organismes originellement siliceux aient tous recristallisé suivant ce mode exceptionnel. |

3. — Le problème des Granulosphères semble donc se simplifier ; il se résout à cette alternative : les Granulosphères (« Calcisphères

typiques >» de M. CAYEUX) sont-elles des Foraminifères ou des Algues calcaires ?

a. — En faveur de leur attribution au groupe des Foraminifères, il faudrait citer WILLIAMSON et mon maître M. J. DE LAPPARENT :

139. « obviously filtered through the porous sphere-wall >» cf. WILLIAMSON

W. C. — On the organization... — 1880, p. 523. 140. CHAPMAN FRED. — On Ostracoda, Foraminifera and some organisms related to Calcisphaerae from the Devonian of Germany. — Journ. roy. microsc.

Soc., 1921, p. 336.

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