II. — STRUCTURE DES BRACHIOPODES
A. — Les espèces de Brachiopodes dont je viens. d’étudier la structure et la microtexture doivent légitimement se répartir en trois grands groupes :
1 Groupe :
Brachiopodes ne présentant qu'une seule couche, qui toujours est représentée par la couche lamellaire. Ces lamelles ont une course parallèle à la surface du test (Productus) ou sont inclinées sur cette surface (Orthis) suivant un angle qui, du reste, peut varier.
2° Groupe :
Brachiopodes présentant dans l’épaisseur de leur test deux couches. : une couche lamellaire (externe) et une couche prismatique, cette derhière pouvant être réduite en étendue (Spirifer Verneutilli), très étendue du crochet vers le bord frontal (Spirifer tornacensis), ou même continue (Spirigera globularts).
3° Groupe :
Brachiopodes à test composé de plus de deux couches, au moins dans la région de la charnière et la moitié postérieure de la coquille (Athyris Levellei).
I1 semble que, dans toute coquille de Brachiopode, même la plus simple de structure, il faille admettre au moins deux couches : la couche lamellaire qui est toujours conservée, et une couche prismatique extérieure à la couche lamellaire qui, dans la majorité des cas, a com-
plètement disparu. J’ai représenté dans les figures 69 et 70 de ma planche XVII, une section longitudinale d’un Brachiopode appartenant au premier groupe et montrant cette couche externe en place. Elle n’est conservée que sur la grande valve ; elle s’est décollée de la couche lamellaire sous-jacente et a glissé sur la région postérieure de la coquille. Une moitié s'appuie encore sur cette coquille, l’autre se profile dans le sédiment sous la forme d’un ruban blanchâtre sinueux ou plus ou moins morcelé. Sa texture est des plus nettes et prismatique ; les prismes à peu près aussi longs que larges sont striés par des granulations de nature organique. Si on ne les retrouve pas dans les sédiments calcaires, c’est vraisemblablement parce qu’ils sont de petite taille et parce que le ruban doit, en se morcelant, individualiser les éléments prismatiques qui le composent.
B. — La structure dés Brachiopodes à charnière n’est donc pas aussi simple que l’ont décrite CARPENTER, et, d’après lui, ZITTEL. Tous deux ne mentionnent qu’une seule couche formée de prismes « (dont) les extrémités aplaties sont, à la surface interne de la, coquille, étroitement juxtaposées ou se recouvrent à la manière d’écailles » 150, C’est celle que j’ai appelée couche chevelue, couche lamellaire externe. ZIT- TEL fait bien allusion à une seconde couche, intérieure à cette couche lamellaire, maïs il insiste sur ce double fait qu’elle est de «structure analogue » et qu’on ne la rencontre que chez les vieux individus. C’est donc de toute évidence une couche de simple épaississement dont on ne peut tenir compte dans l’étude de la microtexture des Brachiopodes.
M. CAYEUX et M. J. DE LAPPARENT 551 signalent deux couches. M. CAYEUX, dans son étude des Magellania dont il existe, à côté d’individus fossiles, des formes encore vivantes, signale la présence de deux couches : une couche interne «que j’appellerai couche prismatique, formée de prismes.. toujours inclinés sur la surface... (et qui) traversent la coquille en biais avec une orientation constante ou non dans une coquille donnée.» et une « couche calcaire externe, formée de lames parallèles, perpendiculaires à la surface ». Il ajoute un peu plus loin «Mes préparations tirées de Magellania Grayi font supposer que cette structure lamellaire n’existe pas toujours » 12, Malgré les apparences, ce que j'ai dit de la structure et de la texture des Brachiopodes concorde
150. «(deren) abgeplatteten Enden liegen an der Innenfläche der Schale dicht neben einander oder auch schuppig über einander ». cf. ZITTEL K. A. — Handbuch der Palaeontologie, T. I. Palaeozoologie, P. I, p. 655.
151. DE LAPPARENT J. — Leçons de Pétrographie. — 1923, p. 281. ee 152. CAYEUX L. — Introduction à l’étude pétrographique... — 1916, pp. 464,
avec les vues de M. CAYEUX ; sa couche interne prismatique correspond à ma couche interne lamellaire et chevelue, sa couche externe lamellaire à ma couche externe prismatique, celle qui, normalement, a disparu et que j’ai photographiée (cf. PI. XVII, fig. 69 et 70).
A ces structures, il faut ajouter celles que j’ai décrites à l’occasion du Spirifer Verneuilli (moitié postérieure de la grande valve), celle d’Athyris Levellei et la structure anonyme que j'ai analysée sous la lettre H.
C. — Jai surtout insisté sur la structure des Brachiopodes et fort peu sur la texture ; il y avait en effet peu de chose à dire touchant la texture de la couche prismatique, et, en ce qui concerne la texture de la couche lamellaire, j’ai dit l’essentiel, en affirmant que le sens de l’extinction est variable, celle-ci se faisant tantôt suivant l’allongement de la lamelle, tantôt obliquement sur cette direction. M. CAYEUX en a du reste fait une étude minutieuse.
Non seulement le sens de l'extinction varie et, de ce chef, ce détail ne saurait être caractéristique ; mais, de plus, il est souvent malaisé à préciser avec certitude. Cela tient probablement aux macles mécaniques produites lors de la confection de la lame mince, macles analogues à celles qui affectent souvent les cristaux de calcite en large mosaïque.